Chapitre 8 : Libération ?
Une heure plus tard, Sam rejoignit Dean au bureau de police et les deux frères embarquèrent dans l'Impala. Tout se déroulait exactement comme prévu. Ils s'étaient tous deux trouvés un alibi pour disparaître quelques heures.
Confiants dans ce qu'il allait pouvoir se passer, les deux frères prirent la route de l'entrepôt.
Après quelques minutes, Sam prit la parole :
« A ton avis, comment vont s'en sortir nos nous d'ici après qu'on soit parti ?
-Je n'en sais rien et franchement, bon courage à eux, surtout que maintenant on sait à quoi ils sont confrontés.
-Ca me fait froid dans le dos rien que de penser à ces démons qui sont devenus de simples humains, sans aucun pouvoir mais qui continuent à tuer des gens de façon horrible pendant qu'on les considère comme de simples criminels banals.
-Malheureusement, Sammy, ils ne portent pas de badge sur eux indiquant "ancien démon" en grosses lettres. C'est bien pour ça qu'on a tant de mal à les distinguer de nos bons gros criminels avec un passé 100 humain.
-C'est bizarre tout de même que ces démons se soient transformés involontairement en humains.
-Ben oui mais apparemment on ne s'est pas trop posé de questions quand on a jeté sur terre, nous et Papa, cette sorte de bombe atomique avec plein d'anciens sortilèges et de…
-Non, Dean, ce n'était pas vraiment une bombe atomique mais plutôt…
-Laisse tomber mais ce truc a pu anéantir tous les démons et les plus malins et les plus puissants ont réussi à se cacher, quand ils ont entendu des échos.
-Mais pas assez suffisamment pour y échapper complètement.
-Non mais tout de même, comment les gens ont-ils pu penser qu'ils avaient été tous anéantis ?s'écria Dean.
-Tout simplement parce que Papa et nous le leur avons prouvé…Et dire qu'on s'est aperçu plus tard de l'erreur et de cette transformation…
-Que font-ils faire, à ton avis ?
-Je ne sais pas… Selon notre journal, ils envisagent de les tuer mais ça reviendrait à commettre des meurtres et franchement, je ne me vois pas du tout tuer un humain de sang froid, comme on le fait avec des démons, même s'ils l'étaient auparavant.
-Je suis d'accord mais ton toi d'ici ne semble pas de cet avis et semble le plus féroce de nous deux là-dedans.
-C'est ça, dis que je suis méchant pendant que tu y es !
-Non, mais tu dois comprendre, Sammy, qu'il a dû sûrement endurer des trucs différents de toi, voilà tout, il n'est pas du tout pareil que toi.
-Ce serait intéressant de rencontrer nos doubles, tu ne crois pas ?sourit Sam, en imaginant la scène.
-Mais tu veux rire ? Jamais, je ne voudrais me voir, ça serait insupportable.
-Pourquoi ? Tu as peur qu'il soit plus séduisant que toi ? Qu'il sorte de meilleures blagues ? Ou alors qu'il s'empiffre encore plus et ainsi, vous feriez un concours de gloutonnerie ?rigola Sam de bonne humeur.
-C'est ça, rigole, répondit Dean, en n'osant pas l'imaginer. De toute façon, je serai toujours le plus séduisant des deux, ça ne fait aucun doute… Et toi, tu n'aurais pas peur qu'il soit plus intelligent puisqu'il est devenu un éminent professeur de fac ? Mais il y a une chose de sûre, c'est qu'il ne pourrait que tirer mieux que toi, finit-il par sourire.
-On arrête d'en parler…bougonna Sam, grognon à l'idée que son double soit devenu quelqu'un de respecté dans cet endroit. Ils auront en tout cas une belle surprise en s'apercevant qu'ils ont perdu presque trois jours de leur vie.
-On devrait peut-être leur écrire un mot ? Au moins, si j'écrivais de bonnes blagues, je suis sûr que mon moi en rirait volontiers…
-Avant d'être enfermé en hôpital psychiatrique, oui, c'est certain.
-Le pauvre…soupira Dean. Donc j'irai peut-être en asile pendant que toi, tu irais en prison pour meurtre de criminels notoires : chouette comme avenir, moins bon que le présent qu'ils ont.
-C'est dingue tout de même que ces criminels, une fois mis en prison, s'échappent comme si de rien n'était, comme si la prison était aussi solide qu'une bulle de savon. Ils doivent connaître des trucs de leur passé démoniaque pour fuir aussi vite mais je me demande quand même comment ils font, sans pouvoirs…
-Mais voyons, Sammy, ils ont des siècles de passé démoniaque derrière eux pendant lesquels ils ont torturé, tué, massacré des centaines ou des milliers de personnes en employant différentes ruses et pas seulement grâce à leurs pouvoirs, soupira Dean d'un air soudain affligé. Tu ne crois pas qu'ils ont encore des souvenirs de tout ça et qu'ils ne les emploient pas pour fuir, tuer, fuir et encore tuer ?
-Ok, je disais ça comme ça…répondit Sam, étonné de voir l'effet produit sur son frère, qui semblait bouleversé. Mais ces gens sur les photos ont l'air tellement…normaux. On n'a pas l'impression que c'était des démons auparavant. Et même devenus des tueurs en série, ça me met mal à l'aise à l'idée de les tuer…
-Ce n'est pas toi qui le feras, Sam, mais ton autre toi, ne te fais pas de souci pour ça… Concentrons-nous plutôt sur ce qu'on va trouver pour nous sortir de là, sans ce soucier d'eux. »
Ils se turent au moins une demi-heure, chacun enfermé dans ses pensées, ayant peur de quitter cet endroit, sachant très bien ce qui arriverait à leurs doubles mais aussi très pressé de le quitter, détestant cet endroit bizarre plus qu'autre chose avec ces démons devenus humains. Mais ne voulant pas penser de trop, ils voulurent reprendre leur conversation, cette fois-ci sur un autre sujet.
Ainsi, ils passèrent ensuite quelques heures à parler de mille théories sur ce qu'ils pourraient trouver comme solution à l'entrepôt. Enfin, ils arrivèrent à leur destination mais ouvrirent la bouche de surprise tellement ils étaient ébahis.
« Non, mais ce n'est pas possible, un truc pareil !!s'écria Dean.
-C'est pourtant le bon endroit, je reconnais la pancarte à droite !s'exclama Sam aussi. »
Il n'y avait plus aucun entrepôt, c'était comme s'il n'y en avait jamais eu. A la place s'étendait un immense champ de maïs à perte de vue.
« On a dû se tromper, ce n'est pas possible autrement, Dean.
-Mais voyons, Sammy, tu l'as dit toi-même, tu as reconnu la pancarte et puis, nous avons parcouru exactement la même distance, pris la même direction, la même route, les mêmes intersections et abouti à la même place, sauf qu'il y a eu un changement entre deux, sans même nous consulter, les malpolis.
-Désolé mais je ne vois aucune explication à ce phénomène, abandonna Sam.
-Viens, allons voir s'ils n'ont pas laissé un truc de l'entrepôt qui traîne.
-Mais, Dean, tu ne crois pas tout de même pas à une conspiration pour faire en sorte qu'on ne puisse plus revenir et trouver un indice de concret dans l'entrepôt ?douta Sam.
-Non, Sam, je pense que cette partie de l'espace a changé pour nous enfermer ici définitivement. Tu as une autre solution ?
-Non, la tienne est encore la meilleure, je l'admets. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
-Lors de notre première visite, j'avais laissé tomber, en montant l'escalier, mon canif et je n'avais pas eu le courage d'aller le chercher. Etant un élément qui m'appartient de chez nous, il doit être resté quelque part par là.
-Oui, eh bien, on cherche une aiguille dans une botte de foins, sans te vexer.
-Tais-toi et cherche. »
Mais malgré l'espoir de Dean de retrouver son fameux canif, c'était loin d'être évident parmi les épis de maïs qui étaient très hauts et très serrés. Ils avaient déjà du mal à marcher eux-mêmes dans ce champ, alors se baisser sans arrêt pour rechercher l'objet en question était encore plus difficile.
« Dean, c'est impossible de retrouver ton canif dans cet immense champ.
-Il faut retrouver à peu près l'endroit où se trouvait l'escalier. Tu te souviens de l'endroit à peu près ?
-Pas vraiment, mais on a pu marcher dessus et maintenant il va être enfoui dans la terre.
-Alors, quoi, qu'as-tu de mieux à proposer, monsieur le grand génie ?se fâcha Dean, dépité que leurs recherches soient vaines.
-Rien de plus, soupira Sam. »
Ils continuèrent alors à explorer le terrain pendant plusieurs heures, la nuit venant obscurcir leurs recherches. Sortant leurs lampes torches, Dean se mit à rire, davantage d'un rire nerveux qu'autre chose en brandissant sa lampe devant lui et disant :
« Accio canif !
-Mais qu'est-ce que tu fais encore ?dit Sam en ne comprenant pas.
-Ben, je me disais pas peut-être qu'avec un sortilège d'attraction, comme dans Harry Potter, j'arriverai à quelque chose, en désespoir de cause.
-Tu ne t'appelles pas Harry Potter et tu n'es pas un sorcier, remarqua Sam en souriant.
-Non, mais j'aurai pu l'être sans le savoir et puis ça serait pratique franchement d'être un sorcier et non un banal moldu.
-Il t'aurait fallu une baguette magique pour essayer…
-Ah zut, je savais bien qu'il manquait quelque chose, rigola Dean. »
Découragé, Dean s'effondra sur le sol, peu soucieux de la terre humide qui le salirait. Sam fit une grimace caractéristique pour montrer qu'il n'allait pas faire pareil. Mais alors que Dean allait lui lancer une moquerie sur sa légendaire maniaquerie, Sam s'accroupit en vitesse à côté de lui, les yeux fixés devant lui, apparemment très anxieux.
« Mais qu'est-ce que tu as ?demanda Dean.
-Chut !! On a été repéré, je crois, Dean, chuchota-t-il.
-T'es dingue ?
-Ecoute… »
Dean écouta alors de toutes ses oreilles et dut bien admettre qu'ils n'étaient effectivement pas seuls dans le champ. Apparemment, des gens s'amenaient vers eux.
Mais s'ils se levaient, ils seraient inévitablement repérés et s'ils restaient à leur place sans bouger, ils seraient cueillis sans vergogne. Se regardant avec angoisse, ils ne surent quoi faire et Dean regarda machinalement par terre pour trouver quoique ce soit qui puisse les aider. Tendant la main vers quelque chose, il donna un coup de coude à Sam et lui montra entre surprise et amusement, son fameux canif qu'ils avaient tant cherché. Souriant à moitié, il le garda dans sa main sans le ranger dans sa poche.
« Tu es sûr que ces gens sont pour nous ?chuchota Dean.
-J'ai vu une grosse ambulance et des gens sortir d'une voiture, alors oui.
-Ben, ils viennent peut-être chercher un blessé par ici, supposa Dean.
-Sauf que c'est des blessés mentaux qu'ils viennent chercher et non physiques.
-Pourquoi ? J'ai fait croire que j'avais changé.
-Ok, mais on n'est pas venu à la soirée organisée par Maman.
-Et alors ?
-Alors, ils doivent croire que tu as replongé en m'entraînant avec toi.
-Pourquoi ils viendraient te prendre, toi aussi ?
-J'ai entrevu au loin deux lits, Dean, répondit Sam en faisant une grimace.
-Oh… Et comment ils ont su qu'on était là ?demanda Dean, peu convaincu de la présence pour eux.
-Je n'en sais rien, Dean…Peut-être qu'en nous repérant avec le GPS de nos portables, on ne sait jamais ! »
Les deux frères se turent alors, soudain très inquiets de ce qu'ils allaient devenir, surtout au vu de l'urgence de la situation.
Mais l'urgence de la situation leur imposait de prendre une décision maintenant car ils entendaient désormais distinctement des épis craquer avec le passage des intrus. Echangeant un regard significatif, Dean murmura, un peu angoissé à cette idée :
« On court ?
-On court !approuva Sam, de la même manière. »
Alors Dean et Sam côte à côte, se levèrent et coururent plus profondément dans le champ de maïs, sans se retourner pour voir les intrus. Ils couraient à en perdre haleine, sans savoir si les autres les poursuivaient ou non. Ils regardaient seulement sans arrêt s'ils étaient toujours ensemble et s'ils ne se perdaient pas de vue. Mais ils finirent par s'arrêter, le souffle court, et une pointe sur le côté pour Dean. Regardant enfin derrière eux, ils durent bien admettre que ce champ était interminablement long puisque le champ était toujours à perte de vue devant eux et qu'ils avaient dû parcourir une longue distance. Alors qu'ils espéraient avoir semé leurs poursuivants, une voix se fit entendre, sans qu'ils voient ladite personne :
« Dean, Sam ?
-Papa ?dirent les deux frères ensemble, très surpris.
-Les garçons, vous ne devriez pas être ici. Venez avec moi, rentrons à la maison, votre mère est inquiète et vous attend. »
Ces paroles ressemblaient davantage à une petite gronderie d'un père face à ses fils désobéissants pour une petite virée nocturne qu'autre chose, et surtout qu'une poursuite pour les faire interner. Dean et Sam se regardèrent, ébahis et perturbés que leur ennemi s'incarne en leur père si gentil et compatissant. L'hésitation se lut dans leurs yeux mais quand ils virent mutuellement ce qu'ils ressentaient, alors que ça ne pouvait être qu'un piège, les deux frères chassèrent de leur esprit que cet homme était leur père. Leur père était mort, tué par un démon pour avoir voulu sauver Dean en cédant son âme contre sa vie. C'était tout le contraire de cet homme qui ne voulait pas aider vraiment ses fils mais plutôt régler un problème qui devenait très dangereux pour la tranquille communauté qu'ils formaient.
Sachant ce qu'ils devaient faire, Dean et Sam n'eurent qu'une idée commune en tête : fuir le plus loin possible de cet homme, qui n'était pas leur père mais seulement un usurpateur. Avec le regret d'abandonner sa chère Impala, Dean dut faire un effort pour ne pas redoubler la chercher mais pensant que ce n'était pas elle mais aussi une usurpatrice de sa chérie, il suivit Sam sans plus aucune hésitation. Leur course reprit à une allure folle. Jamais ils n'avaient couru aussi vite et aussi longtemps de toute leur vie. Ils ne savaient pas pourquoi mais ils sentaient que leur père, de la même manière qu'un démon, était sans arrêt sur leurs talons, sans jamais se fatiguer de les suivre et qu'invariablement, s'ils s'arrêtaient, ses appels reprendraient de plus belle. Alors, ils continuaient de courir sans arrêt mais ils durent bien avouer qu'à force, ils se sentaient complètement éreintés et vidés. Alors qu'ils ralentissaient leur allure, plus naturellement que volontairement, à cause de la fatigue ressentie, Sam sentit son cou picoter légèrement, comme si quelque chose de très désagréable l'avait heurté. Continuant de suivre Dean, il mit la main à son cou pour se renseigner sur la nature de cette chose et découvrit une fléchette à bout orangée.
« Oh non, murmura-t-il, affolé. Dean !
-Quoi ?répondit Dean en s'arrêtant à son niveau.
-Regarde, ils m'ont eu.
-Non, ce n'est pas possible, Sammy, tu ne dois pas t'arrêter ou t'endormir, ce serait la fin sinon, nous n'aurions plus aucune chance…Tiens le coup…
-Va-t-en, toi, laisse-moi…dit Sam en se sentant faiblir et tombant à genoux.
-Mais idiot, tu sais très bien que jamais je ne te laisserai dans leurs griffes, dussé-je partager la même chambre de dingue que toi, dit-il en le relevant à moitié. On va se cacher, c'est notre meilleure solution jusqu'à ce que le calmant ne fasse plus effet. »
Il chercha autour de lui mais apparemment, tout n'était qu'épis de maïs autour d'eux. Avec sa lampe torche qu'il baladait un peu partout autour d'eux tout en tenant Sam qui luttait pour ne pas s'endormir, Dean découvrit à quelques mètres d'eux, une sorte de renfoncement dans la terre qui offrait un abri naturel et assez dissimulé pour que leurs poursuivants passent à côté sans s'apercevoir de sa présence. Mettant l'un des bras de Sam autour de son cou, Dean avança jusqu'à ce renfoncement qui offrait de la place pour deux. Alors qu'ils venaient de s'y cacher, Dean sentit que, sans même s'en être aperçu jusque là à cause de l'angoisse qu'il éprouvait pour Sam, lui aussi avait été touché mais à l'épaule. Tout comme Sam, il sentit la fatigue et des nausées monter en lui avec l'envie de dormir plus forte que tout. C'est alors que la lumière sur leur situation se fit jour en lui, comme s'il l'avait toujours sue et que ce calmant lui montrait les choses sous un angle différent.
Prenant la tête de Sam dans ses mains, il lui dit, tentant de le tenir éveillé, alors que lui-même voulait également sombrer :
« Sammy, écoute-moi, je t'en prie, c'est vital. Je sais ce qui nous arrive, comme si je l'avais toujours su. Nous ne devons pas rêver, Sammy, nous avons dû être transportés dans une réalité différente et il faut juste que nous ayons la volonté de nous en sortir. Regarde…regarde mon canif…il est exactement pareil comme je m'en souvenais. Quand je l'ai retrouvé, je ne me souvenais plus qu'il avait été amoché sur le côté et il ne l'était plus. Là, je m'en souviens et regarde : il est exactement comme s'il venait d'être abîmé. Tu dois m'écouter, Sam ! Nous pouvons sortir de ce monde par notre propre volonté, en le voulant de toutes nos forces.
-Dean, je…murmura Sam, les yeux fermés et sur le point de s'endormir.
-Non, Sammy, reste avec moi, dit Dean, partagé entre son excitation, sa volonté de partir et aussi le calmant qui faisait effet en lui également. Ne pense qu'à notre monde, Sam. Essaie de surmonter cette fatigue et pense à notre monde qu'on aime tant et qu'on voudrait retrouver à tout prix…ne pense plus du tout à celui-ci…pense aux souvenirs aimants de Papa qui nous traînait de motel en motel, à sa mort quand il nous a fait ses adieux sans qu'on le sache, à Bobby, à son affection envers nous mais aussi à son éternelle méfiance, et même à Jess qui t'aimait tant…à tous les démons qu'on chasse…ne pense qu'à ça et au fait qu'on veuille y retourner à tout prix…Sammy… »
Dean n'avait plus la force de parler et ferma les yeux tellement son envie de s'endormir prenait le dessus. Il serra son canif dans sa main en se sentant relié à leur monde par ce petit objet. Sam avait entendu et compris les paroles de son frère et fit ce qu'il lui demandait avec toutes les forces qu'il lui restait encore. Les deux frères, en oubliant totalement le monde dans lequel ils étaient, pensèrent au leur et à tout ce qu'ils y avaient vécu, en bien et en mal, à cette solitude qu'ils éprouvaient chaque jour mais aussi à leur puissante complicité fraternelle qui ne pouvait exister qu'en eux à cause de leurs expériences, complicité qui ne serait jamais si forte pour leurs doubles.
Pensant à leur passé, leurs émotions, leurs expériences comme la mort de Dean et ses conséquences, les deux frères ne se rendirent pas compte que l'espace dans lequel ils étaient avait changé. Ils ressentirent seulement que l'énorme fatigue qui les submergeait s'était considérablement réduite, que le picotement dû à la fléchette ne se faisait plus ressentir et qu'enfin, ils n'avaient plus l'impression d'être sur un sol terreux. Ouvrant les yeux avec précaution et appréhension, craignant un internement sans qu'ils ne s'en soient rendu compte, les deux frères découvrirent alors qu'ils étaient allongés sur un sol cimenté. Ils étaient dans le vieil entrepôt qu'ils avaient tant voulu revoir. Se regardant avec incrédulité et joie, Dean comme Sam n'osèrent imaginer que ça avait marché et qu'ils étaient enfin revenus chez eux. Mais apparemment, tout concordé. L'entrepôt était exactement comme ils l'avaient quitté. Ils étaient dans la pièce principale près de laquelle il y avait le fameux escalier que Dean avait emprunté et à côté, l'obscur couloir que Sam avait pris. Se remettant debout, les deux frères durent prendre sur eux pour ne pas sauter de joie.
« Sammy, tu te rends compte ? On est revenu, on a réussi !
-Non, tu as réussi, c'est grâce à toi…
-Non, Sam, je n'ai fait que donner l'idée, on l'a appliquée tous les deux.
-Ca fait du bien de se sentir chez soi, soupira Sam avec bonheur.
-Oui, mais sortons d'ici, je ne veux pas rester dans cet endroit une minute de plus. J'ai hâte de voir la tête de Bobby quand on lui racontera ce qu'on a vécu, rigola Dean en se dirigeant vers la sortie.
-Oui, tu as raison. Sortons tout de suite, cet entrepôt me donne la nausée. »
Riant tous deux de soulagement, ils ouvrirent la porte qui donnait sur l'extérieur, Dean ayant hâte de retrouver sa chère Metallicar. Mais ils durent réprimer un cri d'horreur quand ils virent le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. Un champ de ruine s'étalait devant eux, une grande partie encore en flammes. Le tonnerre grondait un peu plus loin, des éclairs parcourant le ciel. Des corps humains mutilés, déchiquetés ou brûlés se trouvaient un peu partout, les visages déformés par la souffrance et plein de sang.
Etouffant un sanglot, Sam s'empressa de refermer la porte devant eux pour ne plus avoir cette vision d'horreur digne d'une scène apocalyptique. Parcouru de sueurs froides, Sam regarda son frère qui était resté silencieux et fut surpris de le voir beaucoup plus secoué que lui. Dean était d'une pâleur mortelle, des larmes commençant à poindre dans ses yeux et le visage tellement bouleversé et désespéré que Sam crut qu'il allait s'évanouir.
