Bonsoir à tous !

Et nous y voilà enfin, le dernier chapitre de cette fanfiction…j'espère que mon histoire vous aura plus ! J'ai déjà une suite en préparation, mais n'hésitez pas à me dire si cela vaut le coup que je l'écrive ou non. Pour les plus curieux, la suite fera référence à l'épisode Normandy de la saison 3 de Sanctuary ! Alors n'hésitez pas à me donner votre opinion.

Voilà j'espère que mon histoire vous a plu ! Je tiens a remercier tous les gens qu'y m'ont encouragé et qui m'ont soutenue ses dernières semaines ! Je veux aussi remercier ceux qui m'ont laissé des reviews !

Merci à tous

Bonne lecture

A très bientôt

Le soir tomba rapidement sur la capitale anglaise. Ce fut Helen qui apporta le repas de sa sœur à l'infirmerie, voulant passer un peu de temps avec elle. Celle-ci était restée silencieuse toute la journée, et un peu de compagnie pour le diner ne lui ferait aucun mal, avait pensé la doctoresse. Pendant que la jeune demoiselle mangeait, la jeune femme lui raconta sa journée, et les derniers potins mondains, elle savait que Victoria en raffolait. Mais cela n'eut pas l'effet escompté, et le silence perdura. N'ayant plus de sujet de conversation, le médecin se tut, attendant que sa patiente ne daigne ouvrir la bouche. Malheureusement, les mots ne vinrent pas.

Quand elle eut finit son repas, elle repoussa simplement son assiette sur son plateau, avant de perdre son regard sur un point invisible. Helen l'observa alors, elle avait l'air si dévastée, si détruite. Pourquoi avait-elle fait cela, si elle n'en avait jamais eu envie ? L'avait-on forcée ?...Une crainte s'empara alors d'elle. Il s'inquiéta que Victoria ne sombre dans une dépression, sans qu'elle ne puisse rien y faire.

-Pourquoi ? Finit par demander Victoria.

-Pourquoi quoi ?

-Pourquoi m'as-tu toujours acceptée aussi facilement ? Rajouta-t-elle. Lorsque je suis arrivée ici, tu m'as immédiatement traitée comme ta sœur, alors que tu ne me connaissais même pas…pourquoi ?

-Honnêtement ? Je ne sais pas. J'ai suivi mon instinct. Il me hurlait d'agir ainsi. Je…j'ai grandit sans mère, comme tu le sais. Je sais le vide que cela produit dans nos vies. Je savais que tu avais perdu la tienne…je savais ce que tu ressentais. Et cela m'était insupportable, car cela aurait été revivre toute mon enfance…Si je t'ai offert mon amour c'était peut-être par compassion et cela était également égoïste. Car en t'aimant, je crois que je voulais me rapprocher un peu plus de père, qui ne faisait que parler de toi avec fierté dans ses lettres. Avec toi sous mon aile, j'ai eut l'impression de combler ce manque que ma mère m'a laissé en mourant. Et ce n'est pas vrai, je te connaissais…je connaissais ton âme, grâce à ce que père me racontait dans ses missives. Je sais c'est idiot, et plutôt irrationnel, mais même à moi je n'arrive pas à expliquer cet amour. Ce sentiment ne se commande pas, ne s'explique pas, ne s'apprivoise pas. Je l'ai compris en te rencontrant.

-Ce n'est pas idiot Helen. C'est juste que je me suis toujours demandée comment une grande dame de ta condition pouvait aimer une fille de petite vertu comme moi.

-Tu sais nous ne sommes point si différente. Malgré nos divergences d'opinion, nous recherchons la même chose : la liberté. Et je pense que je me suis reconnue en toi. Lorsque j'étais plus jeune, j'avais la même fougue que toi, mais le carcan mondain a su me transformer en une demoiselle plus rigide…moins ouverte d'esprit. Ce qui fait, qu'à un moment donné de ta vie tu as su faire des choix, que je n'avais même pas pris en considération tellement ils me semblaient impossibles, à cause de ma condition. Expliqua Helen, avec un regard bienveillant.

-Quand apprendras-tu que rien n'est impossible si l'on s'en donne les moyens ?

-Je l'apprends au quotidien, à tes côtés. Avoua la doctoresse.

Les deux sœurs se sourirent alors avec tendresse. Malgré les différences physiques, elles étaient les même à l'intérieur. Elles aspiraient à une vie sans contrainte, où elles seraient maîtresses de leur destinée. Et aujourd'hui elles savaient, qu'elles pouvaient trouver en l'autre une alliée de taille, pour réaliser ce souhait…Grâce à leur amour, elles étaient devenues qui elles étaient aujourd'hui, et qui elles seraient demain…

-Merci. Déclara Victoria.

-De quoi ?

-De m'avoir aimé dès le premier jour. Je crois que si ça n'avait pas était le cas, j'aurais pu très mal tourner dans ce monde qui m'étouffait.

-Pourquoi dis-tu cela ? S'inquiéta son ainée.

-Parce que tu as su me rassurer et me protéger, alors que j'étais perdue dans un monde étranger, bien trop différent de celui que j'avais toujours connu. Tu as toujours su trouver des espaces où je pouvais respirer sans crainte d'aucun jugement…alors merci.

-Ne me remercie jamais de t'aimer Victoria, car c'est comme si tu remerciais le soleil de briller ou les oiseaux de chanter…ils le font indépendamment de leur volonté.

-Je sais, mais…Commença la jeune fille.

-Pas de mais Vicky. Je t'aime, c'est tout ce qui importe.

-Je t'aime aussi Helen.

-Je sais. Bien il est temps de dormir, tu as besoin de repos. Déclara le médecin, tout en commençant à se relever.

-Reste ! La retint sa cadette, en attrapant sa main. Jusqu'à ce que je m'endorme…s'il te plait.

-Très bien. Concéda la doctoresse, en se rasseyant près d'elle.

La jeune fille se blottit alors contre Helen, avant qu'une larme ne roule sur sa joue. La jeune femme, se mit alors à caresser avec tendresse son dos, lui susurrant quelques paroles rassurantes à l'oreille. Mais cela n'eut pas vraiment l'air de marcher. Alors elle laissa sa petite sœur pleurer, elle en avait besoin. Quand celle-ci n'eut plus aucune larme à verser, elle sombra dans un sommeil sans rêves, épuisée par la journée écoulée. Son aînée resta encore quelques minutes, s'assurant que sa patiente allait bien physiquement, puis elle sortit sans bruit de la grande salle.

Quelques jours plus tard, tout le sanctuaire était en ébullition. Un nouvel anormal était arrivé en ville, et commettait des meurtres la nuit venue. Gregory avait fait appel aux meilleurs chasseurs, et leur promettait une grosse somme d'argent à qui le ramènerait dans sa demeure en premier.

Dès la nuit tombée, les hommes se préparèrent et partirent dans les rues Londoniennes. Bien sûr le vieil homme ordonna à ses filles de ne pas quitter la maison en son absence, bien trop inquiet de ce qui pourrait leur arriver si elles sortaient. Cet ordre déplu grandement aux deux sœurs, qui pourtant ne dirent rien devant leur père. Mais une fois celui-ci parti, Helen partit chercher des armes.

Pour une fois qu'il y avait un peu d'action dans cette bonne vieille ville de Londres, il était hors de question de rester les bras croisés. Elles avaient beau être des femmes, elles avaient le même droit que les autres, de mettre la main sur ce meurtrier. Bien sûr, elles faisaient cela par orgueil et non par vénalité, puisque la fortune de leur père ne les intéressait pas. C'est donc bien décidée qu'Helen se prépara à la chasse.

- Veux-tu m'accompagner ? Proposa-t-elle à sa sœur, connaissant déjà la réponse.

-Ai-je bien entendu ? La grande Helen Magnus braverait-elle l'interdiction de son père ? Ironisa Victoria.

-Premièrement ce n'est pas le premier ordre que j'enfreins. Et deuxièmement comment veut-il que je prenne sa relève si je ne puis chasser un anormal dès que l'occasion se présente ?

-Serait-ce ma fougue qui t'aurait envahie ? Car je crois entendre mes mots dans ta bouche.

-Cela en effet, est possible. Admit la jeune femme.

-Si père découvre la vérité, je dirais que tout est de ta faute. Plaisanta la jeune fille.

-Je n'en attendais pas moins de toi. Lui appris la doctoresse en souriant.

- Dans ce cas qu'attendons-nous ? Que la chasse commence !

Les deux Magnus finirent de se préparer, avant de sortir à leur tour, fusil en main. Immédiatement, l'excitation du danger s'empara d'elles, remplissant leur veine d'adrénaline pure. Mais la chance ne sembla pas leur sourire, car peu importait les rues qu'elles parcouraient, elles faisaient inexorablement face au calme. Néanmoins les deux demoiselles restèrent prudentes, tenant leur fusil prêt à faire feu, au cas où l'anomal pointerait le bout de son nez par surprise.

Soudain un bruit attira leur attention. D'un même reflexe, Victoria et Helen mirent en joug la partie sombre de la rue. John apparut alors, levant immédiatement les mains en signe de défense. Il ne s'attendait visiblement pas à un tel accueil. Le reconnaissant les deux sœurs baissèrent leur armes, soulagées.

-Doucement gentes demoiselles, ce n'est que moi !

-John ! Tu nous as fait peur. Tu n'aurais pas dû arriver de cette manière, surtout par les temps qui courent. Le gronda gentiment sa fiancée.

-Je te demande pardon.

-Ce n'est rien. Mais que fais-tu ici ?

-Je vous ai vu sortir du Manoir un peu plus tôt. J'étais inquiet pour votre sécurité. Alors je vous ai suivies, en espérant également vous apporter peut-être mon aide. Expliqua le jeune avocat.

-Nous aider ou nous chaperonner ? Demanda Victoria.

-Un peu de protection ne peut faire de mal cher ange.

-John a raison. Appuya sa sœur. Merci d'être venu.

-Mais c'est un plaisir ma douce. Répondit-il en lui baisant la main. Bien si vous me décriviez ce que vous cherchez.

Sa fiancée lui exposa alors la situation, lui racontant tout ce que son père avait bien voulu lui dire. Puis la jeune femme décida de couper le groupe en deux. Malgré son expérience des rues, Victoria se retrouva à faire équipe avec John. Elle tenta de protester, mais sa sœur réussit à la convaincre. Lui expliquant, qu'elle serait davantage rassurée de la savoir avec son fiancé que seule. Face au regard suppliant de la doctoresse, la jeune fille n'avait pu refuser, au plus grand bonheur du jeune avocat. C'est donc ainsi que le petit groupe se sépara.

John et Victoria empruntèrent une allée sombre, marchant en silence. Aucun des deux ne savait quoi raconter à l'autre. Il fallait avouer que depuis la fausse couche de la jeune française, les deux amants ne s'étaient guère vus, la douleur rongeant encore Victoria. Elle n'arrivait pas à se remettre de cette perte, et avait évité la présence du jeune homme. A son grand soulagement celui-ci s'était fait compréhensif, ne cherchant pas à la brusquer.

Alors c'est sans un mot, qu'ils s'enfoncèrent dans cette ruelle sombre. Mais lorsque Helen ne fut plus à portée de vue, son fiancé plaqua sa partenaire contre le mur, bloquant immédiatement ses poignets, afin qu'elle ne puisse pas se défendre. La demoiselle tenta pourtant de se libérer, malheureusement en vain. Mais lorsqu'elle comprit que l'emprise de son compagnon était trop forte, elle cessa de bouger.

-John lâche moi ! Ordonna-t-elle.

-Pourquoi ferais-je une telle chose douce enfant ?

-Parce que je te le demande.

-Mais je n'en ai point envie. Lui apprit-il, avant de se pencher vers son oreille. Je veux m'amuser un peu très chère. Cela fait des jours que tu me refuses ton lit, et mon corps ne le supporte plus.

-J'ai mes raisons de faire cela.

-Quelles sont-elles ?

-Tu le sais parfaitement. Déclara Victoria tristement.

-Ce n'est pas moi qui ai choisi de tuer notre enfant, alors pourquoi me punir ainsi ?

-Une punition ? Tu crois que c'est une punition ? Demanda-t-elle aux bords des larmes. Si tu crois cela, alors c'est que tu ne me connais pas. Maintenant lâche-moi.

-Non ! Tu as tué mon bébé ! Hurla-t-il presque, la folie se lisant dans son regard.

Ses mains refermèrent un peu plus leur étreinte sur les poignets de la jeune fille, qui ne put retenir un gémissement de douleur. Alors que la colère déformait les traits de cet homme, une peur panique s'empara d'elle. Allait-il la forcer par vengeance ? Etait-il capable d'une telle cruauté ? Etait-il capable de détruire cet amour qu'elle ressentait pour lui ? Elle l'avait aimé dès le premier regard, mais aujourd'hui elle semblait faire face à un inconnu. Un être dépourvu d'âme, qui semblait prêt à la blesser volontairement…et à le faire avec plaisir. Cette pensée fit frissonner tout son être. Cela provoqua une réaction inattendue de la part de John.

La sentant tremblée contre lui, il la relâcha immédiatement, prenant conscience de ce qu'il était en train de faire. Il recula alors, ses yeux cherchant à comprendre ce qui venait de se produire. Il semblait sous le choc. Victoria le remarqua alors, retrouvant enfin l'homme qu'elle avait toujours aimé. Tendrement, elle posa une main sur sa joue, ses yeux remplis de larmes. Un sourire doux se dessina sur son visage, afin de le rassurer. Mais John semblait bien trop perdu dans son dégout de lui-même pour le remarquer.

-Victoria je suis tellement…

-Shh. Le coupa-t-elle. Ce n'est rien.

-Je ne voulais pas…

-Je le sais.

-Je te demande pardon. La supplia-t-elle, les larmes aux yeux.

-Et je n'ai rien à te pardonner…c'est moi…je. Balbutia-t-elle, une larme roulant sur sa joue. Tu sais…jamais…jamais je n'ai voulu tuer notre enfant. Il m'était simplement interdit de le garder…je ne pouvais pas.

-Je sais…je…c'est juste que cela fait tellement mal. Avoua-t-il en baissant la tête.

-Je sais, je partage cette douleur, et elle me hantera le reste de ma vie. Mais sache que tu auras d'autres enfants, seulement ils ne seront pas de moi.

Le jeune homme acquiesça doucement, prenant conscience de ce qu'elle vivait également. Il était égoïste de penser que seul lui souffrait de cette situation. Après tout elle avait porté ce bébé, et l'avait perdu, mettant sa propre vie en danger. Il avait faillit la perdre également… cette pensée lui fit froid dans le dos. Doucement, il posa sa main sur la sienne, se rassurant sur le fait qu'elle allait bien et qu'elle était toujours là, auprès de lui…

Face à cette vision, la jeune fille se mit à sourire tendrement. John finit par l'imiter. Ils s'aimaient d'un amour interdit et qui ne leur était pas destiné…ils en étaient conscients. Pourtant ils ne pouvaient lutter contre lui…cela était bien trop dur. Alors ils s'étaient laissés aller, se noyant dans la peine et la joie, la douleur et le plaisir… tant de sentiments contradictoires se bousculaient autour d'eux, et tous étaient effacés par ce sentiment qui les liés à jamais.

Lentement John se pencha vers son amante, capturant ses lèvres avec tendresse. Victoria y répondit immédiatement. Si le baiser fut doux au début, très vite la passion les consuma. Leurs mains se cherchèrent et leurs corps se collèrent. Ils avaient besoin de l'autre pour guérir. Malheureusement un bruit les ramena sur terre. Un coup de feu venait d'être tiré. John tourna la tête vers la rue concerné.

-Helen ! S'exclama-t-il inquiet.

Les deux jeunes gens se séparèrent alors, avant de se mettre à courir dans la direction de la jeune femme. Lorsqu'ils arrivèrent dans la bonne allée, ils découvrirent Helen faisant face à un monstre aux griffes acérées. Helen tenta une nouvelle fois de lui tirer dessus, mais la créature dévia la balle d'un simple regard. Le plomb alla immédiatement s'encastrer dans un des murs les entourant, à la plus grande surprise des deux amants. Comment cette chose avait-elle pu faire cela sans toucher la charge ?

-Il est télépathe ! Leur apprit Helen, comme si elle lisait dans leurs pensées.

-Et ce n'est que maintenant que tu nous le dit ! La réprimanda Victoria. Comment peut-on l'approcher ?

-Vous devez l'occuper, pendant que je tenterais de l'anesthésier avec les nouvelles cartouches de père !

-Très bien.

La jeune fille s'approcha de l'anormal, faisant fit de ses grognement menaçants. John tenta de porter son attention sur lui, mais la créature ne semblait voir que Victoria qui s'approchait prudemment. Soudain un bruit sourd retentit de nouveau et la créature touchée à l'épaule lâcha un cri. Immédiatement, elle retira la petite seringue de sa peau et se tourna vers son attaquante, prête à se venger.

Alors que le monstre levée sa main en direction d'Helen, Victoria s'interposa, recevant le coup à sa place. Le cri de sa sœur déchira la nuit, mais n'arrêta pas l'anormal, qui d'un geste précis blessa mortellement la demoiselle.

Comme au ralentit, Helen vit le corps de Victoria tomber d'abord à genoux avant de s'effondrer totalement sur le sol, dos à elle. La créature ne s'attardât pas, prenant immédiatement ses jambes à son cou. Mais la doctoresse n'en avait cure, son regard restait désespérément fixé sur le corps immobile de sa sœur. Lentement elle lâcha son arme, prête à se précipiter vers elle, mais son fiancé l'intercepta et la serra contre lui. La jeune femme se débattit alors afin de se dégager, mais John tint bon et la garda contre lui, l'empêchant de voir un spectacle des plus horribles, qui le hanterait toute sa vie. Helen sentit doucement ses forces la quitter. Ses genoux lâchèrent, mais son fiancé la retint, la portant contre lui. Les larmes se mirent à couler sur ses joues, alors qu'elle regardait, impuissante, une marre de sang se former autour de la tête de Victoria.

Helen se mit à hurler contre le torse de John. Que venait-elle de faire ? Pourquoi n'avait-elle pas écouté son père ? Pourquoi avait-elle voulu le défier une nouvelle fois ? Ne trouvant aucune réponse, autre que sa fierté, elle continua de crier contre son compagnon. John caressait tendrement son dos, les larmes coulant silencieusement sur ses joues. Il ne pouvait détourner le regard du cadavre de son amour interdit, interdisant à son esprit de penser. Car s'il le faisait, il s'effondrerait, et en cet instant, il n'en avait pas le droit. Il devait rester fort pour sa future femme. Il aurait le temps de pleurer son amante, plus tard.

Alors sans un mot, il relâcha doucement le corps tremblant d'Helen, pour s'approcher de celui de sa défunte maitresse. D'un geste lent, il retira sa veste, avant de s'agenouiller et de la poser sur son visage paisible, après avoir tendrement fermé ses paupières. Puis dans un geste emprunt d'une infinie douceur, il souleva Victoria dans ses bras, la serrant contre lui, pour la protéger du froid. Et sans un regard pour cette rue maudite, il se mit à avancer vers le sanctuaire, suivit de sa fiancée, qui luttait pour rester debout.

Cette nuit là fut longue pour tous les résidents du sanctuaire. Après une énorme dispute entre Gregory et John, le vieil homme était parti s'enfermé dans sa chambre, ne pouvait se confronter au corps sans vie de son enfant. Helen avait voulu aller autopsier le corps de sa sœur. Mais son fiancé l'avait retenu, l'obligeant à faire face au fait qu'elle n'était pas prête pour cela. Alors à la place, ils étaient restés dans la chambre de la doctoresse, qui dès lors pleurait à chaude larme la perte de Victoria.

Le jeune avocat tenta de la réconforter, malheureusement que pouvait-il dire dans ce genre de circonstance ? Que tout finirait par aller mieux ? Que Victoria était mieux là où elle était désormais ? Comment pourrait-il dire de telles choses, alors que lui-même n'y croyait pas ? Non tout ne finirait pas par aller mieux, car la jeune fille n'était plus ! Et qui pouvait dire que l'après était mieux que la vie ? N'était-elle pas mieux ici ? Elle était aimée, désirée, et surtout sans elle qu'allait-il devenir ?

Il ne pouvait mentir à cette femme, qui deviendrait bientôt sienne. Alors à la place il garda le silence, la berçant doucement contre lui. Ils restèrent ainsi de longues minutes, jusqu'à ce que John sente le corps de sa compagne se détendre. Elle venait de sombrer dans l'inconscience, due à la fatigue causée par les larmes.

Avec douceur, il se dégagea de son étreinte, veillant à ce qu'elle ne se réveille pas. Puis sans bruit, il sortit de la chambre. Il emprunta alors un long couloir, qu'il connaissait par cœur, pour l'avoir prit des centaines de fois. Très vite…trop vite, il arriva devant une porte fermée. Durant quelques secondes, il l'observa, ne sachant que faire. Puis ses forces le gagnant, il finit par l'ouvrir, d'une main tremblante.

Immédiatement, une atmosphère pesante s'en échappa, comme si les murs de cette pièce renfermaient eux-mêmes la mort. La chambre était plongée dans la pénombre de la nuit, que seul le silence enveloppait dans une couverture de calme. Une bougie, près du lit, créait un peu de lumière, brisant cet environnement mortuaire. L'air était lourd…oppressant…chaud. Tout ici aspirait à la sérénité, créant une bulle de douceur pour cet enfant arrachée à la vie bien trop tôt.

Sans un bruit, John pénétra dans ce sanctuaire privé. Il referma la porte derrière lui, ne voulant briser cette atmosphère sereine. Il verrouilla ensuite la chambre, ne voulant être interrompu de personne. Il avait besoin de craquer à son tour, il avait besoin de se sentir seul…sans qu'aucun témoin ne puisse l'apercevoir dans cette détresse qu'enserrait son cœur. Il ne voulait personne…il ne voulait plus que disparaître à son tour.

D'un pas lent, il s'avança vers le lit, s'approchant avec désespoir de ce corps sans vie, qui autrefois l'avait rendu heureux. Allongée dans son linceul immaculée, l'attendait Victoria. Sa peau semblait faite de porcelaine, et ses cheveux châtain tombaient en cascade le long de ses frêles épaules. Sa poitrine ne se soulevait plus, tout comme son cœur ne battait plus. La vie en elle n'était plus.

Dans un geste d'une infinie douceur, John attrapa ses mains, les croisant délicatement sur son ventre, une larme venant mourir sur sa peau blanche. Etait-elle enfin heureuse ? Avait-elle réellement trouvé la sérénité qu'elle méritait ?...Avait-elle souffert ?

Son regard remonta lentement sur son visage. Ses traits semblaient détendus…paisible. Il vit presque un sourire se dessiner sur ses lèvres, comme ci ses années de souffrance avaient disparues. Ses paupières closes lui rappelaient que plus jamais il ne se noierait dans ces deux océans remplis de vitalité…plus jamais il n'entendrait sa voix…plus jamais il ne sourirait au son cristallin de son rire…plus jamais il ne serait le même.

Ses yeux se posèrent alors sur cette ligne rouge qui lui barrait le front. Cette simple blessure lui avait couté la vie. Malgré les apparences, il savait l'incision plus profonde…il avait vu sa chair et son os se briser dans cette rue. Il avait été la dernière personne qu'elle avait aperçue avant de rendre son dernier souffle. Il se rappellerait toute sa vie son regard s'éteindre. Une nouvelle fois, elle avait protégée sa sœur…une nouvelle fois elle s'était sacrifiée, évaluant sa vie bien en dessous de celle des autres…une nouvelle fois elle avait aimé…jusqu'à en mourir, offrant à sa sœur la chance de pouvoir vivre encore.

Les larmes se mirent à ruisseler sur les joues du jeune homme, qui ne pouvait plus retenir son émotion. Lentement il s'agenouilla à son chevet, enfouissant son visage dans les draps mortuaires, près de son corps. Qu'allait-il devenir ? Qui s'occuperait désormais de cette fureur en lui ? Qui l'empêcherait de faire du mal à Helen ? Qui l'aimerait au-delà de tout jugement ? Qui aimerait-il en retour de la même manière ? Pourquoi lui infligeait-on une telle punition ? Car il n'était point fou, il savait que sans Victoria son monde finirait par voler en éclat…qu'il finirait par sombrer. Sans elle, il allait se perdre. Il avait tant besoin d'elle, de son corps, de son amour, de son âme. Comment pourrait-il ne serait-ce que survivre sans ?

Doucement, le jeune homme se releva, ne quittant pas ce corps des yeux. Puis avec la même lenteur, il retira sa cravate, avant de se glisser sous les draps, près d'elle, l'entourant de ses bras. D'un geste délicat, il l'attira contre lui. Il se mit alors à la bercer, lui murmurant à l'oreille toutes ces choses qu'il n'avait jamais eut le courage de lui dire en face. Les larmes coulaient silencieusement sur ses joues, enfonçant chacune d'entre elle, un poignard dans son cœur endeuillé, avant de venir mourir dans les cheveux de la défunte demoiselle. Il resta ainsi de longues heures, ne cessant jamais de lui parler…il voulait la rassurer, il voulait prendre soin une dernière fois de son être…il voulait se rassurer sur le fait qu'elle n'avait peur là où il était. Mais toutes ces paroles furent vaines, puisque son cœur débordait de douleur et de craintes, que seule la jeune fille avait su autrefois apaiser. Alors ne voulant lui mentir davantage, il se mit à lui demander pardon pour ce qu'il était, pour ce qu'il avait fait, pour l'avoir blessé…pour l'avoir aimé. Car il ne l'avait jamais mérité, tout comme il ne méritait pas Helen. Il aurait voulu avoir fait plus, il aurait voulu la rendre heureuse au grand jour. Mais il ne lui avait offert que la nuit et les blessures. Et même si quelques moments de douceurs avaient été partagés, il s'excusa de ne pas lui en avoir offert plus. Il ne méritait pas de vivre…il ne méritait pas son amour…il ne méritait pas de l'avoir connue. Malgré cela il l'aimait, malgré la mort, il continuait de l'adorer…et il savait que ce feu ne s'éteindrait jamais. Alors dans un geste empreint d'un amour infini, il déposa un dernier baiser sur ses lèvres inertes, goutant pour la première fois à la mort.

Puis ne trouvant plus la force de chuchoter, il se remit à la bercer en silence, les larmes continuant de creuser des sillons humides le long de ses joues. Sans s'en rendre compte, John finit par sombrer dans le sommeil, ne relâchant pas pour autant le corps de son amante. Immédiatement son esprit l'emmena dans un pays chimérique, où la jeune française vivait encore.

Ce fut Helen qui les trouva en premier au petit matin. En effet, lorsqu'elle s'était réveillée seule dans son lit, elle s'était mise en quête de son fiancé. Ses pas l'avaient alors menée naturellement devant la porte de sa défunte sœur, qu'elle avait trouvé verrouillée. Ayant toujours un double des clefs sur elle, elle avait pu l'ouvrir sans mal. Et c'est dans la pénombre d'une chandelle mourante, qu'elle avait découvert un spectacle des plus touchanst.

Son fiancé était allongé dans le lit, serrant le corps sans vie de Victoria contre lui. Tant d'amour se dégageait de leurs corps, que cela émut la jeune femme. Elle avait toujours su que malgré leurs querelles, un lien fort unissait les deux individus. Aujourd'hui elle en avait la preuve. Les larmes lui montèrent doucement aux yeux.

Pourquoi ce drame arrivait-il ? Pourquoi lui enlevait-on sa sœur alors qu'elle allait en avoir besoin ? Pourquoi alors que la vie lui souriait, la mort venait frapper sa famille ? Lentement Helen posa sa main sur son ventre plat. Pourquoi alors que la vie grandissait en elle, le bonheur ne pouvait s'insinuer en elle ?

Elle avait découvert sa grossesse la veille, et avait voulu en parler à sa jeune sœur, mais le nouvel anormal ne lui en avait pas laissé le temps. John n'était également pas au courant. Comment pourrait-elle lui dire maintenant, alors que le deuil hantait cette maison ?

Les larmes redoublèrent alors, inondant ses joues pâles. Ce fut le bruit de ses sanglots qui réveilla son fiancé. Lentement, il ouvrit les yeux, émergeant doucement d'un rêve merveilleux où sa jeune amante était encore pleine de vie. Mais très vite la vérité le rattrapa, le replongeant dans un cauchemar sans fin. Contre lui, était blottit le cœur froid de Victoria…son cœur se serra un peu plus face à cette réalité.

Puis son regard se porta vers la porte, où il découvrit sa fiancée en pleurs. Immédiatement, il reposa délicatement le corps de la jeune française contre les oreillers, avant de se lever et de s'approcher d'Helen, qu'il serra dans ses bras. La jeune femme s'accrocha alors à lui, enfouissant son visage ravagé de larmes dans son épaule. John se mit alors à la bercer doucement, alors que de nouveau le chagrin humidifiait son propre visage.

Du seuil de la porte, il observa la jeune fille. Elle était si belle, habillée de ce sommeil éternel, pourtant il ne put s'empêcher de haïr cette vision. Il détestait la voir ainsi, sans cette étincelle de vie qui la caractérisait…sans ce souffle ardant qui la rendait sublime aux yeux du monde. Cette haine devint soudain étouffante, le faisant suffoquer…La panique s'empara de son être…il avait besoin d'air…il avait besoin d'oublier…de ne plus voir. Alors ne supportant plus ce spectacle morbide, il entraina la doctoresse dans le couloir, avant de refermer la porte de la chambre, y laissant sans le savoir son âme…

Durant la journée, John ne put rester enfermé dans les murs de cette maison, qui désormais ne lui semblait plus aussi accueillante. Il se retrouva seul dans les jardins, alors qu'Helen et Gregory préparaient le corps de la jeune fille pour l'enterrement, qui aurait lieu le lendemain. Il erra dans le parc, ses pas le menant dans les espaces qu'avait chéris Victoria. Très vite il se retrouva dans la roseraie du sanctuaire, et ne put se retenir d'humer les fleurs. Mais très vite cette douceur fut remplacée par la colère, et un rictus de haine déforma alors ses traits. Sa mains se referma alors sur une rose rouge, qu'il mit soudait en charpies. Malheureusement ce petit excès de violence ne suffit pas à calmer son esprit.

Il se mit alors à détruire une plante entière, blessant ses mains sur les épines. Sa colère augmentait avec les secondes passantes. Brusquement il se retourna, ses yeux noirs de haines, étaient à la recherche d'une autre proie, qu'il ne trouva pas. Néanmoins son regard tomba sur le petit portail qu'avait emprunté tant de fois Victoria, la nuit pour sortir. John s'avança vers lui et sortit de la demeure des Magnus, ses pas étant dirigés par une douce folie meurtrière.

Lentement il prit le chemin de George Yard, faisant fit du monde extérieur. Plus rien n'existait dorénavant, hormis la douleur qui l'aveuglait. Il ne remarqua même pas la nuit tomber. Puis dans un geste irréfléchi il sortit un poignard de sa poche, qu'il gardait toujours sur lui, en cas d'attaque durant ses sorties nocturnes. Et lorsque sa route croisa celle d'Emma Turner, une prostituée qu'il connaissait bien, pour avoir été l'une des amies de Victoria, il sut qu'il était définitivement perdu.

En cette nuit du 7 Août 1888, John Druitt disparut à jamais.

FIN