CHAPITRE 6

La vie continue. Irrémédiablement, même si la peur vous tiraille le ventre 24 heures sur 24. Au contraire, elle vous fait vivre chaque instant plus fortement. Comme s'il était le dernier moment de votre vie. Chaque minutes passée à respirer est une bénédiction.

La tournée à été annulée. Le car est rentré au garage. Et vous à Hambourg. Des gardes surveillent l'immeuble. Entrées et sorties sont surveillées, programmées. Et cet après-midi, c'est l'enterrement de Jan et Franky. Et toi, tu as une grosse boule dans la george. Comme si tu pressentais quelque chose. Sauf que tu ne pressens rien. Tu sais seulement qu'il ne faudra pas grand chose pour te faire perdre ton calme et éclater en sanglot cet après-midi.

Cet après-midi, c'est la disparition de vos amis. C'est la fin du groupe. Avec les corps de vos deux amis, c'est Panik qui est enterré. Et votre passion pour la musique subsiste. Mais est-elle réelle dans toute cette merde? Et est-elle juste alors que deux de vos meilleurs amis qui ne souhaitaient que vivre pour et de cette musique ont crevé?

Cet après-midi, c'est la fin des épreuves vous vous dites. Vos sorties sont organisées. Vous ne risquez plus rien. Vous êtes protégés continuellement. L'épreuve à durée deux jours, et s'est pourtant révélée dure à surmonter. Cet après-midi, c'est l'enterrement de vos deux meilleurs amis, à toi, Linke, David et Timo. Cet après-midi, c'est l'enterrement de Franky et Jan. Cet après-midi, c'est la fin d'une époque déjà révolue, ou sourire était si facile, ou rire était naturel, et ou amitié rimais avec éternité. Cet après-midi, c'est l'enterrement de Jan et Franky. L'enterrement de toute une vie.

"Juri. Tu viens? Faut aller à au cimetière maintenant."

Linke. Il continue à afficher ce sourire rêveur qu'il a toujours possédé, mais pour toi, il sonne tellement faux. Tellement comme avant.

"Oui. Je viens."

"Reste près de moi."

C'est comme ça tout le temps maintenant. Même si vous êtes surveillés, vous êtes sur vos gardes, et vous restez deux par deux. Toi et Linke. David et Timo. C'est un besoin, plus qu'une envie, quoi que désormais, tout ce que tu souhaite, c'est que Linke reste à tes côtés éternellement. Pour toujours. Que vous soyez toujours ensembles, bras contre bras.

"Où sont Timo et David?"

"Devant nous Juri. Juste devant nous."

Tu lève les yeux, et capte le regard amical de Timo. Il a entendu ta question. Désormais vos seules préoccupations sont la survie des autres. Timo se ferait tuer pour David, Linke ou toi, tu le sais ; tout comme tu crèverais pour Timo, David et Linke ; tout comme David crèverais pour Timo, Linke et toi ; tout comme Linke crèverais pour Timo, David et toi. Désormais, c'est "Tous pour un, et un pour tous."

La voiture vous attends. Elle vous conduira au cimetière. Devant vous, les corbillards. Et à côtés, des fans. En pleurs. Des milliers de fans sur la route du cimetière. La dernière demeure de vos amis. La voiture roule trop vite à ton goût, bien qu'elle soit très lente. La voiture arrive trop rapidement au cimetière à ton goût. La voiture n'est plus à ton goût en fait. La voiture stoppe, et comme des automates, vous descendez de voiture. Et rentrez dans le cimetière. Les familles de Franky et Jan sont là. En pleurs. Douleur de plus. Se dire que leurs enfants sont morts, et pas les autres, piètres consolations. En cercle autour des trous dans la terre, vous attendez. Vous attendez que les deux cercueils arrivent. Et ils arrivent. Et ils descendent sous terre. Et soudainement, alors que vous avez tous si bien su garder votre calme jusqu'ici, tout explose. Vos larmes, vos cris, vos pleurs, vos peines. Vous détournez le regard des trous dans la terre, vous resserrez les uns contre les autres. Puisque cette amitié est tout ce qu'il vous reste. Vous serrez, et vous resserrez. Vos corps enlacés se tiennent compagnie, pour le meilleur comme pour le pire, tout comme les cercueils de Franky et Jan se tiennent compagnie par la proximité de leurs antres. Franky. Et Jan. Pleurs. Vous n'en pouvez plus. Et les gardes vous reconduisent à la voiture. Dans laquelle vous montez, comme des automates, comme vous en êtes descendus.

Et la voiture s'apprête à vous ramener vers votre appartement. Seulement tu relève brusquement la tête.

"Conduis nous au bar ********"

"Pardon?"

"Au bar ********"

"Les ordres sont formels. Pas de détour."

"Au bar ********"

"Monsieur Schewe.."

"Juri à dis au bar ********. Alors conduisez nous au bar ********"

"Comme vous voudrez."

Et le conducteur prends une autre route. Et tu sais très bien que les gardes ne vous suivent pas, que vous êtes seuls à savoir ou vous allez, ou vous serez. Tu sais très bien que le risque est grand, mais tu désire voir que la vie existe encore. Ils peuvent comprendre non? Oui. Timo, Linke et David peuvent comprendre. Ils comprennent. Et le conducteur s'arrête au bar. Vous descendez de la voiture, pour la énième fois de la journée. Direction le bruit. Direction la vie, si elle existe toujours.

Le fracas des verres, des assiettes, des voix te casse les oreilles ; le mélange des odeurs de cigarette, de transpiration, de familiarité, de bonheur te prends au nez. Oui, la vie est toujours présente. Vous vous installez à cette grande table du fond. Celle qui t'attire. Celle qui attire Timo, David et Linke par sa présence. Vous vous installez à cette grande table du fond, et attendez.

"Je vais au toilettes."

Tu te lève, et te dirige vers le fond du bar. Les autres admirent le lieu. Respirent cette bonne odeur de liberté, de joie, de vie qui y flotte, et qu'ils n'ont pas ressentie depuis belle lurette. Tu vas au toilettes. L'envie était pressante.

Et soudain, de derrière toi surgit un homme. Grand. Maigre. Tu te retourne.

"Bonjours Juri Schewe. Je suis Markus."

Markus. Tu ne connais pas. Non, décidément, tu ne connais pas. Tu as beau chercher, rechercher, tu ne trouve pas.

"C'est moi qui ai tué Jan et Franky."

Jan. Franky. Tué. C'est le meurtrier. Celui que vous vous évertuez à fuir depuis quelques jours. Celui qui vous menace, celui dont vous devez éviter le chemin. Coûte que coûte. Il te regarde, et soudain, sors un coton de son dos, et te le plaque contre la bouche et le nez. Douce odeur qui t'endors. Ferme les yeux, ça vaudra mieux.

Quand tu les rouvre, c'est pour voir un mur, enfin, un plafond serait plus juste. Tu tourne la tête. Essaye de bouger, mais tu vois que tes bras et jambes sont bloquées, empêchant le moindre mouvement. Tu es bloqué, et à tes côtés, Markus, air de folie, couteau à la main.

"Je commence par où Juri?"

Tu le regarde, ahuri. Que veux-t-il te faire? Tu regarde le couteau. Markus. Le couteau. Toi. Tu es nu. Tu ne l'avais pas remarqué. Le couteau.

"Hum.. On commence par les jambes."

Markus s'approche de tes jambes. Te regarde, puis détourne son regard vers ta jambe droite. Il pointe son couteau dessus. Il te l'enfonce un peu. Ca pique. Ca pique beaucoup. Ca pique trop. Tu comprends enfin ce qu'il désire te faire. T'enlever la peau. Tu crie. Tu crie pour qu'on vienne te sauver. Tu crie et tu pleure. Il t'arrache la peau. Douleur. Tu saigne. Et tu vois un lambeau de chair pendre aux côtés de ta jambe. Désormais, tu as toute une bande rougeâtre. Et il continue. Toi aussi : tu crie de plus en plus belle. Cri bestial, et incontrôlé. Tu crie et appel à l'aide.

"Liiiiiiiiinnnnnnnnkeee!"

"Tes amis ne viendront pas te sauver. Tu es seul Juri Schewe."

"Aaaaaaaaaaaaaahh! Linke!"

Il continue. Son arme est au genoux. Et ta jambe te pique, ton cœur bat vite. Trop vite. Tes larmes coulent toutes seules, et te descendent dans la bouche. Tu t'étoufferais presque avec. Tes cris continuent, et ne cessent d'emplir la salle.

"Aaaaaaaaaaaaaaaaahh! Arrête! Arrête!"

Il continue. Le genoux. La cuisse. Bande de chair sanguinolente. Qui dégouline de sang. Qui traîne. Qui pendouille. Pique. Ca pique. Ca pique beaucoup. Ca pique beaucoup trop. Tu as mal. Trop mal. Beaucoup trop mal. Il s'arrête. Souffle. Respire. Pendant que tu en a encore le temps. Il te regarde pleurer toutes les larmes de ton corps, et reprends au début de la jambe. Une autre bande de chair à découper. Appel au secours. Qu'ils viennent te sauver. Pourquoi Linke t'as t-il laissé seul? Pourquoi?

"Pourquoi? Aahhh! Linke, Linke s'il –te plait. Linke. Linke. Linke. Arrête!'

Mais non, Markus n'arrête pas. Il continue. Le couteau monte, et de plus en plus de peau au sol. Il continue. Ton cœur bat vite. Trop vite. Tes larmes coulent. Toujours plus, toujours plus vite. Tes jambes, tes bras, tous tes membres tremblent sans que tu le veuille. Et ta chair a vif brille d'un éclat vermillon.

"Linkke! S'il te plait. Linke, viens m'aider. Linke. Linke. Linke. Markus. Markus, arrête. Arrête. Arrête. J'vais pas supporter."

Mais non. Il continue. Douleur vive. Aiguë. Il continue. Il continue de t'arracher la peau. Centimètre par centimètre. Il continue. Quand il est arrivé à l'entrejambe, il redescends au début de la jambe. Et il continue. Il continue. Et tu continue de crier.

"Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. Arrête. S'il te plait. Arrête. Markus!"

Mais non. Il continue. Il continue, et s'arrête.

"J'ai fini la jambe droite. Je fais quoi maintenant?"

"Rien! Rien! Tu arrête. Pitié!"

"D'accord. Je fais l'autre jambe."

Tu le regarde. Pleure. Pleure puisqu'il compte te faire souffrir jusqu'à ce que tu en crève. Crie.

"Non! Non! Pitié! Arrête! Non! Pitié!"

Trop tard. Il recommence. Il continue. Remonte doucement. Immanquablement. Il continue. Il te pèle. Il t'épluche, comme on épluche un fruit. Il continue.

"Linke! Pitié! Linke, viens, s'il te plait. Linke. Oh Linke! Markus arrête ça fait mal!"

Mais non. Il continue. Remonte. Et toi, tu sombre. Piqûre. Piqûre. Sombre. Nuit.

Et quand tu émerge enfin, c'est pour sentir une piqûre vive partout. Tu te regarde. Tu n'a plus de peau sur les deux jambes. Ni sur les pieds. Ni sur l'entrejambe. Tu n'en a plus que sur le ventre et la partie supérieure du corps. Tout ton bas du corps ressemble plus à une tomate écrasée qu'a un corps humain. Du sang. Du rouge. De la peau au sol. Tes larmes. Tes cris de douleur. Ca pique. Beaucoup. Ca pique trop. Tu réalise enfin que Markus t'arrache la peau des mains. Il te l'arrache petit à petit, et il a du mal. Ta peau à cet endroit est dure. Mais il y arrive.

"Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! Arrête! Arrête! Pitié! Ca fait mal! Arrête! Ca pique! Linke, au secours!"

Il te regarde. Souris.

"Ca fait mal?"

"Oui oui oui. S'il te plait. Arrête. S'il te plait."

"Non."

Et il continue. Il continue. Il te pèle. Il t'épluche. Il t'arrache la peau. Petit à petit. Ta main droite est sang. Ta main gauche à moitié. Il continue. Il continue. Toujours. Et tu as mal. Ca fait mal. Trop mal. Il continue. Après les mains, il te fait les bras. Et déjà, tu sens ton cœur qui faiblit. Tu écarquille les yeux.

"Ah oui! C'est vrai. Le cœur humain n'est pas fait pour tenir à ça trop longtemps. Je vais commencer ton visage avant de te voir mourir."

Et il lâche ton bras droit. Avance son couteau vers ta tempe. Pique.

"Aaaaaaaaaaaaaaahhh! Aaah ah!"

Enlève ta peau. Tes yeux regarde à ta gauche. Et tu vois de la peau. Noir. Ton cœur bat et ne bats plus. Il s'est déconnecté un instant, mais s'est remis en marche ensuite. Il est rendu à ta bouche. Douleur. Ca pique. Ca pique trop. Ca fait mal. Très mal. Noir. Lumière. Il s'est arrêté.

"Pour mon doux sacrifice."

Noir. Enfin.