Voilà La suite, j'espère qu'elle vous plaira !

Comme nous sommes en vacances, j'ai pour l'instant du temps pour un travail de qualité. Ce qui signifie que je poste à peu près tous les 15 ou 20 jours. Restez à l'affût ^^ !

Chapitre-3

Confiance

Alors que je découvrais les pièces de notre suite-appartement extra-méga-giga luxueuse avec émerveillement, Watari et L vaquait déjà à leurs occupations. Mis à part le fait que le vieil homme avait déjà disparu de mon champ de vision, L travaillait déjà : il suivait les moindres de mes mouvements avec un intérêt exagéré frôlant le ridicule !

- Et donc, où…dormirai-je ?

- Ah oui, dormir, dit-il, comme si ce terme lui rappelait des souvenirs. Je sais que dormir est très important pour votre…Extra-lucidité. C'est pourquoi je me suis permis de vous offrir la meilleure chambre possible, avec un environnement confortable et le plus calme et stable qui soit pour que vous soyez à l'aise. Tout cela afin que vous puissiez user de vos pouvoirs au meilleur de leur capacité.

- V-vraiment ?

- Vous devez être en forme, insista-t-il avec ses grands yeux. C'est essentiel, je pense.

- Ou-oui oui, vous avez raison, assurai-je d'une voix incertaine. Il m'a coupé l'herbe sous les pieds ! Je m'enfonce dans mon mensonge !

- Voyez, moi aussi je peux deviner certaines choses extrêmement logiques. Venez, je vous y accompagne pour vous la montrer.

- Ce n'est pas honnête ! Un jour, cette histoire va me retomber dessus…et il n'attend que ça ! Je suis sûre que ces précautions ne sont qu'un test supplémentaire.

- Alors, la trouvez-vous à votre goût ?

Je n'avais même pas remarqué que mes pas l'avaient suivi je ne sais où dans les profondeurs de la suite. La chambre était spacieuse : une grande baie vitrée offrait une vue imprenable sur la ville, le lit était assez grand pour trois ou quatre facilement, l'armoire était gigantesque (j'aurai pu y mettre mon ancien lit) et j'avais une salle de bain privée (qui m'avait l'air aussi hors de prix que tout le reste). En parlant de prix, cet immense lit en baldaquin avait vraiment dû coûter une fortune ! Je n'en revenais pas !

Bon sang, où ai-je atterri réellement ? Toute la décoration était dans des tons dorées, jaune d'or, marron clair agréable ou encore ivoire et blanc. Le tapis marrons foncé aux motifs blancs et dorés était épais et j'eus l'impression que peu importe le nombre de fois où je trébucherai (même intentionnellement) il était assez doux et étouffant pour retenir la plus terrible de mes chutes. Les rideaux de la baie vitrée étaient un ouvrage fin et rare, les moindres détails renforçaient le luxe des lieux. Bon, stop ! Je commençais à culpabiliser…

Le souffle coupé, je lançais à L un regard interloqué. Je ne pouvais continuer l'introspection de ma chambre sans m'étrangler. Combien a dû coûter cette suite, bon sang ?! Il me renvoya un regard amusé et tranquille. Je voulais dire quelque chose mais ma gorge serrée n'émettait aucun son.

- Elle ne vous plaît pas, c'est cela ? On peut la changer si…

- Non, par Kira ! M'écriai-je en retrouvant subitement l'usage de la parole –il sursauta à la mention du tyran. Qu'est-ce que c'est que ça, bon sang ?! C'est…c'est trop ! Je…je…!

-…Oui ? Encouragea-t-il, un peu inquiet. Mlle Roseshield, vous êtes toute verte, je n'aurais jamais crû cela possible. Ca va aller ?

- Je crois que…j'ai…en fait…mon estomac en est tout retourné ! Je…à quel point êtes-vous riche, enfin ! J'espère vraiment que c'est un rêve parce que…tout ça pour moi !

- Bien assez pour mener à bien mes objectifs et subvenir aux moindre de vos besoins, c'est tout ce dont vous avez besoin de savoir, répondit-il simplement.

- Mais, je… ! Ca devrait être interdit des trucs pareils !

Il fronça suspicieusement les sourcils. Je reprenais alors peu à peu contenance et me rendis compte alors que ma réaction avait été un peu exagérée…« Elle est trop parfaite, L. Vraiment, merci. Arigatô. Thank you. Gracie. Gracias. » Il m'interrompit d'un léger rire et en balayant mes remerciement d'un geste nonchalant de la main. « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas. Il faut que vous soyez à l'aise. » Un nouvel élan de culpabilité me prit, avec une telle force cette force, que j'étais à deux doigts de débiter toute ma prophétie sur le champ, pensant que c'était la seule manière utile de le remercier. Je résistai de toute mon âme.

- J'ai besoin que vous vous sentiez bien pour que vos pouvoirs fonctionnent au mieux, ne l'oubliez pas.

- Bien sûr, oui, naturellement. Merci infiniment.

Je ne me rappelais plus de la dernière fois que quelqu'un avait fait quelque chose de bien pour moi. Et je venais de me rendre compte que L ne faisait rien dans la demi-mesure ! Vraiment, rien de mieux ne pouvait m'arriver en ce moment, c'était l'extase ! L…mon héros !

Nous restions alors plantés là, debout l'un en face de l'autre, à se dévisager. Enfin non, plutôt, il me dévisageait et moi évitais de le faire. J'ouvris l'armoire, en essayant de ne pas mesurer son coût et vis qu'elle était remplie de vêtement en tout genre : de l'ado branchée, aux robes de soirées occidentales chics et des Yukatas en soie et en coton chics élégants et hauts en couleur, en passant par les vêtements d'été et d'hiver, les vêtements habillés pour sortir ou plus décontractés. Il y avait même des kimonos et des vêtements d'intérieurs, des tas de chaussures de toutes sortes et de toutes les couleurs pour les assortir aux vêtements. Je devinai sans mal les sous-vêtements féminins rangés spécialement pour moi dans la salle de bain.

- J'ai demandé l'avis d'une spécialiste pour cela. Je me disais que vous manquiez cruellement de vêtements alors j'ai de nouveau pris la liberté de…

- Bon, stop, ok ! Le coupai-je (ce qu'il détestait, je le savais, mais au moins il retiendrait). Vous en avez déjà assez fait pour moi, maintenant, c'est à moi de vous aider. Autrement dit : ne m'achetez plus rien, par pitié ! M'exclamai-je sincèrement.

Il fut à nouveau pris d'un léger rire, comme un ronronnement feutré que provoquait sa voix grave, presque silencieux néanmoins. Il ignorait à quel point son rire m'était agréable. Je visitai toute la chambre : j'ajoutai au luxe un bureau de travail, un mini salon de thé, une télévision géante, un ordinateur, une psyché longue et lustrée, et ah ! Tiens, un lustre au plafond. Je m'arrêtai de nouveau, de peur de refaire sortir mes récentes lubies de comptable.

Lorsque je me retournai vers son incroyable personne à nouveau, il n'avait pas bougé d'un millimètre (grands yeux noirs braqués sur moi, debout mais dos courbé, comme plié par la douleur, visage sans expression, mains dans les poches). J'aurai pu le croire mort sur place, on pourrait presque dire qu'il ne respirait pas.

- Vous ne me lâcherez pas d'une semelle, hein ? Lui demandai-je, peu enthousiaste pour lui.

- Pas avant que vous m'aurez prouvé être digne de ma confiance.

Je hochai la tête en signe de résignation et d'abnégation. Puis, songeant à une chose, je passai la main sur mon front avec un air soucieux.

- La salle de bain et les toilettes compris ?

Je me réveillai subitement en sursaut, tremblante et morte de froid. Durant mes cauchemars, les yeux carmin de Kira, rougis par ses péchés, n'avaient cessé de me hanter comme une menace fantôme. Je passai une couverture autour de moi tandis que je me levai du lit en direction de la salle de bain.

Je ne m'étais pas rendue compte que je m'étais endormie (L avait passé toute la soirée à me surveiller -sauf durant ma douche) et avait même continué lorsque j'étais entrée dans mon lit. On aurait dit une statue de marbre blanc, beau dans son immobilité et son naturel le plus parfait. Longtemps, alors qu'il était à mon chevet, j'observais les moindres détails physiques de sa personne. J'ignore ce qu'il sembla déceler dans mon regard, mais en tout cas il ne prit aucun air agacé, ni contrarié ou effrayé.

Seulement, maintenant, il n'était plus là, et la cage dorée plongée dans une pénombre affolante n'en était que plus effrayante. Je devinais alors qu'on devait être encore au beau milieu de la nuit. J'avançai lentement, traînant les pieds, faisant le moins de bruit possible, tremblant de la tête aux pieds. Enfin, je poussai la porte de la salle de bain et allumai une lumière plus que bienvenue.

Je me passai de l'eau froide sur le visage puis observai mon reflet dans l'immense miroir. Mon teint était terne, mes cernes sombres, mes traits tirés et mes cheveux aux motifs de flammes tenaient plus de la crinière indomptable d'un lion qu'autre chose. Mes boucles étaient irrécupérables. J'avais l'air miséreux ! Si seulement j'avais eu les cheveux lisses… !

Une ombre surgit subitement dans mon dos. Je sursautai violemment et émit un cri perçant mais bref alors que la couverture glissait à mes pieds. L me regardait avec un grand air curieux, interrogateur et intrigué, presque enfantin. Il était toujours habillé de la même manière et de grands cernes tiraient ses traits. Je ne retins pas mon long soupir de soulagement et portais alors une main à mon cœur affolé comme un oiseau en cage.

- L ! Vous m'avez fait si peur ! J'ai réellement frôlé la crise cardiaque !!

- Mes excuses les plus sincères, Mlle Roseshield. Ce n'était nullement mon intention, avoua-t-il.

Je tentai sans succès de ramasser un peu dignement ma tignasse, gênée qu'il me voie ainsi. Mais il ne semblait même pas le remarquer –à mon grand soulagement, je n'oserais jamais l'avouer.

Avec des gestes lents, comme pour ne pas me brusquer, il se pencha et ramassa la couverture pour la remettre sur mes épaules avec une réelle lueur d'excuse dans le regard. Cette fois, il afficha un air plus inquiet lorsqu'il croisa mon regard.

- Vous…vous allez bien, Mlle ?

- Oui-oui.

- Vous avez froid ? Vous tremblez…

L'image des yeux avides de sang de Kira envahit à nouveau mon esprit et je reproduisis un léger sursaut. Il se mit à frictionner gentiment mes bras et mes épaules fatiguées, puis plus vigoureusement lorsque des sanglots secs me firent claquer des dents. Je tentai de l'arrêter en posant une main sur ma bouche, figée. J'essayai de me retenir devant lui. La nuit avait vraiment été terrible. J'avais vu des dizaines de gens mourir de toutes les façons possibles. À ma stupéfaction, ses frictions se firent plus vigoureuses et tendres lorsque de véritables larmes ruisselèrent.

Je m'étonnai qu'il ne me tienne pas du bout des doigts.

- Je-je suis d-d-désolée !

- Ce n'est pas grave, voyons, ne vous excusez pas. Vous avez fait des cauchemars ?

- Ou-oui.

- Navré, moi qui voulait vous mettre à l'aise…

- Ne dîtes rien ! Ce n'est vraiment pas votre faute ! Lui lançai-je en réprimant un nouvel élan de culpabilité dangereuse. Je m'attendais à voir ça mais…c'est plus dur que je ne le pensais, c'est tout.

- Plait-il ?

- J'ai vu la mort de plusieurs victimes de Kira. Ca m'a chamboulée.

- Venez, retournez dans votre lit, bien au chaud, vous irez mieux.

Inconsciemment, je me laissais guider par le bras. Il irradiait d'une chaleur réconfortante presque inhumaine dans ma détresse. Ne sachant sûrement pas comme s'y prendre pour consoler une jeune fille ou lui occuper l'esprit, il essaya de m'emmener sur un autre sujet de conversation. Pas très éloigné, néanmoins…Il aurait pu faire mieux.

- Vos pouvoirs sont intacts ? Avez-vous appris autre chose ?

- Je-je me demandais pourquoi… nous n'étions pas menottés ? Dis-je en essayant de faire un sourire –mais vu mon état, c'est sûr que je ne dupais personne- qui avait dû paraître minable.

Malgré les circonstances, il émit à nouveau ce léger rire agréable qui détendit aussitôt l'atmosphère autour de moi.

- Au vu de votre…genre féminin je précise, je trouvais cette idée déplacée alors je me suis abstenu.

- Un véritable gentleman ! De souche british en plus de ça.

- Merci, répondit-il, (réellement flatté ?).

- Après ça, on ne peut pas vous traiter de pervers, si ?

Il haussa les épaules avec une nonchalance si craquante que je manquais de le féliciter pour tous ses faits et gestes. Puis, avec une délicatesse surprenante, il régla la lampe de chevet sur une douce luminosité, s'accroupit ensuite sur le bord du lit, à mon côté, en appuyant son dos contre la tête du lit contre le mur, plongé dans une multitude d'oreillers blancs et en portant son pouce à sa bouche, m'observa longuement.

- Pourquoi ne pas me dire tout ce que vous savez ? Demanda-t-il mystérieusement.

- Tout ce que…quoi ?

- Je vous ai observée, Mlle Roseshield…

- Ca, je l'ai remarqué ! Mais appelez-moi Alex, je vous en prie. –j'essayai d'être aussi polie et appliquée que lui, je ne serais jamais qu'une pâle imitation-

-Mlle Alex –ah ! cette politesse intraitable alors !- , plusieurs fois, vous avez été tentée de me révéler quelque chose que je n'arrive pas à deviner, et encore moins à comprendre. Je pense, Mlle, que vous avez un bon fond, mais des raisons illogiques vous pousse à garder vos secrets pour vous. Pourquoi ?

- Le…savoir est un trésor…qu'il faut savoir préserver à juste titre si on veut garder sa valeur. On ne peut pas le partager à tout va, à n'importe qui, n'importe où et n'importe quand. Si je perds mon savoir, je ne vous suis d'aucune utilité. Si j'étais normale, je ne vous aurai jamais approché. Or, j'ai besoin de vous connaître.

- Pour deviner ?

- Non, enfin oui…, dis-je pour ne pas détruire mon mensonge, mais plus pour vous éviter des dangers perpétuels et des risques mortels, avec ce pouvoir.

Il accueillit mes paroles avec une expression profondément tourmentée. Mais, à la fois, une résolution toute nouvelle sembla germer en lui. Il sourit à demi, mystérieusement, comme il savait si bien le faire. Il était indéniablement meilleur observateur que je ne le serais jamais et je ne pouvais pas deviner le cheminement de ses pensées à ses airs à ce moment précis. J'en étais presque frustrée.

- Kira.

- Oui, répondis-je.

- Vous savez qui c'est.

Ce n'était même pas une question, c'était là une véritable quasi-certitude. Je me dis alors qu'il devait forcément avoir mon prétendu pouvoir pour tout deviner comme cela.

- Plus ou moins, avouai-je finalement. C'est encore flou. Mais j'ai besoin de temps, de preuves et…de confiance pour tout vous faire comprendre.

- Confiance, répéta-t-il avec de nouveau cet air lointain. Et bien, nous recherchons tout deux la même chose. Du temps, des preuves et de la confiance. J'en aurai grand besoin moi aussi, prochainement.

- La police ne vous fait pas confiance. Et c'est réciproque, si je puis dire.

- Oui, c'est exactement cela. J'ai de bonnes raisons de penser que Kira est vraiment proche de la police. À un point que nous n'osons imaginer. Je me trompe ?

- Non, vous avez raison. Et nous allons trouver un moyen de le coincer. Mais j'aimerais que lorsque vous preniez une décision ou effectuez un mouvement, que vous me préveniez, je vous prie…

- Naturellement, je comprends. Cependant…ne pouvez-vous pas le deviner en tant normal ?

- Je vous le redis : je ne sais jamais quel genre d'information me tombe sur la tête.

Il m'offrit un autre demi-sourire, je le lui rendis et une soudaine fatigue s'empara de moi. Le calme qu'il dégageait faisait retomber l'adrénaline qui me maintenait parfaitement éveillée.

- Dormez, vous en avez besoin. Plus tard, nous reparlerons de tout cela.

- Vous…est-ce que vous pouvez… ?

Il m'adressa un nouveau regard curieux et innocent.

- Enfin…vous voyez…j'ai…j'ai peur. –Je n'osais lever les yeux vers lui- Je-je suis nulle, hein ?

- De toute façon, j'avais prévu de vous surveiller. Disons alors simplement que votre consentement me facilite les choses.

- Merci, L.

- Je vous en prie. Appelez-moi…

- Ryûzaki, l'interrompis-je.

- Vous le saviez depuis toujours, n'est-ce pas ? dit-il avec un nouveau sourire impressionné.

-… (Un autre de mes sourires mystérieux lui répondit)

Je m'emmitouflai dans mes couettes en fermant les yeux. Il laissa la lampe allumée, jetant sur moi un regard que j'aurai pu interpréter comme protecteur, si je n'avais pas su que je restais son suspect le plus potentiel.

De plus, tout la fin de cette conversation était à double sens : oui je sais qui est Kira (ça pouvait être moi), il est proche de la police d'investigation (L est à quelques mètres de moi), il me préviendrait de ses mouvements (tous destinés à me piéger et tester mes réactions).Pour ajouter à cela, j'étais sûre et certaine que je ne pouvais lutter contre le génie de L. Simplement parce qu'il était L.

La mort de L, là, devant mes yeux.

Le matin, je me réveillai de nouveau en sursaut. À côté de moi, L ouvrit aussi soudainement les yeux, ayant le sommeil extrêmement léger. Il semblait agacé de s'être endormi. Un fol instinct de préservation obligea mes mains à agripper ses bras, plantant pratiquement mes ongles dans sa chair, à travers ses manches. Il sursauta, à mon geste transpirant la peur et l'effroi, et je sursautai avec lui, en même temps.

Je tentai de me calmer, les yeux plantés dans les siens. J'étais toujours dans Death Note. J'étais avec L, tous les deux vivants, en sécurité –du moins pour l'instant. Forçant mon cœur à réfréner sa course folle, je lâchai ses bras tout aussi subitement. Aucun mot n'était assez fort pour exprimer mes excuses. Il m'observait avec la fixation d'un zombie hypnotisé. Il avait vraiment l'air fatigué mentalement.

- Vraiment, je…je sais pas ce qui m'a pris, je…Pardon ! Je sais que vous n'aimez pas trop les contacts physiques et…

- Ca va, tout va bien. J'ai juste été incroyablement surpris. Encore des cauchemars ?

- Oui…mais je en m'en souviens plus très bien, mentis-je, baissant la tête honteusement.

Il leva les bras, les rabaissa un peu, les releva, hésita apparemment sur le comportement à adopter et la méthode à utiliser pour me réconforter. Finalement, il opta pour une simple main posée prudemment sur mon épaule, les doigts se refermant sur cette courbe les uns après les autres, avec précaution. Ce geste fut plus réconfortant que je ne l'aurai jamais imaginé, le simple fait qu'il ait essayé me remplit d'une joie déplacée en pareille circonstance.

Sitôt mon visage un peu moins torturé, il retira prestement sa main et, gêné, annonça « Bien, je crois que nous devons tous les deux nous préparer pour être présentable pour la journée puis prendre le petit-déjeuner. Je vous laisse. » Je le remerciai du regard, aucun mot n'était toujours assez fort. Il semblait avoir compris.

L'instant d'après, je troquai mes vêtements de nuit contre un simple jean sombre et un ample chandail blanc. Ce n'était pas tous les jours que je portais des matières aussi confortables et luxueuses. J'arrivai dans la salle de bain, m'apprêtai le mieux possible en refaisant mes boucles avec de l'eau et en les attachant en queue de cheval haute. Je me brossai les dents, puis, exceptionnellement, ajoutai un peu de crayon noir sous mes yeux. À présent, sans mes habits d'éternelle ado, je semblais plus âgée que jamais.

En retournant dans la chambre, je ne pus me résoudre à me séparer de mes converses noires. Ayant fini de les lacer, je ne sus s'il me fallait attendre L ou me rendre de moi-même à la salle à manger. Dix minutes passèrent ainsi dans le silence, puis je conclus que je devais me prendre en main.

Je sortis, empruntai plusieurs salles, j'en reconnaissais certaines, mais la plupart me paraissaient inconnues au bataillon. Je dus me résoudre à m'arrêter dans un autre salon pourvu de baies vitrées offrant une vue sur la ville. Je contemplais longtemps les agitations de la fourmilière de la ville, quand la voix de Watari me fit grimper au plafond :

- Ah ! Bonjour Mlle Roseshield.

- Bonjour bonjour, Watari, lançai-je en me retournant.

- Désolé de vous avoir surprise. J'ai cru comprendre que vous vous étiez perdu. Allons, venez, suivez-moi, vous risquez d'être en retard pour le petit-déjeuner et vous le devez le savoir…

-…L est impatient de manger car il doit s'agir de son repas préféré de la journée, continuai-je à sa place.

- Ah bien, grandiose ! Si perspicace. Aucun doute que l'enquête avancera rapidement avec vous à nos côtés.

- Merci, dis-je en le suivant.

Cinq minutes plus tard, j'étais assise à une grande table ronde d'un bois luxueux, dans un spacieux énième salon, en face de L. Watari commença par nous servir des pancakes au sirop d'érable. D'innombrables pancakes. L me salua très poliment, comme toujours, et demanda de mes nouvelles par courtoisie, comme on s'y attend venant de lui. Considérations si minimes…et pourtant si agréables au quotidien !

- Voulez-vous que j'envoie Watari vous chercher tous les matins ?

- Grands dieux, non ! Je ne veux pas être une gêne ! Il a sûrement d'autres choses plus importantes à faire voyons !

- Bien, comme vous voudrez.

- Eh bien, bon appétit, dis-je, alors que nous commencions.

- Bon appétit à vous aussi, Mlle Roseshield, répondit-il alors qu'il noyait sa pile de pancakes le plus normalement du monde.

Dix minutes plus tard, j'étais persuadée que dans quelques heures à peine, ma bouche entière serait envahie de caries toutes plus affreuses les unes que les autres. Se brossait-il la bouche cinquante fois par jour pour garder d'aussi belles dents blanches et avoir bonne haleine ?

- Parlez-moi un peu de l'enquête. Avance-t-elle beaucoup ?

- Après vos indications, je ne peux vous cacher le fait que nous avons désormais quantité de pistes fiables. Aujourd'hui, j'ai pensé à utiliser des agents du FBI…

- La fuite d'informations vous ennuie beaucoup, à ce que je vois. Vous comptez faire surveiller tous les proches des services de police concernés, n'est-ce pas ? C'est dangereux. Kira étant forcément parmi eux, vous risquez de les faire tuer. Tous. Inutilement.

- Prodigieux. Vous voyez loin. Haut et très loin, Mlle Roseshield. Vous avez tout mon respect, annonça-t-il, les yeux agrandis comme ceux d'un enfant émerveillé. Vous avez vu juste, partout. Comme si vous aviez fouillé ma mémoire et deviné mes pensées.

Je rougis et ris stupidement. Quelle honte !

-J'ai en effet l'intention d'employer les services du FBI mais je dois préciser que sans risques, nous ne pourrons avancer. C'est en prenant un risque que j'ai découvert que Kira était effectivement dans le Kantô.

-Mais j'étais sûre et certaine qu'il ne vous arriverait rien. Là, je suis persuadée que le risque est trop grand. Ils se feront tuer. Tous, L, affirmai-je avec une voix grave.

Il me scruta longuement, les pancakes figés dans sa main, sans ciller…avant de poser lentement la nourriture et de lancer d'une voix feutrée :

- Que proposez-vous, alors ? Toujours en prenant en considération vos visions, bien évidemment.

- Voulez-vous absolument employer le FBI ? Est-ce si nécessaire ?

Je voyais que même s'il me demandait poliment mon avis, il était obstiné et utiliserait quand même l'idée du FBI. La situation était délicate. La fiancée de Ray Penbar pourrait nous être extrêmement utile. Or, il nous la faut vivante, donc Ray vivant, donc…tous les agents. Pas chose facile.

Heureusement, depuis le temps où j'avais les premiers mangas j'avais déjà songé à un plan. Il me suffisait d'en proposer l'esquisse et le génie de L pourrait faire le reste. Après tout, je ne suis que la muse, c'est lui, l'artiste.

- Les agents du FBI me permettront de surveiller l'entourage de la police japonaise sans impliquer les policiers eux-mêmes. Mais aussi, d'agir en toute discrétion et confidentialité. Plusieurs d'entre eux sont fiables, j'ai pu le remarquer. Je choisirais les meilleurs d'entre eux. Alors, que proposez-vous comme alternative ?

- L'idée des agents du FBI est très bonne, je vous rassure. Il nous faut la garder mais en changer les formes. Amoindrir les risques. Il nous faut protéger les agents, ainsi que le patron. Puisque Kira a besoin de l'identité des agents, il va falloir falsifier les identités. Cartes d'identité, bancaires, badges, propager de fausses informations dans leur dossier au FBI au cas où Kira y aurait accès. Protéger également le patron. Nous allons inventer des agents en utilisant de vraies personnes. Qu'en dites-vous ?

Il sourit, mystérieusement. Je frissonnai. Puis il mangea avec enthousiasme. Aux yeux de n'importe qui, c'était un entrain banal, mais je le voyais…tout était une question de proportionnalité. Cet entrain-là, chez L, c'est qu'il était impatient de coincer Kira et qu'il savait qu'il en était tout proche. Il était frénétique.

- Si notre plan fonctionne…nous saurons qui est Kira. Je vous informerais en temps voulu. Lorsqu'une idée concrète aura pris forme dans votre esprit et que vous aurez la ferme intention de la mettre à exécution, l'avenir se fera limpide, vous comprenez ?

- Parfaitement. Les décisions individuelles, même infimes, influent foncièrement sur le destin, dit-il, je ne sais comment, la bouche remplie, avec un parler parfait.

- Cela fait, les visions changeront, prendront une nouvelle direction. Positive je l'espère. Pensez-vous que mettre un plan au point vous prendrait beaucoup de temps ?

- À vrai dire, avec vos avertissements et suggestions, je crois en avoir déjà un. Ne voyez-vous pas ?

- Tout cela est bien trop rapide ! Lançai-je, paniquée à l'idée de m'être fait découverte. Vous…êtes beaucoup plus méticuleux que ça en tant normal. Préparer un plan fiable à 100% vous prend un peu de temps mais la fin justifie les moyens. Le fait que vous en ayez déjà un de prévu si vite m'étonne un peu à vrai dire !

- Impressionnant. Vous savez qu'aucun plan concret ne s'est encore réellement formé dans mon esprit. Vous me connaissez très bien, bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés. Bien…en réalité, j'en conclu que vous avez bien des pouvoirs, Mlle Roseshield. Mais…j'ignore encore si vous êtes innocente.

Aurais-je vraiment été dans sa tête que j'aurai très bien entendu la suite : essayez-vous de me manipuler avec une vérité établie ?

- Et je le comprends…, Répondis-je, déçue. Mais je ne désespère pas. Je sais qu'un jour, vous saurez. Vous comprendrez. Vous saurez la vérité. Toute la vérité et rien que la vérité. Je ne perds pas espoir. Je sais qui je suis. Je le sais.

Il resta silencieux. Et je compris pourquoi : c'est comme si je me parlais à moi-même. Pour me convaincre moi et non lui.

- Un jour vous me ferez vraiment confiance. Vous saurez aux mains de qui confier votre vie. Je le sais. Ce jour arrivera. Sur ce point, vous devez me croire. Faîtes-moi confiance.

Je le sommais de me faire confiance. Le problème étant…que pour me faire confiance, il fallait déjà que je me fasse confiance à moi-même !

Hors, je lui avais déjà menti. On ne peut construire une confiance avec des mensonges comme freins. Y compris les mensonges qui hantaient mon propre cœur.

Je sais qui je suis. Je ne suis pas Kira. Et je n'étais pas non plus Alex Roseshield. Mon nom est Alix Rosenfield. Je n'ai pas non plus de vision. Je ne fais pas non plus partie de ce monde. Je ne suis qu'une lycéenne de seize ans, ignare, artiste, fan de mangas et plus particulièrement de Death Note, dont je me vante plus d'en connaître toutes les ficelles plutôt que mes partitions de guitare préférées.

Je devais arrêter de me mentir. Je devais garder la tête froide et protéger mon identité mais plus que tout, garder en tête ma véritable identité et ne pas oublier ce dont je suis capable.

J'ignore ce pour quoi j'étais douée. Cependant, une chose était sûre : je sauverais L, et pour ça, il pouvait me faire confiance…parce que moi je suis confiante sur ce point-là. Je le sauverais, j'en suis capable.

Fin du Chapitre-3

Donc voilà pour l'instant ! Tout avance très vite mais dès les prochaines chapitre, l'action se fera plus lente et plus subtile…

Et bien je suis très contente d'avoir eu tous ces commentaires ! Je ne m'attendais pas à ce que mon histoire plaise autant dès le début ! Je croyais au contraire que le concept ne plairait pas ! Surtout dans le fait que Alix n'ait pas de véritable pouvoir. Moi je trouvais intéressant qu'elle reste totalement ordinaire dans l'enquête et que sa seule alliée serait sa mémoire et sa prudence.

Bref, merci infiniment, j'espère ne pas vous décevoir.

RAR :

Cahina : Merci. Bon, Alice ne pense pas totalement que ce que fait Kira est mal, mais je ne pense pas la faire devenir Kira. Elle insiste d'ailleurs sur ce point dans les chapitres. Enfin bon, on verra ce que dira la suite. Merci de m'encourager en tout cas !

Kurama-Sesshômaru : Coucou ! J'espère que tu ne m'en veux pas de publier Death Note plutôt que Tenshi en ce moment. C'est juste qu'il y a plus de gens qui me motivent sur cette histoire et du coup ça me booste pour écrire ^^. Bref, j'espère que tu aimes quand même celui-là.

Moi aussi quand j'ai vu la mort de L j'ai arrêté la série. Mais comme ma fic essayera d'empêcher sa mort, je pense pouvoir me débrouiller, lol. Merci de m'encourager sur tous les fronts en tout cas. J'ai pas eu beaucoup le temps de te parler ces derniers temps mais je pense à toi à chaque mot que j'écris, en espérant qu'ils sont bien choisis et que ce que tu liras te fera autant de plaisir que lorsque je lis une de tes reviews.

Bon, on saura si tout se passe pareil uniquement au 5e chapitre. Mais bon, d'ici-là, amusons-nous quand même, lol ! Je vois que tout le monde attends avec impatience le moment où le secret d'Alix sera découvert.

Et oui, il y aura le 2e Kira, quoiqu'il se passe. Je trouve Misa-Misa très importante pour l'histoire également.

L pas indifférent ? Huuum, je sais pas moi-même. Pour l'instant, je pense vraiment qu'il essaie de savoir à qui il a affaire avant toute chose ^^. Donc dis-moi ce que tu penses ce chapitre et également de YYH.

Mille fois merci en tout cas.

Cassouminette : Wow ! L'honneur que tu me fais ! J'ai réussi à te faire poster une review ! C'est que vraiment l'histoire a dû te plaire. J'ai tenu à ce que L soit ressemblant donc j'espère que comme tu dis, c'est réussi et que ça le restera ! ^^.

Mais t'inquiète, continue à écrire quand même, lol. Toute histoire est bonne tant qu'il y a de la motivation. Merci pour tes compliments.

Une fan de Death Note : Merci beaucoup !

Elyon : Voilà, j'espère que la suite te plaît. Merci.

Polyne : Te revoilà ^^. Effectivement, c'est très dur de tout faire coller et je suis obligée souvent de revenir sur le manga ou les épisodes. Bon, c'est vrai que ce chapitre n'a pas vraiment bougé mais au moins, comme tu dis, elle est sortie de sa cellule et oui, ça devient très intéressant ! C'est à partir du chapitre 5 que tout devient vraiment très palpitant et qu'on a hâte de savoir la suite ^^.

Merci des compliments. Ca me fait toujours très plaisir. Et comme je fais des efforts pour bien écrire, j'ai le sentiment d'être récompensée ! Bien, bon ben à la prochaine ^^. Biz.