II Mister Hyde

La porte se ferma doucement. Le bruit me ramena sur terre. Le monstre était parti. Je restai quelques secondes adosser sur ce passé encore chaud.

Que suis-je ?

Cette interrogation tournait en boucle dans ma tête. Ce qui me restait d'humain est mort ce soir, j'étais un danger pour l'homme…

Je ne suis plus un homme.

Je ne pouvais plus vivre parmi eux, j'étais condamné à ma pénitence : la solitude du vampire. Mister Hyde avait eu raison de moi. Des larmes intérieures lavaient mes souvenirs. Un demi-siècle passé au milieu de la tentation sans avoir eu à garder de distance de sécurité, plusieurs décennies à me comporter en véritable être humain, toutes ces années restaient derrière moi. Les expériences du docteur Jekyll sur la dualité de mon être atteignaient leur apogée laissant un goût amer de défaite.

Le bruit de la soirée redevenu assourdissant m'aspira dans la foule. Tête baissée je fuyais ce monde. J'étais dans le flou perdu au plus profond de moi-même. Chaque effleurement des clubbers me glissait dans une torpeur obsédante. Je sentis une main me toucher me donnant une étrange sensation se mêlant à toutes celles qui me noyaient au même moment. Je tournais brusquement la tête pour tenter de déterminer le responsable de cette intrusion mais ne percevais qu'un mélange de bras articulés. Etait ce encore le fruit de mon surmoi incontrôlable ? Devenais-je fou ? Je n'étais plus sur de moi. Le processus de transformation était il sur le point de s'achever ? Toutes ces années sous contrôle n'étaient elles qu'une phase préparatoire à ma déchéance future ? Je perdais pied. J'avançais humainement pour ne pas éveiller les soupçons : c'était peut être ma dernière tromperie à leur yeux. Je ne respirais plus. Je me privais de leur air. Moi l'animal, non, le monstre.

Vous devriez me fuir au lieu de me fermer la sortie, rendez moi la tache plus facile, disparaissez, déguerpissez. Le monstre est libéré.

Vampire au vent pire que la glace
Qui par sa bouche le souffle efface

Prisonnier de sa malédiction de sang se nourrit

Puisant son envie dans le mépris.

Ces vers que j'avais écrit au début de ma création prenait tous leur sens. Voila ce que je suis le plus grand prédateur pour l'homme, arme indestructible à la peau plus dur que le marbre, incontrôlable quand la soif se réveille, manipulateur aux artifices bien rôdés. En attente depuis ma transformation, les fonctionnaires du purgatoire ont donné leur jugement : la damnation.

La sortie n'était plus qu'à quelques slaloms. Mon futur, incertain, m'attendait. Mes amis deviendraient du passé plus tôt que prévu. J'allais une nouvelle fois disparaître sans laisser de trace. Je sortais de la boite, sans même un signe le voiturier me reconnu. Il parti récupérer ma voiture. Je restais anormalement (si j'avais été un homme) immobile. La comédie était terminée. Je laissais à l'autre présence vampire (si c'était bien un vampire) le terrain de chasse sans garde pour le modérer. Je ne valais certainement pas mieux que lui. D'ailleurs je le sentais si proche de moi, plus proche qu'il ne l'avait jamais été plus tôt dans la soirée. J'allais enfin pouvoir voir son visage, chose qu'il devait également tenter. Je tournais la tête vers les quelques individus derrière moi. Un groupe de jeunes hispaniques conversaient bruyamment ; on était loin de la discrétion, en public, respectée par les suceurs de sang. Proche d'eux (une proximité pas anodine), trois jeunes femmes consumaient frénétiquement leur dose de nicotine. L'absorption de fumée étant une pratique humaine, je ne m'attardais pas à les regarder. A quelques mètres un homme, le téléphone portable collé à l'oreille, s'exprimait par de grands gestes dans une dialectique italo-caricaturale. Plus loin des éméchés s'exerçaient à la titube-dance en préparant leur voix à un passage de X factor* (*télé crochet) alors que d'autres, encore plus ivre, s'essoufflaient à négocier leur entrée auprès du physionomiste encadré de ses videurs surdimensionnés. Je scrutais en vain chaque visage sans voir ce congénère oppressant. Ma quête fut vite stopper quand ma Porsche arriva ameutant tous les regards. Je tendais un pourboire au voiturier doublement satisfait. Alors qu'il allait me remercier, je lui tournais hâtivement le dos, pressé d'en finir avec cet épisode. L'absence d'air dans mes poumons quoiqu'inutile commençait à me gêner, je ne savais pas également si la couleur de mes prunelles étaient redevenu normales. Je me glissais sur le siège sous les murmures récurrent des curieux. Je claquais la portière et mis le contact. La radio délivra un titre d'Alanis Moricette entamé « Ironic ».

Mr. Play It Safe was afraid to fly
He packed his suitcase and kissed his kids good-bye
He waited his whole damn life to take that flight
And as the plane crashed down he thought
"Well isn't this nice...."
And isn't it ironic.... don't you think

It's like rain on your wedding day
It's a free ride when you've already paid
It's a good advice that you just didn't take
Who would've thought.... it figures

Ironic en effet, la vie est une boule de cristal froide embuée. Vous avez beau la frotter elle restera toujours flou.

Mon pied écrasa la pédale d'accélération. Les pneus crièrent sur le macadam. Les phares laissèrent une trainée rouge lumineuse flotter dans la nuit ibizienne. Je roulais nerveusement sans but. Thalia et Alicia me narguaient dans le rétro. Elles n'en avaient pas fini avec moi. Ma torture sera lente et douloureuse. J'accélérais davantage laissant le décor défiler à vive allure. Alors que je fixais à nouveau ce foutu miroir je constatais deux phares se rapprochant rapidement de mon bolide malgré la vitesse élevée indiquée par le cadrant kilométrique. Peut être un mordu de la vitesse comme moi ou un suicidaire dans tous les cas je ralentissais pour lui laisser la possibilité de me dépasser sans danger. L'autre conducteur restait derrière moi, je distinguais que ses feux. Je ne voulais pas m'arrêter, j'avais eu ma dose de sensation ce soir.

Téméraire? Ok alors suis moi je n'ai rien à perdre je suis déjà mort.

Je lâchais les gaz enchainant les rapports. Quatrième, cinquième. Je poussais la puissance sur la rare ligne droite offerte la c733, l'île n'offrait pas un circuit adapté à cette folie routière. En moins de dix minutes à se rythme nous arriverions à l'extrémité nord à Cala D'en Serra. La vitesse ne freinait pas l'excité au contraire cela semblait l'attiser.

Oula ! Voila qu'il tente un dépassement. Fuck ! Il a failli se prendre une voiture en face. A quoi il joue ? Ok t'as gagné… t'es devant maintenant !

J'avais eu le temps de voir sa voiture mais pas l'occupant. Je n'en croyais pas mes yeux une Koenigsegg CCX. Rapide et rare, à croire que son propriétaire avait le même goût que moi pour les voitures puissantes et aussi les moyens de se l'offrir.

Attends voir je vais te coller au train tu vas bien t'arrêter un jour et tu te fatigueras bien avant moi !

Je restais à quelques mètres derrière aux environs de cent cinquante kilomètres heures. Une vitesse plus qu'excessive sur ce territoire. Si les forces de l'ordre n'étaient pas occupées à gérer la foule fêtarde nous serions sur le côté à négocier notre relaxe. Mon poursuivant, poursuivi, ralentissait l'allure. L'aiguille du compteur chutant rapidement. J'allais découvrir le visage du provocateur car nous arrivions aux termes de notre traversée. Cette légère montée d'adrénaline eu au moins le mérite d'estomper brièvement la raison de ma fuite et mes doutes sur mes capacités spéciales. Mon adversaire d'un soir se garait avec dextérité soulevant au passage un nuage de poussière. Je coupais mes feux inutiles ma vision nocturne me suffisait et me permettais de garder un semblant d'anonymat. Cette pseudo stratégie me fit sourire : Comment le conducteur d'une des voitures les plus puissantes au monde pouvait conserver son identité secrète. Je jetais un coup d'œil dans le rétro intérieur reflétant mes yeux. Leur couleur ambrée était revenu. Je me pinçais violemment le bras, je contrôlais la douleur la faisant disparaître à mon esprit. La provocation des filles m'avaient hypnotisée…provocation, voila que je tentais de justifier l'inexcusable. Quelle déchéance !

Je gardais ma distance le moteur au ralenti. Mes phares coupés j'attendais un signe de sa part. Tapis dans l'ombre comme dans un thriller moderne où le spectateur attend sans broncher le dénouement. La porte s'ouvrit. Un pied nu, féminin, en sortit pour se poser au sol. Son mollet était fin et sa peau pâle était loin des bronzés croisés ici. Une jeune femme à peine majeure vêtue d'une robe légère à la fois Chic et sensuelle de couleur chair. De longs cheveux de couleurs bronze car ressaient ses épaules nues. Elle était resplendissante. Elle avançait sans crainte dans l'obscurité vers moi. Son sourire me marquait à jamais. Quelle assurance ! Je détectais quelque chose d'étrange en elle, quelque chose d'inattendu. Je décidais de sortir également et d'aller à sa rencontre.

J'éprouvais sa présence sans distance d'elle, l'inconnu, à moi. Je la sentais en moi, autour de moi. Je sentais son cœur battre, ce qui me surprenait car j'en étais persuadé maintenant elle était la personnification d'une rumeur vampire circulant depuis quelques années. Elle était née d'une humaine et d'un vampire. Mes craintes sur mes capacités n'avaient plus lieu d'être, je pouvais l'aborder en toute sécurité du moins pour elle car je ne savais rien de cette légende vivante.

«-Hi! Matéo. » Dit-elle avec un accent américain. « comment te sens-tu ? »

« -Comme un mort ! » Répondis-je avec une pointe d'ironie. « Mais je n'ai pas le plaisir de connaître ton prénom contrairement à toi. D'ailleurs Où as-tu entendu le mien.»

« -En effet, je suis désolé de cette maladresse, je m'appelle Renesmée mais tout le monde utilise Nessie. Pour ce qui est de ton prénom on dira que c'est mon petit doigt qui me l'a dit. »

« -Enchanté de te connaître mystérieuse voyante Nessie, au petit doigt magique, je vois enfin la présence vampire autre que moi qui rodait dans la soirée au Pacha. Que fait une américaine comme toi, seule, ici. Tu n'étais pas en chasse rassure moi ? »

«-Bien sure que non » Répondit elle en pouffant de rire. « Ce n'est pas mon régime. Je suis là pour les même raisons que toi : m'évader ! Mais toi raconte moi ta soirée, je t'ai observé et tu m'as énormément surprise. Je ne comprends pas ta fuite. Tu semblais plutôt t'amuser, et tu ne m'as pas laissé le temps de t'aborder. »

Nessie s'adossa sur ma voiture, ses postures, sa gestuelle, son regard, les palpitations de son cœur, sa respiration, tout étaient si naturelles. Je n'avais jamais approché de si près cette forme d'antéchrist façon vampire. Elle avait les avantages sans les inconvénients, elle pouvait se mélanger sans effort aux deux mondes.

« -Qu'as-tu vu de si surprenant, Jusqu'où ton observation t'as poussée ? Je ne pouvais pas rester, voilà tout. Pourquoi devrais-je me confier à toi, j'te connais pas suffisamment pour me confesser. »Lui répondis-je déstabiliser par sa question.

« -Ne t'énerves pas, je n'attends pas de toi quelconque justification. Mais…ces deux filles…franchement elles t'avaient bien provoqué. »

« -Attends…je n' comprends pas. » Demandai-je en proie à l'affolement. « Comment peux-tu en savoir autant ? Tu n'étais pas dans la même pièce que nous ! Et…excuse moi mais je préfère ne pas parler de cet épisode. » J'hésitais à quitter cette conversation sur cette remarque de sa part que je qualifierais de déplacer…Mais voila elle m'attirait tel un aimant. Elle avait ce don de cultiver le mystère. Je ne me posais plus de question sur elle mais sur ce qu'elle savait sur moi. Ma vie, si je peux employer ce terme, se fondait sur le mensonge, la trahison, la comédie des masques. Je jouais sans cesse un rôle pour ne pas lever le voile sur ma véritable identité pouvant faire l'objet d'un roman de science fiction. Et comble de malchance ou de hasard elle apparaissait en pleine période de doute sur mon style de vie.

« -Arrête de te torturer je trouve ça génial ce que tu arrives à faire » Insista t'elle. Elle semblait toute exciter, tout son corps trépignait d'impatience. D'un geste de la main je stoppai son entrain. Quel pep's cette fille. On se connaissait à peine et elle me parlait comme si j'étais son pote.

« -Une question ! » Demandai-je.

« - Vas-y ! Je t'écoute. »

« -Non…pas une question mais des tonnes. Tu débarques de nulle part avec une voiture hors norme. Tu connais mon prénom. Tu commentes ma soirée et en profites pour donner ton opinion…Mi femme mi vampire, j'ai beau être un vampire, tu me surprends. Pourquoi cette attention ! Qui es-tu ? Que cherches-tu ? » Lui rétorquai-je. Elle allait me répondre mais je la stoppais. « Laisse-moi finir ! » Enchainai-je. «Et comment peux tu dire qu'elle m'avaient bien provoquées ! J'ai fais le choix de vivre comme eux, avec eux. Je n'ai pas le droit de craquer à la moindre PROVOCATION. »

« -Bon…alors je commence par quoi ma naissance, mes talents d'inspecteur…Je sais, je peux déjà te dire comment j'en sais autant sur ta soirée. Et la réponse est simple, Matéo, avant ta sortie de la boite je t'ai effleuré le bras suffisamment longtemps pour percevoir ton passé proche. Et la manière dont tu t'en es débarrassé m'a fait beaucoup rire. » Rétorqua t'elle.

« -J'ai du louper un épisode là…Je ne te suis pas. T'as fait quoi ? »

« -Rien de bien compliqué tu avançais dans la foule, il m'a suffit de te toucher brièvement pour entrevoir ce que tu as fait dans la vip room avec les deux filles. Et c'est aussi pour cela que je connais ton prénom. »Expliqua t'elle en me touchant le bras. Je la laissais faire, chose surprenante car je me méfiais beaucoup de ceux de ma race. Sa main chaude et douce se posa sur mon bras et là…là, quel moment extraordinaire ! Je revoyais toute la scène comme si je la revivais une seconde fois, la sensualité de la danse finalement un peu exagérée avec du recul, le reflet de mon visage dans le miroir, les lèvres d'Alicia, le cou de Thalia…Mon gosier s'en souvenait tant la brulure fut grande.

« -Ta résistance m'impressionnait et je ne te cache pas que…j'étais tenté d'intervenir au cas où tu craquerais mais tu as bien résisté à la tentation, et ma curiosité m'a poussé à te suivre. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi tu te morfonds ainsi. Tu ne les as pas tuées que je sache ! Tu avançais mécaniquement vers elles. Tu as su t'arrêter au bon moment. Et le plus drôle c'est la manière dont tu les as quitté quand tu leur as dit avec ta grosse voix grave : Je vous laisse finir seule les filles, je n'ai pas vu l'heure on m'attend. J'en avais presque mal au ventre à voir leur tête dépitée quand tu leur as tourné le dos. » Dit elle en s'étranglant de rire.

« -Ne rit pas, ça n'a rien de drôle au contraire je perdais control…Je me suis sentis dangereux pour elles et tous les autres. Je n'avais jamais ressentis cette soif aussi pressante. Etre à deux pas de plonger mes dents dans leur carotide. Je…Je suis un danger point. » Répliquai-je derechef.

Elle continuait de se tordre de rire, un rire communicatif je l'avoue mais je préférais me retenir pour ne pas perdre la face. J'avais faillis planter mes dents dans des êtres vivants et pensant, et elle, elle…riait. J'avais peut être, en effet, aggravé mon état psychologique en cultivant ma névrose, équimose de mon passé. Penser à panser le passé serait le début de ma thérapie inachevée. Admettre ma transformation. Entrainer mon talent à surpasser pour ne pas risquer de succomber à une pulsion. Me voila à faire des résolutions on était pourtant pas le 01 janvier, à croire que cette fille avait par sa joie d'être (pour ne pas dire vivre) complètement dédramatiser l'évènement.

« -Tous les vampires qui m'entourent auraient certainement craqué à ta place. Bon j'avoue tu l'as bien cherché. Les miens ne s'approchent pas d'aussi près des humains. Toi, tu te frottes à eux, tu les touches même. Comment fais-tu ? Moi je n'ai pas ce souci mais toi ta peau est froide. Et je ne parle pas de l'échange de baiser.» Ajoutait-elle.

« -Je comprends maintenant l'objet de ta curiosité. Si toi tu arrives à voir le passé en nous touchant et bien moi j'arrive à modifier les sensations reçu par notre cerveau. Regarde par exemple la douleur correspond à un signal indiquant l'existence d'une altération dans une région donnée de l'organisme. La douleur prend chez l'homme une dimension émotionnelle très importante. Disons que j'arrive à modifier ce signal à ma guise. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet car non seulement cela prendrais des heures mais je n'ai pas forcément toutes les réponses n'ayant pas suffisamment étudié la neurostimulation et autres thème sur le cerveau. Mais si tu veux je peux tout simplement le tester sur toi ? »Lui proposai je.

« -Génial ! »S'exclama-t-elle en sautant de l'endroit où elle s'était assise en tailleur. « -J'attendais avec impatience que tu me le proposes. Bon tu fais quoi, je m'entaille un bras et tu supprimes la douleur. J'aurais bien arracher le bras mais je ne sais pas combien de temps il va mettre à se consolider et je ne veux pas rater la rentrée scolaire. Et tu risques aussi de mettre en colère mes proches. »Dit-elle pleine d'euphorie comme si je lui offrait un cadeau à déballer.

« -T'es vraiment gore ! Ok nous sommes des vampires mais t'arracher un bras…Tu vas chercher ça où ? T'es vraiment étonnante toi. » Je lui pris la main et fronçai les sourcils. Une petite mise en scène complètement inutile. Je pouvais utiliser mon pouvoir à distance mais je voulais lui tenir la main et la faire marcher un peu. Je lâchai un raclement venu du fond de la gorge à la manière d'un sumotori. Bon j'avoue le râle était un peu exagéré mais voir sa tête à ce moment…C'était vraiment trop bon. Elle exprimait un mélange d'impatience et d'inquiétude. « Fixe moi bien ! » Sortis je, avant d'exploser d'un rire qui ricocha en échos autour de nous.

« -Quoi ! A quoi tu joues là ! » Gémit elle probablement un peu vexée. Puis sans que je puisse réagir (bon je m'étranglais de rire) elle me fit une clé de bras et me plaqua au sol violemment entrainant au passage poussière et éclats de roche.

« -Eh mais…te vexes pas ! » Mais je ne pouvais m'arrêter de m'esclaffer sa réaction impulsive ajoutant de l'huile sur le feu de mon hilarité. « Le rire est le propre de l'homme. » Ajoutai-je.

« -Fais le malin, t'es loin d'être un homme et t'es plus très propre maintenant ! » Lança-t-elle.

Ma chemise, déchirée, n'était plus très blanche. Je mordais presque la poussière. Le moment était venu de lui faire gouter mon talent particulier. Sa main desserra mon poignet maintenu dans mon dos. Je lui faisais perdre sa force, du moins en apparence. Je retournais la situation et la renversa sur son dos lui tenant les mains au dessus de sa tête. Je modifiais sa sensation de chaleur, augmentant de quelques degrés sa température. La fièvre. Sans les tremblements.

« -Je n'ai pas besoin de tout ce cinéma, et tu peux déjà en ressentir les effets. Tu n'as pas trop chaud tout d'un coup ? » Dis-je satisfait de moi. Notre posture nous rapprochait fortement. Mon visage n'était qu'à une poignée de centimètre du sien. Je pouvais sentir son souffle me chatouiller le nez. Elle subissait les effets de la montée des Celsius. Ces quelques secondes me semblaient une éternité, je me noyais dans ses yeux, m'enivrait de son doux parfum. Je relâchais finalement mon cobaye volontaire. «-Satisfaite de la démonstration ? »

Elle restait figer un léger sourire aux lèvres comme gage de reconnaissance. Je lui tendais la main pour l'aider à se relever. Ma chemise déchirée voire déchiquetée lui dévoilait mon buste musclé. Elle détourna son regard, son cœur battant la chamade, ses joues virant au rouge vif contrastant avec sa peau blanche. J'étais étonné de ne pas devoir tromper le monstre qui était en moi. Elle paraissait tellement humaine. Je découvrais de nouvelles sensations plus…naturelles. Si j'avais été humain à ce moment mon sang aurait surement irrigué abondamment mon visage me mettant dans le même embarras qu'elle.

« -Merci »me dit elle simplement. « -Euh, pour ta chemise… je suis désolé. Laisse-moi-t'en offrir une autre. »

« -Oublies ça, Je l'avais bien cherché. Tu serais intéressée si nous… » Je n'eu pas le temps de terminer ma phrase entendant son portable crier et vibrer. J'avais cru reconnaître un titre de Fatboy slim Fucking In Heavenun air très entrainant.

« -Désolé ! » En moins d'une seconde elle était à sa voiture le portable à l'oreille. « -Alice ? Tu vas bien » L'entendis je répondre d'une voix enjouée.

« -Mais non je ne te largue pas, je t'avais dit de m'attendre 5 minutes. »

« -Pourquoi cette remarque, ne sois pas inquiètes comme ça il est presque humain et il a le même régime que nous. »

« -Toi, tu as une vision, qu'est ce qu'il va se passer, Jacob va apparaître d'un fourrée pour lui sauter dessus, ou peut être papa, à moins que ce soit Emmet ? »

« -Je reviens Alice on a encore deux bonnes heures devant nous ne sois pas vexée. A tout de suite. » Ajouta t'elle.

Elle revint vers moi. Elle flottait dans les airs. Si un ange était descendu ce soir je pense qu'il aurait pris ses traits.

« Ma tante, on ne peut rien lui cacher. » M'avoua-t-elle en haussant ses sourcils finement dessinés pour souligner sa lassitude.

Sa tante, en effet rien n'était ordinaire avec Nessie. Elle avait une famille aimante alors que moi je m'entourais d'amis éphémères.

« -Pas grave, Nessie, je dois rentrer de toute façon le soleil ne va pas tarder à révéler mon étrangeté à la face du monde, j'ai beau apprécier ta compagnie mais je vais éviter de retourner narguer les filles que je fuyais… enfin tu comprends… » Et me voila redevenu le vampire devant se terrer.

« -Déjà ! On commençait à peine à faire connaissance. »Répondit elle.

« -On pourra continuer notre conversation plus tard si tu veux. On a toute l'éternité devant nous. Tu veux mon adresse mail et numéro de portable, on arrivera bien se revoir un jour.» Balbutiais-je timidement. Elle me faisait perdre mes moyens. J'espérais qu'elle reste avec moi , je voulais tous savoir d'elle et sa famille. C'était la première fois que je montrais autant d'intérêt pour quelqu'un de ma race.

« Avec plaisir, vas y je t'écoute.»Dit-elle près à tapoter sur son i phone.

« mateo» lui épelais je « delcielo» avec la terminaison live et fr. Lui ajoutant à la suite mon numéro de portable.

« -Tu auras le mien à la réception de mon premier message. Je reste pas plus longtemps où je suis bonne pour une soupe de grimaces. A bientôt Matéo. »

« -A très bientôt » J'espère.

Je regardais sa voiture s'éloigner à vive allure. Je n'étais pas encore descendu de mon nuage mais l'ange s'était envolé. Elle m'inspira mon premier texte que j'espérais lui envoyer à la réception de son mail. Les mots fusaient dans ma tête s'enchainant en vers et contre tous. Elle m'insufflait la vie, mon cœur battait à nouveau, l'envie revenait. Je levais la tête vers le ciel étoilé arrosé d'une pluie d'étoiles filantes. Je m'asseyais sur la plage tout près et écrivis sur mon portable ce que mon inconscient me dictait pour peut être lui l'envoyer un jour.

Si sous ce ciel
Ce sont ses sons
Qui rythment nos vies

Si sous ce ciel
Ses sens sont si sensuels
Qu'ils riment sans vers

Si sous ce ciel
Sous ce saule s'asseoit celle-ci
Qui ,rite immuable, rêve d'envie...

C'est pour cet ange déchu
Qui par goût de la chair poétique
Redonne envie aux mélanges parfumés.

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