AVERTISSEMENT: chapitre classé M/interdit aux moins de 18 ans
Victorieux des sorcières Twinrova, Link ramassa son bouclier et le raccrocha dans son dos, et se précipita à la porte de fer aménagée sur la paroi de la grotte.
Pressant la poignée, il constata que la porte était fermée à clé, jura en trépignant, et retourna comme un fou auprès des deux vieillardes fouiller nerveusement leurs corps ; enfin, après force jurons et gestes maladroits, il trouva la clé dans la poche de l'une d'elles.
Lorsqu'il la fit tourner dans la serrure, dire qu'il avait le cœur battant serait ne rien dire : il était redevenu un petit garçon…
…le petit garçon qu'il était la première fois qu'il s'était trouvé face à elle.
Oh, comme il espérait que derrière cette porte ce soit bien elle !
Mais son petit moment de nostalgie prit fin de façon abrupte ; le lourd battant de fer ne s'était pas plus tôt entrebâillé qu'une forme vaguement humaine, indiscernable dans l'obscurité totale du cachot, se jeta lourdement sur lui avec un hurlement de bête sauvage aux abois dans ce qui se voulait un coup de poing ; revenant de sa surprise juste à temps pour faire un pas de côté, il l'évita de justesse et la forme, sortant de l'ombre pour révéler une femme, s'effondra au sol ; sitôt qu'elle l'eut heurté, elle parut incapable de s'en relever, vidée de ses forces, et se mit à s'y rouler convulsivement en geignant :
« Non, pitié, ne me faites pas de mal, ne me faites pas de mal, pitié, je ne recommencerai plus, non, pitié ! »
Le cœur de Link se serra ; il s'agenouilla près de la malheureuse, un air grave sur son beau visage, et hésita longuement avant de tendre la main pour la poser sur son épaule ; c'était bien Nabooru, mais dans quel état…
Quand la main du jeune homme blond effleura l'épaule de la femme rousse, elle poussa un cri de terreur pure, se retournant sur le dos comme dans un spasme ; elle était d'une maigreur épouvantable, on voyait ses os rouler sous une peau qui avait perdu son hâle et pris un teint grisâtre blafard, ses vêtements étaient sales, délavés et déchirés, ses cheveux, longs, ternes et emmêlés, elle arborait une cicatrice en travers de la lèvre et une autre sous l'œil droit, plusieurs un peu partout sur les bras, dont l'un formait un angle étrange, et il remarqua dans ses cris et ses gémissements qu'elle avait perdu une dent ; il sentit un vertige brûlant lui brouiller la vue et lui serrer le cœur et faillit avoir la nausée ; elle le regardait sans le voir, avec des yeux fous qui roulaient en tous sens sans parvenir à se fixer sur lui, gesticulant en vain les mains devant le visage comme pour tenter de le repousser, et grelottait en poussant une plainte ininterrompue qui ressemblait aux piaillements pathétiques d'un oiseau blessé…
« Maîtresse, lui dit-il doucement d'une voix dans laquelle on entendait qu'il luttait contre les sanglots. Maîtresse, c'est moi, ton Raj-el srir… »
Elle ne comprit pas vraiment ce qu'avait dit cet homme, cette grosse brute aux muscles saillants et aux poils collés de sueur puante, penché sur elle pour la dominer et la meurtrir ; seul le ton de sa voix lui avait vaguement rappelé quelque chose, quelque chose de vaguement agréable mais trop lointain et indistinct pour lui apporter le moindre réconfort ; il était là, au-dessus d'elle, dans la position du dominant qui va prendre de force la dominée, et elle le regardait, impuissante, presque résignée, quand peu à peu, à mesure qu'elle le regardait, elle sembla émerger ; elle le considéra plus attentivement, et reconnut ses cheveux d'or épais et soyeux, ses yeux du bleu profond et brillant d'un ciel sans nuage au regard de velours et d'acier, sa bouche aux commissures marquées et à la lèvre supérieure ourlée si sensuelle, qu'elle avait laissé se poser partout sur elle mais sur laquelle elle n'avait jamais voulu poser la sienne, et le cri s'échappa d'elle tout seul :
« Link ! »
Comme un barrage se rompt sous la pression de tonnes d'eau trop longtemps contenues, semblant soudain se réveiller d'un interminable cauchemar, elle céda enfin, fondant en larmes tandis que son amant la serrait fiévreusement contre lui, s'abandonnant à lui corps et âme entre ses bras, secouée de sanglots, dans une plainte déchirante.
« Mon petit homme… mon petit homme… c'est toi…
– Chut… calme-toi, ma reine… c'est fini… »
Il la serrait fort contre lui, si fort… il aurait voulu que cet instant ne finisse jamais…Non il n'était plus amoureux d'elle, et n'espérait même pas qu'il se passe encore quelque chose entre eux, mais jamais il n'avait ressenti pour elle une telle tendresse…
Il la sentit se raidir, pourtant.
« Ne me touche pas, chien d'homme ! », cracha-t-elle avec un empressement dément tout en le repoussant.
Non il n'était pas son petit homme ; il ne l'était plus ! Il était devenu tellement grand, tellement dur, plein de muscles et de poils, un homme, un de ces porcs immondes d'hommes qu'elle haïssait tant…
Non, pas lui… pas son petit homme…
Mais était-ce seulement lui ?
« Tu n'es pas Link, gronda-t-elle comme une folle, tu n'es pas réel, c'est encore un piège de ces sorcières…
– Les sorcières ? s'étonna le jeune homme vêtu de vert. Regarde derrière toi… »
Toujours assise par terre les mains au sol bras tendus derrière elle pour s'y appuyer, Nabooru tourna la tête avec hésitation, n'osant pas détourner son regard de l'homme de peur qu'il en profite pour lui faire du mal, et là, elle les vit : les deux affreuses vieillardes, gisant à terre, mortes ; et il n'y avait pas d'erreur, pas de piège : elle ne sentait plus leur énergie maléfique !
Alors c'était donc vrai !
« Oh Link, gémit-elle en retournant vers lui un visage inondé de larmes et éclairé d'un sourire, dont sa dent cassée entachait tristement la beauté. C'est vraiment toi ! Tu es venu me sauver ! Tu es bien… le Héros du temps… »
C'est sur ces paroles qu'elle se trouva soudain entourée d'une aveuglante lumière dorée qui la souleva de terre et, se remettant d'aplomb et tendant les mains apparemment sans raison, dans un état second, comme mue par un instinct enfoui en elle, énonça haut et fort d'une voix désincarnée qui n'était pas la sienne :
« Héros du Temps, porteur de la Triforce, par la sainte magie conférée par les Déesses à la Terre d'Or Sacrée, moi Nabooru Sage de l'Esprit te remets le Talisman fragment de la Terre d'Or et porteur de son pouvoir… »
Alors entre ses mains tendues vers lui l'une contre l'autre, paumes vers le ciel, le jeune homme blond vit se matérialiser dans des rayons de lumière une médaille lisse et brillante de la couleur du miel marquée d'un symbole représentant un yin et un yang séparés par un vide, comme deux fantômes –deux esprits– se tournant autour sans jamais se rejoindre.
Avec un regard plein de tendresse et d'émotion pour la femme qu'il avait aimée, il se leva et se saisit du Talisman, et aussitôt la lumière qui nimbait la Gerudo s'évanouit ; le saint pouvoir de la Terre d'Or avait guéri ses blessures, et elle avait retrouvé son éblouissante beauté, des proportions parfaites, un corps à la fois athlétique et parfaitement féminin, des cheveux de feu soyeux, une peau de pêche au teint de caramel appétissant, des lèvres roses et pulpeuses et de grands yeux de chat aux iris d'ambre…
Elle lui sourit de toutes ses dents. Toutes ses dents. Déesses, elle était sublime…
Il sentit une raideur brûlante entre ses jambes, et eut honte de lui-même ; car si extérieurement elle semblait être guérie et avoir retrouvé toutes ses forces physiques, qu'en était-il à l'intérieur ?…
« Moi, l'une des sept sages, murmura-t-elle en lui souriant. Quelle ironie ! Nous savons tous les deux que je ne suis pas sage du tout, hum ?
– Eh bien tu devrais remercier cette ironie, lui répondit Link en lui renvoyant un sourire, un de ces sourires sublimes auxquels elle était incapable de résister même alors qu'il n'était encore qu'un enfant, car c'est cette ironie qui t'a maintenue en vie…
– Non mon petit homme, souffla-t-elle soudain. C'est toi qui m'as maintenue en vie. Ton souvenir, l'espoir qu'un jour je te verrai passer cette porte pour venir me libérer… »
Il fut tellement touché qu'il ne trouva même pas à répondre…
« Et maintenant c'est fait ! », ajouta-t-elle.
Soudain, elle lui coula un regard brillant et langoureux, souriant d'une oreille à l'autre en se glissant le bout d'un doigt entre les dents…
« Je t'avais promis un baiser, susurra-t-elle après un éclat de rire, et après ça je m'en voudrais de ne pas tenir ma promesse… »
Quoi ?
Avait-il bien entendu ?
Acceptait-elle enfin vraiment de le laisser l'embrasser, comme il en avait rêvé à chaque instant de sa vie depuis la première fois qu'elle avait posé les mains sur lui ?
Son seul fantasme encore inassouvi allait-il enfin vraiment devenir réalité ?
Le ciel sembla s'ouvrir au-dessus de Link et la lumière divine inonder le monde et le rendre radieux et magnifique à ses yeux émerveillés devant lesquels volaient les papillons, il était heureux et excité comme un fou, comme un gamin, un petit garçon qui trouve au pied du sapin le jouet dont il a tant rêvé, ce petit garçon qu'il était redevenu face à celle qui avait fait de lui un homme…
Oh oui, il en avait tant rêvé !
Poussant un râle de fond de gorge, il s'avança vers elle, fébrile, tremblant de désir et de nervosité, tendant vers elle une main aussi hésitante que son sourire était conquérant…
« Doucement ! », dit-elle dans un rire flûté.
Il lui passa le bras gauche autour des épaules et le droit autour de la taille tandis qu'il sentait ses petites mains glisser de toute leur largeur sur son dos à travers le tissu vert de son habit et, bénissant Ruto de tout son cœur pour lui avoir appris à embrasser à peine quelques semaines plus tôt, il approcha doucement son visage de celui de Nabooru, ses lèvres des siennes, les yeux clos, et lui donna, enfin, enfin, le baiser qu'il mourait de lui donner depuis si longtemps…
D'abord elle sentit ses lèvres frôler les siennes, lentement mais impérieusement, douces, tièdes ; d'abord réticente, elle les entrouvrit bientôt, les écarta franchement, et laissa sa langue les caresser, frôler ses dents, entrer en elle, caresser la sienne, l'étreindre ; elle sentit ses yeux se fermer d'eux-mêmes de plaisir tandis que leurs bouches, leurs lèvres, leurs langues, se frôlaient, se cherchaient, se trouvaient, se quittaient, se retrouvaient, se caressaient, se mêlaient en une danse tendre et folle, absurde et délicieuse, qui répandait en elle des vibrations de pur plaisir bouleversant…
C'était si bon, si bon qu'elle se sentait se radoucir, s'abandonner complètement à lui entre ses bras, le cœur battant à tout rompre et l'entrejambe humide…
Non !
Pas ça !
Aussi brusquement qu'il l'avait envahie, le plaisir la quitta, laissant place à l'horreur, et la délicieuse chaleur dans son corps répandit aussitôt une douleur glaciale dans son âme.
Soudain raidie et totalement refermée, gémissant et haletant, affolée, elle eut un violent mouvement de recul, ramenant ses mains devant elle pour le repousser de toutes ses forces.
« Arrête, s'il te plaît », implora-t-elle d'une voix étouffée par la terreur.
Link la laissa s'éloigner de lui d'autant qu'elle en avait besoin sans dire un mot, mais l'affaissement des commissures de ses lèvres, l'angle que formaient ses sourcils et le regard sombre et morne de ses yeux en disaient bien assez long…
« Pardon, reprit-elle en baissant tristement la tête, je ne peux pas. Ça n'a rien à voir avec toi, c'est… c'est moi. Je ne peux pas. Je ne peux plus. Je ne pourrai plus jamais…
– Je sais, répondit-il simplement. Tu n'as pas à t'excuser. »
Il lui tendit la main, et sans une hésitation elle se précipita vers lui et vint se lover contre son torse tandis qu'il l'entourait de son bras…
Il la retrouvait enfin, et c'était pour la perdre…
Oui, il l'avait perdue.
Il la lui avait prise…
Ganondorf…
Elle ne le lui avait pas dit, et ne le lui dirait probablement jamais, mais il pouvait très bien deviner par lui-même que ce jour maudit quatre ans plus tôt où Ganondorf était venu la punir de l'avoir hébergé, il lui avait fait goûter à l'enfer…
Plus précisément, il avait fait son entrée dans la cité gerudo le surlendemain du départ de Link en fin de matinée accompagné de la moitié de sa milice hylienne, soit une soixantaine d'hommes, encadrée par une décurie de Moblins ; aussitôt que tous ces hommes, avec à leur tête leur ancien roi aussi redouté que haï, avaient pénétré dans leur campement, les femmes gerudo étaient devenues muettes, et l'air, aussi lourd qu'une chape de plomb… En le voyant, Nabooru avait bien entendu senti l'inquiétude la gagner, mais elle avait réussi à rester parfaitement maîtresse d'elle-même ; elle se doutait bien qu'elle ne pourrait pas échapper à un rapport sexuel avec son ancien supérieur, et il faut bien avouer que l'idée d'accueillir son sexe en elle après celui de Link ne l'enchantait guère, mais ce ne serait ni la première fois ni la mer à boire, et elle était certaine de parvenir par ce moyen à l'attendrir et à le manipuler pour obtenir de lui sa clémence. Elle s'était donc présentée à lui docile et polie aussitôt qu'il était descendu de cheval, le saluant selon les formules consacrées avec tous les honneurs qui lui étaient dus…
« Ô roi parmi les reines, ton peuple te salue comme un roi… »
Il avait répondu en lui faisant claquer à travers le visage une gifle de brute qui l'avait décollée du sol et envoyée s'y écraser comme un fétu de paille deux mètres plus loin…
Aussitôt, l'une de ses guerrières les plus expérimentées s'était jetée sur le gigantesque et intimidant homme roux à la peau bistre en hurlant, poignard à la main, prête à l'en frapper… et la longue et large épée de Ganondorf l'avait stoppée net, transpercée de part en part, bien avant qu'elle fût arrivée à sa portée…
À la vue de sa malheureuse compagne tuée sur le coup dont le corps gisait comme une poupée de chiffon sur le sable rouge du désert, Nabooru, se redressant sur un coude tout en tenant de l'autre main sa joue tellement endolorie qu'elle s'était demandé s'il ne lui avait pas déboîté la mâchoire, s'était empressée de crier :
« Non, mes fidèles compagnes ! Que personne le lève la main sur le Seigneur Ganondorf ni même sur ses hommes, je vous en conjure ! N'oubliez pas qu'il est mon seigneur et maître… »
Rengainant son épée avec un sourire narquois, le géant en armure noire avait commencé par pousser un ricanement de fond de gorge, avant de prendre enfin la parole pour cracher de sa voix caverneuse :
« Sage décision, chienne. Il aurait été malvenu que tu me résistes après la façon dont tu m'as déjà trahi… »
S'approchant d'elle, qui entreprenait de se remettre debout, d'un pas volontairement lent et nonchalant, il était venu se camper devant elle et n'avait eu qu'à exercer une pression du bout des doigts sur son épaule pour qu'elle s'effondre à terre à nouveau alors qu'elle s'était presque relevée, puis avait ajouté avec un sourire hideux :
« Tu croyais que je n'apprendrais jamais que tu as hébergé dans cette tribu, ma tribu, depuis le jour où j'ai perdu sa trace, ce petit morveux de soi-disant héros du temps qui a osé s'opposer à moi ? Tu as pris parti pour mon opposant, pétasse ! Ce n'est pas une trahison, ça ? »
Alors, d'un geste si brusque qu'on aurait dit que sa main s'était téléportée, lui arrachant un cri de douleur, il l'avait empoignée par la racine des cheveux et avait serré de toute sa poigne d'acier.
« Et je parie qu'en plus il t'a baisée… », lui avait-il soufflé à l'oreille avec une expression vicieuse répugnante sur le visage, avant de lui secouer la tête par les cheveux.
Sourd à son gémissement lancinant, insensible aux larmes qui perlaient aux coins de ses yeux et à ses gesticulations maladroites pour lui faire lâcher prise, il s'était alors tourné vers sa troupe de soldats sans la lâcher et, avec dans ses yeux jaunes le regard d'un serpent venimeux et sur sa bouche lippue le sourire carnassier toutes dents dehors d'un loup, il avait lancé :
« Soldats, faites-vous donc plaisir avec ces catins… »
Alors, tandis que les miliciens, rebuts de la race hylienne, des soudards vulgaires et brutaux, presque des animaux, s'avançaient sexe dressé, mains baladeuses et regard vitreux voilé de désir bestial à travers la foule pétrifiée de stupeur et de terreur des femmes gerudo qui venaient de voir leur reine fière et forte se faire fouler aux pieds et leurs certitudes voler en éclats, Ganondorf avait traîné, par les cheveux, une Nabooru hurlant et pleurant de douleur et de honte, ses pieds frottant le sable dans le vain espoir de ralentir son avancée inexorable, jusqu'à la tente royale en lui susurrant :
« Quant à toi, ma petite chérie, tu vas voir quelle punition je te réserve… »
Ils n'avaient pas plus tôt pénétré dans la tente de toile bleue richement décorée de dorures qu'il l'avait jetée sur le lit ; ses intentions n'étaient que trop claires…
La douleur atroce de sa poigne sur son cuir chevelu envolée, Nabooru soulagée avait retrouvé un peu de lucidité, et avait tenté une dernière fois, désespérément, de faire appel à sa clémence pour éviter ou au moins atténuer une punition qu'elle sentait devoir être terrible. Se redressant à genoux bien droite sur le lit, elle l'avait imploré en le regardant droit dans les yeux :
« Mandrag, je t'en supplie, en souvenir du bon vieux temps…
– Tais-toi ! avait-il rugi. Je ne t'ai pas autorisée à prononcer mon nom ! Et il n'y a pas de "bon vieux temps" entre nous ! Je te baisais, c'est tout. Et c'est exactement ce que je vais faire à nouveau ! »
Alors il lui avait décoché un coup de poing dans le ventre qui l'avait pliée en deux, suivi d'un autre en plein visage, celui qui lui avait cassé une dent ; le souffle coupé et presque assommée, elle s'était effondrée sur le lit, le corps tétanisé et l'esprit hébété, et c'était là qu'il avait mis à bas son armure noire ; tandis qu'elle retrouvait peu à peu ses esprits, à présent dévêtu il offrait à ses yeux le spectacle de tout ce qui lui faisait horreur : un entrelacs répugnant de muscles saillants comme autant de boursouflures, sous une peau sèche et calleuse, perlant de sueur nauséabonde, et plantée de touffes de poils collés et hirsutes d'aspect crasseux et écœurant, un gourdin veineux d'une raideur obscène au gland d'une couleur violacée horrible comme un ridicule chapeau aux bords ourlés, avec deux sacs fripés poilus et enflés qui pendaient ridiculement dessous.
Après Link, si petit, si doux et si mignon, le retour à la triste réalité n'en était que plus rude… Il avait eu raison de l'assommer pendant qu'il se déshabillait, car si elle avait été consciente et en possession de ses moyens, elle aurait tenté de fuir aussi vite qu'elle l'aurait pu en hurlant d'horreur, et là… la punition n'en aurait été que plus sévère !
De toutes parts autour d'elle, la reine déchue entendait à travers les minces parois de toile les cris et les pleurs de douleur et de honte de ses guerrières profanées par les hommes du tyran, en une sinistre cacophonie qui aiguisait son angoisse ; elle était terrifiée…
Alors, Ganondorf, nu, hideux, en pleine érection, l'avait empoignée à pleines mains, lui arrachant ses vêtements un à un, avec une effroyable lenteur, la giflant et l'insultant entre chaque, malgré ses supplications, ses tentatives désespérées de le repousser, l'avait retournée comme un pantin, à quatre pattes sur le lit, nue et à sa merci, totalement soumise et humiliée ; elle avait tenté de se débattre, de lui échapper, de fuir, de toutes ses forces, alors il lui avait attrapé la tête dans sa main gauche, les doigts écartés recouvrant son crâne comme les tentacules d'une pieuvre à l'étreinte d'acier, et lui avait cogné le visage contre la tête de lit à toute volée, trois fois ; là, sonnée, vaincue, son intimité offerte à lui, lui tordant le bras dans son dos presque au point de le lui disloquer, d'un coup de rein bestial et haineux il l'avait pénétrée ; elle avait cru sentir son sexe se déchirer sur son passage, et avait poussé un hurlement de douleur et d'humiliation ; une main lui écrasant le visage contre la tête de lit et l'autre lui tordant le bras dans le dos, il l'avait violée, encore, encore et encore, il avait meurtri son corps, souillé son âme, allant et venant en elle qui se refusait à lui, comme un animal, un monstre de mépris, de cruauté et de sauvagerie, pendant des minutes qui lui avaient paru des heures, et bientôt des heures qui lui avaient paru des jours, insensible à ses cris, ses larmes et son sang qu'il faisait couler sans pitié…
La première fois, elle avait tenu bon ; la deuxième, elle avait bien failli ne pas y parvenir ; mais la troisième fois, elle avait craqué, et le cri s'était échappé de ses lèvres comme de lui-même :
« Link… »
Dire que Ganondorf avait été coupé dans son euphorie en entendant la femme qu'il baisait gémir le nom d'un autre serait en dessous de la vérité… D'abord il s'était figé, dégrisé, refroidi, et la malheureuse aurait presque apprécié cette accalmie sans la peur atroce qu'elle sentait poindre en elle à l'idée de la tempête à venir qu'elle annonçait ; et puis très vite, une rage démente s'était emparée de lui, et sa réaction ne s'était pas fait attendre :
« Alors cet avorton t'a vraiment baisée, sale pute ? Mais tu vas voir ! Tu vas sentir la différence entre un gamin et un homme ! »
Et joignant furieusement le geste à la parole, il avait commencé par lui briser une bonne fois comme une vulgaire brindille le bras qu'il lui tordait dans le dos depuis plus d'une heure, lui arrachant un hurlement strident, puis, tout en la rouant de coups, il avait recommencé de plus belle à la violer, encore, encore et encore plus, lui infliger à peu près tous les outrages qu'il est humainement possible d'infliger à une femme, sans cesser de la battre, sans un répit, pendant dix heures…
Ce n'était qu'à la nuit tombée, après s'être une dernière fois répandu en et sur elle avec un grognement immonde, qu'il l'avait enfin lâchée, pantelante, brisée, en sang, trop faible pour pouvoir encore faire un seul mouvement, et avait réclamé qu'on lui apporte à manger.
Il ne lui en avait pas laissé une miette, et ne l'avait pas non plus laissée quitter la tente…
Après l'humiliation des viols répétés, il avait poussé la cruauté jusqu'à y ajouter celle de l'obliger à passer la nuit avec lui en signe de soumission à lui…
Traumatisée, littéralement noyée dans l'horreur, la douleur et les images de cauchemar refusant de s'effacer, hors de l'espace et du temps et seulement consciente d'elle-même, Nabooru avait envisagé de mourir ; mais, qu'on appelle ça de la faiblesse, de la bêtise, ou l'espoir, elle voulait vivre, vivre encore un peu…
Ne serait-ce que pour voir Link arracher le cœur à Ganondorf…
Alors elle avait tenté de s'enfuir, de se glisser hors de la tente avant que le matin se lève, pour conserver ce dernier vestige de dignité, y jetant ses dernières et pathétiques forces prêtes à s'éteindre… une claque sur la tête l'avait stoppée net.
« Je ne dors pas. »
Et il n'avait pas dormi.
Pas dormi de la nuit.
Jusqu'à ce que le soleil fût levé et parfaitement visible dans le ciel le lendemain matin, il était resté nonchalamment assis sur le lit, les yeux grands ouverts, à surveiller qu'elle ne s'enfuie pas et qu'elle passe bien la nuit entière auprès de lui…
Enfin, le matin venu, il l'avait traînée plus morte que vive jusqu'au temple et l'y avait jetée avant de rassembler ses hommes et de repartir sans se retourner, et c'était là, enfermée dans le cachot aménagé au fond du temple, qu'elle avait passé les quatre dernières années…
Et s'il devait ne jamais en connaître le détail car elle n'oserait jamais lui dire tout ça, ni à lui ni à personne d'autre, Link ne pouvait que trop bien le deviner rien qu'à la voir ainsi perturbée, craintive, aux abois, se refusant même à lui…
Pris soudain d'une bouffée de tendresse et de compassion, il lui caressa les cheveux de sa joue en la serrant plus fort contre lui…
Elle sentit ses muscles d'homme contre elle, autour d'elle, et aussitôt, à nouveau le même mouvement de recul irrationnel ; il la laissa se détacher de lui, la mort dans l'âme ; elle se rappela qui il était, l'amour de sa vie qu'elle ne pourrait plus jamais aimer, et eut honte de le repousser, de ne pouvoir contrôler sa peur ; ses yeux d'ambre pleins de tristesse croisèrent ses yeux de saphir pleins de tristesse…
« Ganondorf va payer pour ça, souffla-t-il fiévreusement.
– Mais c'est déjà fait », répondit-elle d'une voix douce.
Alors elle se retourna et lui désigna les corps de Kotake et de Koume, les deux hideuses sorcières qu'il avait abattues un instant plus tôt.
« Tu vois ces deux vieilles biques ? expliqua-t-elle. C'étaient les mères adoptives de Ganondorf. Tu viens de tuer les deux seules personnes au monde pour lesquelles il ait jamais eu un semblant de sentiment. Cette fois, ce n'est pas le tyran mais l'homme que tu as frappé. Maintenant, ton action contre lui n'est plus une résistance, c'est une guerre, et il vient d'en perdre la première bataille… »
Mais Link ne parut pas s'en réjouir.
Fronçant les sourcils au-dessus de ses beaux yeux bleus avec une moue boudeuse ravageuse sur sa belle bouche ourlée, il grommela :
« Oui, et maintenant, il va vouloir se venger, et d'autres personnes vont souffrir, alors je me vengerai à mon tour… ça n'en finira pas. Ça n'en finira pas tant que l'un de nous deux ne sera pas mort…
– Eh bien tu le tueras », déclara sobrement Nabooru en fermant gracieusement ses doux yeux d'ambre aux longs cils noirs.
Il la contempla sans dire un mot ; non, il n'était plus amoureux d'elle, mais il savait à présent à quel point il tenait à elle…
« Et je penserai à toi à cet instant », assura-t-il avec un sourire plein de tendresse.
À son tour, ce fut à elle de le contempler sans dire un mot ; son petit homme… Son homme parfait, son homme selon ses goûts… Son merveilleux petit ange de douceur et de tendresse, beau et rassurant, aimant et respectueux, qui avait trop et trop vite grandi et qu'elle ne pouvait plus aimer alors même qu'elle l'aimait tant… Quelle souffrance dans son cœur !
Et quelle souffrance serait la sienne s'il persistait à l'aimer elle qui ne pouvait plus l'aimer…
« Tu ne dois plus dire ça, finit-elle par laisser échapper tristement. Tu ne dois même plus le penser. Tu ne dois plus penser à moi… Il ne peut plus rien y avoir entre nous, alors oublie-moi, libère ton cœur de moi pour celle qui pourra t'aimer comme je ne le peux pas. »
Mais contrairement à ce à quoi elle s'attendait, à ces mots il lui sourit, un sourire sublime, peut-être le plus sublime qu'elle lui ait jamais vu, car c'était un sourire qui exprimait la paix…
« Merci », murmura-t-il.
Elle n'en croyait pas ses oreilles ; c'était bien plutôt à elle de le remercier…
« Je sais qu'il n'y a plus rien entre nous, poursuivit-il aussitôt de sa belle voix chaude et suave où flottait une infinie douceur, et mon cœur est libre. Mais je ne t'oublierai jamais pour autant. »
Alors si elle fondit en larmes, pour la première fois depuis quatre ans ce furent des larmes de pur bonheur…
Mais soudain, ses jambes vacillèrent et elle manqua de s'effondrer…
Après qu'il l'avait guérie, c'était à présent qu'elle subissait le contrecoup du Pouvoir d'Or ; c'était trop d'émotions pour y résister plus longtemps.
Se précipitant sur elle, il retint sa chute d'un bras fort et tendre qu'il passa lestement autour de sa taille.
« Tu as assez souffert, lui souffla-t-il avec un sourire dénué de toute séduction, il est temps de s'en aller de cet endroit maudit… »
Alors, le cœur battant, intimidée, presque choquée, mais au fond ravie, elle le sentit la soulever de terre, un bras autour de son buste et passant l'autre sous ses genoux… Oh Déesses, il la prenait dans ses bras ! Il la portait, comme son épouse au moment de franchir pour la première fois le seuil de la chambre nuptiale…
Elle aurait dû perdre la raison de panique, mais au lieu de ça, vaincue par ce geste d'amour chaste et désintéressé et submergée de gratitude et de tendresse, elle s'abandonna complètement, passant ses bras autour de ses épaules larges et puissantes, s'agrippant à lui comme l'épouse à son époux, sans retenue, sans fausse pudeur, et, tandis qu'il adressait en silence au Talisman de l'esprit qu'il tenait dans sa main le souhait de retourner au village, le laissa avec volupté l'emporter dans ses bras…
Sitôt téléportés, Link déposa délicatement Nabooru sur son lit avec un dernier baiser pour qu'elle y goûte enfin à un repos mérité. Quand elles la virent dans ses bras, épuisée mais bien vivante, soudain folles de joie et d'émotion, les Gerudo qui se trouvaient non loin se précipitèrent pour honorer leur reine bien-aimée et remercier leur héros ; les repoussant doucement mais fermement hors de la tente royale, il leur commanda de faire moins de bruit pour la laisser se reposer, sur le ton d'un père aimant qui gronde gentiment ses filles.
Ou d'un roi juste et bon qui s'adresse à son peuple…
Oh oui…
Soudain, toutes ressentaient la même chaleur dans leurs cœurs… Enfin elles avaient retrouvé leur Raj-el Srir, leur petit homme, leur ange de douceur et de tendresse, et comme autrefois, elles brûlaient de le contempler, de l'entendre, de le toucher ; mais à la différence d'autrefois, lui ne paradait plus au milieu d'elles comme un jeune coq ; il respirait la maturité et la sérénité, simplement parmi elles avec un sourire magnifique, d'autant plus magnifique qu'il était dénué de toute séduction… Il était si beau… Il était toujours leur Raj-el Srir, mais il était devenu un homme… et elles l'auraient volontiers choisi pour roi.
Mais c'était lui leur roi. Pas ce porc de Ganondorf.
Et avec lui, Ganondorf serait vaincu !
Oui.
Sans un mot, sans un geste, Link venait de leur rendre l'espoir…
Il prit chaleureusement congé, puis chercha Sheik, le trouva sous une tente commune en train de faire changer d'avis sur les hommes à une demi-douzaine de jeunes Gerudo toutes chamboulées, le prit sous son bras et les deux garçons s'en allèrent, laissant derrière eux des femmes qui avaient enfin retrouvé leur liberté et leur dignité…
