« Qu'est-ce que tu lis ? »

Vergil posa son livre (L'art du haïku) avec un soupir d'agacement.

« Quelque chose que tu ne peux pas comprendre. »

« Ah. »

Vergil reprit son livre. Dante s'assit à côté de lui et passa sa tête entre le livre et le visage de son frère.

« C'est quoi ? »

« Un livre sur les haïkus. »

« Tu t'es fait mal ? »

« Quoi ? »

« Tu as dit Aïe. »

« Il s'agit du plus noble art de la poésie japonaise. »

« Oh. Fais voir ? »

Dante posa sa part de pizza et lut à voix haute.

« Kono aki wa

Nande toshiyoru

Kumo ni tori

? »

« La traduction est en dessous. »

« Ah…

Cet automne-ci
Pourquoi donc dois-je vieillir ?
Oiseau dans les nuages

…J'ai pas beaucoup mieux compris. »

« Il s'agit de poésie zen. Court et contemplatif... Je m'essaye moi-même à la poésie, mais sans parvenir à la perfection nécessaire. »

« Ah, ok. Attends… Tu écris de la poésie ? »

« Pour l'instant, je me contente d'étudier les œuvres les plus célèbres. Je te montrerai ça à l'occasion. Tu peux garder le livre si tu veux. Peut-être que ça pourra améliorer ta tenue. »

« Quel rapport avec mes vêtements ? »

« Ta tenue, la façon dont tu te comportes ! »

« Ca va, ne t'énerve pas… »

Vergil rentra tard le soir. Il était tombé sur des démons alors qu'il avait juste envie de se coucher tôt. La journée avait été longue et…

Il s'arrêta au seuil du salon. Dante était vautré dans le canapé, un carton de pizza à moitié vide sur la table devant lui. Vergil entra dans le salon, un sourire aux lèvres. Il pensa au poème la Charogne de Beaudelaire.

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Cette belle soirée d'été si douce :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Parmi les taches de pamplemousse,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Content et suant l'ananas,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Sa bouche pleine de pizza.

L'halogène rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le plafond regardait le carton en pleurs

Comme une fleur se flétrir.

La puanteur était si forte, que sur l'heure

Vous crûtes vous évanouir.

(Parce ce qu'en plus Dante avait commandé sa traditionnelle et abominable pizza quadruple garniture crevettes-ananas-potiron-anchois.)

Soudain une inscription manuscrite sur le carton de pizza attira son attention. C'était l'écriture de Dante.

Mozza sur pizza

Le demi-démon s'approche

Silence estival.