IV Résister

Note de l'auteur Flashback de Matéo fin novembre 1942 :

La rencontre avec Sabi (Alice Cullen aujourd'hui)

Nous étions toujours sans nouvelle de mon père parti au front. Ma mère espérait toujours son retour malgré l'absence de lettre de sa part depuis presque deux années. Pour ma part, je n'y croyais plus. Cette putain de guerre m'avait prit mon père. Et je m'apprêtais à disparaître à mon tour contraint de fuir. La situation se durcit le 11 novembre 1942, avec l'entrée des troupes allemandes dans la zone Sud, qui était jusque-là administrée par le gouvernement de Vichy et théoriquement autonome. Désormais, tous les Français se trouvaient à la merci de la police allemande. L'établissement du Service du travail obligatoire poussa les réfractaires à rejoindre les maquis*(*Ce sont des petits groupes armés qui effectuent des missions de sabotage ou même des opérations de guerilla. Ils comptent un total de 30.000 à 40.000 résistants. Les actions de ces maquisards gênent de façon notable les Allemands mais les violences des miliciens français au service de l'occupant tendent à en annuler le bénéfice). Je faisais partis de ces hommes, jeunes, que l'on souhaitait réduire à l'esclavage. Je subissais de plein fouet cette guerre mais je ne servais à rien. Depuis plusieurs mois, je rejoignais le soir d'autres jeunes comme moi qui voulais apporter leur contribution à leur pays, servir leur nation, laver leur honneur. Nous nous racontions les rumeurs lâchées par les ainés restés au pays parce qu'ils étaient soit infirmes, soit trop vieux. Nous savions que le Général De Gaulle poussait à l'unification des forces clandestines. Nous souhaitions rejoindre la résistance intérieure organisée par Jean Moulin. Les risques étaient importants mais qu'importe notre fin pourvu qu'elle soit héroïque. Nous allions être plongés dans la clandestinité la plus complète après avoir quitté nos familles, nos études, changé d'identité, de domicile. Nous n'étions pas suffisamment préparés à affronter quotidiennement les polices allemandes, structurées, entrainées, installées. Nous ignorions tout de la cruauté de la guerre, des Hommes.

Je prenais mon dernier repas avec ma mère ce soir d'octobre 1942. Ses yeux bleus embués de larmes trahissaient ses mots encourageants. Néanmoins elle s'activait pour finaliser les derniers préparatifs remplissant autant que possible ma besace de provisions vitale à mon périple : saucisson sec, jambon, pain, chocolat de quoi tenir quelques jours. De mon côté je me gavais une dernière fois de chaque objet de ma maison pour mieux les graver dans ma mémoire. La vieille horloge transmise depuis plusieurs génération serait certainement ineffaçable (et son bruit désagréable aussi), la grande cheminée où mon grand père adorait nous raconter ses histoires décousues mais passionnantes, le poste de T.S.F. (télégraphe sans fil) un achat signe de progrès technologique d'où sa place bien en évidence dans la cuisine. Tous ces objets, ces odeurs, ces couleurs s'accumulaient en moi.

« -Matéo ? Je t'ai rajouté nos économies au fond de ton sac. Je compte sur toi pour en faire bon usage. » Me dit ma mère.

« -Mais maman, je ne suis pas seul, le groupe que je rejoins est structuré et tu le sais. Plusieurs notables comme le docteur François nous financent donc tu ne dois pas te faire de soucis. Garde cet argent tu en auras plus besoin que moi. » Lui répondis je en sortant l'étui ou se trouvait le petit magot.

« -J'insiste Matéo, cet argent était mis de côté par ton père et moi pour tes études. Ton père aurait souhaité qu'il te revienne, alors ne lui fait pas cet affront ! On trouvera une autre solution pour ta scolarité si l'avenir devient plus clément. » Repoussant aussitôt ma main «Je te demande qu'une seule chose, reviens moi vivant et en forme, ne prends pas de risques inutiles. »

Je la serrais dans mes bras au bord des larmes. Je ne trouvais pas de mots pour la réconforter étant moi-même perdu dans cet avenir obscur.

« - Si seulement je pouvais rester ici ! Je devais prendre soin de toi, j'en ai fais la promesse à papa. »Lui confessais je. Un silence pesant remplissait la pièce, je reprenais ma respiration pour ne pas craquer. Le visage de ma mère était décomposé, ses yeux graves. Sa bouche était pincée juste légèrement comme pour retenir un sanglot et j'y devinais de l'inquiétude. « J'ai l'impression de t'abandonner, tu vas te retrouver complètement seule cette fois et contrairement à ce que tu peux penser nous ne serons pas en danger, les ainés sont là pour nous guider et ils ne nous ferons pas prendre de risques inconsidérés. » Lui dis-je, en réfléchissant bien a chaque mot avant de les dire de crainte de l'effrayer d'avantage.

« -J'espère bien ! Ne vas pas au devant des problèmes, tu fuis pour les éviter n'oublies pas cela. Et si le vent tourne en notre faveur reviens-moi vite. » Dit elle en reprenant son rôle maternel.

Je quittais ainsi ce qui restait du cocon familial avec une promesse à tenir. Une promesse…

Huit jours plus tard, le pasteur Cook l'un des principaux organisateur de la fuite des réfractaires, organisa à Rennes une veillée de feu de camp, avec départ routier. Devant le feu, nous écoutions les dernières consignes et surtout cette mise en garde effrayante : « Dans un mois, vous serez peut-être fusillé. » Nous avions ainsi la nuit pour y cogiter. Je me serais bien passé de ces mots cumulant depuis plusieurs jours un retard de sommeil et un cumul de stress. Je n'avais jamais quitté le cocon familial avant ce périple alors vous imaginez le saut dans le vide. Je tombais sans voir le fond en évitant d'imaginer l'atterrissage. Je pouvais néanmoins compter sur les autres jeunes fuyards pour me soutenir en cas de faiblesse. Dans ce groupe nous étions cinq du même village ce qui aidaient à surmonter le déracinement. Jérôme, l'ami dont j'étais le plus proche, était plus grand que moi et pourtant plus jeune d'une bonne année. Je le considérais comme un frère. On se plaisait à refaire le monde, nous imaginant de grande destiné. Francis, lui, était le bourrin du groupe un jeune homme pas très haut mais trapu avec une force insolente pour son âge. Jean-Claude, l'intello, passait son temps la tête dans les quelques bouquins de science qu'il avait emporté. Ces petites réflexions riches de connaissance nous agaçaient plus qu'elles nous servaient mais cela faisaient partie du personnage. Enfin Maxime, le plus jeune, le plus bavard et le plus comique aussi. Il passait son temps à nous faire rire et nous l'encouragions par nos fou-rire dans sa surenchère de blagues et d'imitation. Pourtant la dure réalité de l'échappée se rappelait à nous chaque jour nous rendant paranoïaque aux extrêmes. Chaque bruit dans les fourrés nous faisait « psychoter » imaginant voir surgir des soldats allemands ou la gestapo. Chaque regard croisé était analysé celui là que pense-t-il, croit il que nous soyons en fuite, va-t-il nous dénoncer. Elle, là-bas pourquoi elle nous fixe comme ça ? Va-t-elle prévenir le gendarme qui se trouve à quelques mètres. Pour cela nous évitions tout contact avec des étrangers. Jusqu'à ce jour de janvier 1943.

Plusieurs mois s'étaient écoulés sans accroche. Nous avions réussi à rejoindre une planque sûre très loin de notre village natal. Ici, tout le monde était dans la clandestinité passive et nous nous apprêtions à passer dans une résistance active.

Nous étions une vingtaine ou plus dans une grange perdue dans une forêt. Plusieurs hommes, armés jusqu'aux dents, montaient la garde à différents endroits stratégiques. Plusieurs résistants plus âgés que nous menaient la conversation autour d'une carte de la région.

« Un convoi chargé de munition doit passer dans trois jours environ à cet endroit. Nous allons le faire exploser et ne laisser aucun survivant. » Le doigt posé sur la carte, un homme moustachu nous fixait tous du regard. « C'est là que les choses sérieuses vont commencer. » Il commençait à poser des pions de couleurs à différent point. « Il me faut plusieurs hommes, fiables, infaillibles, rapides à ces postes. La réussite de cette attaque dépendra d'eux. Plusieurs actions de ce genre auront lieu un peu partout en France au même moment.» Les choses sérieuses commençaient.

Après avoir distribué des rôles à la grande majorité des personnes présentes, l'organisateur de la sauterie se tourna vers notre petit groupe de novices en guérilla.

« Les plus jeunes vous resterez à l'arrière, armés, au cas où les choses se gâteraient. Le bois étant à proximité vous n'aurez pas de difficultés à le rejoindre et vous dissimuler à l'intérieur. Les boches ne vous suivront là bas, ils auraient trop peur d'un guet-apens. Vous avez des questions ?»

« Non, non ! » répondions nous à l'unisson. A part Francis semble-t-il intéressé.

« Euh, on aura quoi comme arme ? » et là on comprenait mieux son intérêt.

« Vous aurez des MP 44 un fusil d'assaut chipé aux allemands. Calibre 7.92 mm, Il a une capacité de 32 cartouches. Sa portée maximale est de 800 mètres. Vous disposerez de 5 chargeurs supplémentaires au cas où. Ces informations vous sont assez clairs ?»

« Oui, on les bichonnera ne vous inquiétez pas » Répondit Francis et c'était ça qui nous inquiétait.

Nous écoutâmes les dernières consignes avant de rejoindre un grand gaillard qui devait nous expliquer le maniement de l'arme en question. Je n'étais guère passionné par ce qu'il disait et souhaitais vivement ne pas en avoir l'usage.

Le bruit s'estompa peu à peu et ils ne restaient plus qu'une poignée d'hommes autour de la carte à peaufiner le plan d'attaque. Je trouvais une nouvelle fois difficilement le sommeille hanter par des images cauchemardesques. Mon père se trouvait face à moi au sol tiraillé entre les lignes ennemies. Je restais bloquer n'arrivant pas à faire fonctionner cette saloperie de fusil.

Le lendemain je pris la liberté de m'aérer dans la forêt. Ce moment de solitude au milieu de la nature me fit le plus grand bien. J'arrivais à oublier notre errance. J'humais sans limite la chlorophylle m'entourant en fermant les yeux pour plus d'évasion. Ma tête se pencha en arrière, j'ouvrais les paumes de la main comme pour faire le plein d'énergie. Je sentis une légère brise me caresser. Le bruit des oiseaux me berçaient. J'étais presqu'en transe. J'entrouvrais doucement les yeux et sursauta brusquement de peur. Le visage d'une jeune femme se dévoila face à moi.

« Qui, qui êtes vous ? ». Déglutissais le cœur battant sans retenue. Son regard magnifique me fixait. Son visage était sans défaut plutôt pâle. Elle était si éclatante. Sa présence face à moi dépassait la réalité, étais je réellement conscient ? Son parfum enivrant rassura mon esprit.

« Bonjour, jeune homme, que fais tu là au milieu de nulle part à rêver les yeux fermés ? ». M'interrogea-t-elle de sa voix douce et posée. Elle avait un séduisant accent anglais ajoutant plus de mystère à la situation. Elle tournait lentement autour de moi m'effleurant les mains de ses doigts gelés. L'idée qu'elle n'était pas vivante me traversa l'esprit mais je délirais certainement aveuglé par sa beauté surréaliste.

« Alors, tu as perdu ta langue ! N'aie pas peur je suis comme toi, j'aime être à l'écart pour mieux avoir l'impression de vivre. »

Je reculais légèrement pour m'adosser à un arbre penché la faisant quitter mon espace intime ce qui je l'avoue m'aida à retrouver un peu les esprits.

« Je n'ai pas peur, je suis juste surpris de ne pas être le seul ici. Et ma posture était pour le moins comique non ? » Osais je lui lâcher.

Elle s'accrocha à une branche à mi hauteur puis se souleva du sol avec une facilité déconcertante. Décidemment tout me surprenait en elle. Des frissons parcouraient tout mon corps. Je perdais le contrôle de mes sensations, j'avais chaud et froid, le vertige, je perdais pied comme si je tombais dans le vide…lentement, très lentement, comme en apesanteur. Je me voyais sortir de mon corps pour me mélanger à elle comme deux couleurs différentes sur une toile qui par spirale ne formeraient qu'une seule. Elle m'intriguait, elle m'attirait. J'étais comme aspirée par sa beauté, par le mystère aussi de la situation. Je n'avais plus vraiment l'impression d'être conscient, oui c'est ça, j'étais dans un rêve, non plutôt face à une hallucination. Quelle hallucination ! Je n'avais jamais vue de femme comme elle. En fait je n'avais aucune expérience de la gente féminine et elle, avec deux ailes, me portaient vers des cieux encore inconnu à mon esprit. Etait cela la passion ?

« En effet, ta posture était originale, pleine de fantaisie… Tu cherchais quoi ? A ne faire qu'un avec la nature ? » Me coupa t'elle dans ma rêverie avec un large sourire laissant apparaître des dents d'une blancheur étincelante. « Mais je te rassure, je ne suis pas choquée. Loin de là ! Je suis comme toi, j'aime me sentir possédée par cet environnement, avoir l'impression que le temps s'arrête, entendre chaque mouvement, chaque battement de cœur aux alentours comme le tien en ce moment qui s'emballe un peu d'ailleurs. Je t'effraie à ce point ? » Ajouta-t-elle en me fixant de ses prunelles rassurantes.

« Non, non, je suis juste encore à me demander si je ne rêve pas. La situation a de quoi déstabiliser ! Je suis au milieu d'une forêt en pensant être seul et je me retrouve face à toi et pour ne rien te cacher la situation me paraît surréaliste ! » Lui confessais je. Ses jambes se balançaient dans le vide avec une certaine candeur rassurante. Elle était si pétillante, un grand bol d'air depuis mon exil forcé.

« Ne t'en fais pas je suis autant surprise que toi de trouver quelqu'un ici. Je me suis un peu égarée en me promenant et je t'avoue que ta présence me rassure surtout qu'il ne va pas tarder à faire nuit. Il se passe tellement de chose quand l'obscurité règne. On ne devrait pas s'éterniser ici ! » Dit elle en sautant de son perchoir atterrissant sans un bruit sur le tapis végétal.

« Oui, tu as raison et mon absence risque d'inquiéter mes amis. » Dommage, je serais bien resté ici avec elle, le retour à la réalité ne m'enchantait guère.

Nous quittions notre lieu de rencontre. Nous échangeâmes des banalités sur nos vies. Je lui mentais sur ma situation actuelle en prétextant maladroitement une entraide à une communauté religieuse alors que je n'allais jamais à l'église. Elle me confiait les raisons de son accent anglais en me dévoilant son origine américaine. Elle m'avoua qu'elle était venue aider de la famille près d'ici sans vouloir m'en dévoiler d'avantage. En cette période nous avions tous notre part de mystère, tout le monde se méfiait des inconnus par crainte de tromperie mais avec elle, j'avoue, j'aurais pu baisser ma garde sans grande résistance. Elle me parlait de sa vie en Amérique en me faisant voyager parmi ses histoires. Je la regardais sans en perdre une miette le sourire aux lèvres. Mais le temps nous rattrapa et nos pas furent trop rapides à mon goût car nous atteignions déjà la lisière. Le jour était encore là. Elle restait appuyer contre un arbre.

«On se quitte ici. J'ai encore un peu de chemin par ce sentier. » Dit elle en me montrant du doigt un tracé qui se perdait dans la forêt.

« Mais, tu ne vas pas rentrer seule ? Laisse-moi te raccompagner ! » Répliquai-je déçu de l'interruption trop soudaine de notre marche.

« Ne t'inquiète pas nos routes se croiseront à nouveau je te le promets mais je dois rentrer…et toi aussi d'ailleurs regarde tes amis accourent vers toi. Je passerais te voir cette nuit si tu veux, rejoins moi ici aux alentours de minuit je serais là. »

Et elle tournait déjà les talons. Je la regardais s'éloigner toujours sous le charme de sa démarche sensuellement attractive. Mon groupe d'amis ne tarda pas à me rejoindre.

« Pas la peine de te demander où tu étais ! P'tit veinard ! » Me lança Jérôme en me donnant un léger coup de poing dans l'épaule.

« Carrément canon le p'tit bout de femme ! Tu ne voulais pas la montrer aux copains ! » Enchaina Francis en s'occupant de l'autre épaule.

« Au contraire, Francis, quand elle a vue ta tronche elle a pris peur ! » Répliqua Maxime en se sauvant. Francis ne tarda pas à lui emboiter le pas. L'après midi se terminait sur cette touche de gaieté et cette fille plutôt mystérieuse qui m'attendrait (je l'espère) à minuit.

C'était sans compter sur la mauvaise nouvelle de la soirée qui nous annonçait notre départ dès le lendemain matin à l'aube. Des craintes sur des fuites éventuelles sur ce qui se tramait ici nous obligeaient à modifier les plans et à plier le camp. D'un côté j'étais rassurer de ne pas devoir participer à une opération dangereuse de l'autre la présence de ma belle inconnu me donnait des forces insoupçonnés pour surmonter toutes les épreuves. Je laissais les heures défilées sans prêter gare aux conversations du diner. J'étais déjà avec elle. Ses yeux planaient au dessus de moi. Mon cœur battait la chamade il devenait incontrôlable. Je fus sortie de ma rêverie par le bruit des hommes gagnant leur lit de fortune.

«-Mat qu'es tu fout ? » me dit Jérôme en me secouant légèrement.

« -Oh excuse moi, je pensais à l'évacuation du camp. Je crois que je vais un peu trainer ce soir, ça vous embêtent pas ?»Lui répondis-je.

« -T'inquiètes on a compris tout de suite ! Une fille comme ça, ça laisse des traces ! »Répliqua t'il. « -Mais ne tarde pas à mon avis à cinq heures du mat' on sera déjà dans les camions »

« -j'y serais, j'y serais »

Jérôme rejoignit le groupe alors que je m'installai à l'extérieur contre le bardage de bois, guettant sa venue à l'endroit où nous nous étions quittés. Je restais à l'écart des hommes qui préparaient les véhicules et leur chargement pour ne pas éveiller les soupçons. Ailleurs, J'étais complètement en décalage par rapport aux évènements. La panique aurait dû me gagner mais il n'en était rien, j'étais sur mon nuage. Pourtant les minutes défilaient sans qu'aucune silhouette féminine ne se livre à ma vue. Le temps était long, je me demandais ce qu'elle faisait. Elle avait peut être changé d'avis. Je semblais tellement loin de son monde. Je n'eu pourtant guère le temps de ruminer. Elle était près d'un arbre me faisant signe. Je ne fis pas prier pour la rejoindre, jetant un coup d'œil au cas où des yeux traineraient.

J'avançais vers cet ange, un fruit (interdit ?) du hasard, une perle rare, une éclairci dans un ciel chargé, tellement de métaphores poétiques la qualifiaient. Mon cœur s'emballait déjà. Je n'allais pas flancher devant elle, elle qui paraissait si sûr d'elle, pleine d'une joie débordante, intouchable. Elle me fixait le sourire aux lèvres et plus la distance entre nous se réduisait plus son sourire s'élargissait.

« -Coucou le beau français ! » Me dit-elle pour m'accueillir d'une bien agréable façon. « -Ton cœur s'emballe à nouveau ? » et je comprenais, confus, la raison de son interminable sourire.

« -Salut mystérieuse américaine ! » Lui répondis-je en me passant une main dans les cheveux un peu gêné. « On ne peut rien te cacher à toi, tu peux me dire ton secret après ton prénom parce qu'on n'a pas eu l occasion de se présenter je crois. »

« - En effet » Admit-elle, sa voix plus basse qu'à son accoutume (et je comprends mieux plus de cinquante années plus tard ce changement de ton). Elle me tourna le dos et avança un peu dans la forêt, en me laissant avec cette impression qu'elle volait. J'étais drogué par tout son être. Ses mains se nouèrent dans son dos, et elle se retourna encore plus radieuse. « -Je me nomme Sabi, Sabi Smith…à ton tour de te présenter ! »

Sabi Smith ? Je me demande encore pourquoi elle a choisit ce nom (sachant aujourd'hui sa véritable identité). Elle préparait déjà sa fuite en laissant derrière elle un cœur torturé.

« -Matéo Martineau pour te servir ! » Et voila ma véritable identité énoncée pour la dernière fois à ma connaissance avant mes multiples changements. Martineau disparu dans un abysse sans fond…

« Matéo…enchantée de faire ta connaissance, suis moi si tu le veux bien, j'ai une surprise pour toi à moins, bien sûre, que tu souhaites rester ici »M'endormit elle de sa voix douce si persuasive. Elle disparut aussitôt derrière un arbre. Je la suivais sans méfiance…comment en avoir face à elle. Elle était à quelques pas devant moi, évoluant dans la pénombre sans la moindre gêne. J'emboitais son pas, suivant le léger parfum fruité qu'elle laissait derrière elle non pas sans trébucher de temps à autres. Alors elle se retournait avec une élégance à faire pâlir les plus belles princesses de ce monde. Son regard m'envoutait complètement et je le désirai de plus en plus à chacune de ses attentions. J'aurais aimé pouvoir stopper cet instant, j'avais trop peur que plus rien d'autre ne se passe. Je voulais garder à l'esprit ce visage angélique qui semblait veiller sur moi. J'avais littéralement la gorge serrée, l'estomac noué, le cœur palpitant. J'essayais de me contrôler : en vain. Si elle savait qu'elle alimentait le brasier qui me consumait de l'intérieur. Un brasier si dévoreur que j'étais prêt à tout risquer cette nuit là pour un simple effleurement de ses lèvres sur les miennes. Prêt à tout…

Nous arrivions dans une sorte de prairie à en juger la hauteur des herbes mais l'obscurité m'empêchait de percevoir avec discernement la végétation qui m'entourait. J'entrais dans un bal d'ombres loin d'être effrayant. Dans mon égarement flou, je perdis de vue mon guide des sens. On ne voyait vraiment rien à moins de cinquante centimètres néanmoins je baignais dans son parfum qui planait autour de moi ce qui effaçait toute trace de peur.

« -Sabi ? Sabi ? »Murmurais je immobile au milieu de nulle part la paume de mes mains chatouillées par Les graminées qui m'arrivaient presqu'à mi cuisse. Je tendais l'oreille au moindre bruit. Les milliers de bruits de la forêt retentissaient comme une douce sérénade. Des sons qui auraient dû en pleine nuit devenir angoissant, apportaient leur touche de magie.

« -Sabi ? Je te vois plus… » Réitérais je. Se jouait-elle de moi ?

Le vent se leva légèrement. Les feuilles tanguaient lentement sous la force de la bise qui balayait doucement la forêt, apportant son lot d'odeurs et de sensations. Je ressentis comme un souffle dans mon cou… un léger frisson…Ma peau entière se mit à frissonner.

« -Sabi ? C'est toi ? » J'avais l'impression de paraître stupide à parler dans le vide.

Tout mon corps tremblait, était ce le froid ou le désir ? Je sentais toujours sa présence autour de moi mais je n'arrivais pas à déterminer où elle était comme si elle affolait les quatre points cardinaux. Dans un dernier courant d'air je sentis sa main se poser sur la mienne.

« -Tu as froid ? » Je m'apprêtais à retirer mon pull quand elle m'arrêta.

« -Ne fais pas ça, ne t'inquiète pas pour moi, mon corps est froid mais si tu savais combien ta présence me réchauffe. »

« J'avais peur que tu t'esquives et disparaisse. »Balbutiais-je sous le coup d'un trop plein d'émotion.

« -Pour ne rien te cacher…J'y ai pensé…J'y pense encore. »

Nos doigts s'entrelaçaient, mon souffle s'accélérait, le sien se coupait…. Pourtant elle était bel et bien là, elle se collait de plus en plus. Mon cercle d'intimité était ne faisait plus qu'un avec le sien.

« -J'aimerais partir…j'aimerais rester… »Me glissa t'elle dans l'oreille.

Je ne comprenais pas ses paroles mais sa voix m'endormait.

« -J'ai exploré toutes les possibilités qui nous sont offertes… »Continua t'elle. Ses doigts remontaient sur mon bras. « Mais chacune se terminaient de la même façon… » L'une de ses main passa sur mon ventre, repoussant le tissu qui collait à ma chair. Sa main épousait le relief de mes abdominaux. «…être là, avec toi, cette nuit. ». Son autre main remontait sur mon cou. Elle pencha doucement ma tête sur le côté gauche. « Résister… » Me susurra t'elle laissant sa bouche glisser le long de mon cou. Je perdis toute lucidité, je buvais ses paroles sans les comprendre, j'étais ivre d'elle. Ses lèvres s'arrêtèrent sur ma carotide. Sa langue effleura ma peau. Je tressaillis ; une rafale de frissons venait de parcourir mon corps tout entier. La sensation de froid provoqué par ce toucher ? Je ne crois pas. Elle m'embrassait avec faim exerçant une pression de sa bouche sur cette petite partie de peau sensible. Sa main remontait sur mon torse. J'étais tétanisé par l'enchainement de ses caresses inconnu. Tétanisé de plaisir. Je sentais maintenant ses dents me pincer sans me mordre. Puis elle s'arrêta. Un mouvement brusque me tira légèrement en avant. Elle s'était volatilisée et le mot était faible. Je baignais dans l'irréel.

« -Sabi ? Où es tu ? »Dis je d'une voix tremblante, encore sous le coup de ce baiser.

En reprenant mes esprits je constatai avec surprise qu'elle avait déchiré mon haut. L'encolure ayant survécu tenait le lambeau de tissus restant. D'un geste, je le jetais à mes pieds et avançais à tâtons. Sur qui étais je tombé ? Une sorcière maléfique ? Un ange déchu ? Un tourbillon d'interrogations, d'hypothèses farfelus, de scénarios incohérents m'envahissaient. Qu'importait ! J'avais envie de tout risquer avec elle, une étreinte, me perdre tout entier, je ne pouvais pas croire qu'elle soit irréelle, qu'importait, je vendrais mon âme au diable pour un simple baiser ! J'étais sous son emprise.

« -Matéo…Tu ne devrais pas être encore là ». Sa voix raisonnait autour de moi. « -Tu peux encore t'enfuir ! »

« -M'enfuir ? Je ne comprends pas. Qui dois-je fuir ? Toi ? Je ne crois pas que tu puisses me faire du mal. » Répondis je dans le vide.

« -Tu te trompes. Je suis attirée…Tu me rends complètement folle. » Entendis je de sa bouche. Voila, j'en avais la certitude : son attirance pour moi.

« -Alors pourquoi te cacher à ma vue ? »

« -Ce n'est pas toi que je fuis…mais moi. Je ne veux pas te blesser et c'est ce qui risque d'arriver. »

Je la sentais à nouveau près de moi, sa main posé sur mon torse nu. Mes bras l'entouraient timidement.

« -Tu ne devrais pas… » Continua t'elle mais avant qu'elle finisse sa phrase mes lèvres se sont juxtaposées aux siennes. Son baiser était langoureux. Ma langue est devenue folle, folle de désir pour elle. Je suivais la danse improvisée par la sienne tantôt à l'intérieur de nos bouches tantôt flirtant avec nos lèvres. Je découvrais chaque caresse et son lot de sensations. Je perdais toute inhibition, toute crainte, seulement le désir d'être à elle, de la sentir contre moi…Sa bouche pinça doucement ma lèvre inférieure.

« -Je ne peux résister à cela. » Susurra-t-elle avant de descendre sur mon torse aider par le bout de sa langue. La sensation plus que fraiche laissée par son passage me fit contracter chacun de mes muscles. Elle se rendit compte de mon état et continua sa chute vers mon ventre. Mes mains plongèrent dans sa chevelure où mes doigts la massèrent entrecoupés par les frissons de désir qu'elle occasionnait. Elle goûtait littéralement ma peau, me léchant chaque parcelle de chair à porter de ses lèvres. Elle ne tarda pas à arracher ma ceinture livrant mon pantalon aux joies de la gravité. Ainsi nu face à elle, mon excitation ne pouvait plus lui échapper. Elle était devenue le maitre de mon sort, abusant avec excès de mon inexpérience et de ma curiosité infantile.

Elle remonta lentement ses mains vers mon visage lui prodiguant une caresse déroutante par sa douceur presque maternelle.

« -Matéo…ne sous-estime pas ton pouvoir d'attraction. » Elle déposa à nouveau un baiser moins fougueux cette fois ci, laissant ses lèvres s'imprégnées des miennes.

« -Ton destin est lié au mien et mon futur est lié à toi. Je ne sais pas encore pourquoi. » Et sa langue sans forcer l'entrée à ma bouche se réfugia contre la mienne jouant langoureusement tel un couple de serpents. Le baiser s'intensifia très vite. Que c'était bon ! N'écoutant que mes pulsions, mes doigts déboutonnaient un à un les boutons de sa robe estivale. Cette hardiesse m'étonnait. Sa tunique légère glissa le long de ses bras rejoignant mon pantalon au sol. Pour mon plus grand plaisir, sa poitrine n'était pas couverte d'un soutien qui m'aurait certainement donné du fil à retordre. Simultanément nous eûmes la même attention en s'enlaçant, laissant nos mains découvrir nos dos. Quelle excitation ! J'étais pris dans tourbillon de plaisirs. La température de son corps ne calmait pas le brasier qui s'intensifiait. Alors que l'une de mes mains se glissait dans sa lingerie, je sentis la sienne effleurée mes hanches et se posée aussitôt après sur mon membre fièrement dressé. Ses doigts se refermèrent repoussant la peau au plus bas. Mon gland me donnait la sensation de croitre de volume. Cette caresse me fit serrer l'une de ses fesses plus que douce.

« -Hmmmm, tu sembles apprécier » Me murmura t'elle.

« -Je…euh…enfin…c'est la première fois pour… »Hésitai je à lui dire.

Sans me laisser finir ma phrase maladroite, elle me repoussa dans l'herbe qui se tassa en amortissant ma chute. Elle se mit à califourchon sur moi. Je me redressais légèrement pour voir son regard. J'étais perdu dans ma contemplation.

Sans un mot, nos bouches se retrouvèrent à nouveau. Son baiser, torride, accentuait mon excitation qui couvait contre son bas ventre. Ses doigts crochaient dans ma tignasse improvisant un massage énergique. Je laissais les miens découvrir son dos de bas en haut. A la descente simultanée de mes doigts, elle se cambra.

Je ne résistai pas à l'appel de sa poitrine. Ses seins étaient plus qu'appétissants, doux à souhait, d'une rondeur parfaite, avec de somptueux petits tétons. Tremblant d'excitation, je découvrais de nouvelles sensations sur sa poitrine voluptueuse. J'embrassais sans retenue, je léchais affamé, je mordillais, suçais tour à tour ses pointes durcies par chaque coup de langue donné tour à tour de gauche à droite.

Ses gémissements m'incitaient à continuer rendant mon ouvrage beaucoup plus excitant. Ses mains appuyèrent contre ma tête pour l'attirer d'avantage contre son sein.

« -Hmmmmmm… » Son long gémissement donna un coup de fouet à mon membre.

Je perdis à nouveau le control à cet instant. Elle descendit vers mon sexe. Je sentis ses mains caresser mes testicules. Et sa langue glissa lentement de bas en haut, escaladant mon gland gonflé. Quelle sensation ! Quel plaisir ! Le bout de sa langue tentait de m'achever par de petits coups.

« -J'ai trop envie de toi ! » Me dit-elle quittant ce qui lui restait de lingerie.

D'une main experte elle tenait ma verge au bord de l'explosion. Elle se remit à califourchon sur moi menant mon sexe à l'entrée de son intimité moite. Je savourais centimètre par centimètre son empalement. Ses parois étaient si serrées autour de mon sexe.

Elle entrait dans une transe sensuelle communicative, je me laissais droguer par cette avalanche de plaisir. Je laissai échapper à ma grande surprise un gémissement d'excitation ce qui la fit sourire. Elle faisait de long et lent vas et viens m'offrant le plaisir de gouter ses délicats tétons à leur passage à portée de ma langue.

A chaque mouvement j'avançais de plus en plus profondément en elle. Mes mains s'agrippaient à ses petites fesses. Pousser par son envie (ou la mienne) je lui donnais des petits coups de rein quand elle se trouvait pencher sur moi. Elle m'embrassa à ce moment mêlant méli mélo de plaisir charnel. Je pris les devant et approfondissais le baiser. Je sentis un immense plaisir m'envahir, gonflant ma verge, accélérant mes va et viens, serrant d'avantage ma prise sur ses fesses.

« -Hmmmmmmmm ! » Poussa-t-elle à ce moment.

J'étais sur le point d'exploser. Mon cœur palpitait à un rythme fou. Mon corps suintait de sueur.

« -Oh my God ! Yessssssssssss » Cria t'elle.

« -Oh hmmmm » Poussais-je à mon tour.

« -Plus vite » Gémissait elle.

Elle haletait de plus en plus vite la tension était à son maximum, elle étouffa un cri dans mon cou.

Quelques va et vient supplémentaire sonnèrent le glas de mon gland. Mon sexe explosa par à coups. Mon buste tremblait frénétiquement. Ma jouissance semblait interminable. Je l'accompagnais de dernier coup de rein plus profond laissant couler le nectar blanchâtre le long de mon membre.

«-Oh Yesssssssssss! You're sooo…hmmmm my god! » Lâcha t'elle une dernière fois en ayant perdu ses notions de français.

Elle glissa une dernière fois sa tête près de mon cou. Je sentis ses lèvres se poser sur ma peau, ses dents semblaient racler ma jugulaire à cet instant.

« -Je t'expliquerais ce geste plus tard Matéo, ton destin est lié au mien. »

Ses dents percèrent ma peau, ma veine. Son suçon au début me plongea dans un plaisir indescriptible…au début.

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