Chapitre XII – Les aveux de Sam

Adrian n'en croyait pas ses yeux ; cela faisait déjà trois jours qu'ils étaient retenus dans cette chambre d'hôpital et Dean semblait bien parti pour tenir sa parole, à savoir ne pas fermer l'œil pour surveiller Sam. Ce dernier lui avait promis un nombre incalculable de fois qu'il ne tenterait pas de s'échapper et que par conséquent, Dean pouvait tout à fait aller se reposer au motel mais l'aîné se montra intraitable et refusait catégoriquement de bouger.

Le temps passait et les hématomes de Sam ne se résorbaient pas aussi vite que celui-ci l'aurait voulu. Adrian avait bien une idée pour arranger les choses mais il avait la désagréable impression que Dean s'y opposerait farouchement. Il devait à tout prix réussir à se retrouver seul avec Sam suffisamment longtemps pour pouvoir appliquer son idée. Le quatrième jour, il essaya d'en discuter avec Sam pendant que Dean était aux toilettes mais l'aîné était revenu trop vite et Adrian n'avait pu que jeter un regard désolé à Sam.

Le cinquième jour, cependant, il eut la chance de pouvoir mettre son plan en exécution. Dean, assommé par la fatigue, s'était endormi dans son fauteuil. Adrian se précipita au chevet de Sam sans cesser de jeter des coups d'œil pour s'assurer qu'on ne le verrait pas.

-J'ai piqué cette fiole chez le vieux tout moche ! Tu te rappelles, ça a cicatrisé mon bras en quelques secondes ! Tu veux que j'en verse sur tes blessures ? Je suis sûr que ça marcherait !

Un sourire éclatant métamorphosa le visage de Sam qui approuva vivement en hochant la tête. Adrian enleva le petit bouchon de verre et fit couler le reste de l'étrange substance sur la gorge de Sam. Les ecchymoses disparurent presque instantanément, et Sam ne ressentit plus aucune douleur ni aucune gêne.

Dean se réveilla lorsque le médecin poussa des cris d'admiration.

-C'est incroyable, je n'ai jamais vu ça Monsieur Talbot !

-Et bien euh… je suppose que j'ai de la chance, répondit Sam à qui l'on avait enlevé les tubes qui lui permettaient de respirer. Je peux sortir maintenant ?

-Il faut juste qu'on effectue quelques tests mais vous devriez sortir dans la journée.

-Parfait !

Le médecin repartit et Dean regarda les deux autres, le regard assassin.

-J'ai me suis endormi cinq petites minutes et à mon réveil, qu'est-ce que je vois ! Mon frère en parfaite santé alors que ce n'était pas le cas avant !

-Dis que tu préfères me voir souffrir… râla Sam.

-C'est pas du tout ce que j'ai voulu dire ! répliqua sèchement Dean. Je veux savoir ce que vous avez fabriqué, et tout de suite.

Adrian sentit qu'il valait mieux révéler la vérité sur ce coup-ci et raconta à Dean ce qu'il souhaitait entendre. Lorsqu'il eut fini, il le regarda, craintif.

-Tu as eu de la chance que ça fonctionne, mon pote. Appliquer une substance inconnue sur la gorge de mon frère…

-Ca avait déjà marché sur mon bras ! s'exclama Adrian dans une vaine tentative de justification.

-Et si ça avait périmé ? Et si Sam avait fait une réaction allergique ? Et si ça l'avait TUE ? s'emporta Dean.

Adrian baissa le regard.

-J'avais pas pensé à ça…

-Dean, fiche-lui la paix… Je lui ai donné mon accord alors c'est de ma faute OK ?

-Pourquoi tu fais tout pour me rendre la tâche plus compliquée ? Je vais mourir et il faut que tu fasses des choses stupides et qu'on s'engueule alors que la seule chose que j'aimerais, c'est qu'on soit tous les deux tranquilles, en Floride, à profiter du beau temps, ce genre de choses que tout le monde veut faire avant de mourir !

-J'aimerais aussi faire ce genre de choses avec toi ! répondit Sam d'un ton outré. Ne crois surtout pas le contraire ! Mais pour l'instant, il faut qu'on se rende à New York ! Et puis si Adrian n'avait pas eu cette idée, je serais resté coincé ici pendant des jours et des jours encore, et on aurait quand même pas pu aller en Floride…

-C'est pas une raison… répondit Dean à voix basse.

Même s'il avait essayé de nier la chose ces derniers temps, de faire semblant de ne rien voir et de ne pas comprendre, c'était désormais devenu trop difficile pour lui. Il devait affronter la réalité. Si son frère tenait absolument à aller à New York pour faire quelque chose de très important sans rien lui dire, cela ne pouvait avoir qu'une seule explication…

-Sam, tu crois peut-être que je suis trop bête pour comprendre ce que tu prépares ?

-Mais non je…

-Si tu veux essayer de me sauver, soit. Fais-le. Mais ne me laisse pas à l'écart. Je suis pas un étranger, je suis ton frère.

Sam aurait eu moins mal si son frère l'avait giflé.

-Je te laisse pas à l'écart voyons !

-Mais si. Depuis qu'on est ensemble, je me suis jamais senti aussi seul que ces derniers jours.

-… Adrian, tu peux sortir s'il te plaît ?

Le jeune homme ne se fit pas prier pour quitter la chambre. Il s'était senti terriblement embarrassé lorsque les deux frères avaient commencé à discuter mais n'avait pas oser bouger, de peur de se faire remarquer.

-J'avais peur de t'en parler…

-Pourquoi ?

-Parce que tu ne m'aurais pas laissé faire. Tu aurais dis quelque chose comme "Laisse tomber, ça sert à rien ! A part me donner des faux espoirs peut-être"…

Dean fut bien obligé d'admettre que Sam avait raison, il aurait en effet réagi de cette manière si son frère le lui en avait parlé plus tôt.

-T'as raison et j'ai tort, comme d'habitude… Tu te rends compte qu'on fait attention à la moindre parole parce qu'on a peur de se dire la vérité ? Je veux plus qu'on soit comme ça, j'ai plus le temps Sammy…

-Alors… tu veux que je te raconte tout ?

-Oui.

Sam lui expliqua alors ce qu'il s'était passé chez Morgan Summer et ce que leur avait dit Jessica dans les moindres détails. Pendant leur discussion, les deux frères avaient bien pris garde à ne jamais croiser leurs regards, s'observant à la dérobée à tour de rôle.

-D'accord, conclut Dean lorsque Sam eut terminé ses explications.

-D'accord ! C'est tout !

-C'est tout.

-Je vois… Tu veux pas de faux espoirs c'est ça ?

-C'est ça.

Sam planta alors son regard dans celui de son frère et attendit que celui-ci en fasse de même pour continuer.

-Je vais tout faire pour te sauver, tu le sais n'est-ce pas ?

-Bien sûr que je le sais.