Chapitre 15 : Epilogue

Deux semaines avaient passé depuis le réveil de Dean. Le médecin n'avait pu faire autrement que de laisser Sam venir voir son frère tous les jours et presque du matin au soir. Ils étaient inséparables depuis que Dean s'était réveillé et même Bobby s'étonnait de les voir sans arrêt l'un près de l'autre.

Cette expérience avait rapproché les frères encore plus qu'avant. Désormais Dean comme Sam comprenaient beaucoup mieux les peurs, les espoirs de l'autre et les souvenirs mis en commun faisaient en sorte qu'ils n'avaient presque plus de secret l'un pour l'autre. Ils riaient souvent allégrement des épreuves qu'ils avaient endurées et leurs fous rires étaient très fréquents. Sam s'était complètement remis et avait quitté définitivement sa chambre mais non l'hôpital car il restait tous les jours près de Dean. Celui-ci était encore dans son lit mais pouvait tenir assis. Son bras dans le plâtre l'énervait plus qu'autre chose car il avait toujours envie de se gratter, chose bien sûr impossible. Son visage avait repris une teinte presque normale et il n'avait presque plus de douleurs à la tête et au torse. Il souriait presque sans cesse, heureux de s'en être sorti et que Sam aille si bien.

Alors qu'ils se racontaient une énième fois l'épisode du bar où ils avaient joué les fantômes et effrayé les clients, Bobby rentra dans la chambre de Dean et sourit de les voir si joyeux :

« Alors, les garçons, on s'amuse bien ici ?

-Tout va bien, Bobby mais il serait temps que tu nous donnes de plus amples explications, dit Sam.

-Oui, justement, je venais pour ça. Je ne voulais pas vous perturber et faire rechuter Dean en parlant de tout ça.

-Mais, qu'est-ce que tu dis, voyons ?rigola Dean, mi-riant, mi-frustré. Je suis solide comme un roc ! C'est Sammy la mauviette dans l'histoire !

-Hé !s'exclama Sam.

-Allez, arrêtez, sourit Bobby. Alors, commençons par le choix des victimes car sachez que le démon ne s'en est pas prit à vous par hasard. Un autre chasseur aurait pu y aller et en ressortir indemne. Mais vous, il vous connaissait et se faisait apparemment un plaisir de vous avoir comme invités.

-C'est un démon de quoi ?demanda Sam, intrigué.

-C'était un démon des peurs les plus profondes. Son truc était d'enfermer ses victimes dans des sortes de containers frigorifiques. Pour endormir sa victime, il l'éblouissait avec une intense lumière et la plongeait dans une sorte de rêve. Comme vous l'avez compris, l'esprit est emprisonné dans le corps, ce n'est pas un esprit qui se balade. L'esprit croit qu'il est en liberté et vit sa vie normalement jusqu'à ce qu'elle prenne la forme d'un de ses cauchemar. Tout paraît normal au début mais tout déraille ensuite de pire en pire. Les victimes ne vivent souvent qu'un seul rêve et finissent par être tuées dedans. Mais pour vous, il semble que le démon ait voulu faire autrement. Vous auriez dû être libéré quand vous vouliez revenir dans ce monde mais le démon court-circuitait vos efforts en vous faisant vivre vos pires cauchemars, l'un après l'autre. Il pensait que l'un d'eux vous tuerait certainement.

-Pourquoi a-t-on atterri dans ce néant à la fin ? C'était un monde intermédiaire ?demanda Dean.

-Oui et non. C'était bien un espace intermédiaire entre différents mondes cauchemardesques mais il ne savait plus quoi faire de vous et a fini par vous bannir en quelque sorte dans cet endroit pour que vous n'ayez aucune chance de vous en tirer.

- Pourquoi ne pas nous tuer tout simplement ?

-Mais voyons, Sam, dis-toi que tout démon a un but. Celui-là se nourrissait de vos peurs transformées en énergie. En posant simplement la main sur la boîte où vous étiez enfermés, il pouvait se nourrir tranquillement de toutes les angoisses qui vous torturaient. En vous faisant vivre sans arrêt, il avait trouvé une parfaite source de peur car apparemment il n'avait jamais trouvé de personne susceptible de faire autant de cauchemars que vous.

-Et le sommeil qui nous accablait tant ?demanda Sam.

-C'était la conséquence de l'énergie qu'il prenait en vous à travers vos cauchemars. Parfois vous étiez plus fatigués parce qu'il prenait une plus grande dose de votre énergie. Et si vous étiez prêt à appliquer une bonne idée pour vous en sortir, il le sentait immédiatement et y remédiait. Mais l'énergie n'est pas éternelle dans nos corps, même celle provenant de vos peurs et vous vous affaiblissiez de plus en plus à chaque fois, c'est normal.

-Et les autres victimes avant nous ? Tu les as libérées ?demanda soudain Sam.

-Malheureusement, j'y suis repassé peu après et j'ai ouvert les autres containers. Les pauvres étaient morts. Mais la morgue s'est chargée d'eux, sans poser de questions. Ils ont cru que c'était le même criminel qui vous avait enfermé vous deux et ces pauvres gens.

-Le démon choisissait seulement des personnes sans attache et sans famille aimante. Mais pourquoi nous avoir choisis ?réfléchit Sam. C'est vrai qu'on représentait un festin de taille mais nous étions ensemble, Dean et moi, et frères qui plus est. Il aurait dû se douter qu'on se soutiendrait.

-Il a dû penser le contraire. Il pensait sûrement que vous désespéreriez ensemble ou que vous vous accuseriez mutuellement, je ne sais pas.

-Mais Bobby, dit enfin Dean, suspicieux, comment sais-tu autant de choses sur la nature du démon, ses intentions et pourquoi il nous a fait ça ?

-Euh…en fait…je ne vous ai pas dit toute la vérité, les gars, répondit Bobby, très embarrassé. Quand je vous ai libéré, le démon n'est pas mort sur le coup mais il était agonisant. Je l'ai attaché solidement et je suis venu vous libérer. Je suis revenu à l'entrepôt ensuite et je l'ai questionné alors qu'il était prêt à mourir.

-Et il t'a tout raconté, sans broncher ?douta Sam.

-J'ai dû le persuader un peu mais apparemment il n'était pas dans son état normal. Je vous ai dit qu'il est tombé dans le piège dans lequel il voulait me précipiter. C'était la pièce dans laquelle il endormait ses victimes. Lui, ça l'a presque achevé. Mais en même temps, ça l'a rendu bizarrement doux comme un agneau. Quand je le questionnais, il répondait, apparemment sans mentir. Il semblait presque soulagé d'avouer tous ses crimes. Il a donné des détails à foison, parfois un peu crus d'ailleurs. Il était presque content d'avoir réussi à avoir commis ces meurtres dont il s'était délecté, selon lui. Il disait avoir voulu se nourrir de ces victimes mais il voulait leur rendre service également.

-Service ?

-Oui, Dean, service. Il paraissait croire qu'en faisant vivre à ses victimes leurs pires cauchemars, ça les soignerait et les apaiserait pour l'avenir de leur âme. Presque comme une catharsis. Pour lui, c'était utile et thérapeutique. Il était très content du résultat produit sur vous, je peux vous le certifier. Il disait que vous étiez la preuve vivante de sa théorie thérapeutique.

-Et ce maudit escalier que j'ai monté ?réfléchit Dean.

-Il ne m'a rien dit là-dessus car je ne savais pas que ça t'était arrivé mais je pense que ça devait être une sorte de courbure dans l'espace-temps. Ca a dû commencer dès que vous avez franchi la porte du passage secret d'ailleurs. »

Les deux frères et Bobby restèrent ensuite silencieux, méditant et réfléchissant à tous ces détails qui s'emboîtaient.

Comme s'il avait été libéré d'enfin connaître la vérité sur leur épisode avec ce démon, Dean se remit ensuite beaucoup plus rapidement. Une semaine plus tard, il était prêt à sortir de l'hôpital, malgré les protestations des médecins et des infirmières. La police était passée pour les questionner brièvement sur leur agresseur et leur avait promis de tout mettre en œuvre pour le retrouver. Les frères pensèrent avec bonheur qu'heureusement que leurs avis de recherche avaient été annulés deux ans plus tôt, sinon ils auraient eu de graves ennuis.

Dean devait encore garder son plâtre pendant deux semaines, ce qui l'agaçait vraiment car au moment de sa sortie, il eut toutes les peines du monde à s'habiller, son bras complètement recouvert par le plâtre. Sam l'entendit tellement jurer à travers la porte qu'il courut l'aider, en le couvrant de plaisanteries des plus diverses.

En attendant que Dean se remette complètement, Bobby avait réservé deux chambres au motel pour rester à proximité de l'hôpital et parce que, selon lui, il avait des choses à régler dans la région, ce qui était complètement faux. En vérité, Sam et lui avait convenu ensemble qu'il ne serait pas très prudent que Dean fasse une longue route jusqu'au domicile de Bobby, même si le frère aîné se hâterait de prétendre le contraire. De plus, une nuit, alors que Dean dormait à poings fermés, ayant besoin encore de beaucoup de repos, Bobby et Sam allèrent en catimini à l'entrepôt et déposèrent pas mal d'explosifs à l'intérieur et à l'extérieur du bâtiment. Etant un espace désert à des kilomètres, il n'y avait aucun risque de propagations. Ainsi, il n'y avait plus aucun danger pour que quiconque s'aventure en ces lieux et ne s'y perde car la courbure spatio-temporelle du démon pouvait être encore présente, malgré la mort de celui-ci. L'explosion retentit à des kilomètres et les deux chasseurs furent heureux de constater plusieurs jours plus tard, en faisant semblant de passer par hasard devant l'entrepôt, comme des dizaines de personnes, que l'endroit était presque rasé et que plus aucune trace de surnaturel ne subsistait en ce lieu. Sam fit part à Dean de cette heureuse conclusion.

« Je vois, vous faites des choses dans mon dos, maintenant ? J'apprécie vraiment, dit-il, à moitié frustré. Je ne suis pas un invalide tout de même.

-On voulait être sûr de notre coup, c'est tout, répondit Sam. Ne fais pas ta tête de cochon pour ça, ça n'en vaut vraiment pas la peine. Maintenant cette histoire est bien finie pour de bon. On va pouvoir tourner la page définitivement sur cette horrible histoire. »

Mais tourner la page n'était pas vraiment possible désormais. Et ce n'était pas plus mal ainsi.

Quelques jours plus tard, Dean retourna à l'hôpital où son plâtre fut enfin enlevé. Il ne lui restait que quelques cicatrices à peine visibles. Heureux de pouvoir enfin s'en resservir, il se précipita à la sortie pour conduire sa chère voiture qui lui avait tant manquée et qu'il ne put s'empêcher de caresser. Sam avait un sourire béat sur les lèvres, tellement il était heureux de retrouver son frère comme avant. Certaines choses ne changeraient jamais et c'était tant mieux ainsi.

Bobby les quitta peu après, retournant à des affaires urgentes.

Dean et Sam ne retournèrent pas à leur boulot tout de suite. D'un commun accord, ils se prirent enfin des vacances bien méritées. On aurait pu penser que Dean se hâterait d'aller dans les casinos ou sur les plages renommées, rencontrer des filles superbes mais rien de tout ça. Les deux frères surent ce qui leur fallait, ce qui apaiserait leur esprit de tout ce qu'ils avaient enduré dans leurs cauchemars. Ils sentaient l'un et l'autre qu'ils devaient s'accorder un temps de repos bien mérité. Ils louèrent un petit chalet près de la mer, chalet caché par une belle forêt. La mer leur accorda du repos et l'apaisement nécessaire. Depuis leur venue dans ce lieu de méditation, ils n'avaient plus fait aucun cauchemar, seulement des rêves dans lesquels ils voyaient leurs parents heureux et apaisés dans un monde meilleur dans lequel ils les rejoindraient peut-être un jour. La chasse pouvait bien attendre un mois ou deux, après tout.

FIN