Aussitôt que les endorphines libérées dans son cerveau par l'orgasme eurent commencé à se dissiper, Nabooru retrouva sa dureté naturelle et renvoya Link.

L'obliger à coucher avec elle était une preuve éclatante de sa supériorité sur lui, mais passer la nuit avec lui, comme avec un époux, aurait été une marque infâmante de faiblesse et de soumission à un mâle contraire à toutes les règles gerudo.

Le garçon regagna sa tente tête basse, en priant pour ne croiser personne ; il était tellement bouleversé par cette expérience, dont sa peau et tout son être gardaient le moindre souvenir, le moindre geste, le moindre son, la moindre odeur, la moindre sensation, et qu'il tournait et retournait sans fin dans sa tête et dut bien se repasser en imagination au moins un millier de fois dans l'intervalle des cinq cent mètres qui le séparaient de son lit, qu'il n'aurait probablement pas pu fermer l'œil de toute la nuit s'il n'avait pas été épuisé et vidé de toute force et de tout influx nerveux au point de sombrer dans le sommeil comme une masse sitôt allongé…

Il se réveilla le lendemain pour sentir le malaise de la veille revenir aussitôt l'envahir. Se tenir le sexe au moment d'uriner lui causa un sentiment étrange de honte ; il baissa piteusement les yeux à terre chaque fois qu'il croisa une Gerudo.

Il n'aurait pas su dire pour quelle raison il se sentait aussi mal à l'aise.

Probablement parce qu'il aurait aimé donner un sens à ce qui s'était passé, mais qu'il n'en trouvait aucun… Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Était-il… son petit ami ?

Si c'était le cas, ça lui donnait certains devoirs envers elle.

Si ce n'était pas le cas, ce qui s'était passé entre eux perdait tout sens…

Link ne savait plus que penser ; ce qui était pour les autres garçons un motif de fierté et de satisfaction était pour lui une source d'angoisse et de culpabilité.

Le matin il s'acquitta de ses corvées ménagères sans entrain, le midi il déjeuna sans appétit, et à l'heure de la sieste il resta étendu sans trouver le sommeil ; mais l'après-midi quand vint le moment de son entraînement aux armes avec la reine, son estomac se noua comme jamais il n'avait été noué…

La superbe femme à la peau caramel et aux yeux noisette fardés d'or entra dans l'arène sablonneuse en faisant siffler la lame de son cimeterre à grands gestes énergiques, sa longue queue-de-cheval de feu soyeux allant et venant derrière ses épaules au rythme de son déhanché racé ; le garçon blond à sa vue sentit son cœur s'arrêter presque et dut inspirer profondément et péniblement, à grand bruit, pour ne pas étouffer…

Comment allait-elle réagir ?

Allait-elle lui sourire ? L'appeler "chéri" ? L'embrasser ? Allait-elle le traiter comme… son petit ami ?

Il retint son souffle quand elle vint se camper devant lui.

Peut-être était-ce à lui de se conduire en petit ami ? De lui sourire ? De… non, jamais il ne pourrait l'appeler "chérie", et encore moins l'embrasser !

Que faire, alors ?

Il était planté là, à la contempler de ses grands yeux bleus candides avec un regard interrogateur, presque implorant, souffle court, cherchant que dire, que faire et rassemblant son courage pour essayer de lui sourire, quand elle lui épargna cette peine en prenant la parole la première.

Ni sourire, ni mot doux, ni baiser :

« En garde, chien d'esclave ! »

Il resta interdit ; la surprise, une désagréable surprise, glaçante, que lui causa le ton cassant de ces paroles lui en occulta le sens, et il en resta si abasourdi et meurtri qu'il en oublia d'y réagir…

Irritée de son absence de réaction, la Gerudo perdit patience et lui asséna un brusque revers de sa lame ; le garçon ne l'évita que de justesse, s'effondrant au sol les fesses dans le sable.

« Réagis, chien d'homme ! », lui cracha-t-elle.

Penaud, il se remit debout, ramassa son épée et se mit en garde, et la séance d'entraînement commença.

Mais rarement il avait aussi mal combattu…

Il retenait ses coups. Revoyant avec un pincement au cœur leurs étreintes amoureuses, ses cambrures et ses va-et-vient sur lui à chaque mouvement qu'elle faisait, et ressentant comme une abomination qu'un homme digne de ce nom lève la main sur la femme qui partage son lit, il ne pouvait plus se résoudre à frapper, et ses coups étaient lents, mous et inefficaces, quand il ne se bornait pas à encaisser les siens à grand-peine.

Nabooru était furieuse. Après une petite heure de cette mascarade, elle le renvoya avec un bon nombre de plaies et de bleus supplémentaires et une bordée d'injures bien avant que le soleil ait touché la cime de la colline, et il est inutile de préciser qu'elle ne le sollicita pas ce soir-là…

Elle ne l'avait pas embrassé, elle ne lui avait pas dit de mot doux, elle ne lui avait pas souri, elle n'avait pas même fait la moindre allusion à leur soirée de la veille ; en fait elle n'avait rien changé à son attitude envers lui, rien n'avait changé, comme si rien n'était arrivé, comme si leur soirée de la veille n'avait jamais eu lieu.

Comme si elle ne lui avait jamais fait l'amour…

Allongé mains sous la tête sur sa couchette, fixant la toile bleue de sa tente au-dessus de lui, il sentit une larme sourdre de son œil embué et rouler sur sa tempe jusqu'au creux de son oreille en repensant à sa dureté, aux coups impitoyables qu'elle lui avait infligés, à ses insultes, et plus loin à ses menaces de le tuer au moindre faux-pas dès son arrivée, à tout ce qu'elle lui avait dit sur sa haine des hommes, et peu à peu, comme l'ombre d'une montagne recouvre progressivement la vallée à ses pieds à mesure que le soleil décline, il comprit.

Elle ne lui avait jamais fait l'amour.

Elle avait juste pris son plaisir de lui.

Ce qui s'était passé ne voulait rien dire, n'avait aucun sens.

Elle s'était seulement servi de lui pour satisfaire un besoin sexuel, oui, elle en avait fait son jouet sexuel, elle était la reine d'une tribu de femmes haïssant les hommes et lui son prisonnier, c'était dans l'ordre des choses qu'elle use de ses droits sur lui pour en faire son jouet sexuel, sans que ça change rien à ses sentiments pour lui, sans que ça change rien à leur relation, rien n'avait changé et rien ne changerait.

Et le comprenant, il l'accepta et ne s'en accommoda que mieux.

Aussi s'endormit-il rasséréné et dormit paisiblement d'une seule traite.

Il se réveilla le lendemain de bonne humeur, frais et dispos ; le malaise de la veille s'était dissipé, à nouveau il marchait tête haute seul mâle parmi les farouches femmes gerudo, sûr de lui, sûr de sa mission, sans honte.

Le matin il s'acquitta de ses corvées ménagères avec entrain, le midi il déjeuna avec appétit, et à l'heure de la sieste il profita avec plaisir de ce moment de répit avant de passer à ce qui lui importait vraiment ; et enfin l'après-midi quand vint le moment de son entraînement aux armes avec la reine, il avait retrouvé sa fougue, sa force, sa technique élégante et appliquée, sa rage de vaincre, son regard bleu métal et son sourire exalté.

Tout ce qui plaisait tant à Nabooru…

Aussi ce soir-là, c'est tout naturellement, sans même y penser, presque sans s'en rendre compte, qu'ils se retrouvèrent sauvagement enlacés sur le lit de satin bleu et or de la reine.

Dès lors, le sexe devint pour ainsi dire partie intégrante de son entraînement, et inutile de dire qu'il y prit goût.

Et s'y révéla très doué !

Pratiquement chaque fois que la résistance et la combativité du jeune garçon avaient piqué l'intérêt et déchaîné l'enthousiasme de la reine pendant la journée, elle l'appelait dans sa chambre et couchait avec lui le soir ; se contentant les premières fois de prendre vite et fort tout le plaisir qu'elle pouvait de lui, elle se prit peu à peu de sympathie pour lui, ainsi peut-être que du secret espoir de se façonner un homme selon ses goûts en sa personne, et lui enseigna tout ce qui plaît aux femmes et leur donne du plaisir, où et comment toucher, où et comment caresser, frôler des doigts, des lèvres, de la langue, comment bouger, quand s'enflammer et quand prendre son temps, quand être délicat et quand être brutal, quand n'écouter que la femme entre ses bras et quand laisser enfin parler l'homme en lui…

Et si lui y prenait goût, elle commençait à prendre goût à lui…

Un soir qu'il était tellement épuisé et amoché, tellement couvert d'hématomes et de plaies qu'il n'allait manifestement pas être en état de la satisfaire, elle sourit même avec indulgence, avant de lui attraper le sexe à pleines mains pour le happer et lui faire une fellation qui le laissa complètement abasourdi de plaisir…

Souvent elle lui répétait, comme si elle ne pouvait pas s'en lasser, que son sexe était impressionnant pour celui d'un garçon de son âge, l'un des plus gros qu'elle ait jamais vus, proportionnellement bien plus gros pour son mètre quarante et ses trente-quatre kilos que celui de Ganondorf pour son mètre quatre-vingt-dix-huit et ses cent-onze kilos (ce qui remplissait Link d'une fierté et d'une satisfaction sans bornes), et qu'il serait certainement phénoménal quand il aurait atteint ses dimensions définitives à l'âge adulte.

Un soir pourtant, il finit par lui faire part de ce qui était peu à peu devenu une véritable inquiétude pour lui : que se passerait-il pour lui, et que se passerait-il pour elle, s'il venait à la mettre enceinte ? Alors elle rit de sa candeur et lui répliqua que ça n'arriverait pas, parce qu'elle buvait chaque matin par précaution une infusion d'ellébore, qui empêchait un embryon de s'installer dans son ventre… Un peu déçu mais finalement rassuré, il put s'adonner au sexe à nouveau l'esprit tranquille.

À leur grand plaisir à tous deux !

Étonnées de voir leur reine solliciter ce jeune chien d'homme si souvent, les Gerudo, qui s'étaient contentées les premières fois de s'arrêter un instant devant sa tente pour entendre si elle avait l'air satisfaite, restaient à présent plantées agglutinées sur le pas de la porte, comme hypnotisées, et les gémissements interminables entrecoupés de cris soudains qu'elles entendaient leur reine pousser de plus en plus longtemps de plus en plus souvent leur causait un sentiment étrange quelque part entre l'horreur et la fascination, désagréable et délicieux, qui faisait naître au fond de beaucoup d'entre elles une espèce de chaleur humide et frissonnante inconnue et qu'elles s'expliquaient mal, certaines d'entre elles surtout parmi les jeunes à peine pubères en ressentant même le besoin aussi impérieux qu'incompréhensible de courir en hâte s'allonger dans leur tente pour se dévêtir et s'enfoncer les doigts dans le sexe, bien souvent en pensant sans trop savoir pourquoi au jeune esclave aux cheveux blonds…

D'ailleurs, Nabooru le chassant toujours aussitôt le coït achevé, quelques-unes des plus hardies se mirent à l'attendre à la sortie, d'abord juste pour le voir, constater de leurs yeux de quoi a l'air un homme quand il vient de posséder une femme, puis après quelques soirs pour lui parler, le féliciter du plaisir qu'il semblait à l'entendre donner à leur reine bien-aimée, lui demander ses impressions, si lui aussi prenait du plaisir ; au début, il fut étonné et intimidé que ces farouches amazones daignent lui adresser la parole et, trouvant d'une grossièreté inqualifiable de se permettre des commentaires bassement organiques sur un femme avec laquelle il avait un lien si étroit et important à ses yeux, il n'osa pas répondre ; mais peu à peu, mis en confiance par leur attitude devenue étrangement plus mielleuse et conciliante envers lui, il finit par oublier sa timidité, et en une semaine à peine il crânait déjà comme n'importe quel mufle entouré de midinettes.

Il finit même par arriver que quand il s'isolait pour aller uriner sur le sable à l'écart du camp ou faire sa toilette à l'oasis, certaines d'entre elles, particulièrement les jeunes, celles qui pensaient à lui le soir la main entre les cuisses, le suivent pour lui donner l'ordre de leur montrer son sexe, dont l'aspect très différent du leur les intriguait beaucoup ; et sitôt qu'elles le voyaient, elles sursautaient en poussant des cris et des gloussements irrépressibles et détalaient en courant à petits pas précipités, tout étonnées, aussi émoustillées que gênées, les mains sur leurs joues brûlantes avec un rire nerveux et suraigu qu'elles peinaient de longues minutes à faire cesser.

À tel point qu'un matin, tandis que Link au bord de l'oasis se dévêtait pour se baigner, se croyant seul et bien caché par les buissons et les palmiers dattiers, une toute jeune Gerudo, dans les treize ans, se faufila derrière lui, seule, et lui ordonna :

« Esclave, moi aussi fais-moi gémir et crier comme notre reine ! »

Si les paroles étaient dures et le message très clair, la voix était tremblante et le ton mal assuré ; le garçon, dans le plus simple appareil, se retourna, doucement, mais résolument ; la jeune fille, au nez légèrement busqué, aux yeux vert anis et aux longs cheveux lisses très noirs qui ondulaient aux pointes, vêtue d'un bustier et d'un saroual moutarde, était petite et fluette avec de minuscules ébauches de seins qui avaient à peine commencé à pousser ; en le voyant nu devant elle, son sexe de garçon impudiquement exposé à ses regards de fille, elle rougit et éprouva de la difficulté à déglutir.

« Tu n'as pas l'air sûre de toi, répondit-il sur un ton gentil mais dans une attitude qui singeait celle d'un irrésistible séducteur macho.

– Je… bégaya-t-elle transpirante et tremblante en rougissant toujours plus. Je t'ordonne de me faire gémir et crier avec ton sexe !

– Écoute, finit-il par dire avec un hochement de la tête, je ne suis pas sûr que ça plairait à la reine. Elle est responsable de vous toutes, et c'est à elle que j'appartiens. Pour ton bien et pour le mien, il vaudrait mieux lui en demander l'autorisation avant… »

C'est donc ce qu'ils firent, et Nabooru entra dans une colère noire, renvoya la petite guerrière dans sa chambre en pleurs avec une paire de claques, sortit de sa tente en trombe et convoqua toute la tribu sur la Grand-Place pour décréter en hurlant d'une voix de tonnerre :

« L'homme est mon esclave ! Il est à moi ! Je ne permettrai à aucune de vous d'y toucher sexuellement ! »

Mais à l'heure de la sieste, Link se faufila dans la tente de la petite jeune fille, qui s'appelait Jameela, pour la consoler de son humiliation du matin ; elle qui était prostrée en larmes sur sa couchette, partagée entre la honte et l'émoi, fut ravie de sa délicate attention ; en quelques minutes à peine, il était allongé sur son lit la culotte aux chevilles et elle blottie contre lui à le masturber avec tendresse et émerveillement…

L'affaire finit par se savoir ; les Gerudo se passèrent le mot en veillant à ce que leur reine ne l'apprenne pas, et très vite il était devenu de notoriété publique parmi ces femmes que le jeune esclave étranger était gentil et délicat, pas brutal ni grossier comme l'avaient été les autres hommes de passage dans la tribu, que son gros membre étrange entre les jambes ne représentait aucune menace pour elles, et qu'il était en fin de compte tout à fait fréquentable.

Aussi se mirent-elles à l'amener en douce à leurs soirées festives entre filles ; elles lui avaient donné le surnom affectueux de "Raj-el srir", qui veut dire "petit homme" en gerudo, et buvaient ses paroles, se repaissaient de sa vue, lui confiaient leurs petits secrets, dansaient pour lui, le cajolaient, lui caressaient et lui coiffaient les cheveux, le paraient de bijoux et de maquillage, lui faisaient des dessins au henné partout sur le corps ; il accepta même qu'une jeune coquette lui perce une oreille (mais une seule !) et y passe un anneau en échange d'une masturbation ; alors qu'au début il se contentait d'assister en spectateur à leurs fêtes, se couchant simplement beaucoup plus tard que par le passé, il se laissa peu à peu entraîner à jouer à tous leurs jeux, commençant par accepter des pâtisseries grasses et sucrées qu'elles lui donnaient de leurs mains directement à la bouche, puis il se mit à boire beaucoup d'alcool de datte, avant d'en venir même à fumer du narguilé voire parfois rien de moins que des rouleaux de haschich !

En deux mois de ce régime, le jeune garçon avait pris beaucoup de poids, affichant un hideux ventre gras, perdu le souffle tant ses poumons étaient encrassés, se levait tous les matins avec la gueule de bois et une haleine empestée, et ses réflexes étaient devenus lents et son esprit confus ; dans son égarement, il était tellement subjugué par ses nouvelles distractions qu'il n'avait même pas remarqué que Nabooru ne l'avait plus appelé à elle depuis plus d'un mois alors qu'ils avaient couché ensemble pratiquement tous les deux jours pendant trois mois avant ça ; chaque milieu d'après-midi à l'heure de son entraînement aux armes, elle le voyait arriver mal démaquillé, les yeux bouffis, le teint blafard et l'haleine chargée, incapable de marcher droit ; lent et lourd, il recevait ses coups sans parvenir à lui en porter, passait plus de temps affalé par terre que debout l'arme à la main, puis retournait s'amuser et s'intoxiquer sitôt la séance finie…

Le jour de ses treize ans, les femmes lui préparèrent une soirée spéciale d'anniversaire, se relayant pour y participer toutes sans donner à leur reine l'impression qu'elles désertaient le camp pour se rendre toutes au même endroit ; jamais il n'avait été à ce point couvert de cadeaux, bijoux, poupées, parfums, et elles lui avaient même préparé un énorme gâteau au miel et aux dattes, tellement sucré qu'une seule bouchée couvrait les besoins énergétiques d'une journée, avec des bâtons d'encens en guise de bougies.

Link et les Gerudo étaient là, sous la tente commune de toile bleu roi aux paravents décorés d'arabesques dorées empestée de vapeurs d'encens, de narguilé, de haschich et d'une puanteur de graisse et d'épices, de sébum et de sécrétions corporelles, d'haleine et de gaz intestinaux, à s'amuser, se goinfrer, s'enivrer et s'intoxiquer, quand la reine Nabooru fit irruption dans la salle, faisant claquer la toile de l'entrée en la poussant brutalement devant elle ; un silence de mort tomba sur l'assemblée ; ses sourcils parfaitement épilés tremblant de rage et de dépit au dessus de ses magnifiques yeux ambrés aux longs cils noirs, ses lèvres roses et charnues pincées en une moue réprobatrice, elle s'avança vers le fond de la salle comme au pas de charge de son déhanché sensuel, balançant des épaules, belle et terrible ; face à elle, s'offrait à ses yeux le spectacle le plus dégradant, le plus navrant qui soit : avachi sur un coussin bleu brodé d'or, son gros ventre mou droit devant étalé à la vue, vêtu d'un saroual, paré de quatre colliers et une dizaine de bracelets, coiffé d'une queue-de-cheval, les yeux tartinés de khôl noir, les joues barbouillées de miettes de gâteau au miel et de traces de rouge à lèvres, un dessin obscène tracé au henné sur le torse, Link s'empiffrait de pâtisseries d'une main et tirait sur un énorme pétard de haschich de l'autre ; elle nota même qu'une toute jeune Gerudo avait à son arrivée retiré en hâte la main qu'elle avait glissée dans le pantalon du garçon ; la reine se campa devant lui, pieds plantés au sol et poings sur les hanches, torse bombé et regard farouche ; s'il n'avait pas été aussi abruti par l'alcool et par la drogue, il l'aurait trouvée sublime mais aurait tremblé de terreur à sa vue ; au lieu de ça, il se contenta d'émettre un rire crétin qui ressemblait au braiment d'un âne…

« Je peux savoir ce que signifie la présence de ce chien galeux d'esclave, de ce porc infâme d'homme parmi nous dans nos quartiers ? demanda la reine d'une voix de stentor étranglée de colère.

– Ô ma reine, bredouilla l'une des plus âgées d'une voix mal assurée au ton implorant, sois indulgente, c'est l'anniversaire du petit homme, nous avons voulu lui…

– Ah, c'est son anniversaire ? la coupa la reine sur un ton faussement intéressé d'une hypocrisie ostensible. Mais alors il mérite un cadeau ! »

Baissant les yeux avec dégoût sur Link, elle lui ordonna :

« Esclave, lève-toi et tends la main. »

Il se leva péniblement, lourd et pataud, s'aidant de ses mains, tira une dernière latte avant d'écraser son joint à terre, et tendit tout naturellement sa main gauche.

« Non, la droite, commanda-t-elle. C'est la droite qu'on tend à son hôte, tendre la gauche est irrespectueux, tu devrais savoir ça même en étant gaucher! »

Ça faisait beaucoup de mots pour en une seule phrase pour son esprit embrumé… Il hésita un instant, désorienté par les vapeurs d'alcool et de haschich, puis finit par tendre la main droite en position de demande, ouverte doigts serrés paume vers le plafond.

Alors, dans un ample geste vif, brutal et rageur, elle sortit un poignard de sa ceinture et lui en transperça la main de part en part.

Le garçon poussa un hurlement et s'effondra au sol de douleur, se tordant, roulant, pleurant et râlant en se tenant le poignet droit ; il répandait du sang partout sur le tapis ; les Gerudo étaient muettes et pétrifiées de consternation…

« Chien galeux d'esclave, cracha la reine en langue gerudo, porc infâme d'homme, que le désert se gorge de ton sang pourri ! ».

Puis elle ajouta à l'attention de Link :

« C'est le seul cadeau que mérite un gros lard, une mauviette, un eunuque comme toi ! Et si tu veux continuer à t'entraîner aux armes avec nous, tu vas perdre ces kilos, reprendre tes esprits et redevenir un homme ! »