- Chapitre 4 -

Il est bien tard lorsque tu te réveille en sursaut. Tu crois ressentir quelque chose. Tu crois, et puis finalement te dis que non, ça n'est rien. Tu te lève et va boire un verre d'eau. Puis, tu te recouche. Alors que tu es fatigué et que tu penserais que le sommeil viendrait te cueillir rapidement, il se montre pas, et tu reste éveillé dans tes draps. La chaleur étouffante de la pseudo chambre t'empêche de te détendre, et t'excite au maximum. Tu te sens transpirer, bouger, gigoter dans ton lit.

"David.. Dors!" gronde Linke d'une voix ensommeillée.

Tu sursaute, et arrête tout mouvement, jusqu'a ré-entendre trois respirations calmes. Tu remarque bien que Franky n'est toujours pas revenu, et tu te demande si ton malaise ne serais pas dû à quelque chose qui lui serait arrivé. Non. Tu n'a pas de lien assez proche envers lui pour ressentir une quelconque peur. Et puis, des flics surveillaient les environs, de même que des gardes du corps.

Tu réfléchis, et tu n'arrive toujours pas à dormir. Tes yeux restent ouverts, et ne daignent pas rester fermer plus de cinq secondes. La mort de Jan vous à foutu un coup. Tu repense au blondinet. Et à tout ce que vous avez vécus tous ensembles depuis quelques années déjà. Tu le revois sur scène, derrière ses platines, heureux. Tu revois ses regards qui veulent tout dire, tout ce qu'il cachait derrière ses putains d'yeux, et que personne a part toi, Timo, Franky, Linke ou Juri n'arrivait à déchiffrer. Tu le revois faire la grimace devant une grosse assiette de frites, et sourire bêtement à la vue d'une salade de tomate. Tu le revois enfiler son cache-visage, remettre sa casquette, et ébaucher un semblant de sourire discret derrière tout cet attirail. Tu le revois arriver fièrement devant vous, en vous montrant son tatouage, il venait de se le faire. Tu le revois s'amuser lorsque vous faisiez le clip de Vorbei. Dans sa tenue de ninja, et tu te revois toi, concentré sur ton bâton, Linke sur la jeune femme, Timo sur le sabre, et Franky près de l'eau. Tu le revois éclater de rire après une bonne blague de Timo, et rester sérieux lorsque vous composiez une musique. Tu le revois s'énerver après sa manette de play-station jusqu'à tard le soir, grognant dès qu'il perdait, jubilant lorsqu'il gagnait. Tu le revois faire du snow-board, et s'éclater la tronche par terre, dans la neige, il avait mal mais était heureux. Tu le revois plancher sur ses devoirs lorsque vous alliez encore en cours, travailler dur sur ses exos de maths, qu'au final il n'arrivais pas à faire. Bosser à fond sur un exo d'allemand, et puis finir par le laisser tomber tellement tout cela l'énervais. Tu le revois mettre un CD dans sa chaîne, et écouter la musique à fond. Tu revois ces nombreux 1er mars. Tous ces anniversaires que vous lui avez souhaité. Tous ces cadeaux que vous lui avez offert. Tu revois son sourire niais quand il avait eu un casque, une nouvelle play parce qu'il avait fracassé l'ancienne. Tu revois sa tête lorsqu'il avait ouvert le cadeau de Timo –que ce dernier avait choisi suite à un pari avec Jan- pour ses 15 ans : une poupée. Tu le revois piquer un fard, la première fois qu'il avait passé la nuit ailleurs que chez lui, et qu'il vous en avait parlé, a vous, jeune allemands passionnés de musique. Tu le revois vivant, avec des émotions, des sentiments ; et tu a du mal à l'imaginer autre, mort. Sans rien.

Les larmes te viennent au yeux à trop repenser à celui qui ne fera désormais plus parti de votre présent et de votre quotidien. Et tout d'un coup, tu a peur pour Franky. Qui sait ou il est? Personne. Qui sait par où il est partit? Personne. Personne n'a rattrapé le meurtrier de Jan, et qui sait s'il ne désire pas s'en prendre à tout le groupe? Qui sait s'il ne les traque pas tous dans l'espoir de les tuer? Personne. Et cette absence de sécurité te fait tressaillir. Comme frappé par l'évidence, tu te dis qu'il est arrivé quelque chose. Puis, tu repense à tous ces gardes autour de vous. A toutes ces personnes qui vous surveillent. Et tu te dis que non, c'est impossible qu'il se passe quelque chose. Un mort ça suffit. Il ne peut pas continuer, et tous vous tuer. Franky.. Tu te demande ce qu'il fait. Tu aimerais le rejoindre, histoire de parler avec lui. Entendre sa voix. Parler, parler. Et puis finir par s'endormir peut être.. Et puis tu te dis que non, Franky ne peux pas être mort, parce que Franky, c'est Franky. Il est lui aussi irremplaçable dans le groupe.. Comme Jan. Mais Jan est mort. Jan. Jan. Mort. Et tu te demande comment les autres font pour dormir. Pour arriver à fermer l'œil, alors que l'un de leur plus proche ami vient de crever. Alors que quelqu'un qui partageait tout avec eux vient de s'éteindre. Tu te demande s'ils ressentent la même chose que toi. Si ils ont peur, pour eux, pour les autres. S'ils sont tristes. S'ils doutent.

Et au fil du temps qui défile, ton esprit s'égare de nouveau vers Jan. Jan qui est mort, n'est plus parmis vous. N'est plus des votre. Et tu te dis que si le groupe doit continuer, c'est, soit sans DJ, soit avec un nouveau. Et toi, tu te sens pas capable d'accepter un "remplaçant" de Jan. Parce que Jan était unique. Et que les liens qui vous unissaient tous sont et étaient bien trop fort pour être remplacés. Alors si le groupe doit "embaucher" quelqu'un d'autre, ça sera sans toi. Mais tu sais pertinemment que non, ils n'intègreront pas quelqu'un d'autre, parce qu'ils sont dans le même cas que toi. Et doucement, ton esprit sombre vers le noir, le sommeil t'ouvre enfin les bras. Alors qu'il fait jour. Alors que des flics approchent du tour-bus. Alors que tout continue, tu sombre et t'endors.