Chapitre 17 : Dragon de Mort

‑ Comment as-tu fait ça ? demanda Kael, abasourdi. Si rapidement… Je pouvais à peine suivre tes mouvements…
‑ Je l'ai voulu… C'est tout.
‑ Tu l'as… euh… bon. Viens, il nous reste encore quelque chose à faire…
‑ Quoi donc ?
‑ Les liches ont un puissant objet magique dans lequel elles stockent une partie de leur essence vitale, un phylactère. Si on ne le détruit pas, elles peuvent se régénérer à l'abri et réapparaître plus tard, même si leur corps a été entièrement détruit.
‑ Et ça ressemble à quoi, un phylatruc ?
‑ Phylactère. Eh bien, euh… en fait, le nécromancien choisit l'objet qui servira de réceptacle au moment du rituel qui le transforme en mort-vivant, alors…
‑ D'accord… et il est où ?
‑ En fait, il pourrait être n'importe où, même si en général, les liches les gardent à proximité.
‑ Donc on cherche un objet qui peut ressembler à n'importe quoi et qui peut être n'importe où ?
‑ Exactement. Euh… Bon, d'accord. Je vais essayer de le localiser par magie. Je suppose que ce sera au moins aussi efficace qu'une recherche aveugle…

Le fidèle de Torm tenta une première incantation, sans succès ; la deuxième fut plus fructueuse.
‑ Mauvaise nouvelle… il a déjà commencé à se régénérer, au point qu'un simple sort de Localisation me permet de le retrouver.
‑ Où est-il ?
‑ Au sous-sol.

La règle veut qu'au sous-sol d'un temple se trouve une sombre crypte dans laquelle reposent les dépouilles des prêtres défunts, voire des catacombes tortueuses hantées par quelques morts-vivants. Quelques jours plus tôt, le temple de Lathandre appartenait à la première catégorie ; l'arrivée de la liche avait légèrement modifié la situation.
Quand les deux aventuriers ouvrirent les portes de la crypte, une armée de morts-vivants se retourna vers eux. Squelettes, zombies et même quelques goules se précipitèrent vers la chair fraîche qui s'avançait, pour redescendre les marches aussitôt, coupés en deux ou trois morceaux.
‑ J'ai l'impression qu'il y a eu d'autres villages que les deux qu'on a vu…
‑ Je suppose que tu n'as pas un sort de Résurrection Suprême de Groupe a ta disposition ?
‑ Aucun dieu n'accorde ce genre de sort.
‑ Bon, au travail, alors…

Et alors que Yanael descendait les marches pour frapper dans le tas, Kael tissait un des sortilèges favoris des hauts prêtres de Lathandre. Lorsqu'il prononça la dernière syllabe, des dizaines de morts-vivants s'effondrèrent, pour se réduire en cendres l'instant d'après.
‑ Euh…
‑ Quoi ?
‑ Je crois que je vais finir par me mettre à la magie.
‑ Ce n'est pas un des premiers sorts que tu apprendras.
‑ Ah ?
‑ Après quelques mois d'études, tu pourras peut-être faire ce genre de choses…

Laborieusement, le fidèle de Torm incanta ; une flammèche apparut, qu'il projeta – en prenant la peine de viser soigneusement – vers le zombie encore indemne le plus proche. Frénétiquement, celui-ci se roula au sol pour éteindre ses vêtements qui commençaient lentement à s'enflammer, avant de se relever pour charger l'invocateur.
D'un coup d'épée, l'érynie accorda le repos éternel aux deux moitiés du mort-vivant.
‑ Alors, qu'est-ce que tu préfères ? Ton épée, ou un sortilège qui te demandera des mois d'études pour aussi peu d'effets ?
‑ Bon, c'est sûr que vu comme ça…
‑ Bien… dépêchons-nous, à présent… La liche doit toujours être en train de se régénérer.

Les morts-vivants hantant les catacombes ne posèrent aucun problème aux deux aventuriers ; Kael était toujours incapable de les repousser, mais l'armure de lumière de Yanael était une arme redoutable – surtout en conjonction avec quelques sortilèges du fidèle de Torm. Ne laissant derrière eux que des cendres, le couple poursuivait sa recherche du phylactère – sans succès.
‑ Ce nécromancien s'est installé ici depuis peu ; logiquement, il n'a pas eu le temps de se créer une protection magique élaborée. Donc, il doit simplement être à l'abri des méthodes de recherche usuelles… Il devrait rayonner d'une aura de nécromancie, mais des sorts très simples permettent de dissimuler ça… même si je devrais être capable de voir au travers de ce genre d'illusions. Alors, où l'a-t-il caché ?
‑ Kael…
‑ Oui ?
‑ J'ai vraiment très froid…
‑ Si tu t'habillais un peu plus, aussi…

Troublé par le manque de réaction de l'érynie, le guerrier se retourna vers elle, pour la trouver livide, faiblement appuyée contre un mur.
‑ Yanael, ça va ?
‑ C'est rien, il fait juste un peu froid, lui répondit-elle d'un ton qui se voulait rassurant…
…avant de s'effondrer au sol, inconsciente.

Sans prendre le temps de se demander ce qui se passait, le jeune homme incanta en hâte son sort de guérison le plus puissant, qui aurait pu rendre la santé à un ancien dragon blessé à mort, pestiféré, empoisonné, aveugle et sourd. Sa compagne n'était pas dans un état aussi critique, mais il fut tout de même soulagé de la voir rouvrir les yeux.
‑ C'est ce froid…
‑ De l'énergie négative, répondit Kael. Ca draine ta vie lentement. Tout le temple en est inondé depuis tout à l'heure, c'est ça qui m'empêche de repousser les morts vivants.
‑ Inondé ? Saturé, oui… Il a ouvert un Portail vers le Plan de l'Energie Négative, ou quoi ?
Comme frappé d'une révélation, le guerrier incanta un sort qui lui permettrait de s'ouvrir à la Toile.
‑ Une Zone Mortelle Démoniaque… et moi qui croyait que le Livre de Chair avait été détruit…
‑ Qu'est-ce que c'est ?
‑ Un sortilège de nécromancie les plus puissants. Il affaiblit la frontière entre les plans, draine ta vie hors de toi… et redonne cette énergie à celui qui l'a incanté.
‑ Mais il est mort… Ca devrait s'arrêter, non ?
‑ Non, parce que c'est une liche… Il est mort, mais son corps est en train de se recréer grâce à son phylactère. Et c'est à ce nouveau corps que va l'énergie que le sort te vole.
‑ Autrement dit…
‑ Il suffit de suivre l'énergie, et on trouve le phylactère.
‑ Et on fait ça comment ?
‑ Simple… Je vois l'énergie se déplacer grâce à la Toile.
‑ Qu'est-ce qu'on attend, alors ?

Quelques zombies rescapés tentèrent de s'interposer entre les aventuriers et leur cible, mais ils n'avaient aucune chance. Bientôt, Yanael et Kael furent devant le centre de convergence de l'énergie drainée par le sort : un sarcophage qui, d'après la plaque, abritait la dépouille du prêtre de Lathandre qui avait fondé le temple.
‑ C'est là‑dedans, et pourtant, je ne sens rien… Amusant qu'un nécromancien soit aussi doué avec les illusions. C'est rarement leur école favorite…
‑ Logique, puisqu'ils sont nécromanciens, et pas illusionnistes… Bon, d'après toi, c'est piégé ?
‑ Il y a de fortes chances, oui… Mais cette fois-ci, je ne vois pas les sorts qu'il a employés.
‑ Le sort qui était sur les portes… tu sais le lancer ?
‑ Toi qui trouvait qu'une Colonne de Feu était trop puissante…
‑ Oui, mais au moins, c'est efficace. Donc, tu sais le lancer ?
‑ Ah, oui… mais il vaudrait mieux que tu te recules un peu, ça risque de faire des dégâts.

Obéissante, Yanael se mit à couvert derrière l'angle le plus proche ; prêt à tout, Kael incanta le sortilège de Destruction.
Le fidèle de Torm avait parfaitement bien ciblé sa magie : seul le sarcophage fut réduit en poussière.
Du moins, par le sortilège de Destruction.
Huit boules de feu, à peine plus grosses qu'un poing mais d'une puissance dévastatrice, jaillirent des cendres qui n'étaient pas encore retombées au sol pour exploser dans une déflagration simultanée, baignant la pièce d'un feu dévastateur. Dans le couloir, l'érynie vit avec horreur la vague de feu déferler jusqu'à elle ; un bond en arrière lui permit de se mettre hors de portée – de justesse. Et puis, les flammes se retirèrent ; Yanael se précipita à l'intérieur.

La fournaise avait tout détruit, calcinant même les murs qui d'un blanc lumineux étaient devenus aussi noirs que du charbon. Statues, tapisseries, décorations… tout avait disparu.
A trois exceptions près.
Sur le sol, là où se trouvait auparavant le sarcophage, un vague squelette était lentement en train de se recomposer ; au-dessus de lui, au centre exact de la pièce, une gemme aux couleurs changeantes flottait, immobile. Enfin, observant ces deux éléments, Kael, parfaitement indemne et indifférent au désastre qui l'entourait, murmurait les syllabes mystiques d'une incantation.
Arrivant par derrière, l'érynie se précipita vers lui pour le serrer dans ses bras, troublant ainsi sa concentration – mais ça, elle s'en moquait.
‑ Tu es vivant…
‑ J'ai eu de la chance. Ca faisait partie des sorts contre lesquels je m'étais protégé. Avec le grimoire qu'il avait à sa disposition, j'aurais facilement pu mourir – ou pire.
‑ Qu'est-ce que c'était ?
‑ Une Nuée de Météores… Probablement le plus puissant sort existant de l'école d'Evocation. De loin le plus destructeur, en tout cas… Enfin, là, il y en avait deux, pas seulement une. Largement plus que suffisant pour tuer n'importe qui qui ne s'en serait pas protégé.
‑ Je suis contente… que tu ne sois pas blessé.
Un silence.
‑ Merci.

Alors, une voix s'éleva, glaçant sur place les deux amants.
‑ Comme c'est mignon… Allez-y, câlinez-vous, embrassez-vous, soyez heureux l'espace d'un instant… Car après tout, tu le sais, non, Kael ? …que tu n'as pas droit au bonheur, que chaque instant de joie que tu vis sera inévitablement suivi d'une douleur mille fois plus grande, que tous ceux que tu aimes sont voués à la souffrance et à la mort, que seule la destruction complète de ton âme pourrait te délivrer de ta malédiction ?
Lentement, le guerrier se libéra des bras de Yanael pour faire face au nouveau venu, son visage rendu presque méconnaissable par la haine et la colère – pour empirer encore lorsque l'érynie ajouta, reconnaissant l'être ténébreux qui venait de parler :
‑ C'est lui ! C'était lui, dans mon rêve ! C'est lui qui… c'est lui qui m'a tuée…

Le mot de pouvoir que hurla Kael aurait pu anéantir n'importe quelle créature ; l'inconnu se contenta de tendre une main pour contrer le sort d'une seule syllabe, avant de déclarer d'un ton conciliateur :
‑ Allons, si vous lui en laissez le temps, cette liche va drainer toute votre vie pour se reconstituer… Ca ne vous ferait pas plaisir, si ?
‑ Vous ne… ce n'est pas votre allié ? demanda Yanael, surprise.
‑ Oh, si, si… Enfin, si vous le détruisez, ça m'évitera de lui donner ceci, répondit l'inconnu en révélant un livre dont la couverture rappelait furieusement l'aspect de la chair humaine.
‑ Ce livre… Ssussun était supposée le détruire.
‑ A croire que sa voix au conseil n'était pas suffisante. Et puis, elle ne s'appelle plus Ssussun, tu le sais.
‑ Quoi qu'il en soit, il ne devrait pas être en ta possession.
‑ Tu devrais te dépêcher… Il est vraiment puissant, tu sais. Et les quelques pages que je lui ai laissé lire n'ont rien arrangé…

Alors que le guerrier se retournait vers la gemme suspendue dans l'intention de la détruire – ce qui ne devait lui prendre que deux incantations, suivies d'un coup d'épée – l'érynie, qui ne comprenait rien à la situation, demanda simplement à l'inconnu :
‑ Mais vous êtes qui, vous ?
‑ Ah… la fausse bonne question. Quel nom pourrais-je te répondre ? Mal ? Destruction ? Souffrance ? Agonie ? Au fait, ne t'inquiètes pas pour la jeune fille qui a servi de médium pour ton rêve, son âme a rejoint son dieu, et finira par se remettre.
‑ Quoi ?
‑ Bon, bon… Je suis le seigneur Aïyen, serviteur de la Dame de la Nuit, ton bourreau. Au fait, le rêve était agréable ?
‑ C'était mortel.

Le fidèle de Shar fit une petite passe avec ses doigts ; une colonne de feu s'abattit sur lui, laissant l'érynie stupéfaite. Ce qui ne s'arrangea pas quand il déclara le plus calmement du monde, alors que les flammes se dissipèrent pour le révéler, indemne :
‑ Allons, Kael… Tu sais bien que je te connais assez pour savoir que tu n'as pas besoin d'une troisième incantation pour détruire ce phylactère. Brise-le, maintenant que tu as retiré ses protections et que tu as retiré à l'essence l'accès aux plans…
Rageur, le fidèle de Torm tira son épée et fracassa la gemme d'un geste brutal. Mille fragments volèrent dans les airs, dispersant à jamais l'essence éternelle du mort vivant ; le corps en formation se désagrégea aussitôt, retombant en poussière.
‑ Voilà qui est mieux… Maintenant que ce sort est défait, nous allons enfin pouvoir nous amuser. Enfin, je vais pouvoir m'amuser… Pour vous deux, ça risque d'être plus… désagréable…
‑ Me tuer une fois ne vous a pas suffi ? demanda Yanael, énervée.
‑ Ah, je t'arrête tout de suite… Ce n'est pas moi qui t'ai tué. Je me suis contenté de celle dont tu as vécu les derniers instants.
‑ Qui, alors ?
‑ Eh bien… Je doute que vous soyez présentés un jour l'un à l'autre, alors ça n'a pas une grande importance…
‑ Qui ? répéta l'érynie.
‑ Il se fait appeler Kovalis… Bien sur, savoir ça ne te servira à rien. Mais je suppose que je pouvais t'accorder une dernière requête…
‑ …dernière requête ?
‑ Je ne te l'ai pas dit ? Je n'étais pas venu pour ça, à vrai dire, mais puisque vous êtes là, autant en profiter… alors, je vais vous tuer.
‑ Ca, on avait compris, lâcha froidement l'érynie.
‑ Oui, je suppose… Tout comme je suppose qu'il est inutile que je vous assène un long verbiage comme quoi votre fin va être lente et douloureuse, etc., etc.… Vous devez avoir l'habitude, à force…
‑ Effectivement. Par contre, ajouta Yanael, étant d'humeur généreuse, je vous promet une fin rapide… et peut-être sans douleur, si je vise bien.
Et sans prendre la peine d'attendre une réponse, la jeune fille chargea le fidèle de Shar, épée brandie.

‑ Il lui a dit ton nom, petit frère… et tu ne réagis même pas ?
‑ Aucune importance, puisqu'il va la tuer.
‑ Seul contre deux, tu crois qu'il a une chance ? Ce n'est pas à lui que tu as donné ton armure, et elle n'est pas là…
‑ Tu… n'étais pas sensée être au courant de ça, petite sœur…
‑ Qu'est-ce que tu veux… tes laquais manquent de discrétion.
‑ Et toi, tu es trop indiscrète.
‑ Pas tant que ça… Je ne t'ai pas demandé ce que faisait le Livre de Chair entre les mains de ce mortel, par exemple.
‑ Je n'y suis pour rien.
‑ Je n'y crois pas une seule seconde.
‑ Je te rappelle que c'est le Conseil qui en a décidé, et qu'ils ne sont pas au courant de notre existence…
‑ Et je suppose que tu n'as pas l'habitude de manipuler certains de ses membres ? Bah, c'est sans importance. Au fait, ton mortel… Il ne connaît pas mon nom, j'espère ?
‑ Non.
‑ Bien… Ca m'évitera d'aller le tuer moi-même.

Yanael était rapide, mais Aïyen l'était encore plus ; d'une main gantée, il dévia sans difficulté l'épée de l'érynie, et aurait probablement pris avantage de son élan si Kael n'était pas arrivé de l'autre côté pour le trancher en deux de sa propre lame. Le fidèle de Shar para avec aisance, se servant de son livre macabre comme d'un bouclier : l'artefact était indestructible par les moyens ordinaires.
‑ Deux contre un ? Est-ce là votre conception d'un combat à la loyale ?
‑ Et tuer quelqu'un dans son sommeil, c'est loyal ?
‑ D'accord… dans ce cas…

En un claquement de doigts, Aïyen se démultiplia : huit êtres identiques se matérialisèrent simultanément, se mettant aussitôt à « clignoter » pour ajouter à la confusion : en l'espace d'un instant, chaque image miroir disparaissait pour réapparaître un peu plus loin de façon totalement aléatoire. Non seulement il était impossible de distinguer naturellement l'original de ses copies, mais même si l'un ou l'autre des aventuriers parvenait à repérer leur réel adversaire, ils le perdraient de vue aussitôt après.
‑ Alors, quel effet ça fait de perdre l'avantage du nombre ?

Yanael prit une posture défensive et ferma les yeux, tentant de détecter un détail auditif qui lui permettrait de reconnaître son ennemi de ses doubles ; Kael, lui, commença une incantation de Vision Véritable, pour l'interrompre aussitôt, se rendant compte qu'il ne pouvait se permettre de relâcher sa vigilance ne serait-ce qu'une fraction de seconde : les huit Aïyen, sortant une longue épée noire légèrement recourbée, l'attaquaient de toute part sans qu'il puisse convenablement anticiper leurs coups. Seuls un mouvement constant et une vigilance parfaite lui permettaient de parer, esquiver ou bloquer tous les coups qui lui étaient destinés, puisque même si un seul des ennemis était réel, n'importe laquelle des attaques pouvait être portée par la vraie lame – et donc se révéler mortelle.
Alors, l'érynie se rendit compte que les illusions étaient trop parfaites pour qu'elles puissent les distinguer de l'original. Choisissant la simplicité, elle entra dans la danse pour frapper au hasard, ne cherchant pas tant à tuer son adversaire qu'à détruire ses doubles. Sa technique s'avéra efficace : même si les coups qui portaient étaient rares, les illusions touchées disparaissaient une à une. Ainsi libéré d'une partie de ses contraintes, le fidèle de Torm put prendre un instant pour prononcer une brève incantation : les images miroirs cessèrent de se déplacer. Quelques coups d'épée plus tard, il ne restait plus que l'original.
Etrangement, celui-ci se montra plus efficace que lorsqu'il était sous les effets du sort de Clignotement. Contraint de se battre sur la défensive, il se mouvait en permanence pour empêcher les deux aventuriers de le prendre en tenaille, parant avec violence ou esquivant avec grâce, déséquilibrant légèrement chacun de ses ennemis pour se donner plus de temps pour contrer l'offensive de l'autre.
Lassé de ce petit jeu, Kael profita d'une attaque de Yanael pour reculer d'un pas et cracher un mot de pouvoir, dont l'énergie invisible frappa Aïyen de plein fouet, l'envoyant rouler au sol. Profitant de l'occasion, l'érynie tenta d'achever son adversaire, mais celui-ci, plus rapide et plus agile qu'elle ne l'avait estimé, se rétablit promptement et profita de la posture de la jeune fille, penchée en avant et épée basse, pour la toucher à la gorge d'une large frappe circulaire.
Yanael frissonna quand le froid de la lame noire mordit sa chair ; elle sentit l'espace d'un instant sa vie se faire aspirer par l'arme, avant que celle-ci reprenne sa course, entraînant dans son sillage une giclée de sang. Incrédule, l'érynie vacilla, puis tomba…
…dans les bras de Kael, qui déposa aussitôt une main entourée d'une aura bleutée sur la blessure mortelle, endiguant le flot de sang par une vague d'énergie positive qui referma presque aussitôt la plaie pour ne laisser qu'une fine trace blanche.
Mais le fidèle de Shar avait mit à profit cet instant de répit pour incanter un puissant sortilège : les murs se mirent à vibrer, des fissures s'ouvrirent dans le sol et le plafond…
‑ Un tremblement de terre ? demanda la jeune fille à son sauveur.
‑ Adieu, répondit simplement Aïyen avant de disparaître.

Le mage ne s'était téléporté qu'à quelques pas du temple, pour admirer le spectacle. Sa satisfaction fut nettement visible lorsque la terre s'ouvrit pour engouffrer le bâtiment ; quand l'explosion retentit, et que les débris volèrent en tous sens plutôt que d'écraser les deux amants, l'esquisse de sourire disparut de son visage, pour laisser place à la fureur quand Kael se révéla enfin, s'élevant dans les airs en portant Yanael dans ses bras.
Tombant à quatre pattes, il se mit à grandir à une vitesse démentielle ; son corps, mis à nu lorsque ses vêtements se déchirèrent, se couvrit d'écailles noirs qui le protègeraient plus efficacement que n'importe quelle armure ; de ses mains et ses pieds qui se transformaient en pattes jaillirent des griffes plus acérées que des épées, et son visage se déforma en une gueule garnie de crocs entourée de deux cornes légèrement recourbées, plus pointues que des flèches elfiques. Enfin, deux larges ailes de cuir jaillirent de son dos, capables de propulser son corps immense dans les airs à une vitesse fulgurante.
Rugissant de rage, le dragon se rua vers ses proies.


NdA : Bon, ça fait longtemps que je ne l'ai pas fait, alors voilà le…

Disclaimer : Le copyright des Royaumes Oubliés ne m'appartient pas. Bah non, c'est pas avec ma petite paie de prof que je vais pouvoir les acheter. Ceci dit, tous les personnages ou presque (tous sauf Khelben et cie, quoi) sont à moi. Enfin, il n'y en a pas de nouveau dans ce chapitre – juste des noms pour certains que vous connaissiez déjà (et que vous aviez peut être eu le temps d'oublier, depuis le chapitre 7).

Ceci étant dit, ai-je des explications à faire sur ce chapitre ? Non, tout le monde a compris, c'est bon ? Bien, prenez le cahier partie exercice, et commencez par faire le numéro…

Euh, non, désolé, ce n'était pas ce que je voulais dire… déformation professionnelle, pas ma faute. Donc…

Afin de vous rassurer, je ne suis pas de retour juste pour un chapitre ; ma situation s'est relativement stabilisée, et je devrais pouvoir reprendre un rythme d'écriture – et de publication – correct. Un chapitre par an, quoi.

Pour ce qui est du phylactère, Kael a bien expliqué les choses, donc je pense que je ne vais pas en rajouter : disons juste qu'au cours du rituel qui transforme un nécromancien en liche, le mage transfert son énergie vitale (en gros, une partie de son âme) dans un objet de son choix, qui devient ainsi son phylactère. Quand le corps physique de la liche est détruit, le reste de son âme rejoint le phylactère, et une nouvelle enveloppe charnelle commence à se créer ; une fois que celle-ci est prête, l'esprit du mage retourne l'habiter, et les héros peuvent rappliquer pour la détruire à nouveau. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de héros… ou que l'un d'eux, un peu plus malin que la moyenne, se rende compte qu'il y a quelque chose qui cloche, et que c'est la 232435ème fois que ce mort-vivant se fait détruire.

Au sujet de l'apprentissage de la magie maintenant, Kael n'exagère pas, loin de là : pour devenir un magicien (donc un utilisateur de la magie profane qui a appris son art dans des grimoires et auprès de maîtres), il faut passer un temps extrêmement long à pratiquer des apprentissages apparemment stupides et inutiles, qui permettront en suite plus tard de se mettre dans le bon état d'esprit pour tisser un sortilège, pour réaliser les composantes gestuelles excessivement complexes et pour connaître sur le bout des doigts les composantes matérielles nécessaires pour invoquer un sortilège (pour un sort d'Identification, une perle broyée en poudre versée dans un verre de vin ; pour une Boule de Feu, un peu de guano de chauve souris et du souffre ; …)

Enfin, le Livre de Chair est un artefact de nécromancie, un grimoire doté d'une conscience propre et contenant des sorts tous plus ignobles les uns que les autres (« Tiens, si je décidais de mêler les ossements des deux personnes que voilà ? Oh, quel joli résultat… dommage qu'il ne soit pas viable… »). Le défaut de l'ouvrage est qu'il a tendance à volontairement pervertir son possesseur (qui, a priori, n'est déjà pas très gentil s'il veut utiliser les sorts décrits à l'intérieur), jusqu'à en faire quelqu'un de comparable à un démon. En pire. Bref, pas le genre de cadeau à offrir à Yanael, par exemple… On dit que cet objet ne pourrait être détruit que sur la décision d'un conseil de divinités supérieures.

Voilà, j'espère que ça suffira pour les explications… sinon, vous savez quoi faire, le bouton Review n'attend que vous.

Dans le prochain chapitre… la fin de ce combat. Et quelques révélations, aussi…
…ah, le titre sera Dragon de Vie. Pourquoi ? Ca, vous allez devoir attendre un peu pour le savoir… Genre une semaine, par exemple.
Et d'ici là… Review, siouplé ?