« Et voilà mon fils, une activité… d'éveil, comme ta maman me l'a tant réclamé ! »
Dante ouvrit le coffret de cubes et le vida dans le parc. Sparda-Dité considéra avec d'autant plus de circonspection les objets que son père les lui avait lancés dessus.
« Je suis d'accord avec toi : ça craint ! Mais elle m'a passé un de ces savons ! Comme quoi la télé ça n'apprend rien aux bébés, et que les pizzas c'est pas bon pour toi… »
« Bibah, dit Sparda-Dité en hochant gravement sa petite tête. »
« Oui, pizza. Et ben… a plus pizza ! Maman a dit non, fini ! »
« A bu biba ? »
« Et ben non. »
« Dababibeuh ! »
« En quelque sorte… Bref, je t'ai acheté des cubes pour que tu montres à ta mère que tu n'as pas besoin de plus de jouets d'éveil que ça ! Alors concentre-toi et fais un truc génial avec ! »
Sparda-Dité saisit un cube et entreprit de se l'encastrer dans le front.
« Non ! Pas ça ! Attends, je te montre… »
« Dante ? »
« Oh, Vergil ! »
Dante lâcha précipitamment les cubes et se releva.
« Tu… redécouvrais les joies simples de ton enfance ? »
« Mais non pas du tout ! Je montrais à Sparda-Dité comment on jouait aux cubes. »
« Un enfant bien éveillé est capable de trouver tout seul. »
« Mais qu'est-ce que vous avez tous avec ce mot ! Il dort pas debout non plus ! »
« Certes, mais il a l'air beaucoup moins intelligent que… que mon fils, par exemple. »
Vergil posa Néro dans le parc. Les deux bébés se jetèrent l'un sur l'autre en piaillant.
« Ah oui ? Et qu'est-ce que ton… monstre de foire sait faire ? »
« Battre ton avorton de rejeton. »
« Quoi ? Nero ! Lâche-le ! »
Dante enleva Nero du dos de Sparda-Dité et retira les cubes qu'il avait enfoncés dans la bouche de son cousin.
«C'est bizarre quand même que ce soit toujours ton fils qui gagne… Bon, écoutez les nains, vous voulez vous battre ? »
« BABAGUEUH !, répondirent les cousins en cœur »
« Bien, alors prenez chacun la moitié de ces cubes et impressionnez-nous ! »
Dante et Vergil prirent une chaise et s'assirent face au parc.
Après une demi-heure, Dante s'était enfoncé de cinq bons centimètres dans sa chaise.
« Je crois que nous sommes fixés, dit Vergil en se levant et en prenant Nero dans ses bras. C'est très beau, mon fils. »
Néro avait réussi à ériger une copie, certes quelque peu pixellisée, de la Vénus de Milo. Pendant ce temps, Sparda-Dité suçait méticuleusement le coin de chacun de ses cubes, visiblement peu intéressé par le monde extérieur.
« Mais qu'est-ce qu'il a, demanda Dante ? »
« Il faut croire que l'imbécillité est congénitale, dit Vergil en lui tapotant l'épaule. »
« HE ! On a le même père ! »
« Non, rappelle-toi, j'ai été adopté. »
« C'est bien que quand ça t'arrange ! »
« En tout cas, le débat est clos. Ton fils est un abruti, vraisemblablement congénital. Je ne souhaite plus que mon fils ne le fréquente. Peut-être est-ce contagieux… »
Vergil partit, Nero contre lui. Le bébé fit une grimace à Dante avant que Vergil ne referme la porte sur eux.
« Tu n'es pas un abruti, l'écoute pas. »
Sparda-Dité sembla ne pas entendre son père, très concentré sur son suçage de cube.
« Ta mère va me tuer… Je dois avouer que Vergil n'a pas complètement tort… »
Il partit, l'air abattu.
Dité entra dans la pièce. Il fut surpris de trouver un bébé dans le parc, plongé dans une intense concentration.
« Que fais-tu ? »
Il se pencha pour voir qu'avec le coin mouillé de son cube, Sparda-Dité apportait la dernière touche à une version bien plus vivante que l'original de « Sous la Vague » d'Hokusai.
« Et bien, on dirait que tu es un petit génie, toi. »
« Dada ? »
« Tu penses qu'on doit aller chercher ton père ? »
Ils se regardèrent un instant en silence.
« Nooooon, dirent-ils en chœur. »
Dité effaça du mieux qu'il put son sourire lorsqu'un Dante écroulé passa devant le salon sans oser lever la tête.
« Ah, la famille, lui lança-t-il. »
