Hello tout le monde !
Voici le chapitre deux de cette histoire. =) Plus long que le premier, pas mal de réflexions... J'ai essayé de l'aérer un peu plus pour préserver les beaux yeux de Laemia mais pas sûre que ce soit assez, donc au pire, suffit de me dire ! xD (Et sinon je peux tout foutre en interligne 2. *sort*)
Sur ce, je vous laisse à la lecture... Je pense qu'on pourrait rajouter "Humour" dans les genres finalement. =O Enfin bref. ^^ Merci d'être là ! x3
Chapitre 2 : Et toi, quel âge as-tu ?
« Ne m'arrache jamais au monde des rêves. »
Vanitas ouvrit brusquement les yeux et s'assit en un sursaut, la respiration haletante. Il avait encore en tête le vague souvenir d'un rêve aux allures cauchemardesques, d'un songe où cette gamine blonde – qu'il ne connaissait d'ailleurs pas, que ce fût d'Eve ou d'Adam – avait enchaîné face à lui des phrases sans rapport aucun les unes avec les autres. Stéréotypées, elles lui avaient semblé d'ores et déjà écrites ; et le ton de l'enfant, neutre, s'était associé au visage sans expression de cette dernière pour lui prouver qu'elle n'avait fait que réciter un texte appris par cœur. Drôle de gosse, songea-t-il en portant sa main à ses yeux pour dégager de ses paupières les poussières qui s'y étaient accumulées durant son sommeil. Drôle de situation, aussi, que la sienne ; il ne savait ni où, ni quand, ni comment il avait pu s'endormir – son dernier souvenir devait bien être l'étrange livre que lisait Ventus à la bibliothèque quelques instants seulement – du moins en avait-il l'impression – auparavant. Peu importait cependant, décida-t-il en ouvrant calmement ses yeux énergiquement frottés, qu'il ait ou non véritablement dormi : le fait était qu'il ne se trouvait plus dans la bibliothèque et que Ven n'était plus à ses côtés.
Seule devant lui s'étendait une masse impressionnante d'arbres de tout genre, dont les positions diverses et épars formaient un ensemble que l'on aurait pu appeler « forêt ». L'herbe sous ses doigts, cette matière fraîche presque humide qu'il sentait contre ses paumes grâce auxquelles il avait pris appui sur le sol, lui apparut fort verte lorsqu'il y déposa un regard surpris ; trop colorée même pour paraître un tant soit peu réaliste, jugea-t-il avec étonnement. Mais à vrai dire, ce n'étaient pas ces deux éléments qui l'inquiétaient le plus, non ; ses jambes étendues devant lui paraissaient bien courtes, trop courtes par rapport à celles qu'il avait pour habitude de voir régulièrement. Ses doigts eux aussi, qu'il avait aperçus en fouillant du regard l'herbe de cette forêt idéalisée, avaient l'air bien plus petits que les longs index et majeurs qu'il glissait d'ordinaire sur les couvertures souples de ces livres qu'il avait pour tâche de ranger – et, quand il fit enfin l'effort de se lever, il comprit en un instant, comme frappé de l'éclair mortel de l'inspiration, quelle était donc cette étrange manigance dont il était victime.
Ses petits pieds nus peinèrent tout d'abord à soutenir son poids ; il chancela, l'air hagard, avant de pouvoir s'appuyer au tronc d'un arbre et tenter de prendre en considération l'espèce de rétrécissement dont il avait dû faire l'objet ; car non, il ne rêvait pas, son corps avait bel et bien perdu, en un seul minuscule rêve, une bonne dizaine d'années. Il se retrouvait donc, jeune adulte, coincé au cœur de cette apparence d'enfant de six ou sept ans au maximum – avec en tout et pour tout, seul alliée dans sa terrible quête, une salopette en jeans qui arrivait à ses chevilles et dont les bretelles menaçaient de glisser sur ses minces épaules, le long de ses avant-bras dénudés. Il lui fallut alors quelques minutes, durant lesquelles il porta sa main à son front – histoire de vérifier qu'une hypothétique fièvre ne le fît pas délirer ainsi – et tâcha de respirer lentement, calmement, avec régularité, pour accepter, en partie du moins, cette nouvelle épreuve qui s'offrait à lui. Il était donc redevenu un enfant, se dit-il, inspirant et expirant au rythme de sa réflexion. Sans même chercher à se poser la question du pourquoi – et encore moins celle du comment –, il chercha brièvement des yeux un élément de décor pouvant se rapprocher de la tignasse blonde en bataille des cheveux de son collège ; après tout, puisque Ven était la dernière personne dont il se souvenait, sûrement les deux garçons se trouvaient-ils ensemble au moment où avait débuté ce « rêve » plus qu'étrange. Alors pourquoi le blond n'aurait-il pas été, lui aussi, transporté dans cet étrange univers ?
Vanitas se convainquit qu'en toute logique, Ventus aurait dû suivre le même chemin que lui ; or, il omit de prendre en compte le fait que les rêves ou cauchemars, comme celui qu'il lui semblait vivre, n'avaient jamais pour but final celui d'être logiques. Ainsi, ses larges yeux dorés eurent beau courir les cimes à la recherche désespérée de la silhouette si familière d'un garçon qu'il côtoyait depuis des années, ils ne ramenèrent au chasseur qui les envoyait que des informations qu'il jugea inutiles et oublia aussitôt. Pas de stagiaire à l'horizon, réfléchit-il en soupirant, pas d'autre animal non plus qu'un faible lapin qu'il avait vu sautiller en direction d'un buisson ; personne ne saurait décidément le renseigner sur l'endroit où il se trouvait. Eh bien, soit ! Songea-t-il, légèrement agacé par la perspective de devoir explorer seul ce lieu où fleurissaient probablement les fées des forêts, les gentils lutins ou toutes autres créatures rocambolesques. Il partirait, il s'en irait explorer cette forêt sans l'aide de personne – de toute manière, pensa-t-il, rageur, il avait toujours appris à se débrouiller seul et avait toujours mis en pratique ce même apprentissage. S'il retrouvait Ventus, tant mieux ; mais quoiqu'il en fût, sa première priorité restait celle de quitter au plus vite ce monde étrange, à mi-chemin entre le rêve et l'utopie.
Confiant bien que dépaysé, le jeune homme devenu garçonnet envisagea d'un regard méthodique son entourage ; ses yeux voguèrent sur la verdure jusqu'à distinguer une clairière entre les arbres, à quelques dizaines de mètres de là. Aucun chemin ne saurait accueillir ses pas, mais au moins cet endroit aux allures reposantes aurait-il le mérite de détendre ses muscles contractés par les émotions qu'avait provoquées son cauchemar et la découverte de son « nouveau » corps. Aussi, il se dirigea sans détour vers ce qu'il imaginait devenir bientôt son havre de paix – ce n'était pas que la rosée sur l'herbe fraîche le dérangeait réellement, mais simplement qu'à tout prendre, il préférait ressentir sous la plante de ses pieds la douceur de brindilles fraîches, mais dépourvues de toute humidité –, calmement, sans se presser. Il se prit même à enfourner dans les poches de son vêtement ses deux petites mains ; et comme la brise légère s'avéra agréable lorsqu'il exposa enfin son pâle visage aux quelques rayons d'un soleil radieux se faufilant entre les arbres ! S'il n'avait pas été doté de cette apparence enfantine au lieu de son séduisant physique d'adulte, songea-t-il, et si sa conscience ne lui avait pas dicté d'essayer de retrouver Ventus, sans aucun doute se serait-il volontiers allongé là, à l'ombre d'un feuillu ou d'un conifère. Cependant, il le savait bien, les deux lettres « si » pouvait permettre, par le pouvoir de l'hypothèse, d'insérer une ville entière dans une bouteille de verre ou de reconstruire, de rebâtir, bâtiment après bâtiment, une fort célèbre cité antique ; or, « si » n'était en soi qu'un mot, un simple mot dont la force réelle n'était autre que celle de permettre à ceux qui savaient le manier de faire comprendre le fond de leurs pensées aux autres.
C'est pourquoi il ne s'attarda point dans la clairière dont il négligea les coins d'ombre légère pourtant si attirants, et préféra continuer d'observer les environs. Il soupira ; pas la moindre trace d'un certain blond dont il n'était même pas sûr de la présence en ce lieu à la fois féerique et morne de par la répétition à l'infini de ces arbres à la forme idéalisée. Sans la moindre motivation, il appela une ou deux fois le prénom de son ami, mais seul un écho trop distinct pour être réel répondit à sa voix, efféminée par l'âge de son corps. Un nouveau soupir, mêlé d'agacement et de désespoir, puis il guida ses pas fermes dans la direction qui lui parut la plus adéquate – à savoir, droit devant lui. Peu lui importait, à vrai dire, d'arriver à un endroit précis ; la logique voulait qu'en continuant ainsi tout droit, il finît bien par s'extirper de ce labyrinthe d'arbres tous pareils où on l'avait enfourné. Il s'avança donc, mains toujours dans les poches, yeux rivés plus sur le peu de ciel qu'il apercevait que sur les sapins dont il ne connaissait pas les noms scientifiques.
Soudain, cependant, un détail attira son attention ; un bref gémissement tout droit venu de sa droite rencontra son tympan et titilla, de par son timbre, la curiosité du jeune homme. Evidemment, il se tourna aussitôt, pour découvrir plus loin dans la forêt, l'air hagard, ce même Ventus qu'il avait cherché de longues minutes durant. Amusé par l'expression éperdue de son camarade, il ne put retenir un léger sourire et bifurqua pour le rejoindre sereinement. Il s'apprêta à le saluer d'une main, mais resta interloqué sitôt qu'il put l'apercevoir d'assez près pour détailler toute son apparence ; ah ouais, quand même, se dit-il. Six ou sept ans physiquement, des petits souliers noirs vernis mais usés, une chemise blanche un peu froissée et salie par endroits, un short noir dont les bretelles remontées prenaient appui sur les fines épaules du blond et des genoux éraflés constituaient la tenue d'un Ven visiblement complètement paumé.
- Ven ? S'étonna Vanitas en approchant de son ami. Mais qu'est-ce que...
Le blond sursauta et se tourna immédiatement dans sa direction, l'air étonné. Il passa un poing refermé sur ses paupières qu'il frotta énergiquement ; peut-être pour retirer de ses yeux les sables et poussières qui s'y étaient accumulés, songea son ami, se rappelant sa propre expérience de ce sommeil dont il n'avait pas souvenir. Il espérait juste, à vrai dire, que comme lui, Ventus avait conservé son esprit d'adulte et ses facultés de réflexion habituelles – cohabiter avec un enfant pleurnichard ne l'enchanterait guère et il finirait par s'en lasser – et qu'il se souvenait, lui aussi, d'avoir ouvert le recueil de contes dans la bibliothèque de leur village. Il voulut donc poser cette même question à son ami, mais celui-ci le devança ; il accourut dans sa direction, l'air paniqué, pila devant lui et resserra les poings, comme victime d'un véritable automatisme enfantin. Cela n'avait rien de rassurant, se dit l'aîné des deux garçons. Une seule année les séparait et Vanitas, profitant de ses dix-huit ans, avait toujours ri du comportement parfois « gamin » de son ami ; cependant, il fallait cette fois-ci que son cadet ait bel et bien conscience d'être, physiquement du moins, un adulte ou presque, sans quoi leur sortie de cet endroit plus qu'étrange ne leur serait de loin pas assurée – et en cet instant-même, le comportement de l'adolescent trahissait un côté puéril bien plus important qu'à l'accoutumée. Notamment, le plus âgé put repérer autour de ses grands yeux bleus pétillants, rassurés, des marques rougies et répétées qui l'intriguèrent aussitôt ; en fin de compte, les frottements sur ses paupières étaient-ils vraiment le résultat d'un endormissement inattendu ?
- Attends..., continua-t-il. T'as pleuré ?
Ventus fit la moue et croisa les bras pour soupirer doucement, presque désespéré, tandis que son camarade le regardait sans comprendre. Quelle était donc cette attitude de véritable gamin ? Et surtout, pourquoi le blond s'en était-il soudain retrouvé doté ? Sans qu'il n'en saisît la raison, l'adulte des deux – enfin, celui qui l'avait été en apparence – se sentit profondément agacé par ces mimiques répétées et toisa du regard son ami, dans l'attente d'une réponse. C'était étrange, tout de même, répéta-t-il mentalement ; il avait certes toujours été impatient, mais pas à ce point-là, ou du moins en avait-il l'impression.
- Oui, lâcha Ven, atterré, j'ai pleuré... Mais je sais pas du tout pourquoi. Depuis que je suis là, j'agis comme... Comme un enfant.
Comme un enfant ? Son ami examina le blond de la tête aux pieds et des pieds à la tête, à la recherche d'un moindre signe, d'une amulette ou d'un élément de vêtement qui aurait pu dicter sa conduite, avant de se reprendre brusquement. Interloqué, il inspira, expira ; comment pouvait-il, lui, Vanitas, songer ne fût-ce qu'un instant à rechercher en guise de preuve un élément aussi futile qu'une amulette ? Agacé de ses propres réflexions, il secoua violemment la tête et tâcha de reprendre complètement ses esprits, de retrouver le mental du garçon à peine majeur qu'il espérait être resté. Attrapant instinctivement la main de son camarade – sans se douter qu'une fois de plus il commettait un acte enfantin, mais Ven de toute manière n'en tint pas réellement compte –, il l'attira de toute la force de ses petits bras dans une direction au hasard.
- Faut qu'on parte d'ici, déclara-t-il, décidé.
Le blond ne broncha pas et se laissa entraîner, prenant garde à ne pas griffer ses minces jambes nues à d'éventuelles épines – quelque chose lui disait que cette forêt-ci ne comportait aucune ronce, néanmoins son côté prudent qu'il avait fort heureusement conservé le poussait à faire attention aux endroits précis où il posait ses petits pieds. Cela lui procurait une sensation étrange, que de porter un regard sur ces deux pieds, emmitouflés dans leur chaussure, si petits qu'il peinait à les croire réellement siens. Il n'avait gardé, en fait, que très peu de souvenirs de son enfance, et sûrement de nombreuses personnes étaient-elles dans son cas ; à vrai dire, seuls les contes lui étaient véritablement restés en mémoire, le fait qu'il les ait lus et relus n'étant certainement pas étranger à cette vérité. Ce qui le dérangeait par conséquent, dans cette situation qu'il partageait avec son collègue, était celui qu'il ne parvenait pas, bien qu'il cherchât activement dans ses mémoires, à comprendre quel conte ou fable ils traversaient. Oh, certes, ce n'était pas forcément un conte ou une fable, réalisa-t-il ; mais quelque chose, au fond de lui, lui inspirait cette pensée.
Certainement influencé par sa dernière vision – il avait le souvenir de s'être comme évanoui en lisant ce gros recueil de contes et de fables qu'il aimait tant –, le fait que son ami et lui se trouvent plongés au cœur d'un conte – ou d'une fable, évidemment – lui apparaissait comme logique. De même, cette phrase qu'il avait entendue, qu'une voix féminine avait prononcée avant qu'il n'ouvre brusquement les yeux sur la cime des arbres, l'intriguait et lui laissait croire qu'en réalité, tout ce sur quoi il pouvait porter un regard étonné ou admiratif n'était que songe ; inventés par l'esprit d'un conteur ou d'un enfant fatigué, ces décors trop réguliers, trop parfaits n'avaient en aucun cas la moindre chance de s'avérer être ceux d'un monde terrestre, humain. Cette phrase, celle de la fille aux cheveux blonds peut-être, celle de cette enfant dont il ne se rappelait que la silhouette dans la lumière, l'aiguillerait certainement sur la voie de la compréhension.
- Ne m'arrache jamais au monde des rêves..., murmura-t-il, pensif, se remémorant cette dernière.
Lorsque les mots de son ami, portés par la légère brise qui se faufilait discrètement entre les pins, vinrent caresser le lobe de son oreille, s'y infiltrèrent et arrivèrent à son tympan, Vanitas s'arrêta net. Il pila, relâcha Ventus, se retourna, écarquilla les yeux. L'observa, réfléchit, retraça la formulation de sa phrase dans son exactitude ; comment ça, mais comment ça, comment avait-il pu prononcer ces paroles-ci précisément ? Dans cet ordre-là, de cette manière-là, plus que similaire à cette phrase dont il était certain d'avoir uniquement rêvé avant de se réveiller ; mais il n'avait pas rêvé du blond, tout de même ! Il se savait, certes, très ami avec Ven, mais de loin pas au point de découvrir sa silhouette dans ses songes. De même, il se refusait à croire qu'ils avaient tous deux fait le même rêve, bien que cette solution s'imposât comme de plus en plus plausible au cœur de son esprit d'adulte où s'insinuaient vilement quelques pensées des plus puériles. Et pourtant, il ne s'était pas trompé, il avait bien entendu les mots de son camarade, il avait bien compris qu'il les connaissait d'ores et déjà.
- Hé, Van', pourquoi tu fais cette tête ? Interrogea soudain le cadet des deux. Y'a un problème ?
Son aîné eut besoin de quelques secondes encore pour se reprendre complètement avant de réussir à croiser les bras et à entamer quelques correctes réflexions. Tentant au fur et à mesure de sa dissertation intérieure d'écarter des probabilités celles qui lui paraissaient trop enfantines pour être réalistes, il arriva bientôt à un mur contre lequel butèrent ses pensées et dut bien se remettre sagement à l'évidence ; il ne trouvait à ce phénomène pas la moindre explication plausible.
- J'ai rêvé du même truc, déclara-t-il alors. Avant de me réveiller dans ce coin, j'ai entendu les mêmes mots, mais exactement les mêmes, j'te jure.
Un peu étonné, l'autre garçon croisa les bras à son tour et releva les yeux au ciel. Le bleu de ce dernier, clair, éclatant, estival, qu'il put deviner au-dessus des feuilles des arbres, n'avait ni nuage ni variantes ; un vrai ciel de carte postale, ou de conte de fées, à choix, se dit-il en souriant. Visiblement, son ami et lui avait dû « rêver » de la même chose ; ces mots, juste ces mots perdus dans la lumière blanche. Sans qu'il ne sût vraiment pourquoi, Ventus trouvait cela poétique, enchanteur ; il ne comprenait d'ailleurs pas comment un tel élément pouvait inquiéter son ami. Peut-être, songea-t-il en souriant, amusé, ces pensées-là étaient-elles une fois de plus dues à ce comportement puéril qu'il savait empiéter sur son attitude habituellement assez calme, mais une quelconque force naturelle ou non l'obligeait à avouer que la perspective de visiter ce monde l'attirait plutôt. Il avait toujours été curieux, oui, horriblement curieux ; son rêve l'intriguait et le vert des arbres lui inspirait la possibilité qu'il pût trouver toute réponse à force de simples recherches dans ce monde-ci. Peut-être au-delà de la forêt une ville s'étendait-elle ; peut-être au cœur de cette ville des gens de tous horizons arpentaient-ils des pavés décorés de fleurs ; peut-être l'assortiment de ces mêmes fleurs révélait-il à quiconque possédait un peu de pouvoir de réflexion les secrets d'un monde antique ou perdu. Ses rêveries s'arrêtèrent cependant net lorsqu'il se sentit secoué et dut alors reporter son attention sur son ami, dont la main qu'il avait placée sur son épaule le poussait légèrement.
- Tu fous quoi ? Demanda Vanitas, inquisiteur. T'es trop bizarre...
Ven s'étonna un instant de la formulation de cette dernière phrase ainsi que des yeux grands ouverts de son ami, dont le nouvel âge physique adoucissait la couleur perçante, violente, mais ne releva pas et se contenta de sourire gentiment.
- Bah, je me disais qu'on devrait aller voir plus loin, répondit-il. Je sais pas où on est, mais y'a peut-être autre chose après la forêt...
- Et si c'était juste une grande forêt ?
Son camarade avait gardé cet air mi-surpris, mi-curieux et le blond sursauta en imaginant les chances de réussites de cette probabilité. Peut-être, en effet, les arbres se démultipliaient-ils sans fin au-delà de leur champ de vision, et peut-être ne pourraient-ils jamais quitter cette forêt ; un long frisson partit du niveau de ses hanches, courut son dos en escaladant sa colonne vertébrale et se dispersa entre ses deux omoplates lorsqu'il les imagina coincés à jamais en cet endroit, sans eau ni nourriture, juste eux, seuls, avec les maigres vêtements qu'ils possédaient. Le fait d'avoir rétréci et changé d'habillement, d'ailleurs, s'il ne l'avait pas réellement gêné, commençait à créer au sein de l'esprit de Ventus quelques interrogations relativement complexes ; simples de par leur question se résumant souvent en un seul mot, elles le perdirent bien vite entre de multiples réflexions tant leur nombre de réponses semblait immense. Ainsi, il s'abandonna une fois de plus à la prétendue réalité et repartit dans ses pensées, ce qu'un Vanitas décidément agacé de perdre ainsi l'attention de son ami lui fit bien vite remarquer. D'un petit coup sur le haut du crâne cette fois-ci, il le ramena à ce monde qu'ils visitaient et lui offrit, sitôt qu'il revint de ses songes, un air boudeur.
- Faut qu'on y aille, répéta-t-il. J'en ai marre de t'attendre !
- Mais, Vani ! S'exclama Ven en se hissant sur la pointe de ses petites chaussures. Arrête, c'est même pas drôle !
Sitôt que le blond prononça ces mots, son camarade, qui s'était entre-temps accroupi, releva sur lui une paire d'yeux rageurs. Comment ? Pensa-t-il en se relevant d'une simple flexion des genoux. Avait-il bien entendu ? Avait-il bien vu son ami le toiser du regard, fermer les yeux et serrer les poings, s'énerver contre lui comme un véritable gamin ? Ventus, l'habituellement si calme Ventus, qui jamais ne s'était adressé à lui autrement qu'en l'appelant par le diminutif d'usage – à savoir « Van' », et pas autre chose, sous peine d'agacer le porteur du prénom complet –, venait-il réellement de le surnommer par ce sobriquet ridicule qu'avait un jour jugé adéquat l'une des idiotes de fillettes de sa classe de primaire ? Vengeur, il foudroya du regard un Ven dont l'expression hagarde trahissait l'incompréhension.
- Mais quoi ? S'étonna-t-il. Van', j'ai dit quoi ?
Le blond lui-même, à vrai dire, ne comprenait pas la raison de l'apparition de cette expression de colère sur le visage de son collègue. Il ne se souvenait pas non plus des mots qu'il venait de prononcer - étrange, songea-t-il. Son camarade avait été plus qu'agacé par des paroles qu'il avait dites mais dont il ne gardait en mémoire pas la moindre bribe ; cela signifiait-il que ce monde pouvait le pousser à parler en de mauvais termes et à blesser les autres sans qu'il ne pût faire quoique ce fût contre ce problème ? Si tel était le cas, alors il leur faudrait, autant à lui qu'à Vanitas, faire bien attention, et apprendre à distinguer les moments de lucidité de l'autre des moments où il se laisserait aller à ouvrir les portes de son esprit à l'âme d'enfant qui les envahissait peu à peu. Car, oui, ce devait bien être ça, en réalité ; à force de vivre dans ces corps de gamins, ils recouvraient peu à peu leurs pensées de gamins et redeviendraient certainement des gamins s'ils ne trouvaient aucun moyen de combattre ce fléau. Ce n'était pas, en effet, que Ven tenait particulièrement à rester cet adolescent de dix-sept ans auquel il s'était assimilé, mais simplement que des réflexions trop puériles risquaient bien de les empêcher à jamais de fuir cet endroit-là ; aussi, il leur fallait agir au plus vite. Partageant visiblement son avis, son ami pivota d'un demi-tour sur ses talons et prit la première direction qu'il put observer ; il s'élança donc droit devant lui.
- Faut qu'on s'barre d'ici, maugréa-t-il. Allez, Ven, magne-toi.
L'autre acquiesça d'un bref mouvement de tête et suivit d'un pas rapide son camarade déjà lancé, apparemment décidé à mener lui-même la marche ; s'ensuivirent ainsi plusieurs longues minutes d'exploration de la forêt, durant lesquelles l'aîné des deux garçons ne prononça pas un mot, plongé dans de noires réflexions. Cela l'avait énervé, certes, de se faire appeler « Vani » par celui en qui il avait sans aucun doute placé la plus grande dose de confiance qu'il pût accorder ; bon Dieu, ce qu'il pouvait détester ce surnom. Court, enfantin, prétendu mignon par certaines écervelées, il avait pour habitude de le mettre en colère, d'anéantir aussi la contenance dont il faisait preuve parfois ; rageur, il poursuivit donc sa route sans adresser le moindre mot à son ami. Ce dernier, bien qu'étonné du comportement d'un garçon qu'il lui avait toujours semblé appeler « Van' », le suivit du mieux qu'il le put, martelant le sol de ses petits pas ; cependant, l'herbe qu'il était censé écraser ne lui semblait pas avoir la bonne texture. Plus molle peut-être, ou plus douce lorsque ses brins remontaient à ses chevilles et venaient chatouiller sa peau laiteuse. Une herbe de conte de fées, sûrement, songea-t-il en haussant les épaules, un léger sourire sur les lèvres. Peu importait. Bizarrement, même si ce monde avait des caractéristiques fort étranges, il lui plaisait. Son ambiance pleine de mystère, peut-être ? Il sourit à nouveau et continua à suivre sagement son ami, pressé de découvrir enfin ce qui leur arriverait par la suite.
Tout en avançant, il se prit à sautiller légèrement. Après tout, pourquoi bouder comme Vanitas par un temps pareil ?
Merci de ton zieutage, lecteur ! ^^
S'il te prend l'envie de me laisser tes impressions, n'hésite pas. :3 Mais ce n'est nullement obligatoire ; à ta guise, ô toi lecteur. x3
(Mais n'empêche, comment j'adore travailler avec gamins, quooii. x3 Même s'ils sont à moitié aduultes. *s'enfuit*)
