Chapitre 6 : Troubles

Mais son élan n'avait pas été plus loin. Il essaya et réessaya de planter le couteau dans son torse mais rien à faire. C'était comme si le couteau, pourquoi très pointu, était devenu un stupide jouet en plastique qu'il ne pouvait pas enfoncer dans quoique ce soit.

Pris d'un doute, il essaya de se blesser au bras en se faisant une entaille mais ce fut la même chose. Le couteau, au lieu de le blesser, lui fit l'effet d'une caresse malgré le tranchant de la lame. Réprimant un juron, il se demanda dans quoi il pourrait essayer de planter le couteau. Seule sa voiture s'offrait à sa vue. Ayant eu une pensée totalement absurde et sacrilège pour lui, il s'en éloigna et trouva un arbre quelques mètres plus loin. Se concentrant, il envoya le couteau se planter dans l'arbre, s'attendant à le voir stupidement rebondir mais le couteau s'enfonça dans l'arbre aussi bien qu'il aurait pu l'imaginer. Le retirant avec suspicion, il essaya de nouveau de se faire une coupure mais rien…Apparemment il ne pouvait pas se faire lui-même du mal avec ce couteau et pourtant celui-ci semblait tout à fait normal, enfin aussi normal que tous les couteaux qu'il avait tenu en main lors de son existence.

Il sortit alors un de ses revolvers, vérifia qu'il était chargé et qu'il ne pourrait s'enrayer, le mit ensuite contre sa tempe et appuya sur la gâchette sans hésitation. Mais il eut beau appuyer et réappuyer, le coup ne partit pas alors que les balles étaient bien là. Ayant un doute sur son fonctionnement, il tira sur l'arbre et une balle vint se loger dans ce dernier, montrant que l'arme marchait à la perfection. Il réessaya sur lui mais toujours rien. Se grattant légèrement la tête, Dean réfléchit à une solution.

Il se sentait vraiment découragé et totalement démuni de ne pas pouvoir se tuer à sa guise ni même se blesser. Alors qu'il avait pu le faire facilement lors de son emprisonnement par le Djinn, là, on l'empêchait de se tuer et cette impossibilité le mettait hors de lui. Le coffre de sa voiture étant encore ouvert, il jeta rageusement son revolver à l'intérieur, peu soucieux du bruit qu'il avait produit et eut envie de frapper sur tout ce qui bougeait. Depuis leur réveil à lui et Sam dans cet espace, il n'avait pensé qu'à une seule solution pouvant les sortir de là : le suicide. Il avait reculé cette tentative comme une dernière chance et maintenant, il n'avait plus rien, il ne voyait plus de solution. Et Sam qui ne s'occupait même plus de lui comme s'ils n'étaient que des étrangers l'un envers l'autre. Cette mise à l'écart et la colère de son frère lui faisaient plus de mal que tout ce qu'il venait d'endurer. Il avait une sorte de boule en travers de la gorge et son ventre était noué depuis qu'ils s'étaient disputés.

Comment pourrait-il le faire revenir à la raison ? Mais le voulait-il maintenant ? Car même s'il faisait entendre raison à Sam, ça ne lui donnerait rien du tout car il ne voyait plus aucune porte de sortie. Peut-être valait-il mieux laisser vivre Sam comme il le voulait dans cet endroit qui offrait tant de confort et d'amour alors que le lieu d'où ils venaient, en était totalement dépourvu. Pour Dean, il fallait sûrement mieux le laisser dans cette illusion plutôt que de l'embarquer dans sa quête ridicule et apparemment sans espoir d'en sortir. Dean souhaitait vraiment que son frère connaisse le bonheur et peut-être qu'après tout, cet endroit était celui qui lui convenait. Sachant qu'il lui faudrait abandonner son frère dans son bonheur et qu'il devrait continuer sa route seul, sans lui, Dean ne put s'empêcher de laisser échapper quelques larmes, qu'il essuya aussitôt. Ses yeux le picotaient encore, comme si d'autres larmes voulaient venir face à ce bilan désespéré, mais Dean ne se laissa pas de nouveau envahir par les émotions et se rendurcit. Ne voulant plus penser à Sam et à ce qu'il éprouverait si celui-ci en venait à ne plus le fréquenter, il revint à ses précédentes pensées et chercha un moyen de comprendre l'étrange phénomène des armes devenues inoffensives.

Pourrait-il tuer avec au moins son couteau un animal, un démon ou même un autre être humain ? Il ne voulait pour rien au monde tenter cette dernière solution et la deuxième était impossible à essayer puisque tous les démons semblaient être bannis. Se retranchant sur la première solution, il se mit en quête d'un animal, gros ou petit, peu importe. Mais ce genre de recherches n'était pas vraiment approprié un soir, alors qu'il n'avait qu'une petite lampe torche et que les animaux semblait être rarissimes dans cet endroit.

Ce fut ainsi que Bobby trouva Dean, agenouillé par terre, souhaitant trouver au moins une limace.

« Mais que fais-tu, bon sang ? Je t'attends depuis au moins une heure.

-Je cherche…mes lentilles de contact…plaisanta Dean

-C'est ça et moi je m'appelle Robert de Niro ! Tu n'as jamais eu de problèmes de vue et donc encore moins de lentilles de contact, alors fais-moi le plaisir de rentrer à l'intérieur, il gèle à cette heure-là. »

Avec un soupir, Dean rentra dans la maison de Bobby, posant son satané couteau sur la table, prêt de lui et cherchant des yeux ce qu'il pourrait bien blesser. Bobby le regarda avec une expression bizarre dans les yeux mais lui proposa quand même :

« Tu veux manger un morceau ?

-Non, merci, Bobby, je n'ai pas faim.

-Toi, pas faim ? Tu plaisantes ? Tu n'as rien mangé de la journée. Fais-moi le plaisir de manger ce sandwich sinon je vais finir par te ramasser à la petite cuillère.

-Merci, répondit Dean en prenant ledit sandwich, malgré son ventre noué.

-Ton frère a appelé. Tu sais, Sam s'inquiète beaucoup à ton sujet et sache que tes parents et moi aussi, on s'inquiète.

-Sam ne peut pas s'inquiéter pour moi, il m'a fichu hors de chez lui, c'est de sa faute, pas la mienne, bougonna Dean.

-Eh bien, si tu as toujours ce caractère de chien, pas étonnant qu'il t'ait jeté dehors. Mais Dean, qu'est-ce qui t'arrive en ce moment ? On ne te reconnaît plus.

-Comment ça ? Je suis normal, s'étonna Dean, la bouche pleine.

-Mais non, voyons, depuis que vous avez renvoyés tous les démons en enfer tous les trois, tu n'es pas le même. Tu es comme obsédé par une chasse inexistante et ça, c'est très mauvais. Ne vois pas de démon là où il n'y en a pas.

-Je sais qu'il n'y en a plus, voyons… Mais dis-moi, as-tu révélé à Sam que j'étais ici ?

-Non, je lui ai dit que tu étais passé et que tu étais reparti mais j'ai dit ça parce que je le croyais. Ce n'est qu'en sortant il y a une heure que j'ai vu ta voiture garée au même endroit.

-C'est mieux ainsi, soupira Dean de soulagement.

-Quoi, tu ne veux plus voir ton frère, maintenant ?

-Non, mais disons que j'ai besoin de réfléchir loin de lui, c'est tout.

-Et tu as pensé à ce qui allait se passer dans même pas deux jours ? Tu vas aller à la cérémonie de la récompense, j'espère ?

-Qui t'a parlé de ça ?

-C'est Sam. Il espérait que tu ne la manquerais pas.

-Oui, oui, j'irai, soupira Dean, cette fois, de lassitude. Bobby, peux-tu me rendre un grand service ?demanda-t-il, avec un grand sourire soudain sur les lèvres.

-Euh oui, ça dépend…hésita Bobby, s'attendant à tout venant de Dean.

-Peux-tu te faire une légère coupure avec ce couteau ?dit-il lui montrant le couteau qu'il avait repris sur la table.

-Quoi ? Mais t'es malade !

-Non, pas du tout, je crois que ce couteau ne peut toucher aucun être humain mais j'aimerai vérifier ma théorie s'il-te-plaît. Ce ne serait qu'une toute petite coupure au doigt, très peu de choses quoi… Allez, s'il-te-plaît, Bobby, je ne te demanderai plus aucun service, promis. »

Bobby se dit alors qu'une petite coupure le ferait taire et s'exécuta. Il prit le couteau et l'approcha de son index. Dès qu'il se fut touché, le sang coula par petites gouttelettes, confirmant Dean dans ses pires soupçons.

Ainsi, il ne pouvait se tuer d'aucune manière dans cet endroit. Les autres personnes qui l'entouraient pourraient être blessées, ou mourir mais lui était comme préservé et même interdit de se blesser.

Il regarda Bobby qui l'observait étrangement :

« Ca va, tu n'as pas l'air content ?

-Bobby, pourrais-tu me faire avec ce même couteau une petit coupure au doigt aussi, j'ai besoin de vérifier quelque chose.

-Quoi, tu veux qu'on fasse un lien du sang ou un truc de ce genre ? Mais tu es dingue !

-S'il-te-plaît, Bobby, fais-le, je t'expliquerai après, c'est important. »

Exaspéré, Bobby s'approcha de lui et toucha le majeur de Dean avec la pointe du couteau mais c'était comme si la peau était impossible à transpercer ou que le couteau était devenu rond alors qu'il n'y était pas, au contraire.

« Extraordinaire, ça !s'étonna Bobby.

-Tu vois, ni moi ni personne ne peut ni me blesser ni me tuer… Si je suis intouchable maintenant, ça va être gai…

-Mais comment se fait-il que…

-Je ne sais pas, Bobby, je suis autant perdu que toi.

-Tu as développé une immunité depuis ton combat ultime contre les forces du mal, c'est ça ?

-Peut-être, je n'en sais rien mais je vais chercher, fais-moi confiance.

-Ah, ça y est…j'ai compris.

-Vraiment ?

-Mais oui, c'est toi et Sam qui me faites une bonne blague, c'est ça ? Votre dispute et ta présence ici, tout ça, c'est bidon !

-Mais non, pas du tout…

-Allez, sors d'ici, rigola Bobby en n'y croyant pas et lui rendant son couteau. Ouste ! »

Dean comprit bien qu'il ne pourrait rien faire pour convaincre son ami qui apparemment ne prenait plus ce genre d'affaires au sérieux et tournait tout en blagues ridicules. Décidément, ces temps-ci, tout le monde le fichait à la porte, ça en devenait exaspérant. Mais il eut soudain une dernière question qui lui vint en tête, même si elle ne le concernait pas :

« Dis, Bobby, une dernière chose. Je me souviens vaguement d'une certaine Jess que Sam aurait fréquenté à la fac. Tu ne saurais rien sur elle par hasard et pourquoi ils auraient rompus ? »

Mais Dean fut interloqué de voir passer son ami presque du rire aux larmes.

« Dean, tu as fait assez de plaisanteries pour ce soir, arrête s'il-te-plaît, ce sujet est très délicat à aborder…

-Pourquoi, qu'est-elle devenue ?s'inquiéta Dean.

-Tu sais très bien que le démon aux yeux jaunes l'a tuée dans l'incendie de son appartement à elle et Sam, voyons ! Comment peux-tu me demander ça ?s'emporta Bobby, furieux de se remémorer ces souvenirs.

-Quoi ? Elle est décédée même ici…répondit Dean, choqué de cette nouvelle. Mais…mais comment se fait-il que Maman soit toujours en vie ?

-Arrête de délirer, je t'en prie ! Tu as perdu la mémoire ou quoi ? Tu ne te souviens pas que ta mère allait subir le même sort affreux quand un chasseur est arrivé chez vous et a fait fuir le démon ? Il a ensuite protégé ta mère avec les meilleurs sorts possibles et jamais elle n'a été atteinte. Personne n'avait pu deviner qu'il s'en prendrait à la pauvre Jessica.

-Mais pourquoi Papa nous a entraîné moi et Sam dans la chasse, alors ?

-Mais pour poursuivre ce démon et mettre un terme à la protection contraignante de ta mère, voyons !

-Oui, bien sûr… »

Dean comprenait maintenant beaucoup plus de choses et le fait que Sam soit obsédé par la chasse dans cet endroit, obsession prouvée par la pièce secrète qu'il avait installée chez lui, concordait avec ce drame. Remerciant Bobby pour son accueil, Dean sortit de chez ce dernier, avec la ferme intention en tête de résoudre un point d'ombre qu'il n'avait pas réussi la veille à éclaircir et qui constituait son dernier espoir.

Pendant ce temps, Sam avait passé une très belle soirée. Il avait discuté avec ses parents sans qu'aucune dispute n'éclate avec son père et ensuite ils avaient mangé joyeusement un dîner préparé par Mary. Jamais il n'aurait imaginé que sa mère cuisinait aussi merveilleusement bien, le repas avait été succulent. Bien sûr, ils avaient abordé brièvement le cas de Dean et ça avait entraîné une certaine gêne quand Mary avait insisté pour savoir où son fils aîné se trouvait en ce moment. Il avait donc fallu que Sam essaie de l'appeler pour savoir s'il allait bien. Il avait souhaité de tout cœur ne pas l'avoir au bout du fil, sachant que Dean ne se gênerait pas pour raccrocher, entraînant une justification de Sam auprès de ses parents mais heureusement, Dean ne répondit pas à son portable qui devait être éteint. Devant l'insistance de ses parents, il avait contacté Bobby, en se demandant ce que leur ami faisait de son côté comme boulot et avait su que Dean était passé le voir. En y réfléchissant, Sam ne fut pas étonné que son frère se soit tourné vers lui mais apparemment sa visite n'avait rien donné de concluant, d'après le ton de la voix de Bobby. Ses parents étant quelque peu rassurés, ils avaient repris l'entrain de leur soirée, comme si de rien n'était. Sa petite amie Patty n'avait pas pu se joindre à eux, à cause du nombre de copies qu'elle devait corriger et était resté chez elle et Sam.

Mais alors que la soirée était prête à se finir et qu'ils buvaient tranquillement un café, les choses se compliquèrent au-delà des pires craintes de Sam.

« Sam, nous voudrions te parler d'un sujet assez délicat et auquel nous pensons depuis environ une semaine, ta mère et moi.

-Oui, nous attendions, de peur que ça ne te choque mais il est temps de te mettre au courant pour que tu n'aies aucune mauvaise surprise, quand ça se produira.

-Mais de quoi parlez-vous ?s'affola Sam en voyant leurs visages anxieux et perturbés.

-Ton frère nous inquiète énormément. Il n'a pas réagi comme il l'aurait fallu quand nous avons exterminé la totalité des démons et ça, ce n'est pas normal. Ca fait des mois maintenant qu'ils ont été éradiqués et Dean agit toujours comme s'il devait se renseigner sur eux et les chasser.

-Ce n'est qu'une mauvaise passe, il lui faut le temps de faire la transition, voilà tout, dit Sam, essayant de trouver des excuses à Dean.

-Tu ne t'en rends pas compte parce que c'est ton frère et que vous êtes très liés tous les deux mais Dean n'a plus le sens des réalités. Il est en chasse perpétuelle : il ne quitte plus jamais son couteau ou son pistolet, comme si on allait l'attaquer.

-Peut-être qu'il a raison de prendre des précautions et son métier lui impose la sécurité.

-Ecoute, Sam…dit Mary. Nous ne sommes pas les seuls à penser ça. Le patron de Dean, ainsi que Bobby et ses rares amis sont tous d'accord sur ce point. Ton frère est un danger pour lui-même et peut le devenir pour les autres. Il doit aller à l'hôpital.

-Mais il n'est pas malade ?dit Sam, craignant de comprendre le sous-entendu.

-Pas physiquement, non, reprit John. Mais il doit être soigné par des spécialistes qui lui feront prendre conscience que la chasse est définitivement finie et qu'il doit accepter à vivre normalement.

-Vous voulez le faire interner ?s'écria Sam, affolé.

-Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous le ferions, tu sais mais ton frère ne nous laisse pas le choix, Sammy. J'essaierai de lui parler demain pour voir s'il a toujours le même état d'esprit et s'il compte se rendre à la cérémonie de récompenses. S'il y va, s'il est raisonnable, s'il ne fait pas d'esclandre et reprend le cours de sa vie comme il le devrait, alors nous ne penserons plus à cette éventualité, sois-en certain, tout sera oublié.

-Mais…mais je pourrai peut-être lui parler aussi, pour le raisonner…essaya Sam, très inquiet.

-Tu as déjà essayé mais tu peux faire une dernière tentative, c'est vrai.

-Mais sache, mon chéri, dit Mary, que nous aimerons toujours ton frère quoiqu'il se passe et malgré ce que nous avons l'intention de faire. Nous voulons l'aider, non le punir. Il doit prendre exemple sur toi, Sam. Sinon, les conséquences seront fâcheuses.

-Bon, ceci mis au point, nous allons dormir, Sammy. Bonne nuit, mon fils. »

John et Mary se levèrent et après avoir embrassé Sam affectueusement, ils montèrent, main dans la main. Sam leur avait souhaité machinalement bonne nuit mais il était tellement étonné et abasourdi qu'il en resta assis immobile sur le canapé, incapable de comprendre ce qui venait de se passer.

Sam n'arrivait pas à croire que ses parents aient l'intention de faire une chose pareille. Ca ne faisait que deux jours qu'ils étaient arrivés ici mais apparemment le Dean d'ici n'était pas si différent de son frère et pas vraiment dingue au point de l'enfermer et de jeter la clé. Alors que Sam venait de passer une superbe soirée pendant laquelle il avait idolâtré ses parents, désormais il ne les voyait plus que comme des gens cruels, incapable de comprendre les souffrances et les troubles d'autrui, et pire de leur propre fils. Apparemment si on ne pensait pas comme tout le monde que les démons n'étaient plus en ce monde, on vous bannissait de votre vie en vous traitant de fou. Mais Sam se posa soudain une question : pourquoi lui-même n'était pas concerné ? Pourquoi ses parents le considéraient comme un homme censé et sain d'esprit alors qu'apparemment il partait de temps à autre en vadrouille avec Dean ? Il se dit que sûrement, ses parents devaient penser qu'il allait avec lui pour tenter de le raisonner mais était entraîné malgré lui dans ses chasses, d'après eux, imaginaires.

Sam se sentit vraiment dégoûté de ses parents. Il en avait la nausée. Il les voyait comme des parents repoussants et indignes de prendre ce genre de décision rédhibitoire. Il ne fallait absolument pas que Dean soit enfermé dans un hôpital psychiatrique car ils ne pourraient plus avoir aucun espoir de repartir chez eux… Repartir… Sam avait pensé machinalement à ça sans vraiment s'en rendre compte. Lui qui avait voulu tant rester et était devenu tellement agressif envers son propre frère, ce frère qui l'aimait tant mais qui courait désormais un grave danger de séquestration par les siens. Sam regrettait tellement d'avoir été aussi méchant envers Dean qu'il en eut la nausée. Comment pourrait-il regarder son frère en face maintenant qu'il savait qu'il avait eu tort ? Comment Dean pourrait-il l'écouter assez longtemps pour que Sam puisse lui dire qu'il devait filer doux près de ses parents avant qu'ils ne trouvent une solution pour partir ? Sam était tellement bouleversé par ce retournement de situations qu'il ne savait plus quoi faire pour aider son frère à se sortir de là et pour qu'eux-mêmes retournent d'où ils venaient.

Voulant alors quitter le plus vite possible cette maison familiale qu'il avait maintenant en horreur, Sam prit sa veste et sortit. Le vent frais nocturne lui fit un bien fou. Sa voiture étant garée en face, il n'hésita pas une seconde : il savait ce qu'il devait faire et où aller.

Après une heure de vaines recherches, Sam dut demander à un vieil homme où se trouvait la rue qu'il cherchait et autour de laquelle il avait roulé sans s'en rendre compte.

Dix minutes après, le cœur battant à tout rompre et des sueurs froides lui parcourant l'échine, Sam prit le courage de frapper là où était sa véritable place depuis le début.

Depuis trois quarts d'heure, Dean était en train de chercher furieusement le fonctionnement de cette saleté de système quand un timide frappement se fit entendre à la porte d'entrée. Méfiant, et prenant un couteau qu'il mit derrière son dos, il ouvrit prudemment de son autre main libre.

« Salut, Dean, murmura Sam, n'osant pas fixer son frère dans les yeux, de peur de connaître sa réaction.

-Que fais-tu ici ? Tu n'as pas peur d'être jeté dehors comme un malpropre, maintenant que tu oses t'introduire chez moi ?demanda Dean, d'une voix calme mais qui annonçait, Sam le savait, une tempête imminente, s'il ne disait rien de plus.

-Ecoute… J'ai vraiment été un imbécile de première, je ne comprends pas ce qui m'est arrivé… Ce serait normal que tu ne veuilles plus me parler mais ce que j'ai à te dire est d'une importance primordiale, Dean… Et puis, tu sais, j'ai pris ma décision, je ne veux plus rester ici, je veux repartir avec toi. Nous deux, c'est tout ce qui est important, tout le reste n'est que mensonges. Je tiens trop à toi pour pouvoir t'abandonner. Tu es encore en colère contre moi ? »

Sam prit alors une expression tellement malheureuse de chien battu, comme il savait si bien le faire que Dean craqua et prit son frère dans ses bras en le serrant si fort que Sam en eut mal au torse et aux bras. Mais peu importait, il ne dit pas un mot car rien n'aurait pu lui faire plus plaisir que cet enlacement. Ils restèrent quelques minutes ainsi, Dean serrant son petit frère de toutes ses forces dans ses bras. Dean avait tant espéré que Sam reviendrait à la raison… Il se rendait maintenant compte que son frère lui avait manqué affreusement et que sans lui, il n'aurait jamais eu la force de pouvoir partir, il l'aimait de trop. Ecrasant du revers de la main quelques larmes qui s'étaient échappées de ses yeux, il libéra Sam de son étreinte et le regarda, les yeux illuminés de bonheur et un grand sourire aux lèvres. Alors qu'il s'apprêtait à lui demander quelque chose, Sam le devança et malgré sa joie de cette réconciliation, il lui dit sérieusement :

« Dean, il faut qu'on parle sérieusement de ce que je viens d'apprendre. C'est très urgent. »