Au bout d'un long moment, enfin calmé, Link avait retrouvé ses esprits, et il se rendit compte qu'il avait insulté une princesse, une personne d'un rang supérieur au sien. Pressentant qu'elle allait lui en vouloir et le punir pour ça, il décida de ne pas risquer de la mettre encore plus en colère, et convint qu'il devait ne pas se défiler et affronter dignement la punition qui lui serait infligée.

Mettant donc fin à sa promenade, il retourna à la chambre de la petite fille ; il ne l'y trouva pas… Tout étonné, d'autant qu'il venait de retraverser le ventre de Jabu-Jabu d'un bout à l'autre sans la croiser nulle part ailleurs, le garçon décida d'interroger les gardes du palais, quitte à leur révéler la peu glorieuse raison pour laquelle il cherchait la fillette ; ils lui répondirent avec surprise qu'ils la croyaient avec lui et ignoraient où elle pouvait être si ce n'était pas le cas ; la gorge de Link se noua ; en désespoir de cause, il se résolut même à aller affronter la colère du roi ; sa fille n'était pas auprès de lui non plus !

« Votre très noble et très gracieuse majesté, hasarda le petit garçon blond comme il avait plusieurs fois entendu les Zora le faire, j'espérais trouver votre fille ici auprès de vous…

– Du tout, répondit distraitement le souverain de sa voix étouffée par ses épaisses lèvres, du tout. Notre petit berlingot d'amour est trop grand pour traîner dans les basques de son vieux père.

– Mais savez-vous au moins où elle est ? interrogea nerveusement le garçon vêtu de vert de plus en plus inquiet.

– Nous la croyions avec toi, répondit le roi. D'habitude, là où tu es elle est aussi… Sur tes épaules, d'ailleurs, ho, ho, ho !!! »

Toute l'assemblée s'empressa de rire à cette remarque si spirituelle de Sa Majesté le roi ; mais Link, lui, n'avait pas du tout envie de rire…

Pour le peu qu'il savait de Ruto, il aurait trouvé normal de la voir le poursuivre partout en l'assommant d'une logorrhée de reproches et de menaces ou en train de se plaindre à son père et de lui exiger qu'il le punisse ; une fille comme elle se fait entendre quand elle est fâchée ; alors ne pas l'entendre, ne pas même la voir, lui semblait tout à fait inattendu, anormal, donc assez alarmant…

« Pourquoi ? reprit le roi Zora. Nous nous attendions à ce que tu la fuies, plutôt, hou, hou, hou !!! »

Nouveau concert de rires de circonstance ; mais cette fois Link ne les laissa pas se gargariser et, élevant la voix pour couvrir les leurs, il reprit de volée la remarque du gros Zora pour y répondre :

« Parce que je lui ai parlé mal et qu'elle aurait dû me punir ou vous demander de le faire ! »

Un grand silence s'abattit sur la cour.

Le garçon blond, lui, était plutôt soulagé d'avoir avoué sa faute, mais de plus en plus soucieux pour la petite fille introuvable.

« Mais que s'est-il passé ? s'étonna le roi en clignant trois fois des paupières.

– Eh bien, euh, commença le petit Hylien en choisissant soigneusement ses mots pour ne pas paraître trop coupable mais ne pas nier sa faute pour autant, elle m'a fait manger du caca, alors j'étais tellement en colère que j'ai crié sur elle et je lui ai dit plein de choses méchantes… »

Le père de la petite princesse ouvrit tout rond ses grosses lèvres et cligna à de nombreuses reprises de ses lourdes paupières sur ses yeux globuleux ; ce n'est qu'au bout d'un moment qu'il finit par lui répondre :

« Elle t'a fait manger du caca ? Ce n'est pas bien, ça. Écoute, Nous comprenons que tu te sois emporté. Tu dois le respect à notre fille, tu lui en as manqué et c'est une faute de ta part, mais nous comprenons néanmoins que tu te sois emporté : il est vrai que notre petite perle en sucre est… disons : vive, parfois fatigante… Ne t'en fais pas, nous n'allons pas te punir, elle s'en chargera très bien elle-même, hou, hou, hou ! »

Les autres Zora allaient, à nouveau, témoigner bruyamment leur considération pour l'humour de leur seigneur et maître, quand Link les coupa si fort et si vite qu'ils ne purent pas même émettre un son :

« Pour ça il faudrait qu'elle soit ici, s'écria-t-il d'une voix qui trahissait la nervosité, mais elle n'est nulle part !

– Ne t'en fais donc pas, grommela le gros roi aux membres grêles, comme nous la connaissons, elle est partie bouder dans un coin. »

Il appela donc sa garde, et en envoya les six membres fouiller les cinq mille sept cents mètres carrés de tripes de Jabu-Jabu à la recherche de la fillette ; or, c'est très peu de surface, cinq mille sept cents mètres carrés, ça se couvre très vite, et on a très vite fait d'en avoir vu les moindres recoins… À dire vrai, dans le cas des tripes de Jabu-Jabu, ça ne représentait qu'une quarantaine de pièces, et encore suffisait-il de demander à leurs occupants s'ils avaient vu Ruto. Mais Ruto n'était nulle part et personne ne l'avait vue…

En tout et pour tout les recherches ne prirent que dix minutes aux six gardes, mais pour Link, de plus en plus angoissé à chacune d'elles qui s'écoulait, estomac noué, souffle coupé, en apnée, elles parurent des heures…

Enfin, les gardes revinrent dans la salle du trône faire leur rapport : la princesse était introuvable, elle n'était nulle part, elle n'était plus dans le ventre de Jabu-Jabu…

À ces mots, le roi son père se mit à trembler comme de la gélatine, bouche ouverte et yeux exorbités, le visage dans les mains, puis décréta l'état d'alerte ; aussitôt, sa garde royale dans sa totalité, avec le renfort de volontaires, se prépara à sortir du poisson gigantesque qui leur servait de refuge pour partir en mer à la recherche de la petite fille ; n'y tenant plus, Link s'écria comme un coup de tonnerre :

« Je viens avec vous ! Elle a fugué par ma faute, je veux faire quelque chose pour me faire pardonner ! »

Le garde Zora qui se tenait le plus près de lui se retourna à ces mots, visiblement surpris et contrarié ; il s'agissait du jeune Mikau.

« Comment ça, "elle a fugué par ta faute" ? finit-il par demander sur un ton excédé. Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire, à la fin ? Qu'est-ce que tu as bien pu lui faire pour qu'elle en vienne à s'enfuir ?! »

Jugeant qu'il était inutile de mentir, le petit garçon blond bredouilla honteusement en détournant le regard :

« Je lui ai dit qu'elle était laide et méchante et que je la détestais… »

Il vit le jeune Zora blêmir et ouvrir tout rond ses grands yeux noirs qui le fixaient et sa bouche d'où aucun son ne put d'abord sortir ; puis Mikau finit par râler :

« Non… Mais qu'est-ce que tu as fait ?! Tu es fou ? Dire que tu la détestes à une pauvre petite orpheline qui se sent seule au monde… ça a dû lui briser le cœur !

– Mais… protesta faiblement Link qui se sentait tellement coupable que même l'injustice de cette accusation ne parvenait pas à le convaincre entièrement du bien-fondé de protester. Tu exagères ! Elle est tellement méchante avec moi…

– Elle n'est pas méchante, objecta soudain le jeune Zora à la peau claire en baissant tristement la tête. Elle n'a pas toujours été comme ça. Quand sa maman était encore en vie, c'était une petite fille douce et gaie, qui ne faisait que rire, sourire et chanter… Elle est malheureuse, tu comprends ? Et toi tu en rajoutes ?! »

Link fut extrêmement surpris de ces paroles ; pour lui, Mikau divaguait purement et simplement, c'était tellement invraisemblable ! Et ce qui l'étonnait le plus était que ce jeune homme, qui n'avait rien à faire avec une petite fille de dix ans, puisse prendre sa défense et lui trouver des excuses de la sorte alors qu'elle était constamment insupportable, savoir à son sujet quelque chose suscitant son indulgence alors qu'il ne la connaissait pas en privé et qu'elle n'affichait en public rien qui incite à l'indulgence… C'était quand même un comble qu'on puisse le condamner, lui, pour s'être emporté une fois, et l'excuser, elle, d'être méchante tout le temps !

Zelda était une princesse orpheline de mère, elle aussi, mais ne s'était jamais montrée méchante ! Et même Malon avait perdu sa mère, mais elle était pourtant la gentillesse incarnée ! Vraiment, ce n'était pas une excuse !

Un peu froissé et assez sceptique, le jeune Hylien blond répondit sans conviction :

« Bon, ça va, ne te fâche pas, j'ai bien dit que j'allais vous aider à la chercher…

– Mais c'est bien le moins que j'attendais de ta part, le sermonna le jeune Zora au visage fin et aux longues ouïes pendantes. D'ailleurs, j'ai quelque chose pour toi. Tu n'arriveras jamais à explorer le fond de la mer sans cet outil… »

Il tendit alors à Link une petite combinaison en viscose qui ressemblait à une queue de poisson, un sac resserré au fond avec des palmes souples cousues au bout.

« C'est un habit de sirène, reprit Mikau, pour aider les enfants à apprendre à nager… Nous espérons en vendre beaucoup aux humains à notre prochaine escale, parce que tu te doutes bien que nous, nous n'en avons pas besoin ! Elle est étanche, et enduite d'une potion magique qui a pour effet d'entourer le nageur d'une pellicule d'air respirable dès qu'elle touche l'eau, avec ça tu vas pouvoir nager sous l'eau aussi bien qu'un Zora.

– Merci, s'exclama le petit garçon tout excité. Je te promets que je retrouverai la princesse Ruto !

– Ce serait du meilleur effet, admit le jeune Zora. J'ai prévu d'aller au Nord, je te charge d'aller au Sud. » Et, tandis que Link allait s'éloigner, il ajouta plus bas : « Et surtout, pas d'entourloupe. Tu la cherches, tu n'en profites pas pour t'enfuir, hein ? Sinon je te retrouverai, et je te briserai… »

Son enthousiasme quelque peu refroidi, le petit garçon suivit sans dire un mot les gardes qui se rendaient dans la bouche de Jabu-Jabu, enfila l'habit de sirène tandis que l'un d'eux commandait au gigantesque poisson, en y pensant très fort tout en touchant la chair de sa joue du plat de la main, de les laisser sortir, et enfin il vit la luette obstruer l'œsophage, les immenses dents s'écarter et un torrent d'eau se déverser dans la cavité…

Il eut un bref mais intense moment de panique à l'idée qu'il allait se noyer aussitôt ; et c'est là qu'il s'aperçut qu'il y voyait et respirait sans mal : l'habit de sirène magique pour explorer les fonds marins fonctionnait parfaitement… Link battit des jambes pour avancer, son mouvement se transmit instantanément dans les palmes cousues au bout, qui le répercutèrent en une oscillation puissante et harmonieuse qui reproduisait à l'identique le va-et-vient de la nageoire caudale d'un cétacé ; le petit garçon fusait à travers l'eau comme un bouchon de champagne pratiquement sans effort…

S'il n'avait pas été aussi préoccupé, il aurait certainement admiré la prouesse technologique que représentait cette combinaison capable de faire nager un humain comme un Zora, et se serait sans doute extasié devant la féerie des fonds marins qu'il voyait pour la première fois, le bleu turquoise hypnotique de l'eau à perte de vue, l'orangé pastel des récifs de corail, longues langues rugueuses par milliers sur de longues langues rugueuses par milliers comme les rameaux des branches d'arbres de pierre, le vert sombre des algues et des plantes sous-marines enracinées au fond et s'élevant vers la surface avec des gerbes de bulles s'échappant droit à la verticale, le scintillement doré du soleil miroitant dans les crêtes des vagues en dessins entrelacés sans cesse changeants au-dessus de lui, le ballet surréaliste des bancs de centaines de poissons colorés et irisés filant, tournant et bifurquant ensemble comme un seul ; mais il était bien trop préoccupé par l'idée qu'il avait fait fuir la petite Ruto, qu'elle était peut-être en danger par sa faute, et qu'il devait absolument la retrouver avant qu'il lui arrive malheur pour admirer ou s'extasier de quoi que ce soit.

Rien n'aurait pu le distraire, et rien n'aurait pu l'arrêter.

C'est alors que surgit devant lui la plus grave menace que renferme la mer, la hantise de tout ce qui y vit et de tout ce qui doit y naviguer : un requin…

Un grand requin blanc, le plus grand, le plus agressif, le plus dangereux, le plus meurtrier des prédateurs marins, quatre mètres de long, son aileron dorsal pointu évocateur des pires histoires d'épouvante, un visage de cauchemar avec son nez pointu caractéristique, sa gueule béante aux six rangées de dents acérées et ses deux petits yeux ronds, fixes et vitreux, glaçants de fureur imbécile…

N'importe qui perdu en mer et face à ce monstre aurait dû perdre la raison de terreur ; mais Link, lui, se sentit juste… agacé ; furieux de ce nouveau contretemps l'éloignant encore un peu plus de la petite fille en danger… Ce n'était pas cette bestiole débile qui allait le détourner de sa quête, encore moins lui faire peur, et surtout pas le menacer physiquement : il avait son épée en bois à la ceinture qu'il était tout disposé à dégainer au moindre pet de travers pour éventrer l'animal, et d'ailleurs quand bien même il n'aurait pas eu son épée en bois à la ceinture, il aurait bien été capable d'éventrer l'animal de ses mains…

…et l'animal dut le sentir car, commençant à se tordre en tous sens sans approcher de l'enfant comme pour masquer son embarras, il ne tarda pas à filer très loin et très vite d'un seul coup de queue…

Fronçant les sourcils d'un air qui semblait vouloir dire quelque chose comme "c'est qui le patron ?!", le garçon blond reprit sa course vers le Sud ; il nagea, nagea, nagea encore, pendant une bonne partie de la journée, et enfin, tandis que le soleil approchait de l'horizon, il comprit pourquoi Mikau l'avait envoyé dans cette direction. À plusieurs endroits, le fond marin couvert de sable s'élevait brusquement en pentes raides et interminables qui crevaient la surface de l'eau au-dessus : Link venait d'accoster un archipel.


« Hé les gars, regardez un peu ce que je viens de ramasser sur la plage ! »

Lorsque les quatre têtes de ses camarades eurent jailli de la surface du lac, le Zora des lacs jeta devant eux comme un sac de patates la petite Ruto qu'il tenait par le bras…

Soyons parfaitement clairs sur ce point, les Zora des lacs n'avaient rien à voir avec les Zora des mers, c'étaient des créatures sensiblement différentes qu'il fallait se figurer : verts, couverts d'écailles, ceux des lacs tenaient de l'animal plus que ceux des mers ; leur visage n'avait rien d'humain, avec leurs yeux vides et globuleux au regard glaçant, leur gueule béante aux épaisses babines couleur poisson rouge, leurs palmes aux ouïes et leur crête palmée de la même couleur courant du haut du crâne au milieu du dos, leurs mains palmées sans pouce opposable et leur queue ; en outre, là où ceux des mers fréquentaient sans réticence ni préjugés les autres espèces douées de raison qu'ils pouvaient rencontrer, ceux des lacs avaient gardé un comportement primaire d'agression sans discernement de tout intrus, animal ou humanoïde, quel qu'il soit…

Aussi, qu'ils se soient emparés de la petite fille n'augurait rien de bon pour elle…

D'ailleurs, loin de sa superbe et de sa vindicte habituelles, elle semblait éteinte, hébétée, abattue, comme tellement consciente de son impuissance qu'elle ne voyait plus à quoi bon réagir…

« Qu'est-ce que c'est ce truc ? grogna l'un des Zora des lacs.

– On dirait une femelle Zora des mers, commenta un autre.

– Oh, tiens, minauda un troisième, une de leurs Majestés les grands et beaux Zora des mers qui nous méprisent, égarée parmi nous ?! Eh ben elle va voir qui c'est qui méprise l'autre !

– Tout juste, gronda celui qui leur avait amené la fillette avec une expression hideuse et effrayante, j'avais pensé en faire notre femelle reproductrice. Notre femme commune. Notre pute, quoi ! »

Concert de rires gras.

« Faites ce que vous voulez, bredouilla soudain la petite fille d'une voix faible et tremblante en fixant le sol de ses yeux mornes avec une moue de triste résignation, de toute façon c'est tout ce que je mérite, je suis vilaine et je pue le poisson pourri…

– T'inquiète, railla l'un des Zora des lacs dans un éclat de rire méprisant, avec un sac sur la tête tu seras très baisable ! Ha, ha, ha !!! »

Ruto ferma tristement les yeux, qu'elle sentait se remplir de larmes…

Elle avait répété mot pour mot les paroles de Link, parce que ces paroles s'étaient imprimées à jamais dans son cœur d'enfant…

Si seulement il ne lui avait pas tourné le dos et ne s'était pas éloigné, il aurait pu la voir réagir à son coup de colère comme personne ne se serait jamais attendu à ce qu'elle réagisse.

Loin de se vexer, de se mettre en colère à son tour et de riposter par des insultes encore plus grossières criées encore plus fort comme elle l'aurait fait d'habitude, comme elle le faisait toujours à tout le monde, la petite princesse était restée muette, pétrifiée, interdite, bouche ouverte et yeux fixes, incapable de parler, de bouger, de réagir… Puis peu à peu, les lèvres de sa bouche ouverte s'étaient mises à trembler, ses yeux fixes s'étaient embués de larmes et, dans un hoquet déchirant le silence de mort et un spasme qui avait secoué ses épaules, elle s'était mise à pleurer, pleurer encore et encore, à fendre l'âme… Sans cesser de pleurer, incapable de s'arrêter de pleurer, comme si les larmes coulaient d'elles-mêmes, complètement assommée de chagrin, elle avait emprunté son passage secret, un fin tunnel, juste assez grand pour elle, conduisant dans le gros intestin de Jabu-Jabu et, rampant dans ses excréments sans paraître s'en soucier, incapable de s'arrêter de pleurer, elle s'était enfuie, évacuée par l'anus du poisson avec ses déjections ; comme de la merde.

Car c'était exactement ce qu'elle avait l'impression d'être à cet instant…

Elle avait nagé, au hasard, ses larmes se confondant avec l'eau salée de la mer, se laissant porter par les courants, laissant ses membres nager tous seuls et ses larmes couler librement, sans penser à rien ; au bout d'un moment, l'eau était devenue chaude et peu profonde ; la petite fille était arrivée à l'archipel du Sud ; alors elle avait touché terre, s'était avancée sur la plage, puis dans la forêt qui entourait la plage ; pourquoi pas ? Elle s'en fichait…

Et c'était là, alors qu'elle passait en marchant tristement d'un pas lourd à côté de la rivière qui traversait la forêt, que le Zora des lacs l'avait aperçue et s'était jeté sur elle…


Link mit pied sur la plage de sable fin et doré, ôtant sa combinaison de sirène et la pliant soigneusement pour la dissimuler sous une grosse pierre ; comme la neige l'hiver d'avant, il n'avait jamais vu de plage jusqu'à ce qu'il quitte sa forêt, mais il était trop tendu pour intégrer qu'il en aimait la texture et le crissement sous ses pieds, la couleur claire et chaude et la discrète odeur iodée ; il avait le visage fermé et le regard dur ; il n'aurait pas su dire pourquoi, il avait la certitude que Ruto était sur cette île ; et si ce n'était pas le cas, tandis qu'il s'avançait à travers des cocotiers dont l'ombre presque bleue par contraste avec la vive lumière des zones en plein soleil répandait une fraîcheur bienfaisante et très perceptible, il se disait qu'il pourrait au moins en interroger les habitants ; elle semblait vaste, peut-être bien une lieue de diamètre, couverte d'une forêt dense, et en son centre trônait une colline, monticule de quatre ou cinq cents mètres de haut duquel on voyait s'écouler une rivière ; il décida de suivre celle-ci jusqu'à sa source au sommet.

« Ah ha, ha, ha ! Non mais regardez-moi cette empotée ! »

Les Zora des lacs étaient convenus que Ruto était encore beaucoup trop petite pour leur servir de reproductrice, mais en revanche ils ne s'étaient pas privés d'en faire leur domestique. Depuis un long moment, ils la forçaient à porter sans le laisser tomber un plateau chargé d'un monceau de nourriture si lourd que ses petits bras tremblaient d'effort, tout en lui tirant leurs crachats brûlants dans les jambes ; une glande dans leur gueule produisait en effet un venin contenant une molécule chimique qui subissait en sortant, au contact de l'oxygène contenue dans l'air, une réaction la transformant en un composé proche du napalm ; pas en assez grande quantité pour brûler, mais capable de causer des impacts aussi forts qu'une grosse gifle accompagnés de douloureuses irritations ; résistant bravement, mais à bout de forces depuis plusieurs minutes, la pauvre fillette avait fini par trébucher et s'étaler par terre, répandant dans le sable et les graviers tout le repas de ses ravisseurs ; c'était le signal qu'ils attendaient, le prétexte pour engager la curée…

C'est à l'instant précis où l'un d'entre eux allait lui décocher un violent coup de pied dans les côtes alors qu'elle était à terre, pleurant en silence, qu'une voix d'enfant, haute et claire, mais d'une puissance qui résonna comme un coup de tonnerre, les fit tous sursauter :

« Ne la touche pas ! »

La petite fille à la peau bleue reconnut cette voix ; elle leva la tête, et vit devant elle, comme dans un rêve, celui à qui elle avait fait tant de mal venu pour la sauver ! Link était bien le même, cheveux blonds en bataille, grands yeux bleus, un pourpoint vert, un bonnet vert sur la tête et ses bottes de cuir aux pieds, mais légèrement penché comme un animal acculé prêt à mordre, l'épée à la main et une expression de rage démente sur son beau visage potelé de petit garçon, il semblait en même temps très différent…

Mais apparemment, aux yeux de cinq créatures maléfiques cracheuses de feu, un petit garçon seul avec une fausse épée en bois n'était pas aussi impressionnant que pour elle…

« Oh, tiens, minauda l'un des Zora des lacs, c'est notre jour de chance on dirait ! Un autre esclave ! »

C'est à ces mots que Ruto ne put se retenir de lui crier, retrouvant entre ses larmes son ton hautain de princesse capricieuse :

« Non, c'est mon héros, venu pour me sauver, et dans un moment vous ferez moins les malins ! »

Pris d'un fou rire en entendant des propos qui leur semblaient si irréalistes et grotesques, les monstres aquatiques se dirigèrent vers le garçon blond avec une attitude agressive et méprisante, croyant l'encercler et le maîtriser sans mal…

…et en l'espace de quelques secondes, sans que personne ait vraiment compris comment, ils étaient tous les cinq à terre à se tenir qui un bras, qui une jambe en criant de surprise et de douleur sans que Link ait reçu le moindre coup…

Le petit garçon remua le poignet, son épée tournant avec un sifflement dans l'air ; son cœur cognait si fort dans sa poitrine qu'il croyait défaillir à tout instant, une espèce de chaleur brûlante lui picotait les tempes et les sinus et ses pupilles dilatées voyaient tout blanc et trouble…

Mais il aimait ça.

Il sourit, un sourire qui retroussa les commissures très marquées de ses lèvres et ourla celle du haut, un de ces sourires devant lesquels les femmes se seraient déshabillées et couchées sans résistance s'il n'avait été qu'un tout petit peu plus âgé…

Il aimait ça ; il aimait cette sensation de perte totale de contrôle de lui-même ; ou plutôt, de pleine conscience de lui-même, de son corps, de sa force…

Pour la première fois de sa vie, il se sentait Héros du Temps.

Ruto, elle, avait des papillons devant les yeux…

Les Zora se relevèrent, l'air beaucoup moins suffisant et beaucoup plus menaçant ; Link se retourna, regard dur, visage fermé, et repartit à l'assaut ; ses gestes étaient désordonnés, hasardeux, il n'avait aucune technique, aucune formation aux armes, il se contentait de moulinets et de frappes, mais il y mettait tellement de force, de vivacité et de hargne, frappant sans s'arrêter, sans reculer, qu'il faisait à lui seul jeu égal avec ses cinq adversaires.

Cependant, la donne changea lorsqu'un crachat de napalm bien appliqué de l'un des hommes poissons mit le feu à la lame en bois de sa petite épée ; il la lâcha aussitôt, évitant de se brûler, mais se retrouvant sans arme.

Mais ce n'était pas à ça qu'il pensait ; sans arme ? La belle affaire ! Dans sa rage guerrière, sa folie meurtrière, le seul sens que prenait l'incident à ses yeux était tout autre :

« Ah salaud ! rugit-il avec une grimace hideuse. C'était mon cadeau de Noël ! »

La petite princesse l'entendit et, désormais toute acquise à sa cause, elle ressentit la même indignation et s'écria :

« Méchant ! C'était son cadeau de Noël ! »

Et joignant le geste à la parole, elle ramassa un gros galet, se redressa et le jeta avec une précision diabolique dans la tempe de l'un des monstres, qui décolla du sol pour aller s'y affaler un peu plus loin assommé.

Du tac au tac, un autre riposta en crachant du venin incendiaire en direction de la petite fille, qui s'enfuit vers les bois en criant ; Link le bouscula sans ménagement pour le faire cesser, et profita de sa chute cul par terre et de la surprise des trois autres pour courir rejoindre la fillette ; il l'attrapa par les épaules dans un geste protecteur contre d'autres éventuelles projections de napalm, tout en lui lançant dans sa course :

« On s'arrache ! Cours, cours, ne t'arrête surtout pas ! »

Mais là, comme si le mauvais sort l'avait entendu et avait décidé de le prendre au mot avec une ironie que le garçon aurait sûrement goûtée s'il n'avait pas été trop occupé à fuir, la petite fille se tordit la cheville avec un cri perçant…

« J'ai mal ! J'ai mal ! Je ne peux plus marcher ! »

Il la regarda en fronçant les sourcils, incrédule, comme si elle faisait un nouveau caprice.

« Ne me laisse pas ! », implora-t-elle.

Les Zora des lacs approchaient à toute vitesse, on pouvait déjà entendre enfler leurs voix et le bruit de leurs pas sur l'herbe et les brindilles…

« On dirait que je vais encore devoir te porter », ronchonna Link.

Mais cette fois, ce n'est pas comme un baudet charrie son maître sur son dos qu'il la souleva, mais comme un homme fort prend dans ses bras la faible femme qu'il a juré de protéger, un bras sous les genoux et l'autre sous le dos ; la petite Ruto en ressentit une émotion plus intense qu'elle n'aurait dû, une émotion qu'elle ne connaissait pas et qui lui donna envie sans qu'elle sache trop bien pourquoi de passer ses bras autour du cou de Link, de se blottir contre lui, de nicher son visage dans le creux de son cou…

Pourquoi… ?

Il était pourtant si laid, si blanc et si poilu…

Mais non.

Elle ne le trouvait pas laid…

Soudain, elle fut tirée de sa rêverie en le sentant s'arrêter brusquement de courir, rouvrit les yeux, et comprit avec horreur pourquoi : en plus de le ralentir par sa stupide entorse à la cheville, elle l'avait entraîné dans la mauvaise direction !

Il avait dû se figer en catastrophe, manquant de perdre l'équilibre, devant le bord d'une falaise qui tombait à pic dans l'un des bras de la rivière cinquante bons mètres en dessous !

Et les Zora des lacs approchaient en ricanant…

Sans lâcher Ruto, ni se départir de son visage dur et de son regard assassin, Link se retourna, leur faisant face et tournant le dos au vide.

« Laisse tomber, la crevette, se moqua l'un des assaillants, cette fois tu ne peux plus nous échapper, alors tu nous laisses la petite pute et, oh, disons… tu te jettes tout de suite dans le vide, sinon c'est moi qui te jette… »

Tout en le fusillant d'un regard souverainement méprisant, le petit garçon blond vêtu de vert fit un pas en arrière, puis un autre, et encore un autre…

« Tu as confiance en moi ? lâcha-t-il en coin à la fillette bleue.

– Oui, mais pourquoi… ? »

Alors, la tenant toujours fermement dans ses bras, il se laissa tomber en arrière du haut de la falaise, lui arrachant un hurlement de terreur, et ils chutèrent comme une pierre de plus de cinquante mètres de haut droit dans la rivière où ils coulèrent à pic…

« Oh ben ça alors ! balbutia l'un des Zora. C'est bête, ça !

– Oui, approuva un autre, dommage pour la petite.

– Ce gosse avait un grain, commenta un troisième. Enfin, tant pis pour eux, aucune chance qu'ils s'en soient tirés… »

Le soleil venait de toucher l'horizon.

Hochant la tête d'un air entendu, les quatre créatures rebroussèrent chemin, retournant à leur clairière voir si leur camarade assommé se sentait mieux.


À quatre pattes sur la berge, Link crachait et toussait ; il était trempé jusqu'aux os, et avait même perdu son bonnet dans sa chute ; à côté de lui, Ruto s'était assise jambe étendue devant elle aussi confortablement que sa cheville douloureuse le lui permettait, et l'observait mi-admirative mi-intimidée sans oser dire un mot.

Avec des gestes visiblement exaspérés, le jeune héros ôta ses bottes et son pourpoint, les tordit fortement dans ses mains pour les essorer, et s'apprêtait à en faire de même avec son slip quand, enfin, il tourna la tête vers la petite princesse zora et lui lança sur un ton blasé :

« Au fait, Votre altesse veut-elle s'assurer encore une fois de la petitesse ridicule de mon sexe d'eunuque efféminé ?

– Non », répondit tristement la petite fille en baissant piteusement les yeux.

Alors il lui tourna le dos, ôta son slip, l'essora à son tour et le remit.

« Pff, ronchonna-t-il, la nuit tombe… Ça ne va jamais sécher… »

Repérant une anfractuosité au pied de la falaise du sommet de laquelle ils venaient de sauter, dont la rivière s'éloignait pour obliquer vers la plage, il s'y dirigea vêtements à la main et fit de l'autre signe à la fillette de l'y suivre ; il la laissa sans pitié boiter et grimacer jusqu'à leur abri de fortune.

Quand elle s'y laissa enfin tomber assise à côté de lui, elle vit sur son visage un masque de dureté et de froide colère ; les lèvres tremblantes et les yeux embués, elle hasarda d'une toute petite voix :

« Tu es encore fâché ?

– Oui ! explosa-t-il alors. Tu es complètement folle, ou quoi ? Ça ne va pas, de fuguer comme ça ? Tu te rends compte comme tout le monde était inquiet ? Tu te rends compte comme c'était dangereux ?! Pourquoi t'as fait ça ?!

– Parce que tu me détestes ! » s'effondra-t-elle en pleurs.

Link se sentit bizarre à cette réponse, quelque part entre la colère contre elle et la honte de lui-même… Pour une fois dans sa vie qu'il avait été méchant, les conséquences en étaient donc si graves ? Il avait du mal à le croire…

« Tu dis n'importe quoi, trancha-t-il avec mauvaise humeur. Tu n'as rien à faire de moi, je ne suis rien pour toi. Je ne suis qu'un étranger qui te sert d'esclave, mon avis n'a aucune importance, alors trouve une autre excuse.

– Non, c'est pas vrai, protesta la petite fille à travers les sanglots qui la secouaient. C'est toi le plus important ! Les autres ils me font des courbettes et des sourires polis, mais dans mon dos je sais qu'ils s'en fichent de moi, y'a que toi qu'es pareil que moi, t'es le seul enfant de mon âge qui joue avec moi. Alors si tu me détestes j'ai plus personne ! »

De grosses larmes coulaient sans discontinuer de ses yeux mauves, elle sanglotait, hoquetait et toussait à grand bruit et chaque sanglot, chaque hoquet et chaque toux la secouaient si fort qu'on aurait dit qu'elle allait se disloquer…

Même s'il ne l'appréciait pas beaucoup et s'il était furieux des risques inconsidérés qu'elle avait pris et lui avait fait prendre, le garçon blond ne put rester insensible à son chagrin… il comprenait peu à peu que le jeune soldat Mikau avait vu juste : la petite fille avait l'air de se sentir terriblement seule et malheureuse…

« C'est normal que je te déteste, expliqua-t-il alors d'une voix plus douce pour essayer de la calmer un peu. Tu as été tellement méchante avec moi…

– Pardon ! », s'écria-t-elle spontanément.

Il en fut très surpris ; l'orgueilleuse princesse des Zora, demander pardon ?

« Pardon, poursuivit-elle à travers ses larmes, c'est que tout le monde s'en fiche de moi, alors je sais pas comment faire pour attirer l'attention des gens. J'ai l'impression que si je me fais pas remarquer, on me remarquera jamais ! Et toi je voulais vraiment que tu me remarques, que tu fasses attention à moi et que tu m'oublies jamais, parce que t'es mon ami !

– Tu veux dire que tu as été si méchante avec moi parce que… tu m'aimes ?!

– Voui ! sanglota-t-elle. Et même que t'es pas moche et que ton zizi il est pas petit ! Je t'ai dit que des bêtises, en vrai je t'aime ! Mais depuis que ma maman elle est morte, j'ai peur d'aimer quelqu'un, parce que je veux plus que les gens que j'aime ils meurent ! »

Comme il l'avait mal jugée !

Comment aurait-il pu encore lui en vouloir alors qu'elle lui dévoilait son cœur, le fond même de son âme toute nue ?

Ému, touché, bouleversé, il se sentit envahi par une bouffée de compassion et d'affection, et eut presque honte de l'avoir détestée…

« Et c'est pour ça que tu faisais semblant de ne pas m'aimer… murmura-t-il en lui tendant les bras avec un regard fiévreux. Oh, mon p'tit poisson, viens là… »

Alors il la prit dans ses bras et la serra fort, tendrement contre lui ; elle s'abandonna complètement entre ses bras, contre sa poitrine, pleurant tout son soûl, évacuant sa peur, son chagrin, ses sentiments trop longtemps refoulés, et lui ne ressentait plus aucune colère contre elle, juste une infinie tendresse pour cette petite fille, cette pauvre petite fille plus malheureuse que méchante, seule, qui n'avait simplement pas su ou pas voulu affronter seule le chagrin de la perte de l'être le plus cher…

Après une nuit fraîche et inconfortable, Link rapporta des bananes à Ruto, ils se restaurèrent, puis il la prit dans ses bras et l'amena à la plage du Nord par où il était arrivé la veille ; le petit garçon déterra sa combinaison de sirène, et ils se jetèrent dans l'eau et nagèrent vers le Nord toute la matinée ; la petite fille malgré son entorse avait beaucoup moins de mal à nager qu'à marcher.

Enfin, vers midi ils aperçurent la silhouette vermeille imposante du poisson Jabu-Jabu, se firent gober et rentrèrent chez eux avec soulagement ; quelles ne furent pas la joie, la gratitude et l'émotion du vieux roi Zora et de sa cour ! On banda la cheville de la petite, et on leur donna à manger jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus.

Beaucoup plus tard, alors que la journée touchait à sa fin, Mikau rentra à son tour longtemps après les autres, épuisé, mort d'angoisse et désespéré ; c'est alors qu'il eut la surprise d'être accueilli en héros alors qu'il n'avait rien fait : Link avait raconté à tout le monde que c'était le jeune seconde-classe zora qui lui avait donné l'habit de sirène et l'avait envoyé à l'archipel du Sud, et insisté sur le fait qu'il n'aurait jamais retrouvé la princesse sans ses conseils ; celle-ci lui donna même un baiser.

Ces quelques mots, cette attention toute simple, firent naître une amitié indéfectible entre les deux garçons.

Par la suite, Ruto ne fut plus jamais méchante avec Link ; enfin on les voyait vraiment jouer ensemble, comme deux enfants, et non l'une avec l'autre, comme avec un jouet, ils discutaient, riaient, et désormais quand Link portait encore Ruto, c'était dans ses bras et parce qu'il le voulait bien ; Mikau les surveillait d'un œil attendri ; le petit Hylien avait accepté de rester aussi longtemps que la cheville de la petite Zora ne serait pas guérie ; curieusement, la petite fille se plaignit qu'elle souffrait encore pendant plus d'un mois et demi…

Enfin vint le moment de se séparer : l'automne approchait et les Zora allaient poser pied quelques jours sur les côtes d'Hyrule pour faire des provisions pour l'année à venir, ce serait l'occasion d'y déposer le petit garçon blond ; la princesse insista pour qu'on lui fît une cérémonie d'adieux…

Ce fut très digne, quoique fort simple : tout le monde debout face à Link, le roi et sa fille en tête, chacun le remercia à tour de rôle de sa gentillesse et du service inestimable qu'il avait rendu au peuple zora ; le roi le déclara ami des Zora et leur invité permanent, et la petite Ruto se colla à lui comme du lierre pour lui faire des bisous, avant de déclarer solennellement :

« Quand je serai grande, je me marierai avec toi ! »

Attendri et amusé de sa naïveté, Link se retint de rire, et répondit simplement avec un sourire indulgent en coin :

« Si tu veux… »

Ignorant encore quelles conséquences inattendues aurait sa réponse trop conciliante quelques années plus tard, le petit garçon prit congé et retrouva enfin sa terre et son peuple, riche d'une nouvelle expérience et armé d'une nouvelle détermination, désormais tourné vers l'avenir, son avenir, sa mission, devenir le vrai Héros du Temps…