Chapitre 10 : Etrangers

Le soleil se leva enfin, toujours caché derrière les nuages chargés de neige. Dans la grotte, Kael n'avait pas dormi, préoccupé par la situation de Yanael. La drow était toujours plongée en rêverie ; le guerrier décida d'explorer seul les alentours pendant qu'elle se reposait.
Le temps était plus calme que la veille ; la tempête avait temporairement cessé, augmentant considérablement la visibilité. Au loin, une cité infernale semblait surgir de la glace, de larges colonnes de fumée jaillissaient des cheminées des forges pour se mêler aux nuages.
L'elfe noire vint rejoindre le fidèle de Torm à l'extérieur. Désignant la ville, ce dernier lui demanda simplement :
‑ Tu es prête ?
‑ Oui.
Une incantation fut prononcée une fois, puis deux.
‑ Comme ça, ils ne nous chargeront pas à vue sous prétexte que nous sommes dédiés au Bien.

‑ Quel est le motif de votre visite ? demanda le plus imposant des deux diables gardant la porte.
‑ Tourisme.
‑ Et pour quelle raison dissimulez-vous vos auras ?
‑ Parce que je suis un guerrier saint, fidèle d'une divinité bénéfique, venu faire un carnage dans les plans inférieurs… mais ne le répétez pas, il serait gênant que ça se sache, expliqua Kael avec le plus grand sérieux.
‑ Et je suis au service d'une divinité drow rivale de Lolth, venue aux Enfers pour conclure un accord sans précédent avec les armées infernales pour renverser les démons alliés à la Reine Araignée, répliqua l'elfe noire. Enfin, avec les survivants qu'aura laissé ce monsieur, bien sûr.
‑ OK, vous pouvez passer.
‑ Merci… En guise de remerciement, vous serez le dernier à mourir de ma main ici, je ne vous tuerai qu'en sortant, conclut le guerrier en franchissant les portes qui venaient de s'ouvrir pour les laisser passer.

Les deux aventuriers erraient dans les rues de la cité, surpris de ne pas se faire agresser par chaque diable qu'ils croisaient. D'autres créatures hantaient les rues, formes sombres et grises vaguement humanoïdes pour la plupart, ainsi que quelques habitants des divers plans. La quasi-totalité de ceux qui ne se serraient pas autour d'un feu – probablement d'origine surnaturelle, vu le froid intense qui régnait sur les lieux – se contentaient de circuler rapidement d'un bâtiment à un autre. Les quelques exceptions devaient avoir une résistance innée au froid ou, comme l'humain et la drow, s'en être protégés à l'aide d'une incantation.
L'elfe noire désigna soudain quelque chose à son compagnon ; Kael, suivant la direction indiquée du regard, ne vit pas tout de suite la petite créature recroquevillée sur elle-même au fond d'une ruelle, tassée contre une grille d'où sortait un peu de vapeur. La pauvre avait dû chercher là un peu de chaleur, mais elle devait être à présent morte de froid, ou presque. Compatissant, le fidèle de Torm se dirigea vers elle, espérant peut-être qu'il était encore temps de la sauver.
Se penchant sur elle, il put constater qu'il s'agissait d'une érynie, qui ne devait pas être avoir vécu plus de huit années ; ses ailes repliées autour de son corps nu étaient blanches de givre et de neige ; sa peau était bien trop pâle. Son cœur battait encore, lentement. Elle ne se réveilla pas quand le guerrier l'enveloppa dans sa cape, ni quand il la prit dans ses bras avant de retourner vers la drow qui l'attendait à l'entrée de la ruelle.
‑ Pauvre petite, dit l'elfe noire en caressant doucement la joue de l'enfant. Elle est gelée !
‑ Le bâtiment là-bas ressemble à une auberge. On devrait pouvoir l'y réchauffer…

La porte s'ouvrit sur une large salle surchauffée ; quelques regards rageurs se déposant sur ceux qui permettaient au froid de les envahir, les deux aventuriers entrèrent rapidement. L'ambiance était plus calme que l'aurait imaginé la drow : sur une musique endiablée, les créatures les plus belles de différents plans dansaient une danse des plus sensuelles sur certaines tables : ici, une érynie ; là, une kyton ; un peu plus loin, une dryade épousait de son corps un mince poteau de bois qui devait être tout ce qui restait de son arbre ; là-bas, une nymphe tentait de séduire tous ceux qui posaient leurs regards sur elle.
La plupart des clients profitaient de la chaleur des lieux, se restaurant tout en contemplant les beautés que l'auberge avait à offrir. Au fond de la salle, une danseuse n'avait pas eu de chance, et servait maintenant de divertissement charnel à un groupe de barbuzons, soldats à peu près humanoïdes de l'armée infernale. De chaque côté du comptoir, une créature plus qu'imposante, dotée de pinces qui auraient pu trancher en deux Kael et son armure, surveillaient les clients afin que les choses ne dégénèrent pas trop ; le tavernier avait au contraire l'allure frêle d'un elfe, mais les poignards aux lames forgées dans différents métaux disposés un peu partout sur l'armure de cuir qu'il portait n'avait rien à envier aux griffes ou aux crocs des diables les plus dangereux.
Jetant un coup d'œil aux nouveaux venus, il tiqua ; d'un geste, il leur fit signe d'approcher. Une fois que les aventuriers furent à son niveau, il écarta les pans de la cape du guerrier pour détailler l'érynie.
‑ Ceux qui servent Jorud n'ont pas le droit de rentrer ici.
‑ Je ne le sers pas.
‑ Moi non plus, compléta la drow.
‑ Elle oui, expliqua l'elfe, agacé. Elle sort, vous restez si vous voulez.
‑ Le client, c'est moi. Pas elle.
‑ Ah, pardon… Comme vous masquiez votre aura, j'ai cru… je me suis dit… Sans importance. Vous voulez une chambre, ou vous préférez la partager avec tout le monde ?
‑ Une chambre. Et de quoi nous réchauffer… tous les trois. Je n'ai pas envie d'un jouet gelé. Et sans trop d'alcool, qu'elle comprenne ce qui lui arrive.
L'aubergiste posa une clef sur le comptoir ; trois choppes fumantes suivirent.
‑ Combien de temps, la chambre ?
‑ Ca dépendra… on verra bien combien de temps elle me divertit.
‑ Vous avez besoin d'autre chose ? Des accessoires ? Un peu plus de compagnie ?
‑ Pas pour l'instant.

La chambre n'était pas très grande, mais le lit avait l'air confortable ; situé au sous-sol, elle était chauffée à la fois par les murs, le plancher et le plafond. Aucune décoration n'ornait la pièce, et les taches de sang avaient pour la plupart été effacées ; les draps étaient propres, et les meubles, solides, marqués par des griffures en tout genre.
Kael déposa délicatement l'érynie sur le lit. La libérant de sa cape, il s'assit à côté d'elle et posa une main sur son front et l'autre sur son cœur. L'énergie bleutée qu'il concentra se déversa dans le corps de l'enfant, lui apportant chaleur et réconfort. Les yeux rouges s'ouvrirent, perdus, avant de se refermer avec un soupir résigné.
‑ Nous n'allons pas te faire de mal, tu sais… tu n'as rien à craindre.
La fillette rouvrit les yeux ; l'humain avait écarté ses mains, aussi put-elle se redresser. La vue de la drow qui se tenait contre la porte la fit d'instinct se recroqueviller sur elle-même ; l'elfe noire expliqua gentiment :
‑ Je ne suis pas une alliée des démons, et je ne suis pas une sadique adoratrice d'araignées.
L'érynie sembla rassurée, mais ne sut pas pour autant quelle attitude prendre. Elle ne comprenait pas ce que ces aventuriers lui voulaient ; en particulier, pourquoi étaient-ils toujours en armure ?
‑ Pourquoi fais-tu ça ? demanda la drow en céleste, espérant que la diablesse ne la comprenait pas. Tu ne peux rien pour elle… D'accord, aujourd'hui, tu lui sauves la vie, mais ensuite ? Tu comptes l'amener avec nous pour aller chercher Yanael ?
Kael ne répondit pas.
‑ Et après ? Si tu réussis à la ramener sur le plan primaire, qui s'occupera d'elle ? Toi ? Tu pourras te charger de l'éduquer en plus de Yanael ?
Le guerrier lui jeta un regard sombre qui ne l'empêcha pas de poursuivre.
‑ Sans même parler du fait que ça ne changera rien… Si elle était dans cette ruelle, combien d'autres mourront de froid aujourd'hui ? Combien sont obligées de se vendre pour survivre ? Tu ne peux pas changer ce monde, puissant Seigneur Kael… et même si tu le pouvais, nous ne sommes pas là pour ça ! Nous sommes venus chercher Yanael.

‑ Je ne suis pas Yanael, fit une voix timide en infernal.
Les deux aventuriers la regardèrent, surpris ; manifestement, l'enfant ne parlait effectivement pas le céleste, mais elle avait reconnu le nom prononcé trois fois et s'était probablement mépris sur le sens de la diatribe.
‑ Tu n'es pas Yanael, répéta le fidèle de Torm.
‑ Non, avoua la fillette. Mais je peux quand même vous… servir… si vous le désirez, fit-elle, presque suppliante. Elle ne voulait pas retourner dehors, dans le froid mortel qui régnait sur Cania.
‑ Ne t'en fais pas… Je connais Yanael, je savais que tu n'étais pas elle quand je t'ai… récupérée.
‑ Vous la… Oui, bien sur. Tout le monde la connaît. Je l'envie, fit l'érynie, baissant la tête.
‑ Tu l'envies ? répondit l'elfe noire, un peu surprise
‑ Euh… mais tout le monde l'envie, se justifia l'enfant. Elle est belle, elle se bat comme une déesse, un chevalier est apparu pour la protéger sur le champ de bataille, et hier, c'est son seigneur lui-même qui a risqué sa vie pour la sauver, elle a une armure et une épée qui lui permettent de combattre d'égal à égale un balor, et le seigneur Méphistophélès lui-même va en faire un diantrefosse et lui confier un bataillon d'érynies à mener au combat…
‑ En faire un diantrefosse ! s'exclamèrent les deux aventuriers.
‑ Ou…oui, fit l'enfant, intimidée.
‑ Où et quand ?
‑ Ce soir, à Méphistar, au palais.
‑ Et en ce moment, où est-elle ?
‑ Dans le domaine de son maître, peut-être ?
‑ Où est-ce ?
‑ Le grand bâtiment avec la porte rouge, en face du Portail, au centre de la ville… mais…
‑ Allons-y, dit Kael à la drow, ouvrant la porte pour la laisser passer.
‑ Attendez ! S'il vous plait, supplia l'érynie… emmenez-moi avec vous…
‑ C'est trop dangereux, décréta le fidèle de Torm. Tu restes ici.
‑ Ils vont me tuer ! Dès que vous serez sorti, quand le tavernier verra que vous m'avez laissée ici, il viendra jouer avec moi. Et quand il se sera assez amusé, il me donnera à ses clients. Et quand je ne les divertirai plus, ils me tueront.
Kael s'immobilisa, puis sortit de la chambre.
‑ Tu as un maître. Ce… Jorud. Je te ramène chez lui, comme ça le tavernier ne pourra rien te faire.
Tournant le dos à la fillette, le guerrier ne vit pas la détresse qui envahissait son regard. Compatissante, l'elfe noire posa doucement une main sur son épaule.
‑ Ne t'en fais pas… Tout va bien se passer.
Le visage de l'enfant en disait long sur ce qu'elle en pensait.
Elle allait droit à la mort.

Le domaine de Jorud ressemblait extérieurement à un vaste entrepôt, dont les grilles étaient fermées. Après un court instant d'hésitation, l'érynie posa sa main droite sur une plaque d'apparence métallique, déclenchant ainsi l'ouverture, et l'arrivée d'un petit diablotin. Celui-ci lança un regard surprit à la fillette, avant de s'intéresser aux deux autres visiteurs.
‑ Suivez-moi, je vous prie. Mon seigneur va vous recevoir.
La drow interrogea Kael du regard, avant de lui emboîter le pas lorsqu'il pénétra dans la bâtisse, précédé par la créature. Entre eux deux, l'enfant semblait terrorisée.

La salle dans laquelle on les amena devait être un hall de réception, et était décorée avec un mauvais goût certain. Sur les murs, des tapisseries et des tableaux décrivaient avec force détails mille et une façon de torturer des personnes de races diverses, mais toujours de sexe féminin et d'une grande beauté ; du plafond pendaient quelques cages, dont l'une enfermait une jeune fille inerte, d'autres contenant simplement un squelette. Le sol était recouvert d'un tapis écarlate, parsemé ici et là de taches rouge sombre. Enfin, au fond de la salle, un diable aux allures de gargouille siégeait sur son trône, regardant le trio d'un air intéressé.

‑ Ah, les voilà donc, le paladin et la messagère de Vhaeraun dont on parle ici et là… Alors, c'est vous qui m'avez… emprunté cette demoiselle ?
‑ Elle était à mon goût, je l'ai prise. Je n'en ai plus besoin, je vous la rends.
‑ Suis-je sensé vous remercié de me l'avoir ramenée, ou vous demander de me payer pour l'avoir utilisée à votre convenance ?
‑ Ni l'un, ni l'autre. J'ai d'autres affaires plus importantes à traiter, fit Kael en tournant les talons.
‑ Au revoir, alors… répondit le diable alors que le guerrier s'éloignait, suivi de près par la drow. Et toi, poursuivit-il à l'attention d'un diablotin, va rallumer le fourneau. Le combustible est revenu.
Les aventuriers s'arrêtèrent net.
‑ En fin de compte, je crois que tu ne pourras pas négocier avec ceux-là, annonça le fidèle de Torm.
‑ Pourquoi pas ? Tu ne vas tout de même pas les tuer juste parce qu'ils veulent brûler une petite érynie de rien du tout ?
‑ Si.
‑ Bon, attends… Seigneur Jorud, vous serait-il possible d'épargner cette gamine ? Je crois que mon compagnon de route n'apprécie pas le traitement que vous lui réservez, et je préfèrerais que vous restiez en vie… Dans le cas contraire, je ne pourrai pas traiter avec vous, et il me faut rassembler le plus grand nombre de diables possibles pour combattre la Reine Araignée.
‑ Et alors ?
‑ Bon. Si elle n'est qu'un combustible à vos yeux, je peux vous la racheter, au prix du combustible.
‑ Mille pièces d'or.
‑ Mille pièces d'or pour du combustible ?
‑ Ce n'est pas l'usage que vous en ferez.
‑ Ca ira, fit Kael, sortant une gemme d'une de ses bourses, pour la donner à un diablotin alors qu'un autre poussait l'enfant vers lui.
‑ Parfait, conclut le diable. Allez chercher une de ses sœurs, ajouta-t-il à l'attention de ses serviteurs. Elle la remplacera.
Voyant une lueur de rage envahir le regard du guerrier, la drow tenta de le calmer avant qu'il ne soit trop tard.
‑ Ca ne servira à rien, dit-elle en céleste. Tu le sais.
‑ Je peux le tuer.
‑ Ainsi que tous ceux qu'il enverra te combattre ?
‑ Ils sont libres de se révolter.
‑ Penses-tu qu'en Enfer, ils risqueront leur existence pour faire confiance à un paladin – un tueur de diables ! – ou qu'ils préfèreront assurer, au moins temporairement, leur survie en continuant à servir celui qui est leur maître ?
‑ Qui choisirait de servir un tel maître plutôt que de vivre libre ?
‑ Tu oublies où nous sommes, Kael. En Enfer, pas sur Toril. Dehors, il n'y a rien. Pas de liberté. Pas d'espoir. Juste la souffrance et la mort, ou l'asservissement par un autre maître qui ne sera pas meilleur que celui-là.
‑ On ne peut rien faire, c'est ça ? Juste savoir que pour sauver temporairement une fillette, on a condamné une de ses sœurs à mourir d'une mort atroce ?
‑ Rien.
‑ Je peux le tuer. Un autre le remplacera, mais peut-être sera-t-il moins cruel.
‑ Peut être. Peut être pas. Mais pourras-tu te battre contre ceux que tu désires sauver, quand ils s'interposeront pour protéger leur maître ?
‑ Partons, conclut le guerrier après un silence. Cet endroit me donne la nausée.
‑ Déjà ? répondit une voix narquoise, dans un céleste aux accents agressifs. Vous ne voulez pas voir le visage de celle qui va mourir à la place de votre protégée ?

Les deux compagnons se retournèrent vers Jorud, qui leur offrit un sourire sadique avant de désigner une porte qui s'ouvrit pour laisser passer une érynie à peine plus âgée que celle qu'avait sauvé Kael du froid mortel, tirée et poussée par des diablotins qui ricanaient méchamment. La misérable lança un regard désespéré à sa sœur de race et à ses deux protecteurs ; le fidèle de Torm serra les dents.
‑ Pourquoi fait-il ça ? demanda l'elfe noire en drow.
‑ Par cruauté. Et parce qu'il a envie de me voir craquer, parce qu'il a envie que je tente de le tuer. Parce qu'il sait que si je l'attaque, tu te retourneras contre moi pour protéger un allié potentiel, et que seul contre tous, je ne pourrai pas survivre.
La jeune fille fit mine de se satisfaire de cette explication ; contrairement au diable, elle avait remarqué l'autre message que lui adressait Kael, dans le très secret langage des signes drow.
‑ Je vais incanter, lui dit-il silencieusement. Divertis-le un instant, puis tue-le quand je t'en donnerai l'occasion. J'empêcherai les autres d'intervenir.

Jorud fut intrigué quand il vit l'elfe noire se retourner vers lui, puis vers l'érynie, et détailler cette dernière de l'air de quelqu'un qui juge une acquisition potentielle. Il pensait que le prix prohibitif qu'il avait fait payer la précédente aurait suffit pour le décourager ; manifestement, ce n'était pas le cas.
‑ Combien pour celle-ci ? Et combien d'autres en avez-vous ? Après tout, je peux aussi toutes vous les racheter, et m'en faire un bataillon… Cela m'assurera déjà un certain nombre de diables contre les démons au service de Lolth.
Son interlocuteur, concentré sur celle qui lui parlait, ne remarqua pas les infimes mouvements de lèvres et de doigts du fidèle de Torm. Soudain, la drow fila vers lui à une vitesse inhumaine, une lame noire se matérialisant dans chacune de ses mains. Avant qu'il ait le temps de réagir, l'une des épées s'enfonça dans sa gorge pour ressortir par la nuque, le tuant sur le coup. Tous les fiélons présents, les deux érynies exceptées, se ruèrent vers l'assassin de leur maître.
‑ Reculez ! cria Kael, mêlant un peu de la puissance que son dieu lui conférait à son injonction.
‑ Votre seigneur est mort, ajouta la drow alors que les créatures se repliaient. Nous ne sommes plus vos ennemis.
Voyant que son compagnon s'éloignait déjà, elle se hâta de le rejoindre, laissant là les diables désemparés. Les deux érynies lui emboîtèrent le pas ; elle ne trouva rien à leur dire.

Une fois qu'ils furent sortis, Kael se retourna vers elles.
‑ Que voulez-vous ?
‑ Vous suivre. Vous servir.
‑ Si vous me servez, vous devrez combattre et mourir à mes côtés.
‑ Alors nous nous battrons et nous mourrons à vos côtés.
‑ Vous avez des armes ? Des armures ?
‑ A l'intérieur… Nous attendrez-vous ?
‑ Allez-y.
Les deux érynies ne furent pas longues. Quand elles revinrent, toujours nues mais armées d'une épée et d'un arc, Kael leur sourit avant de demander à la plus jeune des deux :
‑ Conduis-moi à la demeure du seigneur de Yanael.
‑ Oui, Maître.

Le diantrefosse quitta la chambre de la jeune fille, souriant. Epuisée par sa réincarnation, ses activités nocturnes, les combats et la blessure qui lui avait causé d'importantes pertes de sang, elle avait fini par succomber à la fatigue, avec la bénédiction de son maître qui la voulait en forme pour la cérémonie.
Se retournant vers la paladine qui se raccrochait à lui tel un marin égaré dans une tempête à un phare lointain, il l'évalua d'un regard inquisiteur. La demi-céleste était vêtue d'un simple drap, désarmée, vulnérable, à sa merci. Un instinct destructeur l'envahit une fraction de seconde, avant qu'il ne se maîtrise.
Elle lui serait beaucoup plus utile vivante, oeuvrant sur Toril pour la gloire des Enfers.
‑ Suis-moi. J'ai quelques présents à t'offrir.
‑ Oui, Maître.


NdA : Peut-être un jour pourrai-je m'en passer… Mais ce jour n'est pas encore arrivé. Voici donc le…

Disclaimer : L'univers des Royaumes Oubliés appartient à Wizards of the Coast, Inc, filiale du groupe Hasbro, Inc ; je ne tire aucun profit matériel de la publication de cette fic, que j'écris sans le consentement des propriétaires de l'univers. Par contre, Yanael, Kael, la drow, Asteria, Vadelia, petite sœur, petit frère, le jeune homme ténébreux, le diantrefosse et les deux érynies, sans parler des personnages secondaires divers et variés comme Alexia, Jorud et autres, sont à moi, rien qu'à moi et à personne d'autre. Donc, pas touche. Enfin, pas sans m'en avertir… Si vous prévenez avant et que c'est pas pour faire une side-fic yaoi entre Kael et le diantrefosse, ça devrait aller.

Ceci étant dit… Quelques explications :

Pourquoi Jorud croit-il que Kael est un paladin et que l'elfe noire sert Vhaeraun ? Simplement parce que ce sont les deux possibilités les plus logiques après ce qu'ils ont annoncé aux portes. En particulier, personne ne s'attend à ce qu'une divinité bénéfique vienne chercher l'aide des diables pour combattre Lolth, donc Vhaeraun, principal rival maléfique de la Reine Araignée, est le choix le plus raisonnable.

Le langage des signes Drow est… le langage des signes des drows. Utilisés non pas par les malentendants mais pour communiquer dans un silence parfait, en particulier par les patrouilles de reconnaissances et les groupes d'assassins au fin fond des profondeurs ténébreuses de l'Outreterre, il est aussi précis que le langage oral, et est en outre excessivement secret : les mortels de la surface le connaissant ne sont qu'une poignée. Pourquoi Kael fait-il partie de ces exceptions ? Tout simplement parce que Qilué le lui a apprit. Après, quand à savoir dans quelles circonstances…

Enfin, Méphistar est la capitale de Cania, la cité de résidence du Seigneur du Huitième, Méphistophélès. Bâtie sur un immense glacier perpétuellement en mouvement, elle passe pour être une forteresse imprenable… Nombreux sont ceux qui ont été emprisonnés dans les glaces qui la soutiennent alors qu'ils tentaient d'en partir à l'assaut.

Vala… Pitit spoiler : le chapitre suivant s'intitule « Affrontements ». Avec, de façon tout à fait prévisible avec un titre pareil, beaucoup de combats à la clef… D'après vous, entre un diantrefosse et un Kael en colère, qui c'est qui gagne ?

La réponse… dans le prochain chapitre.

D'ici là… review, siouplé ?