Avec un peu de retard voici le chapitre 6…si je n'ai pas posté plus tôt, c'est tout simplement parce que j'ai un tout petit peu zappé de le faire *sifflote* désolée !

Encore une fois merci à tous ceux qui lisent ma fic et qui n'hésite pas à la commenter !

Pour ceux qui ne m'ont pas laissé encore de review j'espère pouvoir avoir la joie de vous lire bientôt…cela me ferait très plaisir !

Bien j'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !

Bonne lecture

Gros bisous

Les semaines passèrent et l'été s'installa complètement, enfin. Victoria avait complètement guérie de ses blessures, faites par le bébé Arogue. Néanmoins elle avait rendez vous avec sa sœur, qui venait d'obtenir ses derniers résultats sanguins. C'est donc d'un pas léger qu'elle se rendit dans le cabinet d'Helen après avoir engloutit son petit déjeuner. Ce matin la faim avait tenaillé son estomac, et la jeune fille ne s'était pas faite prier pour le remplir, mangeant tout ce qu'elle pouvait. Il y avait fort longtemps que son père ne l'avait pas vue de si bon appétit, mais il ne fit aucune remarque, laissant son enfant se rassasier.

Quand elle arriva devant la porte du bureau de sa sœur, la demoiselle frappa et n'entra que lorsqu'on lui en donna l'autorisation. Helen était penchée sur une feuille et semblait soucieuse, à en croire la ligne barrant son front. La jeune fille dut se racler la gorge pour signaler sa présence. Ce bruit eut le don de ramener Helen sur terre.

-Oh pardon je…assis toi s'il te plait.

-Que se passe-t-il ? S'inquiéta Victoria en s'asseyant.

-Depuis quand n'as-tu pas perdu de sang ?

-Et bien depuis…commença-t-elle avant de compter sur ses doigts…oh mon dieu ! Je…je…

-Tu es enceinte de deux mois environ. Déclara simplement la doctoresse.

-Helen je…

La jeune femme garda le silence inscrivant quelques choses à la plume dans ce qui semblait être le dossier de Victoria. La jeune fille la regarda faire, ne sachant quoi dire. Elle était enceinte…ENCEINTE ! Elle n'avait pas besoin de se demander qui était le père, depuis l'attaque, elle n'avait eu qu'un seul client régulier…qu'avait-elle fait ? Pourquoi lui infligeait-on une telle punition ? Et le silence pesant de la pièce ne l'aidait pas à ce sentir mieux. Elle ne pouvait pas garder cet enfant…elle ne pouvait pas le garder.

-Helen s'il te plait parle-moi. La supplia sa sœur.

-Pour te dire quoi ? Que je t'avais prévenu ? Tu le sais déjà !

-Oh bien sûr tout est toujours si simple dans le monde d'Helen ! Tu es la fille à papa, sa préférée. Tu obtiens toujours ce que tu veux !

-Ce n'est pas…

-Si ça l'est ! La coupa Victoria. Tu as toujours tout eu : de l'argent, un foyer, un père aimant prêt à se sacrifier pour toi et ton avenir ! Je suis née prostituée ! Père le sait, et il m'a prit sous son aile, seulement parce que son sang coule dans le mien, et non parce qu'il en avait réellement envie. Je ne suis qu'un fardeau pour lui, la preuve il ment à son entourage sur ma naissance !

-Père a peut-être ses défauts, mais il ne t'a jamais forcée à continuer à te vendre comme tu le fais !

-Quand comprendras-tu que c'est ma nature Hell ! C'est ce que je suis. Je ne suis pas et ne serait jamais une Magnus ! S'emporta-t-elle, avant de continuer tristement. Je ne suis que Victoire, petite orpheline des rues de Paris. Et même si aujourd'hui je t'ai dans ma vie, je n'en suis pas moins différente.

-Que vas-tu faire du bébé ? Demanda la doctoresse après quelques secondes.

-Il n'y aura pas de bébé. Je ne veux pas déshonorer père. Lui apprit-elle.

-Victoria non ! Père est plus compréhensif que tu ne le pense. Tenta de la convaincre Helen.

-Peut-être, mais ceci est ma décision Helen. Ne t'inquiète pas, je sais comment m'occuper de cela.

-Je…

-Ne dis rien, je suis une grande fille tu sais. Ma mère m'a appris à prendre soin de moi.

Et sur ces dernières paroles, la jeune fille quitta la pièce, prenant la direction de sa chambre. Elle marcha rapidement, luttant pour ne pas que ses larmes ne coulent sur ses joues. Si elle craquait maintenant, elle savait qu'elle s'effondrerait en plein milieu de ce couloir, et il en était hors de question. Elle avait plus de fierté que ça, et de plus elle ne voulait pas que son père ne la voit, sous risque qu'il ne lui pose des questions auxquelles elle ne pourrait pas répondre. Alors ce fut presque en courant que la demoiselle rejoignit ses appartements privés.

Lorsqu'elle les atteignit, elle claqua la porte derrière elle, s'y adossant, avant de plaquer sa main contre sa bouche et d'éclater en sanglot. Elle était enceinte…elle portait l'enfant de John…un bébé dont elle chérissait déjà l'existence et qui pourtant…ne pouvait exister. Elle était dévastée. Elle aimait cet homme et avoir un petit de lui aurait du la rendre heureuse, cela aurait dû la faire sourire…mais elle ne ressentait rien de cela, simplement parce qu'elle ne pouvait lui donner naissance…elle ne pouvait pas faire cela à Helen…jamais. Elle venait de la trahir de la pire des manières, et elle ne pouvait laisser cette trahison grandir davantage…cela lui était impossible.

Pourquoi lui infligeait-on une telle punition ? Pourquoi le ciel se jouait-il d'elle ainsi ? Elle venait d'apprendre son existence, pourtant elle se voyait déjà le porter dans ses bras, le nourrir et même lui raconter des histoires au coin du feu. Lentement Victoria s'approcha de son miroir et se mit de profil, posant une main sur son ventre toujours plat. Pendant une seconde elle l'imagina rond, portant la vie en elle, et John l'entourerait de ses bras derrière elle, caressant cette jolie rondeur, tout en lui murmurant combien il était heureux…mais elle chassa ses idées de son esprit rapidement…jamais elle ne vivrait une telle chose…cela lui était interdit. Face à cette réalité, ses larmes redoublèrent. Elle se haïssait et aurait préféré mourir à cet instant…

Lentement, Victoria s'avança vers son petit cabinet personnel, que son père avait installé pour ses études. D'une main tremblante elle ouvrit un placard, avant d'en sortir une bouteille d'absinthe, cadeau d'un ancien client qui aimait ses services. Pendant qu'elle préparait la boisson, elle se remémora le jour où sa mère lui avait appris à connaître les moyens abortifs qui s'offraient à elle, en cas de grossesse indésirable. Elle se rappelait d'une phrase en particulier « l'absinthe est la solution à tous les maux, que ce soit ceux du cœur ou ceux du corps »…

Un autre souvenir s'imposa alors à son esprit. Ce même jour, elle avait demandé à Marine, pourquoi elle n'avait pas fait de même avec elle. Elle se rappela alors ce regard profond et sincère que lui avait lancé sa génitrice tout en répondant que malgré la surprise de sa venue, à aucun moment un avortement ne lui avait traversé l'esprit. Elle avait été trop heureuse d'apprendre sa grossesse, pour pouvoir ou vouloir s'en débarrasser. Victoria avait toujours chéri cet instant, où elle avait compris que sa naissance avait été désirée et même attendu par sa mère. Les larmes lui étaient montées aux yeux à cette époque et Marine l'avait immédiatement serrée dans ses bras, la berçant doucement. La jeune fille avait alors posé plusieurs questions, auxquelles sa génitrice se fit une joie de répondre. Elle lui avait également conté ses neuf mois de maternité, lui racontant ses joies de femme enceinte. Elle avait aimé lui raconter des histoires au coin du feu le soir, l'imaginer et la sentir bouger…Sa mère lui avait toujours répété de garder son bébé, si jamais elle venait à tomber enceinte. Car malgré les contraintes, un enfant resterait toujours un rayon de soleil dans la vie d'une femme.

Ce souvenir la fit pleurer encore davantage. Elle voulait garder cet enfant, elle voulait lui donner vie et le voir grandir dans ce monde, où elle lui apprendrait à ne voir que les belles couleurs…mais elle ne pouvait pas. Alors prenant son courage à deux mains, elle porta un premier verre d'absinthe à ses lèvres et le but d'une seule traite. Elle réitéra son geste plusieurs fois, jusqu'à ce que l'alcool embrume son esprit, l'apaisant de toutes douleurs. A cet instant elle ne ressentit plus rien…ni douleur, ni amour, ni haine…

Les minutes défilèrent et avec elles les verres se vidèrent. Peu à peu l'inconscience entoura le corps de la jeune fille, qui lutta pour rester éveillée. Mais trop épuisée par l'alcool et les larmes, elle se laissa sombrer doucement dans les bras de Morphée, qui l'emmena immédiatement au palais du sommeil sans rêve.

Le lendemain matin des coups furent frappés à sa porte. Mais personne ne répondit. John réitéra son geste, Helen l'avait envoyé car Victoria n'était pas venue prendre son petit déjeuner. N'entendant toujours rien, le jeune homme ouvrit doucement la porte, prenant garde d'appeler la jeune fille pour ne pas l'effrayer. Mais aucune réponse ne lui parvint. Il entra alors entièrement dans la pièce, et ce qu'il y découvrit, le glaça d'effroi. La jeune demoiselle était étendue sur le tapis, faisant face à sa cheminée. Une marre de sang tachait sa robe bleue ciel. Face à cette vision d'horreur, la peur s'empara de John. Qu'avait-elle fait ? Que s'était-il passé ? Il n'eut pas le temps de se poser d'avantage de question, car son instinct de survie prit le dessus.

Immédiatement il se précipita vers le jeune corps, qu'il souleva sans ménagement dans ses bras, avant de partir en courant dans les couloirs de la demeure familiale. Il se mit alors à hurler le prénom de sa fiancée, alarmant tous les domestiques qui le regardèrent passer avec surprise, puis inquiétude. La course du jeune avocat ne prit fin que lorsqu'il trouva enfin Helen. Voyant l'état alarmant de sa sœur, la jeune femme ne perdit pas une seule seconde et demanda à son futur époux de l'installer sur la table d'examen de son cabinet. Elle le jeta ensuite littéralement dehors, lui claquant la porte au nez, avant de retourner auprès de sa patiente.

Gregory qui avait été mis au courant de ce qui se passait, par l'un de ses majordomes, arriva alors. Il tenta d'entrer dans le bureau de sa fille, mais celle-ci le jeta à l'extérieur. Elle ne voulait pas de lui durant l'examen, de peur qu'il ne découvre la grossesse de Victoria. Son père respecta son choix, ne le discutant pas.

Les deux hommes attendirent patiemment à l'extérieur de la salle. Le vieux médecin se mit alors à faire les cent pas. La colère s'empara lentement de lui, il la dirigea alors vers l'impassibilité celui qui serait bientôt son gendre. Cette pensée finit d'attiser le feu qui coulait déjà dans ses veines. Et lorsqu'il vit l'inquiétude dans le regard du jeune avocat, il ne put s'empêcher d'exploser.

-Qu'avez-vous fait à Victoria ? S'emporta-t-il.

-Je vous demande pardon ?

-Vous m'avez très bien entendu ! Qu'avez-vous fait à ma petite fille ? Vous avez déjà mon Helen sous votre contrôle, ne pouviez vous pas laisser mon second enfant tranquille ?

-Je puis vous assurer monsieur que je ne lui ai rien fait. Jura John.

-Ce n'est point parce que votre petit jeu marche sur ma fille, qu'il en est de même pour moi monsieur Druitt. Lui apprit-il avec aversion.

-De quel jeu parlez-vous donc ? Je suis tout aussi inquiète que vous à l'égard de votre fille. Sachez que Victoria est chère à mon cœur. Déclara-t-il avec sincérité.

-Je ne vous crois pas ! Vous souhaitez simplement la manipuler, dans le cas où sa sœur ouvrirait les yeux sur qui vous êtes en réalité. Mais je ne vous laisserais pas faire.

-Mais monsieur…

-S'il lui arrive quoi que ce soit, je vous en tiendrais pour personnellement responsable. Le menaça Gregory.

-Père ! Hurla Helen, sur le seuil de la porte de son cabinet.

Le vieil homme ne se retourna pas, jetant un dernier regard haineux à cet homme qu'il considérait comme une menace pour sa famille, avant de quitter la pièce qui servait de salle d'attente. Il pensait chaque mot qu'il avait prononcé et ne reviendrait pas dessus, même pour l'amour de sa fille ainée. Pour l'heure, il devait aller au chevet de sa cadette, les remontrances d'Helen pouvant attendre. Celle-ci ne le retint pas, consciente de sa destination, mais elle ne lui pardonnerait pas ses paroles, même si celles-ci lui avait été dictées sous l'inquiétude.

Sachant qu'il vérifie le dossier qu'elle avait écrit, la doctoresse avait prit grand soin à dissimuler tous les symptômes qui auraient pu le mener à découvrir la grossesse de sa fille. Elle savait cela mal, mais elle ne pouvait faire autrement, son cœur voulant protéger Victoria. C'était donc presque le cœur léger, qu'elle avait falsifié les documents.

Lorsque le docteur Magnus eut disparut dans l'infirmerie, John s'approcha de sa fiancée. Il n'avait pas besoin de jouer les ignorants devant elle, car Helen lui avait parlé de la double vie de sa sœur.

-Helen que se passe-t-il ? Comment va Victoria ? S'inquiéta-t-il réellement.

-Elle a perdu beaucoup de sang, mais grâce à toi, ses jours ne sont pas en danger. Tu l'as trouvée à temps.

-Dieu merci ! Mais pourquoi a-t-elle saigné ?

-Victoria a fait une fausse couche. Lui apprit-elle tristement.

-Quoi ? Demanda John, surpris.

-Je lui ai appris sa grossesse hier, je ne pensais pas…oh mon dieu ! Eclata-t-elle en sanglot.

-Shhh du calme ma douce. La consola-t-elle en la prenant dans ses bras. Tout va bien, dis moi ce qu'il y a.

-Victoria ne voulait pas de ce bébé…mais jamais je n'aurais pensé qu'elle mette sa vie en danger. Avoua-t-elle. Suis-je une si horrible sœur pour ne pas avoir su anticiper ce genre d'événement ?

-Non bien sûr que non. La berça-t-il. Tu lui faisais simplement confiance. Mais Victoria est un oiseau libre et imprévisible…Crois-tu qu'il me serait possible de la voir ?

-Elle a besoin de repos. Dit-elle en séchant ses larmes.

-Je ne veux que la voir afin d'être rassuré à mon tour.

-Très bien. Attendons simplement que père soit sorti et je te conduirais à elle. Concéda-t-elle.

-Merci

John garda ensuite le silence, gardant sa fiancée dans ses bras. La tristesse se dessina lentement sur son visage. Son regard se perdit sur un point invisible. Malgré toutes les possibilités qui se présentaient à son esprit, une seule semblait balayer les autres : cet enfant avait été le sien. Il avait faillit devenir père…et maintenant ce bébé n'était plus. Une rage incontrôlable s'empara alors de son être, venant se loger dans son cœur. Celle-ci n'était pas tournée vers Victoria, mais vers la vie qui une nouvelle fois se jouait de lui. Quand arrêterait-elle de le torturer de cette manière ? Quand ce feu de violence qui brûlait en lui, s'apaiserait-il ? Chaque jour ce brasier s'étendait un peu plus, dévorant le peu d'humanité qu'il restait en lui…et il avait peur. Peur de ce qu'il pourrait devenir, peur de ce qu'il pourrait faire à Helen…peur de se perdre complètement dans cette folie…Il ne voulait pas devenir un monstre, il ne voulait pas faire de mal aux gens qu'il aimait. Alors pourquoi agissait-il ainsi ? Pourquoi trompait-il Helen, alors qu'elle lui offrait tout ce dont un homme pouvait rêver ? Pourquoi seule Victoria savait canaliser sa rage ? Pourquoi lui ?...pourquoi la vie lui infligeait elle une telle punition ? Qu'avait-il fait pour mériter cela ?

Le couple resta ainsi de longue minute, n'échangeant pas un seul mot. Ils profitèrent simplement du contact de l'autre, y trouvant le réconfort dont ils avaient besoin. Lorsque les pas de Gregory furent audibles, John se reconstitua un masque impassible, avant de relâcher doucement sa fiancée. Le médecin sortit de l'infirmerie, sans leur jeter un seul regard, prenant simplement le chemin de son bureau, où il s'enferma.

Le voir dans cet état de désespoir brisa Helen. Malgré toutes les querelles qu'ils pouvaient avoir, elle aimait son père plus que tout. Elle garda son regard sur cette porte close, son cœur se serrant pour cet homme inquiet.

-Va le rejoindre et rassure le. Il a eu très peur, et il a besoin de toi. Lui apprit John.

-Mais tu voulais voir Victoria.

-En effet. Et je pense également être assez grand pour trouver mon chemin seul. Après tout malgré la grandeur de cette infirmerie, un seul lit est occupé, n'est-ce pas ?

-Oui.

-Alors ne t'inquiète pas pour moi. La rassura-t-il. Rejoins-ton père et apaise ses craintes. Je te promets de ne point fatiguer ta sœur.

-Merci.

-De quoi ? Demanda le jeune avocat.

-De prendre soin de nous.

-Je fais simplement de mon mieux douce Helen.

La jeune femme esquissa un petit sourire, avant de se mettre sur la pointe des pieds, afin de déposer un chaste baiser sur les lèvres de son fiancé. Puis elle partit à la suite de son père, l'inquiétude guidant ses pas.

John l'observa disparaître au détour d'un couloir, avant d'entendre le bruit caractéristique d'une porte que l'on ouvre. Quand il fut sûr que la jeune femme était auprès de son géniteur, il se retourna vers cette fine barrière qui le séparait encore de son amante. Son cœur se serra à cette pensée, mais il prit son courage à deux mains et pénétra dans la petite infirmerie du sanctuaire. Immédiatement une odeur d'aseptisant lui monta au nez. La pièce sentait l'alcool.

Faisant fi de cette senteur, il fit un pas dans la petite salle. La lumière du soleil illuminait la pièce, grâce aux nombreuses fenêtres, dont elle était pourvue. Les rayons de l'astre solaire éclairaient les lits immaculés, leur donnant un aspect des plus religieux. Sur l'un d'entre eux, un corps inerte reposait. Le jeune homme s'en approcha sans bruit, prenant place dans le fauteuil bordant la couche médicale. Pendant quelques secondes, il laissa son regard s'attarder sur les formes de la jeune femme, détaillant tout son être.

Sa peau était aussi blanche que les draps la recouvrant. Elle ressemblait à ses poupées de porcelaine, pensa-t-il. Ses longs cheveux châtains, d'ordinaire coiffés, entouraient son visage endormi, avant de tomber en cascade le long de ses épaules nues. Ses bras placés le long de son corps étaient immobiles, et n'étaient guère plus colorés que ses joues. Sa poitrine, cachée par le linge de l'infirmerie, se soulevait lentement au rythme d'une respiration calme et profonde. Ses yeux se fixèrent sur ce spectacle, se faisant lentement hypnotisés, jusqu'à ce que le calme et la sérénité ne retrouvent place dans son esprit.

Dans ce petit sanctuaire de tranquillité, John se sentit en paix pour la première fois depuis très longtemps. Et malgré le chagrin enserrant son cœur, il ne ressentait plus aucune pulsion morbide…son être était tout simplement serein et en phase avec le monde l'entourant. Il le luttait plus contre qui il était, il ne se battait plus pour garder la tête hors de l'eau, il n'avait plus peur…il était lui tout simplement, dans toute son entièreté, et cela le rassurait et lui permettait de reprendre des forces face au combat qui l'attendait quand il sortirait d'ici. Car il savait que cette bataille contre le monstre qui l'habitait, reprendrait quand il quitterait ce lieu.

Soudain un sourire amer se dessina sur son visage. Tout cela n'était-il pas ironique ? Après tout il venait de découvrir qu'il devait souffrir pour être apaisé. Seule la douleur pouvait le faire redevenir lui-même...Cela ressemblait à un jeu cruel de la part de la vie. Malheureusement pour elle, il supportait de moins en moins ce genre de plaisanterie.

Lentement, il remonta son regard sur le visage de la jeune fille, la découvrant réveillée. Ses grands yeux bleus semblaient le fixer, sans pour autant le voir. Elle était perdue dans ses pensées, et des larmes ruisselaient le long de ses joues y creusant tel l'acide, des ornières de douleur. Elle souffrait autant que lui…il n'était pas seul. Soudain une envie violente s'empara de lui. Il voulait la serrer contre lui, la réconforter, lui montrer que tout irait bien. Il s'entendait déjà lui susurrer à l'oreille quelques paroles réconfortantes…mais il ne fit rien. Son corps refusait d'obéir à sa volonté. A la place, la question qui lui brûlait les lèvres, se formula sans son consentement.

-Ce bébé était mien n'est-ce pas ?

-Oui. Répondit-elle d'une voix étranglée, après quelques secondes.

Ce simple mot de trois lettres, fit voler son cœur en éclat. La douleur devint alors insupportable et la rage s'empara de nouveau de son être, prenant presque le dessus. Mais une chose arriva cependant à le calmer : la main que la jeune demoiselle avait posée sur la sienne. Il fixa alors ses faibles doigts entourer les siens, à la recherche d'un peu de force. Et malgré sa fébrilité, elle tenta de calmer les ténèbres qui envahissaient le corps de son amant. Elle s'était si souvent battue contre elles, qu'aujourd'hui elle ne voulait pas être à l'origine de leur victoire. Elle ne voulait pas que la folie l'emporte…alors allongée sur ce lit, elle essaya une nouvelle fois de sauver John…

-Pourquoi ? Demanda-t-il.

-Tu le sais pourquoi.

-J'ai besoin de l'entendre. La supplia John. J'ai besoin de le comprendre.

-Il n'était pas le fruit de l'amour et il n'aurait apporté que discorde et haine dans cette maison. Expliqua-t-elle simplement.

-Mais c'était mon enfant.

-Tu en auras plein avec Helen…et ils seront aimés. Ajouta-t-elle.

-Tu sais que j'en aurais pris soin.

-Je le sais.

-Alors pourquoi ?

-Parce que cela aurait été trop dur. Révéla-t-elle en fuyant son regard. Parce que te voir l'aimer elle et vivre avec elle, alors que nous avions une famille aurait été trop douloureux…et surtout parce que j'aime bien trop ma sœur, pour la trahir de cette manière.

-Victoria je…

-Ne dis rien. Le coupa-t-elle. Tu ne contrôle pas qui tu es, je le sais. Mais ne me demande pas pourquoi j'ai fait cela. Mon cœur saigne déjà assez de cette perte et de cet amour à sens unique, alors s'il te plait ne dis rien.

-Tu sais que cet amour n'est pas à sens unique.

-Mais je ne suis pas elle et ne le serai jamais. Père l'a compris depuis très longtemps. Et il est peut-être temps que tu le comprennes aussi.

-Mais je ne désire point que tu sois comme elle. Avoua-t-il.

-Alors que veux-tu ? Que recherches-tu ? Mon amour ? Tu l'as déjà ! Mon corps ? Il est déjà tiens ! Mon âme ? Tu ne l'auras jamais, la tienne est bien trop noire pour que je laisse sombrer la mienne avec elle.

-Je ne sais pas ce que je veux…mais c'était mon bébé…ma chair et mon sang…mon sauveur…Murmura-t-il les larmes aux yeux.

-Pardonne-moi…mais je ne pouvais le garder. C'était au-dessus de mes forces. Mais sache que je l'aimais. Le rassura-t-elle. Que je rêvais déjà de le tenir dans mes bras et de te le présenter.

-Je l'aurais aimé aussi tu sais. Lui apprit-il.

-Je sais. Mais je ne pouvais pas…il était…toi.

Cette dernière phrase brisa la jeune fille, qui se mit alors à pleurer à chaudes larmes cette perte immense. En tuant son bébé, c'était lui qu'elle avait tenté de tuer, son image…son côté sombre. Elle avait essayé de détruire son amour pour lui, afin de le libérer, pour que son âme puisse être sauve…Mais elle s'était trompée…cette noirceur avait été plus perverse, se nourrissant de cette souffrance qu'il éprouvait, pour dévorer davantage son cœur déjà bien meurtri par la vie. Dans son regard glacé, elle pouvait voir le fiancé de sa sœur mourir, pour ne laisser place plus qu'à son amant. Soudain la culpabilité s'empara d'elle…qu'avait-elle fait ?...Elle venait de faillir à sa mission, offrant Helen en pâture à ce loup. Ses larmes redoublèrent alors.

John se leva de son siège et vint s'asseoir près d'elle, la prenant dans ses bras. Il tenta alors de la calmer. Il la berça tendrement, lui chuchotant à l'oreille qu'il ne lui en voulait pas et que tout irait bien. Mais tout n'irait pas bien, le monstre allait gagner. Elle le savait aujourd'hui. Malgré tout ce qu'elle pourrait faire, elle ne gagnerait jamais…parce qu'elle était trop faible, parce qu'elle l'aimait trop.

John continuait de lui murmurer qu'il ne lui en voulait pas et qu'il comprenait son geste. Mais elle n'écoutait plus…Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'était pas seule face à sa douleur, il était avec elle, l'affrontant à deux. Ils n'étaient pas destinés à être ensemble et ce bébé aurait fait voler en éclat tout ce qu'il avait construit avec Helen…et pourtant tout l'amour qu'il pouvait porter à l'égard de sa fiancée, elle ne pouvait s'empêcher de la trahir, prenant un plaisir malsain à la tromper.

Comment un homme aussi bon que lui, pouvait être aussi mauvais ? Comment pouvait-il leur imposer cela ? Chaque jour pourtant, il tentait de redevenir le John qu'il avait été…et chaque jour il échouait, retournant dans les bras de sa maîtresse, où il pouvait se laisser aller et arrêter de lutter pendant quelques heure…Il était égoïste…et il n'arrivait pas à changer, malgré toute sa bonne volonté.

Lentement les larmes se mirent à couler sur ses joues, traçant de longs sillons humides, avant de venir mourir dans les cheveux de la jeune demoiselle. Il resserra alors sans s'en rendre compte son étreinte, s'accrochant à elle comme a une bouée. Il avait peur qu'en la lâchant, il ne sombre complètement et définitivement dans un abîme sans fin. Victoria ressentit son désarroi et tenta de le rassurer. Mais perdu au milieu de sa souffrance, elle ne put que le soutenir, lui montrant qu'il n'était pas seul devant les ténèbres.

Ce ne fut qu'au bout de longues minutes, que les larmes se tarirent, pourtant ils ne bougèrent pas, restant dans les bras de l'autre. Ils avaient besoin de cet instant pour se reprendre, pour redevenir eux, pour se prouver qu'ils étaient là pour eux…qu'ils n'étaient pas seuls. Puis doucement, John posa sa main sur le ventre de la petite française, faisant silencieusement ses adieux à ce bébé qu'il n'aurait jamais…à cette part de lui qui venait de disparaître. Quand enfin il se reprit un peu, il déposa un baiser sur la tempe de Victoria.

-Je te demande pardon. Chuchota le jeune homme.

-Pourquoi ?

-Pour qui je suis.

-Nous ne choisissons pas qui nous sommes, nous apprenons simplement à vivre avec. Lui appris la demoiselle.

-Je peux te jurer que je n'étais pas ainsi avant.

-Je le sais. Déclara-t-elle simplement. Mais la vie nous fait changer, sans que nous ne puissions rien faire à cela.

-Je sens cette violence grandir en moi…je ne veux pas devenir un monstre, je ne veux pas faire de mal à Helen…je ne le supporterais pas.

-Je sais tout cela. Ton âme est peut-être noire, mais ton cœur est bon. Le rassura Victoria.

-J'ai peur Victoria. Avoua-t-il.

-Moi aussi j'ai peur John, c'est pour cela que chaque jour je me bats…pour toi…pour Helen…pour moi. Parce que sans ça, je n'aurais aucun but, ma vie n'aurait aucun sens. Expliqua-t-elle. Mon âme n'aurait aucune raison d'être. Je ne suis pas née pour être riche, et encore moins être aimée. Je suis venue au monde pour servir les femmes, en soulageant leur compagnon, et c'est ce que je fais avec toi. Je soulage ton âme pour protéger la vie de ma sœur…malheureusement mon cœur est tombé amoureux du tien, sans que je ne puisse rien y faire. Car derrière la noirceur qui l'entache, il a su voir la beauté de ton être. Alors en silence je souffre, continuant à m'offrir à toi, sans jamais t'avoir réellement puisque ton cœur appartient à Helen, mais sache que ton âme est à moi.

- Promets-moi d'être toujours là ? La supplia John. Promets-moi de ne jamais m'abandonner, car j'ai l'impression que si tu partais, les ténèbres gagneraient.

-Je te le promets John.

Les deux amants restèrent ensuite, quelques minutes, sans dire un mot, partageant simplement un moment à deux. Les larmes coulaient sur leurs joues, mais peu importait l'épreuve qu'ils étaient en train de traverser, ils avaient l'autre pour se soutenir et se relever…du moins s'il le pouvait. Car plus le temps avancer, plus John avait l'impression que jamais il ne referait surface…cela était trop dur…trop fatiguant. Pourtant il voulait y croire, il aimait à penser que sa compagne avait raison…mais comment lui rendrait-elle son humanité alors que sa propre fiancée ne le pouvait ? Comment y parviendrait-elle ?

Alors que ses questions dévoraient son âme, les pleurs se tarirent. Victoria remonta alors son visage vers le sien, un léger sourire étirant ses lèvres. Face à cette vision angélique, il sut. Elle était la gardienne de son être, son ange gardien, et tant qu'elle serait auprès de lui, il ne pourrait rien lui arriver, car elle veillerait sur lui. Cette pensée apaisa son esprit. Et dans un tendre baiser, il captura ses lèvres. Puis sans un mot, il se leva, avant de quitter la pièce, sous le regard bienveillant de la jeune femme.