AVERTISSEMENT: chapitre classé M/interdit aux moins de 18 ans
Dans un état de demi conscience, de vagues images floues et incompréhensibles lui passant sans qu'il s'en rende vraiment compte devant ses yeux palpitant sans parvenir à rester ouverts, le jeune héros blond au corps déchiré ne sentit même pas qu'on le traînait par les bras hors de l'eau, sur le fronton de marbre au bord du lac.
C'est le spasme qui le plia en deux au moment où le massage cardiaque lui rendit le souffle qui le réveilla, brusquement, la poitrine en feu, vomissant un flot d'eau écumante rosie de sang ; un instant désorienté, il gémit, un son rauque, douloureux, et bredouilla quelques paroles inaudibles en roulant les yeux dans toutes les directions pour essayer, lentement, péniblement, de reconstituer dans son esprit embrumé de douleur où il était et qui se tenait à ses côtés…
Il s'aperçut qu'il était nu, le sexe simplement couvert de sa chemise de plongée bleue.
Offusqué, il sursauta, et la douleur le foudroya ; une épaisse et abondante giclée de sang s'échappa de la plaie à son flanc droit…
« Ne bouge pas, dit la voix qu'il avait entendue avant de perdre conscience. Et pas de fausse pudeur, tu serais mort de froid avec tes vêtements trempés. »
Il tourna le regard vers l'endroit d'où il lui semblait que la voix provenait ; sa droite ; il vit d'abord une forme indistincte de couleur bleue, puis distingua qu'il s'agissait d'une Zora femelle, plutôt jeune apparemment.
Elle était agenouillée à son chevet, lui frictionnant énergiquement la poitrine de ses longs doigts souples ; sa peau était d'un bleu d'aigue-marine, tirant discrètement sur le vert, nacré et brillant, des nageoires en longues voilettes d'écailles translucides et scintillantes vert d'eau pendaient de ses coudes, et sa tête oblongue était d'une forme quelque part entre un crâne humain et celui d'un requin-marteau…
Link eut vaguement l'impression d'émerger, et sentit une espèce de soulagement ; cette silhouette si particulière était celle de la princesse Ruto…
« Ruto… souffla-t-il. Tu m'as déshabillé…
– Et j'ai bien aimé ça, répondit l'arrogante princesse sur un ton taquin. J'ai tripoté partout ! Qu'est-ce que t'es bien roulé !
– Je vais mourir, Ruto, articula faiblement le garçon blond. Ce n'est plus le moment de me jouer ton petit numéro de nymphomane… »
La jeune Zora lui fit un sourire qui se voulait charmeur mais dont l'inutilité, l'inefficacité à lui apporter aucun soulagement alors qu'il avait tant besoin d'aide ne fit que le rendre nerveux ; il grimaça de douleur et de détresse.
« Fais quelque chose, gémit-il. Je suis en train de mourir… »
C'est alors qu'avec toujours le même sourire, se penchant vers lui avec la bouche en cœur et un regard plein de tendresse, la princesse zora lui répliqua sur le ton d'une maman qui se moque gentiment de la peur du noir de son petit garçon :
« Mais non tu ne vas pas mourir ! »
Alors elle brandit un objet doré, scintillant d'une faible lueur ; c'était une petite fée, ces êtres magiques dont la seule raison d'être était de transmettre leur énergie vitale aux blessés pour les guérir, qui bourdonnait dans sa main au rythme des battements de ses petites ailes translucides ; Ruto relâcha la petite fée au-dessus de la plaie ouverte que Link avait aux viscères et, se mettant à tournoyer, en transe, la petite créature se mit à y répandre un épais nuage de poussière dorée, avant de disparaître dans l'extinction de son halo de lumière ; le but de sa vie était accompli, elle n'était plus, et quelque part dans le monde une autre venait de surgir, d'un ruisseau, d'un arbre ou d'une pierre, pour la remplacer aussitôt…
Sur la taille de Link, toute trace de la profonde blessure sanglante de laquelle il était en train de mourir avait disparu…
Tout à coup soulagé d'une terrible douleur, et se sentant nettement moins faible et nauséeux, poussant un grand soupir d'apaisement, il commença par goûter un instant au simple bonheur d'être encore en vie, avant de se tourner vers sa sauveuse…
« Eh bien, gronda-t-il, t'auras mis le temps avant de me soigner ! »
Elle tressaillit, paraissant soudain blessée, bien plus qu'une jeune fille, fût-elle une arrogante princesse, ne l'est d'une simple remarque, critique certes, mais au demeurant vraie.
« Merci, poiscaille, ajouta-t-il alors avec son sourire sensuel ravageur assorti d'un clin d'œil, cette fois c'est toi qui m'as sauvé la vie… »
Alors, à ces mots, elle sembla rougir, ce qui n'a pas grand sens dans le cas d'un être à la peau bleue ; en tout cas le teint ses joues fonça, et elle sourit en haussant les épaules, détournant le visage, incapable de soutenir son regard bleu posé sur elle et son sourire…
Il la considéra un instant.
Elle était devenue vraiment jolie ; ayant passé toute sa vie parmi des êtres différents de lui, Kokiri, Gerudo, Goron, Subrosiens, Tokays, y compris Zora, il n'avait aucun a priori racial, ne voyait plus les différences et savait reconnaître la beauté indépendamment de tout critère physique ; ce qu'il voyait n'était pas un être surnaturel ou monstrueux, une femme poisson, mais une femme, tout simplement ; elle était manifestement élancée et athlétique, parfaitement proportionnée avec un buste court, de longues jambes, une taille fine, une imposante poitrine habillée d'un bustier bleu et de larges hanches d'où pendaient les mêmes nageoires translucides et scintillantes qu'à ses coudes, ceintes d'un pagne qui dissimulait son entrejambe ; son nez était long et droit, ses lèvres charnues, et ses grands yeux mauves aux longs cils affichaient un regard ferme, déterminé, celui d'une future reine, mais doux et espiègle, moins arrogant que par le passé ; celui d'une jeune fille en fleur…
« Alors tu m'aimes bien ? hasarda-t-elle sur un ton interrogateur et plein d'espoir.
– Tu sais que oui, répondit-il avec un regard doux sur le ton d'un grand frère qui fait la leçon à sa petite sœur.
– Alors nous allons pouvoir consommer notre mariage ! », s'exclama-t-elle tout à coup.
Link, encore trop endolori pour bouger, ouvrit à ces mots deux grands yeux ronds, frissonnant, pris d'un mauvais pressentiment…
« Arrête, putain, on n'est pas mariés, s'exclama-t-il d'une voix aiguë et tremblante et sur un ton précipité qui trahissaient son anxiété.
– Il y a six ans quand tu es parti je t'ai très clairement exprimé mon intention de t'épouser, objecta la princesse sur un ton et avec un sourire qui n'admettaient pas de réplique, et tu n'as pas protesté ni exprimé ton désaccord.
– Je n'ai pas accepté non plus ! s'offusqua le jeune homme, blessé dans son orgueil de mâle en train de se faire posséder par une femelle.
– Tu m'as répondu très exactement "si tu veux", répondit la jeune zora sur un ton onctueux, hochant la tête en baissant les paupières. Ce sont tes paroles exactes.
– Mais c'était des paroles en l'air, cria presque le jeune homme au bord de la panique, je n'ai jamais pensé que tu étais sérieuse ! »
Ruto lui fit les gros yeux avec une moue boudeuse qui ourla sa lèvre inférieure et rendit un instant à son visage l'expression ombrageuse et méchante qu'elle avait autrefois, enfant, avant que l'affection de Link l'attendrisse.
Il en était mal récompensé…
« Quel impudent ! cracha-t-elle. Comment peux-tu me faire faux-bond ? Si tu es un homme, agis comme tel ! Assume ! »
Empoignant alors la chemise de viscose bleue qu'elle lui avait posée sur les hanches pour couvrir son intimité, elle la jeta au loin avec autorité, un air impérieux sur le visage, et, baissant des yeux soudain embués de fièvre sur la partie du corps qu'elle venait de mettre à nu, elle attrapa le sexe de Link à pleine main avec un sourire humide d'envie.
Incapable de bouger, les bras en croix et les yeux rivés au plafond, vaincu, résigné, il poussa un profond soupir rauque où se mêlaient l'humiliation et un désir pervers…
« Ah, oui ! gloussa-t-elle du fond de la gorge, pas de doute, tu es un homme ! »
Link dût se rendre lui aussi à cette évidence ; il était en érection complète…
Remuant délicatement les doigts autour du sexe dur et dressé et déplaçant lentement, doucement sa main le long de son imposante longueur, elle sentit avec délice et envie la peau glisser au fil de ses mouvements, le masturbant en y prenant plus encore de plaisir que lui, les yeux mi-clos, sourire aux lèvres, la langue entre les dents, avec des commentaires admiratifs cavaliers, presque obscènes, soufflés d'une voix assourdie de désir :
« Mmmh, qu'elle est belle… Qu'elle est grosse… Qu'elle est dure ! »
Link gémissait sans discontinuer, feu aux joues et larmes aux yeux, sa seule main valide se crispant sur le marbre sous lui à faire crisser ses ongles…
« Non… Non… Non ! »
Quand elle cessa de lui secouer le sexe et le lâcha, il était raide à lui faire mal, palpitant, au bord de l'orgasme mais pas encore, en pleine excitation ; pour repérer cet instant sans s'y tromper, il fallait qu'elle ait déjà de l'expérience en la matière…
Elle se leva, longue, élancée, athlétique, arracha son corsage et son pagne bleus de deux gestes brusques et les jeta au loin, sans quitter des yeux la virilité de l'homme qu'elle désirait tant depuis si longtemps ; elle l'enjamba, vint se placer au-dessus de lui, en position pour s'empaler sur son sexe, oscillant de la tête avec un regard doux et un sourire sublime…
« Non… gémit Link d'une voix cassée. Non, Ruto, putain, arrête… C'est un viol… Me fais pas ça… »
Sourde à ses supplications, elle s'accroupit soigneusement mais vivement, et il sentit avec un mélange d'horreur et de plaisir foudroyant son sexe s'engloutir, disparaître entièrement dans le sien gonflé et trempé de désir ; aussitôt après il sentit son bassin taper contre le sien, fouettant violemment la profonde coupure qu'il avait à la hanche, et il poussa un hurlement de douleur, déchirant, interminable, ne retenant plus ses larmes de douleur, de honte, de dépit et de plaisir, et tandis qu'elle remuait du bassin, allant et venant sur, autour et le long de lui, gémissant, soupirant, souriant, se mordant les lèvres, se tenant la tête à deux mains, il n'était plus qu'un hurlement, jusqu'à l'instant où à son tour, se figeant tout à coup, levant la tête au ciel, yeux fermés, elle poussa un cri formidable…
Il se tut, hébété ; loin de l'assourdir, de lui faire mal, le cri, long, aigu et monocorde de la jeune princesse zora sur lui était mélodieux, charmant, reposant, et tout à coup il sentit partout dans son corps une sourde vibration, berçante, apaisante ; soudain il se sentit si bien que tous ses muscles se relâchèrent et qu'il se sentit répandre sa semence, avec un profond soupir de soulagement…
Ruto se détacha de lui et s'étendit sur le sol à sa droite, se blottissant contre lui ; elle haletait, épuisée mais heureuse ; fixant le plafond, il sourit, un sourire qu'elle trouva magnifique, bouleversant, presque érotique…
« Tu m'as violé, lui souffla-t-il.
– Je n'avais pas le choix, répondit-elle en lui caressant le torse de sa main et la cuisse de son genou, tu serais mort avant que j'aie eu le temps de t'expliquer…
– M'expliquer pourquoi mes blessures sont refermées et je me sens parfaitement bien ? »
En effet, ses plaies ouvertes avaient toutes cessé de saigner, désormais refermées par des croûtes formées anormalement vite, qui le démangeaient un peu mais ne lui faisaient plus mal.
« Oui, confessa-t-elle en lui mordillant le lobe de l'oreille. Nous les Zora, nous sommes voisins des dauphins… Comme eux nous émettons des ondes sonores qui vibrent sur une fréquence qui stimule les organes et accélère la cicatrisation… Mais nous ne pouvons l'émettre qu'au moment de l'orgasme.
– Tu pouvais te satisfaire toi-même et laisser mon corps tranquille…
– Et ne pas en profiter ? s'écria-t-elle hilare. Ben ç'aurait été du gâchis ! »
Alors, enfin il tourna son visage vers le sien, la contemplant de ses beaux yeux bleus et, dans un sourire, il lui demanda le plus sérieusement du monde, sur un ton sensuel qui la fit frémir d'émotion et de désir :
« Sérieusement, tu voudrais en profiter vraiment ? »
C'était sorti tout seul.
C'était sorti tout seul, mais il ne le regrettait pas, et n'allait pas s'en dédire.
Mais pourquoi ?
Pourquoi lui, qui n'était pas tellement porté sur le sexe, qui n'avait plus touché une femme depuis longtemps sans que ça lui manque, lui avait-il tout à coup fait cette proposition, et pourquoi à elle, après tant de femmes à qui il avait eu l'occasion de faire cette proposition, pourquoi à elle ce jour-là et pas à une autre avant ?
Parce qu'ils étaient déjà nus et allongés côte à côte et qu'il n'y avait plus qu'un pas à franchir ? Parce qu'il voulait garder un meilleur souvenir que leur brève et douloureuse étreinte non consentie et sans plaisir de l'instant d'avant ? Parce qu'il se sentait piqué dans sa dignité d'homme de ne pas avoir eu l'initiative ? Ou tout simplement parce qu'elle était la première femme depuis tout ce temps qu'il connaissait, qu'il appréciait et avec laquelle il avait une relation ancienne, solide, qui allait plus loin que celle qu'il avait avec ces autres femmes auxquelles il s'était refusé et qui pouvait aller encore plus loin sans qu'ils en souffrent ?
Il ne savait pas pourquoi, mais poser cette question lui était apparu évident…
Ruto, elle, crut en l'entendant sentir son cœur bondir dans sa poitrine et les cieux s'ouvrir au-dessus de sa tête…
Elle se mordit la lèvre inférieure en souriant, les yeux plissés de joie.
« Tu veux dire… vraiment ? interrogea-t-elle d'une voix chargée d'excitation en s'accompagnant de gestes de la main. Pas juste…, mais que toi tu me… ?
– Ouais…
– Et comment ! », exulta-t-elle.
Lui adressant un clin d'œil, il bascula sur son flanc droit ; c'était si bon, si facile à présent qu'il n'avait plus la moindre plaie… Lui caressant la joue de sa main gauche, il amena son visage au sien, ferma les yeux et l'embrassa…
C'est alors qu'il la sentit se raidir et le repousser.
« Quelle horreur ! s'écria-t-elle en s'essuyant les lèvres. On dirait un poulpe ! Tu n'es pas censé faire ventouse ! Beurk ! Si tu baises aussi mal que tu embrasses, je rentre au village tout de suite ! »
Link se leva comme un diable sort de sa boite en poussant un cri de rage et d'exaspération, poings serrés.
« Aaah, et merde ! jura-t-il. J'en ai marre de cette fille ! C'est pas possible de me castrer comme ça ! »
Balançant nerveusement les bras, il se dirigeait vers le lac, en se demandant s'il ne ferait pas mieux de s'y noyer ; à son tour, Ruto se remit debout, et le suivit d'un pas hésitant, honteuse d'avoir été si dure et grossière avec ce garçon qu'elle désirait tant et qui s'était montré si tendre…
« Ne fais pas la tête, implora-t-elle. Je ne voulais pas te blesser…
– Ça ne marche pas, Ruto, dit-il sans se retourner. Entre Nous. C'est comme quand on était gosses. Quoi qu'on fasse, on se déchire ; on se plaît mais on ne se supporte pas…
– Pardon, Link, murmura-t-elle. Je veux que ça marche… »
Elle était debout derrière lui, les pieds dans l'eau à quelques pas du bas de l'escalier immergé, et se blottit contre lui, prenant ses épaules musculeuses dans ses petites mains bleues et posant la joue sur son dos large et robuste, les yeux clos de plaisir de sentir tant de puissance et de douceur.
Il était rare et précieux comme une perle dans une huître que l'arrogante princesse royale des Zora demande pardon.
Mais elle n'était plus une princesse royale en cet instant, elle n'était plus qu'une femme amoureuse, qui n'avait plus que faire de son rang en regard de son désir pour cet homme…
Touché, il posa sa main gauche sur son épaule droite où il caressa la main de son amie ; elle frissonna ; il se retourna, la regardant droit dans les yeux d'un regard fiévreux et terriblement attirant, lui prenant le visage à deux mains, s'apprêtant à nouveau à déposer sur ses lèvres une preuve de sa tendresse ; là, il se raidit, hésitant ; il ne voulait pas la dégoûter à nouveau…
« Non, ne t'arrête pas, lui dit-elle précipitamment. Embrasse-moi…
– J'ai peur de ne pas savoir… », souffla-t-il timidement.
Nabooru n'avait jamais toléré qu'il l'embrasse, signe infâmant de dépendance l'un envers l'autre.
C'était la seule des choses de l'amour qu'elle ne lui avait pas enseignée.
La plus simple et la plus belle…
« Je vais t'apprendre, lui murmura Ruto avec un sourire plein de tendresse. Entrouvre les lèvres… les dents… »
Il obéit ; elle posa ses lèvres sur les siennes et articula :
« Glisse doucement ta langue entre les miennes…
– La langue ? s'étonna-t-il.
– Mais oui… caresse la mienne avec… doucement… »
Il obéit. Avec succès.
« Attire ma langue avec la tienne, reprit la jeune Zora. Mmmh… oui… suis mon mouvement quand je bouge ma langue, je suis le tien quand c'est toi qui bouges…
– C'est bizarre… C'est très mécanique… mais en même temps instinctif… comme de la musique…
– Une danse, approuva-t-elle. Invite ma langue à danser… »
Il caressa la langue de Ruto de la sienne en la ramenant à sa place, ressentant des picotements électriques de pur plaisir dans la bouche, et laissa la langue de son amie pénétrer en lui, avec une timidité qu'il ne lui connaissait pas…
« Hum, fit-elle avec délice. On recommence, et cette fois tu refermeras tes lèvres sur ma langue à la fin, comme pour m'empêcher de te la reprendre… »
Alors Link ferma les yeux et, déjà accoutumé, déjà enivré de ces gestes et des sensations qu'ils suscitent, n'eut qu'à se laisser aller pour rejouer sans un faux pas le ballet chavirant, et quand vint à la fin le moment où ses lèvres se refermèrent doucement sur la langue de Ruto qui s'en écartait avec une lenteur langoureuse, il l'entendit pousser un profond gémissement de plaisir et ressentit une caresse électrisante dans tout son corps, une sensation délirante de pur bonheur qui lui fit tourner la tête et cogner le cœur dans la poitrine…
Embrasser était peut-être encore plus merveilleusement délicieux que faire l'amour…
C'était un échange équitable et désintéressé de pure tendresse sans risque de blesser l'autre ; c'était la même sensation que de mordre avec délice dans le plus exotique et le plus succulent des fruits, sentir sa peau veloutée sur ses lèvres, sa chair acidulée sur sa langue, son jus gouleyant dans sa bouche, c'était charnel, purement érotique…
Il en avait une érection…
Soudain fébrile, à-demi fou de désir, embrassant avec plus de passion la jeune Zora qu'il sentait s'abandonner entre ses bras, il l'enlaça par les épaules et la serra contre lui ; elle le prit par la taille, laissant ses mains descendre impudiquement sur ses fesses, les pressant, l'attirant par le bassin contre son bassin, son sexe dressé lui caressant l'entrejambe…
Ils se laissèrent tomber dans l'eau, enlacés des mains et des lèvres, le rai de lumière provenant du trou dans la voûte de pierre au-dessus d'eux léchant leurs corps brûlants d'une lueur ambrée, le bruit régulier des gouttelettes s'échappant de la pierre et le murmure de la chute d'eau au loin électrisant leurs esprits, et là, sur les marches de marbre à-demi immergées de l'antique escalier entouré de pierre et d'eau, d'un coup de rein tendre et éperdu de désir impatient, il la pénétra.
Surprise et ravie de la vigueur de cet amant dont elle n'avait pas pu jauger la valeur l'instant d'avant dans leur première étreinte, utilitaire, misérable, sans plaisir, elle l'accueillit abandonnée, sans résistance, comme le redécouvrant totalement ; ses mains cramponnées au dos de son homme, elle laissa échapper un long gémissement de plaisir et de joie…
Oh, Déesses… il n'avait plus rien à voir avec le morceau de viande morte sur lequel elle s'était empalée un moment plus tôt par seule nécessité ! À présent chaud et vivant au-dessus d'elle, que de plaisir il éveillait, que de sensations par millions, trop nombreuses et confuses pour que son esprit puisse encore les analyser, les laissant à son corps tressaillant, quelle volupté de le sentir caresser son visage, ses lèvres et sa langue de ses lèvres, quelle excitation de le sentir empoigner et pétrir ses seins durcis et délicieusement douloureux de sa main ferme et râpeuse, quel ravissement de sentir son autre main la protégeant amoureusement de la dureté de l'arête des marches sous ses reins qu'elle irradiait de chaleur, quel frisson de sentir sa peau si douce contre la sienne, ses cicatrices si mâles dessus et ses muscles si durs dessous, quel vertige de sentir son sexe remplir le sien, sa chair frottant la sienne, son bassin battant le sien, allant et venant contre et en elle, lentement ou frénétiquement, doucement ou brutalement, modulant son rythme avec art et amour pour lui procurer autant de plaisir que possible et le faire durer aussi longtemps que possible…
Il y avait si longtemps qu'il n'avait plus touché une femme…
Plus jamais depuis Nabooru, comme s'il portait son deuil, le deuil d'une première fois qui s'était changée en un premier amour…
Si longtemps, et pourtant tout lui était revenu, sans maladresse, sans impatience, sans blesser ni humilier… Il n'aimait pas faire l'amour ; il aimait l'amour lui-même…
Enfin il se répandit en elle avec un râle de bonheur et elle poussa un cri, un cri puissant et profond, du creux de son ventre noué et brûlant de plaisir, une onde sonore aigüe et vibrante formidable, sans commune mesure avec la première…
Ils étaient allongés sur la chemise de plongée étendue sur l'esplanade de marbre, haletants, encore imprégnés l'un de l'autre et étourdis de bien-être ; la jeune fille divaguait, sur le point de défaillir et sombrer dans un sommeil délicieux tant elle se sentait détendue, lui fixait le plafond avec un sourire heureux.
Il avait eu peur que ce soit dégoûtant, que sa peau bleue soit froide et visqueuse comme celle d'un poisson, qu'elle en ait l'odeur infecte, mais non ; elle avait la peau aussi douce, ferme et chaude que n'importe quelle autre femme brûlant de désir, et un bon petit goût salé et iodé ; ils n'étaient pas de la même race, aussi différents que le jour et la nuit, mais pour lui il n'y avait pas la moindre différence, pas la moindre barrière entre eux…
Il repensait à sa réaction la première fois qu'elle l'avait vu, sept ans plus tôt, encore enfant, quand elle s'était écriée avec dégoût qu'il était blanc, poilu et dégueulasse et qu'elle ne voulait pas de lui ; apparemment, elle avait franchement changé d'avis ! Et lui aussi, qui s'était retenu de lui répliquer avec le même dégoût qu'elle était bleue, chauve et gluante et qu'il n'avait pas plus envie qu'elle d'être son ami ; on croit tout savoir, mais on ne comprend rien à ces choses-là quand on est petit… Il pouffa de rire ; une autre pensée venait de lui traverser l'esprit : ce n'était pas la première fois qu'ils étaient allongés nus l'un contre l'autre… mais la première fois, ça n'avait certes pas été pour la même raison ni avec les mêmes effets ; plus chaste…
Oh, oui…
Que de souvenirs il avait d'elle…
Les bons comme les mauvais, et même les mauvais étaient devenus inestimables avec le temps ; oui, vraiment, elle était quelqu'un et comptait pour lui, et leur union aujourd'hui voulait dire quelque chose et comptait pour lui ; il avait eu raison de se donner à elle.
Il en était heureux.
Une seule chose le tracassait…
« Tu es une princesse royale zora, dit-il de sa belle voix grave, et moi un roturier étranger ; d'une autre race… est-ce que coucher avec toi n'était pas une insulte de ma part envers ton rang et envers peuple ? Est-ce que je ne t'ai pas… déshonorée ? Souillée ? »
Ruto sembla émerger au son de sa voix ; tournant vers lui un visage éclairé d'un grand sourire, elle lui susurra :
« Oh oui, tu m'as souillée, mon salaud, tu m'as toute salopée… »
S'ensuivit une bordée d'obscénités…
« Ruto, gronda-t-il, tu peux rester sérieuse un instant ? J'aimerais savoir si je suis toujours le bienvenu chez les Zora ou si j'ai commis un crime à leurs yeux… »
La princesse s'appuya alors sur son coude gauche pour redresser son buste, le visage au-dessus de celui du jeune homme blond.
« Le sexe ne sera jamais un crime aux yeux des Zora, annonça-t-elle. Nous sommes en partie des animaux, nous n'avons pas la même morale que vous, les humains… Pour nous, le sexe est naturel, parfaitement accepté, sans rien de choquant. D'ailleurs, notre partie humaine nous a amenés à en faire une fête, une action de grâce aux Déesses. Pour ma part, j'ai été rituellement déflorée tout de suite après ma première lune de femme…
– Et ce n'est pas grave si c'est avec un étranger ? demanda-t-il penaud.
– Aucune importance, l'assura-t-elle. Et d'ailleurs tu es presque des nôtres…
– Alors si tu le dis, tout va bien… »
Link inspira profondément, l'air soudain absorbé dans ses pensées, avant de reprendre :
« Il y a pourtant une personne à qui ça ne va pas faire plaisir… »
Ruto éclata de rire.
« Ah, je vois ! ironisa-t-elle. Toi, tu as rencontré le Capitaine Mikau, et il t'a fait son numéro de l'amoureux transi…
– Oh… Tu es au courant de ses sentiments… commenta amèrement le garçon blond.
– Mais Link, confessa la princesse zora avec un demi-sourire et un regard perdu dans le vague, Mikau et moi passons tout son temps libre à faire des galipettes ensemble !
– Tu es vraiment une garce, conclut Link avec un clin d'œil.
– Et j'aime ça », ajouta Ruto en lui retournant son clin d'œil.
Alors le jeune Hylien aux cheveux d'or se leva de leur matelas improvisé, lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout à son tour, et ramassa la chemise de viscose bleue, restée délicieusement sèche et chauffée par leurs corps, pour se la nouer autour de la taille ; puis il annonça d'une voix claire au ton direct :
« Bon, au travail, maintenant. Tu n'as pas quelque chose pour moi ? »
Ruto le fixa sans comprendre, penchant la tête à droite ; ramassant et remettant ses propres habits pour masquer un instant son embarras, elle se retourna enfin à nouveau vers lui qui n'avait pas détaché son regard d'elle et enfin lui lâcha :
« Je t'ai donné mon corps, je ne vois pas ce que tu veux de plus.
– Mon p'tit poisson, répliqua affectueusement le jeune héros avec un regard doux et bouleversant dans ses beaux yeux bleus, je n'ai trouvé que toi dans ce sanctuaire désert, tu sais aussi bien que moi ce que ça signifie… »
C'est à cet instant que la jeune Zora sembla retrouver soudain la mémoire de quelque chose qu'elle aurait oublié depuis longtemps ; ouvrant tout rond les yeux, elle fut soudain entourée d'une aveuglante lumière dorée et, tendant les mains apparemment sans raison, dans un état second, comme mue par un instinct enfoui en elle, elle énonça haut et fort d'une voix désincarnée qui n'était pas la sienne :
« Héros du Temps, porteur de la Triforce, par la sainte magie conférée par les Déesses à la Terre d'Or Sacrée, moi Ruto Sage de l'Eau te remets le Talisman fragment de la Terre d'Or et porteur de son pouvoir… »
Alors entre ses mains tendues vers lui l'une contre l'autre, paumes vers le ciel, il vit se matérialiser dans des rayons de lumière une médaille d'un bleu scintillant marquée d'un symbole en forme de six gouttes disposées en fleur la pointe vers le centre.
Le troisième Talisman !
Il avait enfin réussi !
Il se saisit de l'artefact, pensant d'abord le ranger dans son sac de voyage avec les deux autres, mais aussitôt que l'objet magique passa de la main de la jeune Zora à la sienne, la lumière dorée qui l'entourait se dissipa et elle redevint elle-même.
Comme sonnée, elle s'affaissa ; il la retint d'un bras viril et puissant passé autour de sa taille, avec un sourire irrésistible.
« Je… bredouilla-t-elle. Moi, sage de l'Eau ? Je ne…
– Que tu le veuilles ou non, que tu le comprennes ou non, expliqua le jeune homme blond d'une voix douce, c'est ce que tu es de toute éternité, et je l'ai compris dès l'instant où j'ai entendu ta voix me tirer du néant pendant que je mourais. »
Elle lui rendit timidement son sourire.
L'embrassant une dernière fois, il serra la pièce magique dans sa paume en formulant en silence le souhait de sortir enfin du temple désormais purifié…
