Chapitre 1 : Yanael

La sensation était étrange. Elle était allongée sur un sol étrangement mou, et enveloppée d'une matière étrangement douce, la caressant délicatement au moindre de ses mouvements ; la température, sans atteindre le froid glacial des plaines désertiques de Cania, était tout de même bien moins étouffante que la chaleur moite du Cœur de la Furie. En fait, elle aurait pu définir cette sensation comme étant agréable - si elle avait connu la signification de ce terme.

Tous ses sens aux aguets, la jeune fille ouvrit les yeux. La douce lumière qui régnait dans la salle lui permit de prendre connaissance des lieux sans l'agresser pour autant. Elle se trouvait dans une petite pièce de marbre blanc, chichement décorée d'un symbole qu'elle ne connaissait pas, un gantelet droit, paume ouverte vers l'observateur. Le mobilier était tout aussi restreint : outre le lit dans lequel elle était allongée, elle ne pouvait voir qu'une table de nuit, une commode, une chaise et un humain posé dessus.

Ennemi.

Toutes griffes dehors, elle se rua sur sa proie, résolue à la réduire en charpie, mais les draps dans lesquels elle était empêtrée en avaient décidé autrement, et c'est vers le sol qu'elle se précipita. Appliquant l'enseignement qu'elle avait reçu, elle anticipa la douleur pour ne pas être surprise par le choc, tout en sachant parfaitement qu'elle était totalement à la merci de l'humain. Le combat était déjà perdu alors qu'il n'avait pas encore commencé.

Malgré tout, elle fut surprise. Le choc était arrivé plus tôt que prévu, et avait été beaucoup plus doux que ce qu'elle avait estimé : à l'instant où il s'était rendu compte qu'elle allait tomber, l'homme s'était précipité pour la rattraper dans ses bras. Levant vers lui un visage étonné, elle put voir qu'il la regardait avec un air étrange, comme si quelque chose l'inquiétait…

- Ca va ? Tu devrais faire plus attention, tu aurais pu te faire mal…

Ce n'est qu'à c'est instant qu'elle se souvint de ce qui s'était passé la veille. L'homme qui la tenait dans ses bras était celui qui ne l'avait pas tuée, et qui l'avait soignée avant qu'elle ne s'endorme. Comme hébétée par ce souvenir, elle ne répondit pas.

Sans se formaliser de cette absence de réponse, l'humain se redressa dans l'intention de la reposer sur son lit. Devinant ce qu'il allait faire, la fillette referma ses propres bras autour de lui. Sans pouvoir exprimer avec précision ce qu'elle ressentait, elle savait qu'elle se sentait bien dans cette étreinte et qu'elle ne voulait pas qu'elle cesse. Se serrant contre l'homme, elle le supplia sans mots de ne pas la lâcher, de ne pas l'abandonner. Sans comprendre pourquoi, elle savait qu'elle avait besoin de cette chaleur.

L'homme eut d'abord l'air surpris, puis une expression plus complexe remplaça la surprise sur son visage, un mélange de sourire, d'un peu de douceur et de quelques autres sentiments qu'elle ne sut identifier. Accédant à sa demande silencieuse, il s'assit sur le lit, la tenant toujours dans ses bras.

Ils étaient encore dans cette position, sans qu'un seul mot ait été prononcé, quand un jeune homme fit irruption dans la pièce. Découvrant la situation, il rougit, honteux de l'interruption qu'il avait causé. Il se reprit néanmoins, se souvenant de la raison pour laquelle il était là :

- Seigneur Kael, le Grand Prêtre souhaiterait que vous lui accordiez une audience…

- Maintenant ? demanda l'homme après un instant, constatant que le nouveau venu ne semblait pas disposé à partir bien qu'il ait transmis son message.

- Oui, seigneur, confirma celui-ci en appuyant sa réponse d'un hochement de tête. Il vous attend dans son bureau.

Ledit Kael n'avait pas l'air enchanté par cette « requête » du Grand Prêtre, qui n'était rien de plus qu'un ordre poliment déguisé. Il déposa sur le lit la fillette qui le regardait sans comprendre, avant de réaliser que le jeune prêtre s'était adressé à lui en Céleste – et il était peu probable qu'une si jeune combattante de la Guerre de Sang ait pris le temps d'apprendre ce langage.

- Je dois…rencontrer quelqu'un, lui expliqua-t-il en Infernal. Je reviens bientôt. Tu restes ici en attendant, cet homme va s'occuper de toi. Si tu as besoin de quelque chose, demande­lui.

L'enfant acquiesça, fixant le jeune prêtre du regard. Kael se concentra quelques instants, psalmodiant quelques paroles étranges avant de poser sa main sur le front de la fillette.

- Comme ça, vous vous comprendrez, ajouta-t-il en se relevant. Quant à toi, dit-il au jeune homme, je te la confie…

Quand il fut partit, l'enfant détailla plus précisément celui qui devait s'occuper d'elle. Vêtu d'une simple robe de bure, il portait en pendentif le même symbole que celui qui ornait la pièce. En outre, il semblait excessivement nerveux, lui lançant de temps à autres un regard mi­apeuré, mi-dégoûté.

- Ne bouge pas d'ici, finit-il par dire d'un ton peu assuré. Je vais chercher de quoi faire ta toilette et quelques vêtements.

La fillette acquiesça, et le jeune homme partit sans plus de cérémonie. Ce n'est que lorsqu'il revint, chargé de quelques robes et d'un baquet d'eau chaude, qu'elle se rendit compte de la faim qui torturait son ventre – et de l'allure appétissante du novice. Quand, troublé par son regard insistant, il se décida à lui demander si quelque chose n'allait pas, elle répondit simplement :

- J'ai faim.

Dans son bureau, le Grand Prêtre exposait son opinion sur les créatures des Enfers à Kael.

- Ne vous méprenez pas… je comprend votre point de vue, mais vous faites erreur. Un Diable n'est pas semblable à un humain. Il est possible de convertir un homme, aussi mauvais qu'il soit… Il est possible de ramener même un elfe noir du côté du bien… Mais un Diable ! Ces créatures sont l'essence même du Mal, pas simplement des êtres égarés dans les Ténèbres… Ils sont le Mal, et en aucun cas on ne pourra les faire changer du Mal vers le Bien.

- Je ne suis pas d'accord, rétorqua calmement le jeune homme. Vous n'êtes pas sans savoir ce qu'il est advenu de Triel. Si un Ange peut devenir une créature du Mal, alors un Diable peut devenir une créature du Bien.

- Le Seigneur du Neuvième a fait usage d'une magie surpuissante pour faire de Baalzebul l'un des siens… il ne s'agit pas là d'une conversion.

- Triel avait déjà abandonné le Bien quand Asmodeus l'a accueilli. Il se battait pour le combat et la puissance. Le Bien en lui avait déjà disparu, ou au moins en partie. Regardez cette enfant… en une nuit à peine, l'aura de Mal qui l'entoure a commencé à décroître…

- Décroître ?! Etes-vous aveugle à ce point, Seigneur Kael ? Son aura est tellement puissante que je la sens d'ici…

L'homme prit un instant pour se concentrer, et son visage se déforma d'horreur. Le religieux avait raison : une immense aura de Mal se faisait sentir dans tout le temple, provenant de la salle où il avait laissé la fillette. D'un bond, il se leva de son siège et sortit du bureau du Grand Prêtre au pas de course, suivi de près par celui-ci.

Ce bras avait plutôt bon goût ; la chair était tendre, et le sang était parfait. Décidément, l'humain était un plat de luxe. Pas étonnant qu'elle en ait mangé si peu souvent dans les Enfers…Ce n'était pas très commode au niveau des mains – beaucoup d'os, beaucoup de nerfs, mais pas tant de viande que ça. Par contre, les bras…

Deux autres humains entrèrent dans la pièce. Parfait, elle aurait des provisions pour plusieurs jours… elle qui n'avait jamais pu manger à sa faim, elle serait repue, pour une fois. Le premier ne semblait pas beaucoup plus âgé que celui dont elle était en train de s'occuper, sa chair serait probablement de la même qualité ; par contre, l'autre nettement plus vieux, serait probablement plus sec et moins tendre. Bah, il ferait tout de même un bon repas.

Elle se rua sur le plus jeune des deux, bien décidée à en découdre, mais il fut plus rapide. Un seul mot jaillit des lèvres de l'homme, une vague d'énergie divine à l'état pur qui la heurta de plein fouet. Elle s'effondra à terre, inconsciente.

- Comment avez-vous pu être assez fou pour la laisser libre de ses actes, en compagnie d'un novice, et sans même le protéger ! Tuez-la maintenant, avant qu'elle ne se réveille et ne fasse d'autre victime… Tuez-la, et quittez ce temple ! Vous n'êtes plus le bienvenu en ces lieux.

Anéanti, Kael marcha vers la fillette, tirant son épée. Il avait été un fou, et voilà le résultat… Même s'il le ramenait à la vie, ce novice serait probablement traumatisé jusqu'à la fin de ses jours. La Mort était le genre d'expérience que l'on n'oubliait pas facilement…

L'enfant était à ses pieds, affalée par terre dans une posture grotesque, baignant dans le sang du malheureux. Et malgré tout, elle semblait être en train de dormir, de faire un mauvais rêve… L'homme leva son arme, mais ne put se résoudre à ôter la vie de cet être qui semblait si innocent. Alors, il se concentra pour voir le Mal qui émanait d'elle, pour voir sa vraie nature afin de trouver dans cette vision la force et le courage dont il avait besoin.

Quelque chose clochait. Terriblement. L'aura qui émanait de la fillette était désespérément faible, presque évanescente. Alors, d'où venait cette sensation de puissance maléfique écrasante ? Le jeune homme se retourna vers le Grand Prêtre pour lui demander assistance et conseil – et se retrouva face à face avec une jeune femme d'une beauté inhumaine. Aux pieds de celle-ci se trouvait le cadavre égorgé du religieux ; dans sa main, une lame courte encore souillée de son sang.

L'aura émanant de l'assassin était, elle, tout sauf belle. Le Mal et le Chaos, élevés à une puissance considérable, s'entremêlaient dans un tourbillon de folie.

Une succube.

- Eh bien, eh bien… on dirait que je suis démasquée, dit la jeune femme sur un ton nonchalant. Dommage que tu n'aies pas prit le temps de tuer ta petite chérie, je t'aurais bien égorgé au dessus de son cadavre… Bah, tant pis pour l'aspect artistique de la chose, je suppose. Je vais devoir me débrouiller autrement…

- Reste ici ! tonna Kael, invoquant sur la démone les effets d'une Ancre Dimensionnelle qui l'empêcherait de fuir ou de se dissimuler par des effets magiques.

- Mais je n'ai nullement l'intention de partir, rétorqua-t-elle. Vois-tu… le fidèle de Torm qui sauve la misérable petite érynie sur le champ de bataille de la Guerre de Sang, j'ai trouvé ça tellement mignon… Dis, ajouta-t-elle en se débarrassant de la fine toge qui lui faisait office de seul vêtement, tu veux bien me faire un câlin, à moi aussi ? S'il te plait…

Et après tout, pourquoi pas ? C'était demandé si gentiment, et puis, elle était tellement belle… et ce n'était pas comme s'il ne la connaissait pas, après tout. Sans trop savoir comment, il était certain que cette jeune femme était une amie… une amie de plus en plus proche, et qui ne demandait qu'à le connaître plus en … profondeur.

Le baiser lui fit un effet étrange. Il avait l'impression que sa vie était aspirée hors de lui… ce qui était normal, puisqu'il était en train… d'embrasser une succube ?! Reprenant ses esprits, il se dégagea vivement, brandissant à nouveau son épée. La démone reconnut aussitôt l'incantation qu'il prononça. Un Bouclier Mental. Maintenant, il était à l'abri de ses manipulations…

- Tant pis pour toi… moi qui voulait t'offrir la mort la plus agréable dont un humain puisse rêver…

Elle claqua des doigts ; rien ne se passa.

- C'est mieux quand ils répondent à l'appel, ajouta-t-elle d'une voix un peu moins assurée.

Quelque chose lui faucha les jambes ; elle s'effondra à terre. L'instant d'après, sa propre dague lui transperçait le cœur, guidée par la main de l'érynie.

- C'est elle, dit cette dernière en levant des yeux suppliants vers Kael. C'est elle, elle parlait dans ma tête, et je ne pouvais pas résister, et… je ne sais pas ce qui s'est passé… C'est moi qui les ai tué ? demanda-t-elle en désignant les cadavres du novice et du Grand Prêtre.

Kael n'eut pas le temps de répondre : un groupe de prêtres venait de faire irruption, alertés par les incantations, cris et autres bruits de chute. Voyant les visages choqués et muets d'atterrement, il se résolu à expliquer la situation.

- Cette succube, dit-il en désignant le cadavre de la démone, a tué ce novice et le Grand Prêtre, et s'apprêtait à me faire subir le même sort quand cette enfant l'a abattue.

Voyant que personne ne semblait savoir quelle attitude suivre, il ajouta :

- Transportez leurs dépouilles dans la chapelle, je procéderai à leur résurrection. Quand au corps de la succube, détruisez-le. Vous savez comment procéder.

Quand les prêtres furent sortis, le jeune homme prononça à voix basse une courte incantation, avant d'expliquer à la fillette qu'il ne s'était pas tiré tout à fait indemne de sa « rencontre » avec la démone, et qu'il venait de se soigner. Elle acquiesça, avant de lui adresser la parole pour la première fois :

- Vous pouvez ressusciter les gens ?

- Uniquement les originaires de Toril… les dons que m'accorde Torm sont limités, répondit-il avec un faible sourire.

- Alors, vous ne pouvez pas me ressusciter moi ?

- Non, admit-il. Je ne suis pas assez puissant. Mais ne t'en fais pas, ajouta-t-il d'un ton rassurant, personne ici ne veut te tuer.

L'enfant baissa la tête sans rien ajouter ; Kael tenta de détourner la conversation sur un terrain moins délicat.

- Au fait, je suis content de voir que tu sais parler… je commençais à craindre que tu ne sois muette. (Avec un sourire, il ajouta :) Manifestement, non… et tu as une très jolie voix.

- Je sais parler l'Infernal, répondit elle avec un sourire, flattée par le compliment. Et je connais un peu de Démoniaque, aussi… « Meurs », « Soit maudit »… commença­t­elle à énumérer en comptant sur ses doigts.

- Je t'apprendrai le Céleste, l'interrompit Kael. C'est une très belle langue, tu verras.

Se rappelant que les prêtres l'attendaient dans la chapelle, il la prit par la main pour l'entraîner hors de la pièce.

- Viens. Il est temps de ramener à la vie les victimes de la succube.

L'incantation était longue, très longue… Cela faisait déjà quelques minutes qu'elle durait, et elle semblait ne pas avoir de fin. La lumineuse chaleur qui rayonnait depuis le diamant était presque palpable, et avait manifestement parfaitement refermé la plaie du cou du Grand Prêtre.

La fillette se sentait seule. Kael était concentré sur la magie qu'il tissait, et les autres prêtres s'étaient écartés d'elle - certains par peur, d'autres par dégoût. Elle mourrait d'envie de s'enfuir, mais l'humain lui avait demandé de rester avec lui.

Enfin, le sort s'acheva : le Grand Prêtre ouvrit les yeux et inspira profondément. Epuisé par l'effort qu'il venait de fournir, Kael recula jusqu'au niveau de l'enfant et s'appuya contre le mur ; les fidèles de Torm, ne sachant trop quelle attitude convenait à la situation, restèrent immobiles et muets. C'était la première fois qu'ils assistaient à une Résurrection, et ils étaient pour la plupart partagés entre quatre sentiments : admiration à l'égard du Seigneur Kael, qui, bien qu'il ne soit pas un prêtre, réalisait de tels miracles ; gratitude à l'égard de Torm, qui avait confié à l'humain le don de ramener les morts à la Vie et d'accomplir bien d'autres prouesses dignes de louanges ; bonheur de voir leur Grand Prêtre revenir parmi eux… et crainte à l'égard de cette enfant qui restait aux côtés du Seigneur Kael, et dont on murmurait tout bas qu'elle était un rejeton des Enfers.

Le ressuscité se redressa ; un novice se précipita pour l'aider à se relever et le guider jusqu'au siège le plus proche. Le Grand Prêtre le remercia simplement avant de déclarer :

- Laissez-nous seuls, à présent. Le Seigneur Kael et moi avons à parler.

- Reste, dit doucement celui-ci à la fillette, qui s'apprêtait à suivre les prêtres hors de la chapelle.

Celle-ci acquiesça d'un hochement de tête, alors que le religieux demandait d'une voix confuse :

- Que s'est-il passé ?

- Une succube, répondit Kael. Elle a profité de notre inattention pour vous assassiner. Vos prêtres doivent être en train de détruire son cadavre à présent.

- Comment une succube a-t-elle pu pénétrer ce temple sans être repérée ?! tempêta l'autre. Ah, oui… bien sûr, ajouta-t-il avec un regard entendu à la fillette. Elle a du se dissimuler dans son aura, et passer ainsi inaperçue… Un fiélon qui se cache dans l'ombre d'un autre fiélon, quoi de plus naturel ?

Kael retint d'un bras l'enfant avant qu'elle ne se jette à la gorge du religieux, bien décidée à laver cette insulte dans le sang. Comment osait-il la comparer, elle, une fille des Enfers, à une démone, à cette pitoyable manipulatrice qu'elle avait tué avec sa propre dague ?

- Il suffit, déclara le jeune homme d'un ton qui ne tolérait aucune réplique. Grand Prêtre, votre mort est due uniquement à votre manque de vigilance. La présence d'une érynie dans ce temple n'aurait pas dû vous empêcher de détecter cette succube.

- Vous non plus ne l'avez pas détectée, répliqua l'autre d'un ton cinglant.

- Mais j'ai au moins l'honnêteté de reconnaître que cet échec n'est dû qu'à ma propre faiblesse.

- C'en est assez ! Quittez ce temple à l'instant, et n'y revenez plus. Vous avez causé suffisamment de tort ici, je ne veux plus vous revoir.

- A votre guise, Grand Prêtre, répondit Kael d'un ton glacial en prenant la main de la fillette qui ne savait plus où se mettre. Viens, petite, ajouta-t-il à l'intention de celle-ci d'une voix plus douce.

Le duo était arrivé à la sortie de la chapelle quand le jeune homme énonça d'un ton anodin, sans même prendre la peine de se retourner :

- Ah… vous pourrez vous charger de la résurrection du novice ? Je vous ai laissé le diamant nécessaire à l'incantation près de sa dépouille, il ne vous reste plus qu'à réaliser le sort…

Laissant là le Grand Prêtre qui, blême, n'osait pas avouer à celui qu'il venait de chasser de son temple qu'il ne disposait pas de la puissance nécessaire pour ramener les morts à la Vie, Kael et la fillette quittèrent les lieux pour ne plus jamais y revenir.

La plaine était vaste ; le temple n'était déjà plus qu'un petit point loin derrière eux et la ville où Kael comptait passer la nuit n'était pas encore visible à l'horizon, mais il espérait bien l'atteindre avant le crépuscule. Sa monture, un superbe pégase à la robe d'un blanc immaculé, avait accepté sans rechigner la charge supplémentaire que représentait l'érynie, mais ne se sentait pas capable de voler avec deux cavaliers sur le dos, d'autant plus que l'enfant n'avait absolument aucune expérience en termes d'équitation.

- Au fait, dit le jeune homme pour rompre le silence alors que la fillette ne s'y attendait pas, je ne sais toujours pas comment tu t'appelles…

- Comment je m'appelle ? demanda-t-elle sans comprendre.

- Tu dois bien avoir un nom ?

- Un nom ? Seul les Diables importants en ont un…

- Je vois, répondit Kael. Pour Torm, chaque être est important… Chaque habitant de Toril a un nom, ou presque. Il t'en faut un, à toi aussi… puis-je t'en donner un, ou peut-être préfères-tu t'en choisir un toi-même ?

- Donnez-moi un nom, répondit l'enfant en hochant la tête après une seconde d'hésitation.

L'humain réfléchit un instant, puis déclara :

- Yanael. Ce nom te convient-il ?

- Je m'appelle Yanael, énonça la fillette, ravie. Merci, Seigneur Kael !


NdA Et voilà, c'est parti… Les héros ont enfin un nom, un premier ennemi se dresse sur leur route… pour mourir rapidement ;; mais ne vous inquiétez pas, le prochain durera plus longtemps. (Enfin, j'espère pour lui…)

Mais puisqu'il faut bien le faire, voici un petit…

Disclaimer :les choses n'ont pas changées depuis l'intro, je n'ai pas gagné au loto, et je n'ai pas racheté les droits des Royaumes Oubliés. Par contre, Yanael et Kael sont à moi, et rien qu'à moi. Ceci dit, je ne dirai probablement pas non à une demande d'utilisation de l'une ou l'autre, tant que je suis mis au courant…

Quelques petits détails…

- Non, le temple ne se trouve pas dans le Cœur de la Furie, mais bien quelque part dans les Royaumes Oubliés. Donc, il y a eu un changement de plan… Qui a incanté le sort nécessaire ? Devinez…
- Le Gantelet dont il est question dans le deuxième paragraphe et un peu plus loin est le symbole sacré de Torm, la Loyale Fureur, dieu mineur féérunien, patron des Paladins et ennemi inébranlable du Mal et de la corruption. Ce qui ne veut pas dire que Kael est un Paladin (par exemple, les Paladins ne sont pas supposés ressusciter les morts…)
- Triel, jadis un céleste, finit par devenir un des plus puissants Diables qui soient sous le nom de Baalzebul, grâce à un petit coup de pouce d'Asmodeus, le Seigneur du Neuvième Enfer,maitre reconnu (mais pas toujours respecté) de tous les Diables.
- Les érynies sont des diables de forme à peu près humaine, généralement de magnifiques jeunes femmes, dotées d'ailes noires, et la plupart du temps excellentes combattantes à l'épée et à l'arc. On dit parfois que les premières érynies étaient des anges avant d'être déchues et envoyées dans les enfers…
- Les succubes, elles sont des démones aux allures de femme d'une indicible beauté, êtres de désir, de plaisir et de mort. Leur étreinte est certes des plus agréable, mais leur permet d'absorber la vie hors de leur victime… Leurs pouvoirs de manipulation mentale en font (si leur physique parfait ne suffit pas) des séductrices et manipulatrices redoutables, et leur capacité à se téléporter ou se dissimuler dans le plan éthéré en cas de danger les rendent plus dangereuses encore. Leur plus puissant pouvoir est celui de convoquer à leur côtés un Balrog (euh, pardon, un Balor, selon le vocabulaire D&D… c'est la même chose, mais bon ;;), mais ce pouvoir magique ne fonctionne pas systématiquement…
- Ramener les morts à la vie n'est pas chose facile… trois incantations sont spécifiquement destinées à cet usage : dans l'ordre de difficulté, Rappel à la Vie, Résurrection, et Résurrection Suprême. Chacun de ses sorts nécessite une composante matérielle onéreuse, à savoir un diamant d'une très grande valeur (de 5000 à 25000 pièces d'or, selon l'incantation) et a une fonction différente. Rappel à la Vie permet de faire revivre une personne originaire de Toril (en particulier, pas un extérieur, donc pas un diable, donc pas une érynie, donc pas Yanael…) à condition que son corps soit en relativement bon état et qu'elle ne soit pas morte depuis plus de quelques jours. Résurrection permet de ramener à la vie une personne dont il ne reste presque rien, tant qu'elle n'est pas morte depuis trop d'années et qu'il reste au moins quelques cendres de son corps. Là encore, il doit s'agir d'un originaire du plan primaire. Enfin, Résurrection Suprême peut faire revivre une personne morte depuis plusieurs dizaines d'années, quelle que soit son origine et même s'il ne reste plus rien de son corps. Il est à noter qu'aucun de ces sorts ne peut ramener à la vie une personne morte de vieillesse…
- Les Diables et les Démons se vouent une haine infinie et probablement insurmontable, dont la plus évidente caractérisation est le conflit meurtrier qui les oppose depuis des temps immémoriaux, la Guerre de Sang. Evoquer une coalition entre des êtres des deux camps équivaut à se condamner à mort si l'un de leurs représentants vient à en entendre parler… alors, le faire devant l'un d'eux est une erreur impardonnable.

Voilà… bientôt : une magnifique ellipse temporelle, un peu d'entraînement, une quête sacrée, une crypte hantée, et quelques mauvaises rencontres… niéhéhé…