Chapitre 4

Pov Kira

Arrivée devant la porte de mon domicile je laisse échapper un soupir songeant à la vie qui m'attend une fois ces murs franchis. L'on pouvait dire que ma vie maritale ne m'avait pas réussie songeais-je avec ironie : Un mari quasi absent, une vie sentimentale pour le moins inexistante et pour couronner le tout voilà que mon très cher mari s'envoi en l'air avec une de ses employées. Isabelle, Monica, qu'en savais-je après tout ! On était loin du fameux conte de fée ! Quand je pense à ce que j'avais sacrifié pour cet homme, une colère soude m'envahit. L'image que me renvoya le miroir du hall d'entrée m'effraya un instant. Je me forçais à détendre mes muscles faciaux et reprenais une expression plus avenante. Je me demande encore pourquoi je l'ai épousé. Heureusement, l'enveloppe marron présente sur la table basse du salon, que je venais de déposer, me remonta le moral quand je songeais à ce qu'elle contenait.

Ne voulant m'encombrer de cette fastidieuse tâche qu'est le repas, je passais commande. Italien devrait faire l'affaire me dis-je simplement. Suite à cela, je décidais de prendre un bon bain afin de me redynamisée avant l'arrivée de Greg. Je me dirige vers l'escalier situé en plein milieu du couloir. Mon regard accroche les photos présentes le long des murs, notamment celle où Greg et moi sommes assis sur cette balançoire : A cette époque nous étions encore fous amoureux l'un de l'autre, du moins, je le croyais…

Arrivée dans la salle de bain je me déchausse et me dévêtis rapidement, ne voulant retarder le moment où mon corps plongerait dans cet océan de douceur et de bien-être qu'est mon bain. Ma baignoire suffisamment grande pour deux me satisfaisant pleinement. Et pourtant je n'en avait tiré aucun profit avec mon cher mari, trop pudique il ne prenait que rarement des initiatives sur notre plan d'ordre sexuel. Dommage, il ne savait pas ce qu'il raté me dis-je mutine.

Je me mis dans l'ambiance et allumai alors quelques bougies d'ambiance, une musique calme envahit alors la pièce. Je remplissais ma baignoire d'une eau bien chaude et laissais tomber quelques huiles essentielles à l'intérieur, diffusant une subtile senteur de pêche. J'adorais ce fruit ! Mes miroirs muraux étaient déjà plein de buée suite à l'utilisation intensive de l'eau chaude mais peu m'importait, c'était là le meilleur moment de ma journée, mon petit plaisir quotidien. Je fermais la porte, puis plongeais mon corps dans cette eau bienfaitrice. Mes pensées vagabondèrent au loin, quand une sonnette retentit, me prenant au dépourvu. Frustrée, je songeais un instant à ne pas répondre. Je me rappelais du coup de téléphone passé plus tôt dans la soirée…. J'enfilais mon peignoir en soie que Greg m'avait offert, je l'adorais littéralement, la soie était vraiment mon petit péché mignon. Je quittai la salle de bain lentement. En bas, la sonnette retentit avec insistance, m'annonçant par-là l'impatience de mon visiteur. Un jeune, probablement la vingtaine me fit face. Où son allure était décontractée, la mienne, elle, se faisait tendue et énervée ! Je m'apprêtai à lui sortir une réplique bien cinglante lorsque je croisai son regard : De jolis yeux bleus encadrés par une paire de cils bien fournis. Ils eurent raison de moi un instant car ils me rappelaient une autre paire d'yeux familières. Il me tira de mes pensées d'une façon plutôt abrupte en me tendant d'une main jointe mes plats commandés, décidemment son deuxième prénom n'était certainement pas aimable. Pas impressionnée pour un sou, je lui tirais un de mes plus beaux sourires et lui répondit gentiment mais fermement :

Kira : Bonsoir – un sourire étira mes lèvres – Combien vous dois-je jeune homme?

Livreur : … - il sembla un instant décontenancé – 20 dollars m'dame !

Kira : Je vous remercie – Mon sourire se fit légèrement ironique puis, d'un mouvement sec je refermais la porte sous son nez. Le pauvre n'y était pour rien mais je détestais être tirée de mon bain. Posant nos plats sur la table de la cuisine, je remontais les marches quatre à quatre, pressée de me plonger à nouveau dans ma baignoire.

Un soupir de bonheur franchit à nouveau mes lèvres et je me laissais portée par la sensation grisante qui m'envahissait au fur et à mesure que le temps passé. Une porte claqua. Sûrement Greg me dis-je, en ne bougeant pas d'un pouce pour aller le saluer. Je savais d'avance et par exactitude ce que nous allions bien pouvoir nous reprocher et cela m'énervait au plus haut point. Au bout d'un moment je sentis mon corps frissonner. Ne voulant me lever immédiatement je tournai les robinets, l'eau chaude coulant à flot. Je crus percevoir au loin un bruit. Je tendis l'oreille, après tout il avait peut-être enfin une nouvelle intéressante à m'annoncer. Je me demandais un instant si son œil avertit avait remarqué l'enveloppe marron. Je grimaçais songeant déjà à sa réaction. Décidemment je ne comprenais plus cet homme, il désirait ne plus m'avoir dans ses pattes et pourtant le divorce se faisait extrêmement lentement, à croire qu'il prévoyait quelque chose de mauvais, pour moi en tout cas. Un nouveau soupir sortit de ma bouche. Mon désarroi se faisait palpable. Lasse de me préoccuper de la réaction de mon actuel époux, je sortis de mon bain et mis pour la seconde fois en trente minutes mon peignoir en soie. J'enfilais rapidement une paire de sous-vêtement propre et me dirigea vers le salon. Mes pas se firent de moins en moins rapides au niveau du couloir en constatant que pas un bruit ne s'échappait de la maison. Je mis mes doutes de côtés et appela l'autre habitant de la maisonnée :

Kira : Greg ? – Le silence de la pièce fut la seule et unique chose qui me répondit. Je retentais ma chance en espérant une réponse – Greg ? – Cette fois-ci je roulais des yeux, agacée par le comportement puéril de mon future-ex. J'arrivais au salon. – Greg, tu pourrais répon … - Ma phrase mourut à l'intérieur de ma gorge en avisant la scène qui se jouait devant moi.

Du sang. Une énorme flaque de sang même. L'effroi m'envahissait, me faisant perdre la cohérence de mes pensées. J'attrapais en vitesse l'arme à feu entreposée dans la commode de l'entrée avant même d'aviser de retourner au salon. J'avançais quasiment à reculons, mes pas se faisant plus légers que le bruissement d'une feuille lorsqu'un zéphire l'emportait au loin. Ma tête franchit tout d'abord le seuil du salon, puis mon torse avec l'arme bien ancrée à ma main, le reste de mon buste et enfin mes jambes. Mes yeux furetaient de droite à gauche en espérant retrouver Greg. Ma respiration loin d'être au plus calme se faisait lourde et saccadée. Je me sentais hagarde, limite étourdie dans mes déplacements, l'odeur de sang qui se rependait me montait à la tête, me donnant par-là la bile. Soudain, je ressentis une douleur diffuse au niveau de mon pied. Surprise, je n'osais bouger durant une seconde, puis sentis un liquide chaud s'écouler de mon pied. Confuse je constatais qu'il s'agissait de mon propre sang qui tachait la moquette. Celle-ci passa d'un brun doré à un macabre rouge bordeau. Des éclats de verre jonchaient le sol. Mon regard se perdit sur la pièce et de ma vue d'ensemble je vis d'où provenaient les bouts de verre. La table basse était brisée, répandant ici et là de nombreux éclats. A sa vue, ma respiration faiblit, mes yeux s'élargirent et mes mains déjà moites, furent parcourues par de nombreux frissons. Là, allongé dans son propre sang se trouvait mon mari.

Sans plus réfléchir je m'approchais de lui encore tremblante, horrifiée de l'état dans lequel il se trouvait. Je m'accroupis, posant mes mains au niveau de son cou, cherchant désespérément un pouls. Mes larmes passèrent la barrière de mes yeux pour s'écouler sur ce qui restait de mon mari. Sa gorge était tranchée, la lame qui avait servi reposée presque innocemment près de son corps et du sang se rependait sur mes mains, imbibant par la même mon peignoir. Je ne retenais définitivement plus mes pleurs et mes larmes perlèrent en abondance. Je perçus une voix féminine émettre des cris désespérés, presque hystériques et abasourdie je reconnus ma propre voix dans ces sons inconvenants.

Il fallait que je sorte, je ne pouvais rester plus longtemps dans cette pièce, dans cette maison même réalisais-je avec tristesse et horreur. Je me précipitai dans mon dressing et m'habillai promptement oubliant temporairement la douleur au niveau de ma région plantaire. Je revêtis un imperméable en entendant les bruits assourdissants de l'orage qui grondait dehors. Je descendis au garage, puis grimpa dans ma voiture. Je conduisais rapidement, faisant fi de la pluie torrentielle qui s'abattait actuellement sur ma voiture et moi. De nombreux coups de klaxon retentirent autour de moi et je me rendis compte que c'était ma conduite qu'ils klaxonnaient. Sur le coup, cela m'indifféra. Je n'avais qu'un but, trouver quelqu'un de confiance. 40 minutes plus tard, je découvris que je m'étais rendu à l'appartement de Rick Castle. Je quittais ma Mercedes verte et me figea, me demandant encore si cela était une bonne idée. Je dus prendre plus de temps pour réfléchir que je ne le pensais puisque je me retrouvais trempée de la tête au pied. Finalement la pluie eut raison de moi.

Assis en dessous d'un porche, un homme me faisait face. Je m'approchais et lui parlai à voix basse, trop engourdie par le froid.

Kira : Bonsoir Monsieur – ma voix ne trembla pas –

Gardien : Bonsoir. Vous ne devriez pas rester dehors par ces intempéries vous savez. – Je perçois une petite part d'inquiétude ? Qui que soit cet homme, son inquiétude pour une inconnue devenait attachante. S'inquiéter pour des gens dont il ne connaissait même pas le matricule –

Kira : Je vous remercie – Je lui répondis et souris d'un air las, le premier de toute ma soirée – Je… Euh. J'aimerais – Je souffle un bon coup, frustrée de ne pas être en mesure de pouvoir m'exprimer –

Gardien : Oui ? Un problème peut-être – Je détecte une pointe de malice dans ces yeux bruns. Je décidais d'abréger le plus rapidement possible cette conversation, n'étant certainement pas d'humeur à faire une petite causette et encore moins sous une pluie battante –

Kira : Ecoutez, je sais que vous... Que ce n'est pas dans vos habitudes mais il faut absolument que je parle à Rick Castle. – Je n'aurais peut-être pas dû l'aborder si ouvertement. Ses sourcils se froncent, aie… songeais-je, corde sensible ! –

Gardien : Je ne …

Kira : - Je lui coupe la parole, impatiente de parler à Richard – J'ai des problèmes et Rick est un de mes amis. On s'est connu il y a un certain nombre d'années maintenant – Je lui montre une photo, appuyant ma plaidoirie – De plus je ne suis ni une fan psychotique, et encore moins une ex-femme. - J'ai dû réussir mon coup, puisqu'il me laisse passer m'indiquant l'étage ainsi que le numéro de son appartement -

Dans l'ascenseur, je ressens à nouveau ce sentiment oppressant, cette douleur qui m'envahit et essouffle mon cœur je peux presque le sentir se serrer dans ma poitrine. Je peux presque revoir Greg mon défunt mari étendu à mes pieds, le regard douloureux et un cri au bord des lèvres. Je devais y arriver m'exclamais-je soudainement à haute voix. Devant la porte, j'hésitais à nouveau et finalement me décidais à sonner. Une fois, deux fois puis une troisième fois. Je jouais un instant avec mes cheveux en regardant l'heure affichée à ma montre. Quelle idiote j'étais, il devait sûrement dormir. A ce moment, la porte s'ouvre pour ne laisser qu'apparaître Richard Rodgers.

Je le dévisageais, toujours aussi surprise par sa beauté, pas le moins du monde entachée par son réveil plus que matinale. Je brisais la glace, ne voulant l'incommoder davantage.

Kira : Bonjour Rick – déclara-je d'une voix douce, heureuse de le revoir malgré la situation –

Rick : Kira – s'exclama-t-il surpris, je pus d'ailleurs voir les derniers vestiges de son sommeil s'envoler –

A son tour il me dévisageait. Ses yeux parcouraient mon corps d'une façon nette et précise comme s'il cherchait à en définir et en retenir tous les moindres aspects. Je me retenais de rougir devant son examen minutieux. Son examen fut sans doute finit puisque je pus apercevoir une légère confusion dans ses yeux.

Kira : Je suis désolée de venir te déranger à cette heure indue de la nuit. – C'était un euphémisme me dis-je. Ma chemise collait maintenant à ma peau et quelques larmes se déversèrent le long de mes joues - Mais je ne savais pas qui venir voir pour m'aider. – Son regard bleu inhiba ma retenue puisque cette fois-ci mes larmes coulèrent, laissant de nouvelles trainées de sillions sur ma peau. Je me réfugiais dans ses bras, retrouvant là la sensation de sécurité et de chaleur qu'autrefois il m'apportait. Sa confusion avait sans doute prit en ampleur mais peu m'importait car en ce moment j'avais besoin de réconfort. Il dut le comprendre puisqu'il me laissa l'enlacer pendant plusieurs minutes.

Rick : Non, je t'en prie tu as bien fait. Entre. Ce serait mieux qu'on soit au chaud. – Il parlait d'une voix douce, comme s'il ne se préoccuper pas de l'heure à laquelle je venais de le réveiller, trop occupé à se préoccuper de son prochain. -

Kira : - Je m'extirpai de ses bras et m'exclamai d'une voix aigüe - Non, non je ne dois pas perdre plus de temps Rick – Je le vis se tendre, appréhendant déjà mon histoire –

Rick : Bien. Mais si tu veux mon aide sache que j'aimerai au moins savoir le fond du problème Kira – sa voix se fit apaisante -

Kira : - Il avait toujours su comment me calmer, je lui en fis d'ailleurs la remarque – Tu as toujours eu un effet calmant sur moi. – Un léger sourire s'installa sur ses lèvres et je me retenus violemment de l'embrasser, ce n'était certainement pas le moment, d'autant que je ne savais pas comment il réagirait à mon attitude affectueuse. - Il s'agit de Greg, mon mari. Je suis rentrée chez moi à l'heure habituelle, à cette heure-ci le vendredi il avait l'habitude d'aller boire un verre avec ses copains poivrots – Un soupir agacé franchit mes lèvres quand je me rappelais avec quelle fréquence il les rejoignait. - Quand il est arrivé le dîner était prêt. Ecoute, je… - Je ne reconnus pas ma voix, surprise par les intonations qui en sortaient. Mes pas se firent lourds et je me mouvais d'un mouvement frénétique et répétitif sur son palier, l'angoisse m'étreignait à nouveau. Je me forçais à prendre quelques inspirations avant de continuer mon récit. Mon cœur pulsait véhémentement, j'étais plus que certaine qu'il devait l'entendre, je grimaçais à ce constat. - Je… - Mon bégaiement persista. - Tu vois le temps que j'aille prendre ma douche, quand je suis ressortit j'ai vu. J'ai vu mon mari, étalé sur le tapis de sol du salon, la gorge tranchée. – Mes larmes reprirent, la pression ne voulant pas retomber –

Rick : - choqué – Mais tu. Rassure-moi et dis-moi que tu as appelé la police Kira !

Kira : Quoi ? Mais il n'en est pas question ! Il m'accuserait immédiatement de meurtre ! – A vrai dire sa question me laissa perplexe, j'allais avoir des problèmes avec eux. -

Rick : Certes. Mais je te signale Kira que ta fuite équivaut indirectement à des aveux de ta part. – ses yeux se firent sérieux, accentuant la gravité de la situation -

Kira : - balbutiante – Mais je… Je ne comprends pas…

Rick : Une femme trouve son mari mort chez elle. Celle-ci n'a pas d'alibi puisqu'elle est présente lors du meurtre. Pire, le tueur n'a même pas cherché à savoir qui d'autres était dans la maison. Pourtant ta présence était clairement indiquée puisque tu prenais sûrement un bain et j'imagine qu'à ce moment-là les robinets étaient ouverts au maximum. – J'hoche la tête d'un mouvement mécanique – Hors, quand celle-ci trouve le cadavre dans son salon, elle fuit immédiatement les lieux n'appelant même pas la police. Elle se rend même chez son ex en espérant trouver du soutien. A ton avis qu'est-ce qu'ils vont en penser ? – Sa voix avait perdu toute chaleur et m'intimidait énormément – Vos relations étaient tendues en ce moment, tu étais en pleine instance de divorce. Et si je ne me trompe pas, une fois décédé tu héritais de tous ses biens Kira – J'hochais à nouveau la tête me demandant comment il pouvait si bien connaître ma situation et moi en particulier - Tu es pour eux la coupable toute désignée ! Ils vont en déduire ou que tu es responsable directement du meurtre de ce cher Greg, ou que tu as engagé un professionnel ou encore que l'ex jaloux et voulant te reconquérir chez qui par ailleurs tu es venue te réfugier, c'est-à-dire moi, est responsable !

Kira : - Complètement stressée, la conjoncture des évènements de la soirée me sauta aux yeux quand je réalisai ma propre bêtise – Mais je suis innocente et toi aussi Rick !

Rick : - Je le sais – Il prit mon visage en coupe tout en me regardant dans les yeux – Et à moins que tu ne me regardes dans les yeux et que tu m'avoues l'avoir tué je te croirais innocente Kira. – Je me tue, assimilant ses paroles. Pour moi, mon silence voulait tout dire et j'espérais qu'il en comprendrait la signification – Bien, dans ce cas on a plus qu'à appeler la police. – Visiblement il avait compris et je me perdais à nouveau dans ses yeux. -

Il relâcha mon visage et entra dans l'appartement. Je le suivis, peu désireuse de rester dans l'entrée. Il prit son portable et composa un numéro qu'il, visiblement, connaissait par cœur. Je ne savais si je devais me réjouir ou au contraire en être effrayée. Je n'entendais pas la conversation, mais je crus percevoir la voix d'une femme à l'autre bout. Certainement son ami fliquette, le détective Beckett, sa nouvelle muse réalisais-je avec une certaine amertume.

Femme : ….

Rick : Navré de vous déranger aussi tard ou tôt plutôt – Sa voix se fit amusée, heureux de converser avec elle. Ses yeux pétillèrent rien qu'à l'idée d'entendre sa voix, je contenais ma jalousie qui n'avait pas lieu d'être, nous n'étions plus ensemble après tout – mais je pense avoir des problèmes – sa voix avait repris une intonation grave –

Femme : ….

Rick : Il y a un corps à l'angle de la 63ème et de Maddison Avenue pour vous. Un homme y a été égorgé. – Je cillais fortement, encore anéanti par la disparition prématurée de Greg. - Je préfère vous prévenir pendant qu'il est encore temps avant que les flics ne débarquent. Je vous fais confiance pour voir au-delà des apparences Beckett. – Avec dérision je méditais sur ses dernières paroles -

Kate : ….

Rick : Actuellement au loft et …

A l'extérieur, un boucan énorme se fit entendre, le coupant dans sa phrase. Le gond de la porte dévoila des policiers en uniforme, armes au poing. Je tremblai violemment, éprouvée et inquiète quant à Rick et moi.

Policiers : Les mains en l'air ! – Ils beuglèrent leur leitmotiv, comme si nous avions été sourds dans une autre vie –

Rick : - Faisant fi de leur interruption, il répondit une dernière fois - Et je crois que vous allez arriver en retard à la petite sauterie Kate.

Il l'avait appelé Kate, mes lèvres se pincèrent, horrifiée à l'idée de l'avoir déjà perdu.

Nous levions nos mains, coopérants promptement. Il faut dire que les armes braquées sur nos poitrines avantageaient considérablement. J'entendis des bruits derrière moi et tournai légèrement la tête. Là-haut, je distinguai une jeune adolescente rousse, sûrement la fille de Rick. Je n'avais pas besoin de voir son visage pour le savoir après tout, tout comme plus de la moitié des habitants de New-York, je lisais les tabloïds ! Puis, derrière elle, une femme d'âge mur, Martha. Elle semblait effrayée un instant puis, quand son regard se posa sur moi, la colère était le sentiment dominant qui vrillait à travers ses yeux. L'adolescente voulut s'avancer mais un des policiers l'arrêta d'un mouvement sec de la main. Je grimaçais, cet homme n'avait-il donc aucune manière, la petite était terrorisée.

Ils s'approchèrent de nous, puis nous menottèrent. Sans un mot, nous sortîmes de l'appartement. Ils nous guidèrent à travers les étages. Arrivés dans le hall je vis l'homme qui m'avait laissé passer tout à l'heure. Il paraissait énervé, mon impression se confirma quand je le vis s'approcher, peu impressionné par la horde d'inspecteurs présents.

Policier 1 : Monsieur, ne vous approchez pas s'il-vous-plait. – Il parlait d'une voix neutre et ses traits étaient durs, ce qui m'incommodait davantage.

Gardien : - Il ne dut pas s'en apercevoir ou passa outre puisqu'il arriva devant nous – Pourrais-je savoir ce que Monsieur Castle a fait ? Il est indéniablement innocent ! – Sa voix passa de concernée à sincère, croyant aveuglément Richard. Et voilà que son charme faisait à nouveau des ravages. Cela ne m'étonnait qu'à moitié, connaissant parfaitement la personnalité attachante de Rick. Cependant je réalisais que ce brave homme pouvait avoir des problèmes en se mettant ainsi en avant face à eux. Cela se confirma quand un des flics s'approcha de lui et le bouscula.

Policier 2 : Restez en dehors de notre chemin Monsieur – Sa voix persifla, claqua dans l'air, en contenant tout le mépris possible dans ce mot. Je vis Richard serrer les dents, énervé par leur comportement –

Gardien : Mais, je…

Le pauvre n'eut le temps de finir que Mr Muscles s'approcha de lui et lui envoya un coup de poing en plein visage. Je laissais échapper un cri, confuse de leur méthodes plus que moyenâgeuses.

Rick : Arrêtez ! – Il s'exclama d'une voix glaciale, qui pourrait concurrencer avec celle l'autre flic. – Vous avez fait assez de dégâts pour ce soir, il me semble non ? – Il faisait appel à l'ironie mordante, sa colère devait être virulente pour qu'il en arrive là –

Policier 3 : Montez.

Il nous fit rentrer dans une de leur voiture, peu préoccupé par l'homme qui gisait par terre en se tenant la joue. Rick lui jeta un dernier regard inquiet avant de s'installer sur la banquette arrière.

Nous roulions déjà depuis quelques minutes que déjà je réfléchissais à la situation dans laquelle je venais de nous mettre. Je me sentais désolée pour Rick, il n'avait rien fait après tout. Il dû sentir mon angoisse puisqu'il me serra la main. Sa paume chaude, me rassura. Ses mots étaient rassurants mais il avait la capacité de s'exprimer tout aussi bien avec des gestes. Je lui en fus reconnaissante. Les minutes passèrent. Pas un mot ne résonnait dans cette ambiance pesante. Les paysages défilaient lentement, je ne reconnaissais pas l'endroit. Je sentis la voiture ralentir. Nous étions devant un commissariat. Je gémis doucement me remémorant la dernière fois où j'avais atterrie dans un tel lieu. Je devais avoir 16 ans et le contexte était tout autre, une fête trop bruyante, de l'alcool à flot… Oui, le contexte différait énormément.

Notre arrivée se fit tout sauf discrète. Il faut dire que débarquer à plus de 2h du matin avec Richard Castle, menottes aux poignets accompagné avec plus d'une unité de flics avait de quoi choquer. La célébrité de Rick était vraisemblablement à double tranchant. Ils nous menèrent en cellule. Nous détachèrent et nous laissèrent là, ensemble. Sa proximité me rassurait. Il s'assit sur le banc, épuisé. Je me rapprochais, cherchant par là un contact à tout prix. Il dut le sentir car il releva la tête et m'adressa un sourire rassurant. Il m'ouvrit les bras et pour la deuxième fois de la soirée, je me précipitais dedans. Ma tête reposait dans le creux de son cou, tout contre son épaule et j'entendais pulser son cœur, ce qui me rappelait indirectement celui de Greg qui, lui, ne battait plus. Le paradoxe se fit saisissant, et je me blottis de plus belle afin de m'échapper de ses pensées morbides qui tournoyaient autour de moi. Comme pour me répondre, ses bras m'enserrèrent plus fermement. Il parla, de sa voix douce et rassurante :

Rick : Ne t'inquiète pas. On fera face ensemble. – « Ensemble » voilà un mot auquel je ne m'attendais plus à recevoir de lui. Cela signifiait si peu mais en même temps tant que cela m'étourdit un instant. A travers ce simple mot, j'en tirais une signification toute particulière sur mon premier amour et cette pensée galvanisante me remplit de joie… Ensemble…