Chapitre 13 : Sortie de secours ?

Les deux frères se regardèrent alors avec le même regard aussi bouleversé et anéanti.

« Sam…ne me dis pas qu'on est dans le néant ou dans le vide total, sinon je crois que je vais craquer…

-Dean…je ne peux rien te dire, je ne sais même plus quoi en penser, désolé…

-Tu vois, en temps normal, je dirai à n'importe qui de ne pas regarder le vide en-dessous de lui mais le problème est qu'il y a du vide partout. Si je suis moins tendu, je crains de tomber dans un gouffre sans fin…mais où est-on, bon sang ?finit par crier Dean. Si c'est une bonne farce de notre copain démon, je peux t'assurer que je lui ferai payer très cher !

-Dean, calme-toi…

-Que je me calme, oui, ça, je vais le faire car j'ai même l'impression de manquer d'air… Tu crois qu'il y a de l'oxygène ici ?

-Ne pose pas la question de peur que justement il vienne à manquer, prévint Sam, tout aussi angoissé et cherchant une solution pour s'en sortir.

-Comment fait-on pour tenir debout sans sol ? C'est bizarre tout de même, non ?

-Franchement, Dean, je crois qu'on a dépassé depuis longtemps le stade du bizarre. J'ai renoncé à comprendre…

-A chercher une solution pour nous en sortir, c'est ça ?angoissa Dean, surpris que Sam renonce.

-Franchement, Dean, je crois avoir épuisé toutes les solutions. A part la concentration mentale qu'on a faite en différents endroits, de différentes manières et dans différentes circonstances, je ne vois rien d'autre qu'un beau miracle pour nous tirer d'ici.

-Et si on réessayait de réinventer des choses comme dans le monde démoniaque ? On n'a pas essayé dans le monde idyllique dingo et dans le monde invisible, mais on peut toujours réessayer.

-Si tu veux mais je n'y crois pas trop… A quoi veux-tu penser ?

-A ma voiture !

-Dean !

-Ben quoi, elle me manque tellement ma chérie…

-On a déjà essayé dans le dernier monde, tu dois t'en souvenir et ça n'a pas marché. Une voiture n'est peut-être pas une solution. Vu que ça avait marché dans le monde démoniaque, essayons ces bons vieux matelas, qui au moins, nous servirait pour nous asseoir.

-Ok, soupira Dean. »

Les deux frères se concentrèrent, aussi bien que la dernière fois avec le matelas mais même s'ils redoublaient leurs efforts, aucun matelas ni même de plume apparut. Ils essayèrent différents objets comme le fameux seau que Sam avait déversé sur Dean ou même le canif de Dean qu'il était persuadé avoir créé de toutes pièces et non d'avoir retrouvé. Mais malheureusement rien n'apparut, pas même le hamburger dont Dean avait tant envie. Ils se sentaient épuisés par tant de concentration. Mais dans un dernier effort, ils comprirent d'un seul regard ce qu'ils devaient tenter à tout prix. Fermant les yeux et adoptant une attitude calme, ils tentèrent avec leurs dernières forces mentales, de retourner dans leur monde, de retrouver ce semblant de sécurité qu'ils n'avaient trouvé dans aucun autre et cette familiarité du paysage qu'ils aimaient tant, tout comme leurs amis. Même un autre monde différent aurait fait l'affaire plutôt que ce néant sordide. Rouvrant les yeux, ne pouvant se concentrer plus longtemps, ils ne virent que le néant, encore et toujours autour d'eux.

« Qu'est-ce qu'on va faire, Dean ? On n'a, cette fois-ci, pas un semblant d'espoir. Tout n'est que…vide. C'est le noir total. On peut avancer dans n'importe quelle direction, même si par définition, il n'y a pas de direction, on ne trouvera sûrement que le néant partout. Mais ce faisant, on risque de tomber dans je-ne-sais-quoi. Quelle est la solution ?

-Franchement, je n'en ai aucune idée, Sammy…Je suis aussi perdu que toi. On n'a rien à se raccrocher, même pas un brin d'herbe. Dans ces moments-là, le ciel me manque cruellement. On se sent…

-…inexistant, compléta Sam. Tu crois qu'on va rester ici pour l'éternité ? Va-t-on seulement vieillir dans ce lieu sans nom ?

-Peut-être que le démon s'est trompé quand il nous a changé de monde…

-Que veux-tu dire ?demanda Sam, soudain intéressé.

-Peut-être que cet endroit est une sorte de lieu intermédiaire entre deux mondes, une sorte d'antichambre dans laquelle on est resté bloqué…Eh, oh !cria soudain Dean en regardant vers le haut. Tu nous entends, infect démon répugnant qui se prend pour un dieu ? On est resté coincé ! Il faut nous expédier vite fait en colis express vers la destination suivante !

-Dean ! Tu vas arrêter, enfin ! Même si c'était vrai, je ne pense pas que l'insulter serait le meilleur moyen de nous libérer d'ici.

-Je veux le faire réagir.

-Ah oui ? Eh ben, tu n'as pas trop réussi. Peut-être est-on effectivement dans un lieu intermédiaire mais le tout est de retourner dans notre monde. Et je n'en connais pas la sortie… »

Les deux frères réfléchirent une fois de plus à une solution, sans en trouver. N'en pouvant plus de chercher en vain, Dean scruta l'obscurité autour d'eux pour essayer d'y dénicher quelque chose qui pourrait les aider.

« Qu'est-ce que tu fais ?demanda Sam, intrigué que son frère regarde partout.

-Je regarde en détail notre résidence éternelle… On ne pourrait pas faire quelque chose pour passer le temps ?

-On doit essayer de s'en sortir, Dean, non s'amuser…

-Ca fait des heures qu'on cherche, peut-être même des jours, je n'en sais rien, ma montre ne peut pas marcher ici. On joue à cache-cache ?

-Dean !s'exclama Sam, n'en croyant pas ses oreilles. Tu ne réalises pas la situation ou quoi ?

-L'ennui c'est que si on joue à cache-cache, on ne pourra pas se retrouver dans ce néant. C'est pratique comme cachette mais finir le jeu doit être impossible…à moins de semer des petits cailloux ou des miettes de pains, comme le petit Poucet…ou même des M&Ms, comme je l'avais déjà fait. Mais si on fait ça, ce ne sera plus jouer à cache-cache et puis de toute façon, on n'a ni cailloux, ni miettes et encore moins, malheureusement de M&Ms sur nous… C'est l'horreur !

-T'as fini ?grogna Sam.

-Alors, peut-être, le seul moyen à bord : pierre-papier-ciseaux ?

-La ferme !

-Désolé…j'ai besoin de dédramatiser la situation, je crois que je vais m'effondrer sinon…

-Moi aussi… Mais on doit trouver, Dean, sinon on est définitivement fichu !

-Je sais…Le pire est que, pour la première fois de toute ma vie, je n'ai ni faim ni sommeil.

-Moi non plus. Je me sens totalement vide, comme un esprit pratiquement…Si c'est le cas, on ne s'en sortira pas… »

Sam se tut, totalement découragé pour la première fois. Dean garda le silence, sachant très bien que leur fin serait proche ou éternelle. Il pensa seulement tristement à son corps, resté il ne savait où et qui l'attendait indéfiniment, ne demandant qu'à remarcher, à reprendre un semblant de vie. Pendant qu'il pensait à son corps et à tout ce qu'il avait fait avec, une pensée évidente et tellement intéressante, lui vint à l'esprit. Le teint encore plus pâle que juste avant, il regarda son frère :

« Sam, je crois que j'ai trouvé la solution…

-Quoi ?s'écria Sam, médusé autant que pour cette annonce soudaine et inespérée que par le regard plus que certain de son frère.

-Oui, c'est tellement évident que franchement ça en frise le ridicule…

-Mais vas-y, dis-moi, qu'est-ce que tu attends ?s'impatienta Sam.

-Nous devons demander à nos corps de nous rappeler à eux !sourit Dean. Tu l'as dit toi-même, ils sont dans notre monde, encore en état de marche et nous, on reste idiot à parcourir ces fichus mondes ! Ils doivent eux-mêmes faire le boulot, pas nous qui avons déjà tout essayé !

-Euh…Dean…hésita Sam, en pensant que son frère avait définitivement cette fois, perdu l'esprit, si on peut dire. Nos corps ne sont pas conscients, dit-il en insistant sur le dernier mot. Nos esprits, c'est-à-dire nous ici présents, faisons fonctionner nos corps qui ne sont que de la chair. Nous sommes des âmes détachées de nos corps et sans nous, ils ne peuvent rien faire, ni marcher, ni communiquer et encore moins penser.

-Ne me parle pas comme à un gamin de trois ans ! Je sais de quoi tu parles, merci. Mais notre situation est loin d'être normale, Sam. Nous n'avons pas été détachés de nos corps par un processus ordinaire, comme la mort. Imagine qu'il reste une parcelle de nous, de nos esprits dans nos corps ou encore mieux que nous soyons encore dans nos corps et que nos esprits soient encore à l'intérieur. Imagine que nous ayons vécu toutes ces expériences dans ces trois mondes et presque quatre en comptant celui-ci, en étant resté tout simplement en nous. Rien ne nous a prouvé que nous n'étions plus dans nos corps mais tout nous prouve que nous y serions encore, continua Dean, de plus en plus emballé par sa théorie. Rien que la fatigue est anormale, surtout pour des esprits. As-tu déjà vu un fantôme être fatigué, franchement ? Si vraiment on est encore en relation avec nos corps qui ressentent la fatigue due au démon, nous la ressentons également, comme en temps normal. Pareil pour la faim...J'ai toujours eu faim dans les trois précédents mondes et cite-moi un seul poltergeist affamé de nourriture ! Alors, qu'en dis-tu ?

-Alors…dit lentement Sam en regardant son frère avec un grand sourire impressionné…je dis que tu es un génie !

-Vraiment ?demanda Dean, très flatté d'un tel compliment venant d'un frère si intelligent.

-Oui, c'est franchement…très intelligent d'avoir pensé à ça, avoua Sam, un peu malgré lui, ayant préféré y penser en premier. Et comment fait-on pour demander de l'aide à nos corps ? »

Dean resta alors bouche bée. Il ne savait vraiment pas quoi répondre. Toute sa théorie lui avait paru l'évidence même mais maintenant qu'ils devaient en venir à une solution pratique, il ne savait pas du tout quoi faire. Réfléchissant à toute vitesse, les deux frères pensaient à différentes solutions mais chacune leur semblait si ridicule qu'ils ne la formulaient pas à voix haute.

Enfin, Sam s'exclama.

« Mais oui, bien sûr !! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

-Quoi ?

-C'est en fait toi qui m'a mis sur la voie. Si nos corps fonctionnent encore normalement, ils doivent ressentir beaucoup de choses, comme la fatigue ou la faim.

-Eh oui, et alors ?

-On doit les forcer à leur faire croire qu'ils sont réellement affamés ! Nous devons nous-mêmes nous sentir affamés et faire ressentir à nos corps la peur de mourir de faim. Ca devrait être un stimulus de taille pour les faire réagir et les réveiller, je pense.

-Je te signale que j'ai toujours faim, même en ce moment et que mon corps s'en fiche royalement !

-Mais, Dean, tu n'as pas assez faim, c'est ça le hic !

-Quoi, pas assez faim ? Si tu sentais mon estomac en ce moment, tu ne dirais pas la même chose…enfin mon estomac spirituel…mais est-ce qu'on a un estomac spirituel ?demanda Dean, troublé par cette perspective, provoquant un fou rire de Sam.

-Je ne crois pas mais tu en as l'impression et c'est l'important, finit par dire Sam après avoir ri pendant quelques minutes. Tu dois te concentrer pour te faire ressentir une énorme faim, la plus grande que tu n'aies jamais eue. Pense à de la nourriture que tu aimes particulièrement comme des…

-Merci, mais je connais les plats qui me font envie et saliver…Mais c'est plutôt toi le problème, tu ne vas jamais avoir envie de manger plein de plats comme ça et te sentir mourir de faim, pas avec ton appétit de moineau.

-C'est ça, moque-toi, gargantua…Mais je sais quand même ce qui me ferait envie, alors occupe-toi de ta nourriture et moi de la mienne. Donc, tu as compris, on doit se concentrer au maximum et se faire ressentir au maximum une faim très intense, jusqu'à l'insupportable et faire croire à notre corps qu'on va mourir de faim.

-Oui, j'ai compris, merci, je ne suis pas idiot et n'oublie pas que je suis un expert en cette matière.

-Très bien, dans ce cas, prouve-le ! »

Les deux frères fermèrent les yeux et se concentrèrent alors, chacun de son côté, sur des plats qu'ils aimaient tant.

Dean, bien sûr, se concentra sur des hamburgers, des hot-dogs, des frites, des saucisses bien grasses, des croissants, et plein de pâtisseries qu'il avait adoré et d'autres qu'il rêvait de goûter. Il se concentra aussi sur ces fameux cookies que sa mère lui préparait quand il était petit et dont il sentait encore le goût dans sa bouche parfois. Il se faisait ressentir toute l'envie que tous ces plats lui donnaient et une sensation de malaise inévitable qui pouvait entraîner le pire dans son organisme. Il éprouva alors progressivement une sensation bizarre comme s'il décollait de là où il était et comme s'il se sentait devenir plus réel et matériel.

De son côté, sans qu'il n'ait voulu l'avouer, Sam avait beaucoup plus de mal. Les choses qu'il aimait étaient malheureusement trop peu caloriques et ne fonctionnaient pas comme un stimulus assez puissant. Alors, il s'efforça avec peu d'enthousiasme de penser à toutes ces cochonneries que Dean lui avait fait avaler depuis tant d'années mais il n'y pensait pas avec assez de cœur et d'envie. Malgré tout, il trouva une voie intermédiaire. Il repensa à quelques souvenirs heureux où il avait eu d'excellents goûters avec Dean et à des gâteaux de Jess. Tous ces desserts et gâteaux lui donnaient tant d'envie qu'il se laissa submerger par ces impressions qui le remplissaient de chaleur. Puis il désira les retrouver, en goûter de nouveau la moindre miette. Il fit en sorte de se sentir assez désespéré et de se sentir le ventre vide et d'intenses malaises allant jusqu'à l'évanouissement. Alors il sentit à son tour un changement progressif où il se sentait léger comme une plume mais en même temps beaucoup plus réel.

En fait, Dean et Sam, toujours les yeux fermés pour mieux se concentrer jusqu'au bout, étaient en train de s'envoler vers le haut de ce néant, si espace il y avait. Le néant si obscur laissa place progressivement à un décor familier qui se révéla finalement être l'entrepôt. Mais aucun des deux frères n'y était visible…