CHAPITRE 3 - Recules et sautes !
Le silence retomba. Malefoy avait baissé la tête pour regarder le fond de son verre vide qu'il tournait entre ses mains, comme s'il s'était sagit d'une tasse de thé qu'il cherchait des réponses à ses questions. Harry le regardait curieusement. Pas comme s'il attendait le suite non, il s'en fichait de connaître la fin du récit de son pire ennemi, même s'il allait l'entendre. Il le regardait plutôt comme s'il était une bête bizarre, sortie d'un autre espace temps. Il ne l'avait jamais vu se comporter aussi étrangement, se montrant si fragile. C'était une face de Draco qu'il n'avait jamais même entre-aperçu. Il n'avait connu que le Draco froid, arrogant et désagréable. Peut-être que finalement ce n'était pas une mascarade ! Peut-être que cette conversation à sens unique était-elle sincère... Après tout, Potter n'avait jamais vraiment cherché à connaître sa Némésis autrement que comme il voulait lui apparaître. Il ne se serait jamais douté qu'un être calme et fragile se cachait sous cette peau dure et noire.
- Nous avions un peu bu, nous, les cinquième année que tout le monde redoutait, et mes camarades se sont mis à raconter leurs exploits. Jamais je n'aurai cru que Crabbe et Goyle aient eut autant de conquête. Enfin, tu me connais je pense, j'ai une réputation de dragueur sur les bras. Une centaine de filles s'amusent à se vanter encore maintenant d'avoir couché avec le séduisant Draco Malefoy.
Un rictus méprisant sortit de la bouche du Serpentard. Il n'était pas si fier de sa réputation de séducteur, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.
- Tu sais autant que moi qu'ici, les rumeurs, ça va ça vient, ça se propage dans tous les sens sans qu'on puisse les arrêter. Beaucoup de filles qui rêvent de cotoyer un corps de rêve comme le mien se sont servie de cette faculté pour faire circuler des histoires entre elles et moi. Contrairement à toi, j'ai une réputation à tenir et je ne voulais pas être la honte de la famille. Alors ce soir-là, dans la salle commune, j'ai gardé ce masque de froideur que tu connais si bien, refusant de partager ma vie intime et écoutant celle des autres, comme un voyeur. Ca m'a beaucoup fait réfléchir et une question trottait dans ma tête : pourquoi est-ce que je refusais de profiter de ces filles qui se jettaient à mes pieds ? Le lendemain, j'ai parcouru l'école en long et en large afin de trouver une jolie fille avec qui passer réellement la nuit, et pas seulement dans ses fantasmes. Aucune de mes prétendantes ne me tapa à l'oeil. Elles étaient toutes quelconque, elles m'étaient indifférentes. J'aurai pu baisser les bras tout de suite mais je suis dans le genre déterminé et j'en ai pris une au hasard qui n'était pas trop moche. J'ai essayé. Mais rien que l'idée de passer à l'acte me donnait la gerbe ! La nuit qui passa fut la pire de ma vie. J'ai fait comme si c'était sa faute si nous n'avions pas prit notre pied et je l'ai jeté.
Harry était malgré lui captivé par l'histoire de Draco et avait pitié de lui mais se demandait pourquoi il lui racontait tout ça. C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'il en avait à faire de ses échecs ? Il resta silencieux, comme si le moindre bruit de sa part, le moindre geste, génèrerait une réaction violente de la part du blond. Ce dernier avait l'air bouleversé de se remémorer ces mauvais souvenirs, mais il continua, ne se souciant pas des douze coups de minuit qui sonnaient.
- Et puis je me suis dit que ce n'était pas ce qu'il me fallait. Quelques nuits plus tard, j'étais dans les bras d'un garçon de septième année à Poufsouffle. Je pensais que ça irait, mais non. Je vais t'avouer que j'ai vite pensé que c'était moi qui avait un problème. J'étais pas, tu as d'ailleurs dut t'en rendre compte puisque je ne te bousculais même plus à la sortie des cours ! Mais au bout d'une semaine, j'ai trouvé ce qui clochait. C'était ta faute Potter, tout était de ta faute.
Draco leva la tête vers Harry qui s'étonna de cette révélation. Qu'avait-il donc fait encore ? Pourquoi tout était sa faute à lui, tout le temps ? Malfoy n'avait qu'à prendre ses responsabilités après tout, que pouvait-il y faire lui qu'il soit sexuellement incompatible avec toute espèce humaine ?
- Je me suis vite rendu à l'évidence, lors de cette semaine, que ma vie ne tournait plus qu'autour de toi. Toute la journée, il me fallait ma dose de Potter, même minime. Si je ne te parlais pas, si je ne te touchais pas, ni même t'avais dans mon champs de vision, j'étais mal. Tu étais le seul pour qui je prêtais réellement de l'attention, même si c'était pour te haïr, t'insulter, te frapper ou te lancer des sorts. Une semaine sans toi m'a fait l'effet d'un électrochoc. Depuis, mes attaques se faisaient plus fréquentes, plus longues, plus dures, mais j'étais heureux que tu sois là et je revenais à chaque fois plus joyeux de nos affrontements, parce que tu me regardais, tu faisais attention à moi !
Tout à coup, Harry eut peur de ces révélations. Draco allait-il faire de lui son esclave, le garder enfermé ici à jamais et faire comme s'il avait disparu à l'extérieur de cet appartement ? Allait-il le torturer toute la nuit pour assouvir ses besoins de contacts haineux, ainsi que les nuits suivantes, jusqu'à ce qu'il soit satisfait ? Pourtant, il n'avait pas l'air très agressif, mais plutôt désemparé, comme si c'était lui la victime dans l'histoire.
- En fin d'année dernière, quand tu es revenu du Ministère de la Magie tout cabossé et triste d'avoir perdu ton parrain, j'étais triste aussi de te voir dans un tel état, et j'en voulais à mon père, ma tante, au Seigneur des Ténèbres, pour t'avoir fait subir tout ça. Pourtant, je ne pouvais rien faire d'autre pour t'apaiser que de te regarder dormir lorsque tes amis n'étaient pas à l'infirmerie. Tu avais de la fièvre la première nuit, et Pomfresh n'était pas de garde, alors j'ai prit une bassine, de l'eau chaude et t'ai épongé le front. Tu n'arrêtais pas de prononcer son prénom : Sirius. Et, malgré moi, j'ai été jaloux. C'est alors que je me suis rendu compte que je préférais de loin prendre soin de toi que te détruire. Ce n'étais pas de la haine que j'avais pour toi mais de l'amour...
Explication du titre : Interprétation de l'expression "Se jeter à l'eau", qui signifie rassembler tout son courage et foncer, faire une action périlleuse. Ici, Draco avoue à Harry qu'il l'aime
C'est-y pas mignon ? Mais comment va réagir notre boulet national ? La suite au prochain week-end je promets =)
