Chapitre 12
Le premier cours
"Mais professeur Rogue. Je suis balade..." Génia Johanne avant d'éternuer.
La jeune fille était bien moins jolie que d'habitude. Ses cheveux étaient mal coiffés, son teint blanc, son nez rouge et ses yeux vitreux comme ceux d'un poisson rouge. Chose qui arrangeait le professeur Rogue au plus haut point puisque, pour une fois, il n'avait aucun mal à se comporter méchamment avec elle.
"Je peux pas dober ce cours..." Elle renifla.
Johanne avait attrapé un rhume à force de se promener sans écharpe dans le froid et la neige. Elle était incapable de respirer par le nez, passait du chaud au froid sans cesse et sentait que toutes les cellules de son corps réclamaient la même chose: un lit et un bon bouillon de poule. Elle toussa une petite minute en tenant un mouchoir devant sa bouche sous l'œil dégoutté du maître des cachots.
"Dauber?" Répéta Rogue en rigolant légèrement. "Vous n'allez pas dauber mon cours mais le donner Mademoiselle Lignuss."
"Mais professeur... Déjà qu'on a du bal à me comprendre à cause de mon accent français, les élèves ne vont rien..."
Rogue lui intima l'ordre de se taire se qui eu pour effet de la faire éternuer. Johanne avait en effet un anglais tout à fait correct. Elle semblait posséder un vocabulaire plutôt élargi et elle ne faisait que très rarement des fautes de grammaire. Cependant, elle n'avait jamais eu l'occasion de travailler son accent jusqu'alors et n'avait appris l'anglais qu'à l'écrit sans se soucier des sonorités. Si bien qu'elle avait bien vite remarqué que les gens souriaient lorsqu'elle parlait puisqu'elle faisait preuve d'un superbe accent français. Ce n'était pas vraiment un problème en temps normal mais avec son nez bouché sa prononciation était tout simplement désastreuse.
"Professeur... S'il vous plaît..." Johanne tenta de lui lancer un regard plein de charme pour le faire céder. Elle réussit simplement à faire couler son nez et à tousser avant de recracher quelque chose de jaune et visqueux dans son mouchoir. Mouchoir que Hagrid lui avait gentiment donné. Ce manège eu pour effet de réjouir Rogue au plus haut point.
"Si vous êtes capable de donner un cours de cet état, vous serez un merveilleux professeur dans votre état normal." Expliqua t-il en la toisant.
Johanne avait fini par abandonner sa plaidoirie et errait telle une âme en peine en direction de l'infirmerie. Elle comptait sur Pomfresh pour lui préparer une décoction qui lui dégagerait les sinus. L'assistante avait bien pensé la faire elle même mais son corps hurlait de douleur à chaque fois qu'elle entreprenait de faire quelque chose. Elle avait donc fini par se tourner vers une aide extérieur.
"Mademoiselle!" Cria une voix derrière elle, suivit de pas précipités.
Johanne se retourna et vit courir vers elle un petit bonhomme chauve à grosses lunettes rondes. Sa cravate volait derrière lui et ses habits étaient bien trop grand pour son gabarit. Il se stoppa net à sa hauteur et repositionna ses lunettes avant de lancer d'une voix grave qui n'allait absolument pas avec le reste de sa personne.
"Excusez moi je cherche le bureau de Dumbledore."
Le cerveau de Johanne du traiter l'information ce qui prit plusieurs secondes.
"Je suis le nouveau professeur de défense contre les forces du mal." Lança l'homme en détachant les syllabes semblant penser être tombé sur une simplette.
"Ho..." Lâcha Johanne qui venait de finir de traiter l'infirmation. "Le bureau de Dumbledore..." Répéta t-elle pour être sure d'avoir bien comprit. "C'est sur mon chebin, suivez boi."
"Pardon?" Demanda l'homme en levant un sourcil.
"Je vous dis de me suivre..." Articula Johanne du mieux possible.
Le visage de l'homme s'illumina lorsqu'il fini par comprendre ce que disait Johanne. Il ne tenta pas le diable en engageant la conversation.
La malade lâcha le professeur après avoir tenté de lui expliquer que le mot de passe était "bulle baveuse", et ce, en vain. Elle continua son chemin dans les couloirs et fini par atteindre l'infirmerie où elle se glissa en éternuant. Ce qu'elle détestait le plus dans le fait d'être malade était de ne rien pouvoir sentir. Elle renifla bruyamment, se qui eu pour effet de faire sortir de son trou l'infirmière.
"Hé bien Johanne, vous n'avez pas l'air dans votre meilleur forme." Lança t-elle en avançant vers la jeune femme.
"Je suis balade..."
"Vous n'allez pas faire une balade dans un état pareil..." S'exclama Pomfresh en lui offrant un siège. Le visage de Johanne s'assombrit aussitôt.
"J'ai un rhube!" Articula t-elle avec exagération. "J'ai le nez bouché! J'arrive pas à articuler!"
Pomfresh secoua la tête pendant quelques secondes, comme pour se donner une contenance pendant qu'elle traduisait les dire de son amie.
"J'ai peut être quelque chose pour t'aider." Conclu t-elle en se levant. Elle fila vers une armoire et se mit à la retourner pour tenter de trouver quelque chose sous les yeux vitreux de son amie. Il fini par pousser un cri de victoire en sortant une crème et soupira en l'ouvrant, ce qui ne présageait rien de bon.
"Un problème?" Éternua Johanne.
"Je n'ai plus de baume contre le rhume."
"Quoi?! Mais je dois dober un cours! Je peux pas le dober cobe ça!" Hurla Johanne avant de se mettre à jurer en français comme cela lui arrivé de temps en temps. Sa langue maternelle revenait au galop lorsqu'elle s'énervait un peu trop. Pomfresh fouilla dans son armoire sans avoir comprit un traître mot de ce que son amie marmonnait dans son coin. Elle fini par déclarer forfait et se tourna vers Johanne.
"Je n'ai plus rien... Il y a eu beaucoup de rhume ces derniers temps..." Tenta t-elle de ce défendre. "Il faudrait que le professeur Rogue demande aux élèves d'en refaire un stock."
"Je sais au moins ce que je bais leur faire préparer..." Soupira Johanne en s'essuyant le nez avec la manche son visage se décomposant.
"Pardon?"
"Bon... rien."
Être malade ne mettait déjà pas de bonne humeur Johanne, mais les élèves semblaient se liguer contre elle depuis la sortie à pré-au-lard. Ce matin là, Johanne ouvrit sa porte pour se prendre un saut d'eau glacé sur la tête, ce qui eu pour effet de l'assommer à moitié. Elle se releva sous le rire des élèves, le saut sur la tête pour sentir quelque chose exploser sous son pied et une odeur horrible se répandre dans le couloir. Elle baissa les yeux pour voir ses chaussures baigner dans un liquide verdâtre et malodorant. Elle jeta le saut par terre et retourna dans sa chambre, là, elle entreprit de réussir à rester au lit pour le reste de la journée.
Par malheur, le professeur Rogue n'avait pas oublié qu'il avait une assistante et bien vite, il vint la chercher avec une joie non dissimulée sur le visage. Il la tira hors de son lit et ne lui laissa pas le temps de se chausser ni d'enfiler sa robe. Il la traîna dans le couloir jusqu'à la grande salle où il prit un malin plaisir à lui faire remarquer que les plats étaient particulièrement succulent aujourd'hui. Chose qu'il fut le seul à trouver très drôle alors que Johanne s'endormait au dessus de son assiette. Il la traîna ensuite dans la classe et Johanne alla se terrer dans un coin, ses pieds gelaient par le sol froid des cachots.
"Professeur, je peux aller chercher mes chaussures?" Lança t-elle au bout d'un moment alors que le maître des cachots s'afférait à son bureau.
"Je n'ai pas très bien comprit?"
"Mes chaussures." Répéta Johanne en montrant ses pieds ayant viré au violet.
"Ha vos chaussures." Lança Rogue en articulant le mot. "Répétez après moi, chau-ssu-reuh."
"Je vous déteste..." Lança Johanne en français avant de sortir de la pièce pour aller se chausser.
Lorsqu'elle retourna aux cachots, les élèves étaient déjà présents. La classe, des Poufsouffles et des Serdaigles de cinquième année, se tourna vers elle d'un seul et même mouvement et Johanne eu l'envi irrémédiable de s'enfuir très vite et très loin.
"Y'a quelque chose qui chlingue." Lança un élève au fond de la classe.
"Ouai, c'est puant." Renchérit une fille. Et la classe explosa de rire alors que le professeur Rogue lançait un regard rieur à son assistante. La jeune fille ne prêta même pas attention aux élèves et erra jusqu'au fond de la classe. Mais elle fut bien vite reprise par la professeur Rogue.
"Hé bien mademoiselle, vous arrivez en retard à votre premier cours?"
Johanne roula des yeux. Le maître des potions avaient choisi l'apogée de sa maladie pour son premier cours. Bizarrement, elle ne fut pas étonnée et tenta de ne pas montrer sa fatigue en lançant de sa voix la plus forte.
"Sortez une barchemin!"
Il y eu un moment de silence avant que Rogue n'en rajoute une couche semblant au bord de l'extase. "Un barchemin? Qu'est-ce?" La classe éclata de rire. Ce devait être le première fois que le professeur Rogue riait avec des élèves qui n'étaient pas des Serpentards.
"Un barchemin." Répéta Johanne le plus clairement du monde.
Après avoir décidé de tout écrire au tableau afin de ne plus entendre les rires incessants des élèves Johanne entreprit de vérifier les chaudrons. Elle trouvait cette étape extrêmement pénible. Son corps refusait d'avancer rapidement et la fièvre avait fait son grand retour. D'ailleurs elle semblait décidée à l'achever. A cette étape de la confection du baume, les élèves étaient censés avoir obtenu une mousse jaune clair qui devait épaissir après ajout du prochain ingrédient. Elle ne vit que deux chaudrons ressemblant à cette description et comprit l'espace d'un instant pourquoi le professeur Rogue pouvait se montrer si aigri. Ce n'était pourtant pas bien compliqué comme potion. Un frisson lui parcouru le dos et elle se mit à suer à grosses gouttes. Elle retourna au tableau pour y écrire la prochaine étape quand elle comprit que quelque chose n'allait pas.
Elle se cogna contre un chaudron et entendit l'exclamation indigné de l'élève de très loin. Elle tituba vers le bureau et entendit le professeur Rogue lancer quelque chose sur un ton théâtral, une salve de rire éclata presque aussitôt. Soudain Johanne ne vit plus rien et elle sentit ses jambes se dérober. La dernière chose qu'elle entendit fut la voix du professeur Rogue criant son prénom.
Johanne se réveilla dans un lit tout blanc et tout moelleux. Elle garda les yeux fermés et mit quelques minutes à se rendre compte qu'elle respirait sans problème par le nez et que sa tête ne semblait plus enserrée dans un étau. Elle allait bien, elle était au chaud et elle ne savait absolument pas où elle se trouvait. Mais peu importe, c'était tout simplement succulent. Elle sortit de sa transe en entendant une porte claquer non loin d'elle et la voix d'une femme s'élever, pleine de colère.
"Vous n'avez pas honte de l'avoir obligé à travailler dans cette état?!"
"Ce n'est pas ma faute si mademoiselle Lignuss est une petite nature." Cracha une voix que Johanne identifia comme celle de Rogue.
"Je suis désolé Severus, mais Pomfresh à raison." Lança Dumbledore.
Johanne ouvrit les yeux pour voir les trois protagonistes autour de son lit. Rogue présentait un visage fermé alors que Dumbledore lui souriait le plus chaleureusement du monde. Pomfresh posa sa main sur son front et la retira.
"La fièvre est descendue, mais je ne veux plus jamais la retrouver dans cet état Severus!"
Rogue roula des yeux et disparu du champs de vision de l'assistante.
De ce qu'elle comprit, elle s'était écroulée dans la salle de cours, terrassée par la maladie. Le professeur Rogue lui avait évité de se cogner contre le sol en la rattrapant de justesse. Johanne eu un sourire en entendant cela, ce qui n'échappa pas à l'infirmière. Un élève était venu la chercher alors que Severus l'avait installé sur son bureau et s'était assuré qu'elle respirait toujours. Après que Pomfresh l'ai sermonné pendant environs une heure sur le fait d'être tombée malade aussi bêtement, elle lui intima l'ordre de se reposer. Johanne s'enfonça avec plaisir dans les draps et se rendormi dans les secondes qui suivirent.
Le retour à la vie en dehors de l'infirmerie fut assez douloureux. Si les élèves semblaient ne plus vouloir l'humilier à tout prix, le professeur Rogue lui faisait rattraper son retard. Tous les soirs elle avait le droit de revenir aux cachots pour effectuer des travaux qui lui paraissaient d'un intérêt moindre. Mais ce qui la gênait vraiment, bien plus que de se retrouver enfermée dans le froid et la noirceur des cachots, était de ne pas pouvoir suivre les potins du bal de Noël. C'était un réel plaisir pour elle que d'écouter les élèves déblatérer sur les couples en formation et sur les refus. Johanne se demandait bien avec qui elle allait se rendre au bal. Alors qu'elle pensait à tout cela, ses yeux se posèrent sur le professeur Rogue. Et si elle y allait avec lui?... Non, l'idée était bien trop stupide. Jamais il n'accepterait d'y aller avec elle, et puis au fond, elle n'avait aucunement envie d'y aller avec lui. Y était-il déjà allé avec Lilly? Elle imaginait le professeur Rogue, ce jeune adolescent maigrichon, virevoltant sur la piste avec la jolie jeune fille dans ses bras. Bien vite elle laissa aller son imagination et ce fut elle qui dansait avec lui. Elle secoua la tête pour chasser l'image.
Ce qu'elle ne savait pas, c'était que ce rêve allait devenir réalité. Le bal de Noël avait pour tradition de voir les élèves effectuer une valse et afin que cette tradition soit parfaitement respectée, les élèves, comme les professeurs, devaient apprendre une chorégraphie. Les professeurs étaient les premiers à apprendre celle-ci et Johanne se trouvait donc alignée avec ces derniers dans la grande salle. Elle regardait Mc Gonagall et le professeur Dumbledore virevolter de façon experte sur la piste en commentant leurs déplacements. La jeune fille n'était pas une très bonne danseuse, mais elle se débrouillait. Arriva le moment fatidique de se jeter sur la piste à leur tour.
Rogue semblait parfaitement blasé par la situation. Il prit Johanne par la taille et se plaça le plus loin possible d'elle. La jeune femme posa une de ses mains dans le dos du professeur et l'autre sur son épaule. Elle ne pu s'empêcher de sourire mais lorsqu'elle aperçu le visage du maître des cachots, son sourire s'évanouit.
"Rogue, rapprochez vous de Johanne, elle ne va pas vous manger."
"Je n'en suis pas si sure!" Cria Chourave d'un coin de la salle et quelques professeurs rirent.
Rogue ronchonna mais se rapprocha un peu de sa cavalière.
Ils se mirent à danser et se fut une véritable catastrophe. Le professeur Rogue ne faisait aucun effort et le couple n'était absolument pas sur la musique. Mc Gonagall fini par venir leur donner un cours particulier.
"Rogue, déjà votre main est bien trop haute, baissez là un peu..."
La main de Rogue glissa dans le dos de Johanne et la jeune fille rougit aussitôt. "Pas si bas professeur..." Murmura t-elle en baissant les yeux.
Une fois la position prise, ils se mirent à effectuer la valse dans une cacophonie de mouvements qui désespéra le professeur de métamorphose. Après une dizaine de répétitions, elle fini par mettre le doigt sur ce qui n'allait pas.
"On dirait que vous avez peur de votre partenaire, l'un comme l'autre."
Johanne roula des yeux, c'était le moins qu'on puisse dire.
Johanne se retrouva donc à danser avec Dumbledore et Rogue avec Mc Gonagall. Il aurait été hypocrite de dire que la solution n'était pas la bonne. De plus Johanne adorait l'odeur sucré qui émanait du directeur. Bien vite, elle maîtrisa la chorégraphie.
Le bal approchait à grand pas et Johanne n'avait toujours pas de cavalier. Cela ne la gênait pas vraiment, elle n'avait plus dix-huit ans et elle ne pas avoir de cavalier à un bal n'était plus un drame horrible à ses yeux. Elle regrettait simplement d'être la seule de ses amis à y aller seule. Le professeur Chourave y allait comme tous les ans avec Flitwick, Pomfresh s'était prise d'amour pour le nouveau professeur de défense contre les forces du mal et Neville y allait avec la fille répondant au nom de Ginny Weasley qu'elle avait rencontré dans le train.
Johanne regardait d'un œil morne la poudre noir qu'elle versait dans un flacon. Il était tard, elle avait sommeil et elle n'avait pas eu le temps de manger à sa faim. Le professeur Rogue ne se lassait pas de sa nouvelle blague qui consistait à terminer ses phrases par "sinon quoi? Vous allez tomber dans les pommes?" ce qui ne lui remontait pas le moral.
"Mademoiselle..." Lança t-il, d'un ton que Johanne ne lui connaissait pas. Il semblait embêté.
Elle se tourna vers lui et remarqua qu'il rougissait. "Écoutez, Dumbledore me tanne pour que je me trouve une cavalière pour le bal. Vous n'avez personne, il me faut quelqu'un, j'ai pensé que..." La voix du professeur baissa sensiblement et il ne continua pas sa phrase.
"Que?" Lança Johanne, son coeur battant à tout rompre.
"Nous pourrions y aller ensemble. Mais attention!" Ajouta t-il précipitamment. "Je ne danserai pas avec vous, je ne vous ramènerai pas à boire, ni à manger et je ne passerai pas la soirée avec vous. Nous serons ensemble le temps de la première danse, et c'est tout."
Johanne fit mine de considérer la demande même si, intérieurement, elle exultait de joie.
"Moui, pourquoi pas..." Marmonna t-elle. "Mais à une condition! Vous vous lavez les cheveux!"
"Si vous portez du noir."
"Marcher conclu."
