- Chapitre 2 -
L'inquiétude s'empare de toi. Cela fait quelques heures déjà que Jan est parti en courant. Le car une fois stoppé, il était sorti rapidement, et s'était enfuis loin de vous. Et si tu arrivais à regarder autour de toi, si la peur ne bloquais pas ton regard, tu verrais que tu n'es pas le seul à t'inquiéter. Les autres aussi. T:mo, Juri, Linke et Franky s'inquiètent eux aussi à leur façon, mais tu arriverais à démasquer cette peur qui vous appartient à tous. Sans savoir pourquoi, vous vous inquiétez énormément ; sans savoir ce qui lui est arrivé, vous vous faites des films, comme pris d'un pressentiment.
Tu repense à tout ce qui vous est arrivé depuis quelques heures a peines.
Vous rouliez vers Berlin, vous étiez sur cette route paumée, près de cette ville dont vous distinguiez les bâtiments les plus hauts. L'Eglise, et d'autres. Soudainement, quelqu'un s'est retrouvé devant votre tour-bus. Vous ne distinguiez pas ses traits. Le temps ne le permettait pas. Et puis de toute façon, vous n'en aviez pas eu le temps. Le chauffeur avait pilé. Essayé tant bien que mal d'éviter l'homme. Il y avait eu un choc, et Jan avait été le premier à descendre. A sortir du bus. Vous êtes tous allé voir. Le corps était brisé. Projeté qu'il avait été par le choc d'avec le bus, il était légèrement démembré, et le sang tachait le sol. Le visage était méconnaissable. Défiguré. Jan, pris de nausée, comme tous les autres d'ailleurs, s'est éloigné du corps. Lui est allé jusqu'au bord de la chaussée, et a vomi. Pendant ce temps, T:mo a appelé la police, conscient que les secours ne serviraient à rien désormais. Tu t'est retourné, a parlé avec T:mo qui raccrochait. Les flics arrivaient dès que possible. Linke et Franky parlaient eux aussi, pendant que Juri vomissait près du bus. Tu t'est retourné vers le bord de la chaussée, et Jan qui s'y était trouvé l'instant d'avant n'était plus là. Vous l'avez cherché partout, du moins dans les environs du bus, mais n'avez rien vu. La police est arrivée. Vous avez déclaré la disparition de votre ami, et vous attendez désormais dans le bus, anxieux.
Le temps passe, et tu stresse de plus en plus. T:mo tourne en rond dans l'espace contenu entre toi et la fenêtre. Linke joue du piano, en haut, comme pour se vider un peu. Juri tape sur tout ce qu'il trouve dans la cuisine. Les verres, les assiettes, les casseroles, produisant un bruit d'enfer. Et Franky, à côté de Juri, lui gueulant d'arrêter son vacarme. Et puis tout d'un coup, les flics reviennent. A leur tête, tu devine qu'il s'est passé quelque chose. Mais quoi...
Tu appelle Linke à descendre. Juri arrête son boucan en voyant les flics. T:mo s'arrête brusquement, et la voix de Franky s'éteins dans sa george. Les flics vous regardent, et détournent les yeux quand vous les fixez trop longtemps.
"Messieurs, nous avons des nouvelles.."
Le silence qui suit cette déclaration refroidit tout le monde. Personne ne se lance à prononcer cette phrase qui pourrait tout changer au sein du groupe, vous le sentez tous très bien. Personne ne se jette à l'eau, tout le monde se terre dans ce petit silence gêné, et les flics vous regardent à tour de rôle, essayant de voir lequel leur demandera d'enfin dire la nouvelle..
"... Oui?" se lança enfin T:mo.
"Nous avons retrouvé Jan.." continua le policier.
Vous vous regardez tous. Vous n'osez pas encore respirer, vous sentez trop qu'il y a autre chose. Quelque chose que les flics n'ont pas encore dit, et qu'ils vous cachent un peu avant de vous le dire, comme si la nouvelle devait vous détruire. Et vous, vous savez, mais c'est comme si le prononcer vous porterait malheur. Vous vous refusez à porter la moindre hypothèse sur ce qui est arrivé à votre DJ. Et toutes les hypothèses, des plus plausibles aux plus folles te passent dans la tête. Tu te doute qu'elles passent aussi dans les têtes de tes amis. Jan s'est pris un mur. Jan écrasé par une voiture. Jan s'est fait kidnappé. Jan est tombé dans le fleuve. Jan s'en est sorti mais est frigorifié. Jan ne s'en est pas sorti, il s'est noyé. Jan s'est fait tué par une horde de groupies en chaleur. Jan s'est fait volé son cache-visage. Jan s'est fait voler tout son fric. Jan est tombé amoureux d'une pauvresse agricultrice dans le coin. Jan s'est pris une branche d'arbre dans la forêt par laquelle il s'est échappé. Jan s'est.. Tout y passe. Certaines te font sourire malgré toi, et tu sais pertinemment que ces propositions gentilles qui font sourire n'ont rien a voir avec la réalité. Tu sais très bien que la réalité sera tout autre, et d'autant plus dure à avaler.
"Mais.." prononce un flic, comme pour encourager l'un d'entre vous.
"Mais?" demande T:mo.
"Mais il a été sauvagement assassiné. Nous sommes désolé. Nos hommes sont actuellement à la recherche du meurtrier."
Et la, tout s'écroule. Le peu d'espoir qu'il vous restait est définitivement réduit en miettes. Tu te doutais bien que Jan ne pouvait pas ne s'être pris qu'une branche dans la gueule. Ca t'aurait paru trop facile. Mais si agréable. La, tout votre monde s'écroule. Le silence s'installe de nouveau entre vous tous, tandis que les flics s'éloignent déjà pour parler avec d'autres. Aucun d'entre vous n'ose briser le silence qui s'impose à vous comme naturel. Jan est mort. Jan a été tué. Jan s'est fait assassiné. Jan s'est fait tué sauvagement. Jan n'est plus la. Jan ne sera plus jamais la. Et petit a petit, ces mots vous traversent. Vous comprenez peu à peu la signification de la mort de votre ami. La signification. Plus de Jan. Plus de cet ami. Plus de DJ. Plus de groupe, puisque le groupe c'était T:mo, Franky, Linke, Juri, toi et Jan. Pas sans l'un. Pas sans l'autre. Pas sans Jan. Désormais, il n'y avait plus de Panik, et la perte de Jan vous laissait un grand trou dans le cœur. Un vide, que vous saviez très bien ne jamais pouvoir combler.
Vous vous asseyez tous. En cercle. Et la encore, le vide causé par l'absence de Jan se prononce encore plus. Cette présence vous manque. Désormais, elle vous apparaîtrait comme rassurante, apaisante. Mais il ne fait plus partie des vôtres, et ce fait vous déroute, vous mets mal à l'aises, même vis à vis des autres. Vous ne savez plus comment vous comporter, alors que la meilleure façon serait sans doute de pleurer dans les bras des autres un bon coup. D'ailleurs, tu aimerais te réfugier dans les bras de T:mo, et y chialer. Mais la décence t'en empêche, et puis, tu ne sais pas. Tu ne sais plus. Vous restez comme cela, à vous regarder en chiens de faïence longtemps. Puis, petit à petit, vous émergez de votre torpeur, et vous vous dirigez vers vos lits. Sauf Franky, que tu vois bien sortir du bus. Tu ne le suis pas, pris d'une forte envie d'être seul, dans ton lit, pour enfin pouvoir chialer
Et en effet, une fois dans ton lit, tu chiale. Une fois recouvert par tes draps, tu pleure. Tu sais que les autres t'endentent, mais il savent pourquoi. Tu pleure, et la fatigue t'emporte, loin de Franky, loin des autres, loin du souvenir de Jan, loin de tout.
