Chapitre 15

Laisser le temps au temps.

Chourave avait dit: laisser le temps au temps. Et Johanne était d'accord. Soit. Mais le temps pouvait-il allait un peu plus vite? Parce qu'actuellement, il laissait trainer la situation. Et le point mort commençait à se faire long. Très long. Beaucoup trop long. Certes, l'assistante et le professeur entretenaient une relation disons... plus qu'amicale. Au début, lorsque la rentrée avait fait son grand retour, un malaise les avait légèrement éloigné. Mais Rogue avait pris les choses en main... et surtout Johanne par la main. Car un soir, alors qu'ils lui disaient bonne nuit, il avait pris -ironie du sort- son courage à deux mains pour prendre les siennes. Et depuis, les choses allaient mieux. Les sourires étaient bien là. Quelques contacts physiques même! Mais rien de bien novateur. Loin des baisers langoureux qu'espéraient la demoiselle, très loin aussi des mots doux et tendre et à mille lieu de la romance que ses amies lui avaient promis. Laisser le temps au temps lui avait-on dit. Mais les mois, eux, défilaient sans s'arrêter alors que les choses stagnaient. Désespérément.

"Non, je ne porterai pas ça." Lança Johanne, catégorique.

Les jumeaux Weasley s'échangèrent un regard exaspéré. Ils étaient passé en début d'après midi, ce dimanche dans la chambre de l'assistante du professeur de potions avec plusieurs paquets dans les bras.

"Mademoiselle Lignuss!" Grogna l'un des jumeaux en une imitation parfaite du professeur Rogue.

"Vous n'avez pas vraiment le choix." Compléta le second de la même manière.

Johanne sortit de la cabine improvisée dans lequel elle venait de se changer.

"Le problème c'est que ce n'est pas une robe, mais un pull."

Elle tira légèrement sur le tissu pour cacher sa culotte qui apparaissait progressivement.

"Je me disais aussi que c'était un peu court..." Marmonna Fred en se tournant vers son frêre.

"Juste un peu, sinon c'est joli." Affirma Georges. "Et la couleur est parfaite."

"Je dois avouer que je n'aime pas le rose barbie." Grogna Johanne en refermant le rideau d'un geste brusque. Ces derniers temps, elle prenait quelques habitudes de son mentor, et en particulier celle de grogner quand quelque chose ne lui plaisait pas. Rien de plus féminin, n'est-ce pas?

"Essaye le paquet rouge." Lança un des jumeaux, elle ne put identifier lequel.

Il y eu un temps durant lequel on entendit seulement Johanne fouiller dans sa cabine. Puis plus rien jusqu'à ce que Johanne grogne de nouveau. Elle entendit l'un des frère Weasley faire une blague comme "tel maitre, tel chien" alors que l'autre riait bêtement. Elle passa sa tête par le côté du tissu pour regarder les jumeaux.

"Pas question que je porte ça."

"On trouvait que c'était plutôt joli..." Soupira Fred.

"C'est un maillot de bain avec une jupe." Fit remarquer l'assistante en effectuant une mou dubitative. Les garçons échangèrent un regard amusé.

L'un des deux roux prit une pose féminine et se tourna vers Johanne.

"Mais c'est la mode mon chou." Déclara t-il en effectuant un mouvement de balancier avec ses hanches.

"Mais oui, tout le monde porte ça sur le chemin de traverse." Ajouta son frère en posant ses mains sur ses hanches et en faisant un mouvement de tête comme pour replacer une mèche.

Johanne se mit à rire et elle disparu à nouveau derrière son rideau.

"Mais où vous vous êtes procuré ça?" S'étonna la jeune fille alors qu'elle ouvrait une nouveau paquet. Les jumeaux échangé un regard des plus complices.

"C'est à une amie." Lança Fred.

"Elle l'avait acheté pour... une occasion spéciale dirons nous." Rigola Georges. Il eu un sourire en coin.

"Je ne veux même pas savoir..." Soupira Johanne en tirant le rideau.

Elle portait une robe qui faisait penser à celle d'Alice au pays des merveilles. La robe typique de petite fille sage: des manches courtes bouffantes, une petite chemisette à col rond, le bas de la robe était droit, se terminant au dessus du genoux. Elle portait en plus de petites socquettes allant avec des chaussures noires vernis. Pour compléter la tenue, la robe était surmontait d'un petit tablier blanc. Johanne avait en prime ajouté un serre tête, tirant ses cheveux brun en arrière. Elle trouvait l'ensemble plutôt jolie... s'il n'avait pas été d'un rose bonbon écœurant elle l'aurait volontiers porté. Les garçon applaudirent en la voyant sortir et Fred la siffla. Ils se mirent à lui tourner autour, faisant mine de juger l'accoutrement comme des grands couturiers. Après quelques minutes de ce petit manège, ils vinrent se placer devant l'assistante.

"Hé bah voilà, c'est parfait ça!" S'écria Fred.

"Ne nous emballons pas, le bal est dans quelques semaines, j'ai encore le temps de trouver une tenue."

"Ha non!" Crièrent en coeur les jumeaux. "C'est ça, où vous y allé toute nue." Ajouta Fred.

"Mmmm... j'en connais un qui serait fichtrement content si ça arrivait..." Ricana Georges.

Fred rougit légèrement et glissa quelque chose à son frère que Johanne n'entendit pas. Ce dernier roula des yeux.

"Je parlais de Rogue. Pas de toi." Soupira t-il.

Fred fit mine de bouder, les oreilles aussi rouges que des tomates. Johanne se retint de rire en posant une main sur sa bouche. Les jumeaux n'avaient jamais été aussi facile à distinguer l'un de l'autre. Elle réajusta son col.

"Je peux au moins changer la couleur?"

"Non, non, non et non." Répondit, catégorique, le moins rouge des garçons. "Nous avons nos propres costumes à faire et maman à déjà acheté le tissu. On ne changera pas les couleurs!"

Johanne soupira. Ce qui était dit, était dit.

Les cours de potion avaient une fois de plus changé du tout au tout. Voilà que les deux compères faisaient preuve d'une complicité à toute épreuve. Au grand désespoir des élèves qui retrouvaient leur place de souffre douleur du professeur de potions. Oui, car au moins quand ces deux là se chamaillaient, c'était la jeune femme qui prenait tous les coups. Mais Johanne restait un allié de poids même si elle se faisait moins véhémente. Elle ne prenait parti que lorsque l'homme se montrait trop odieux. Et cela arrivait disons... souvent. Ainsi, les choses avaient repris leur cours comme si rien ne s'était jamais passé.

Enfin, ce n'était pas vraiment exact. Le professeur Rogue et Johanne se lançaient des regards en coin, des petits sourires, autant de chose qui faisaient frissonner les élèves. Surtout les filles d'ailleurs qui ne comprenaient pas comment l'on pouvait fleureter avec le fort peu séduisant professeur de potions. Et pourtant, de toute évidence, la jeune fille en pinçait pas mal pour son mentor et cela était réciproque. Une affaire qui arrangeait parfaitement les frères Weasley.

"Je peux t'assurer Harry que Johanne viendra avec nous au bal de la saint Valentin." Chantonna Georges en regardant Fred d'un air complice.

"C'est impossible elle ira avec le professeur Rogue, cela paraît logique." Répondit du tac au tac Hermione en levant les yeux de son livre.

"Il en a de la chance Rogue..." Soupira Ron. Ses oreilles s'empourprèrent presque aussitôt.

"Et moi je vous dis que Johanne ne résistera pas à notre charme."

"Les garçons, ouvrez un peu les yeux." Soupira la brunette.

"Mais c'est pas possible ça!" S'exclama Fred feignant de se mettre en colère. "On a bien plus de charme que le professeur Rogue, nous sommes bien plus drôles et sympathiques que cette chauve-souris des cachots!!"

"Y'en a marre que tout le monde mette en doute nos capacités!" Hurla Georges comme s'il entrait dans une rage noire.

Les cris provenant de la table firent tourner les têtes vers les deux garçons. La salle commune de Gryffondor observaient la scène avec étonnement.

"Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire..." Bredouilla Hermione alors que Harry et Ron échangeaient un regard incrédule.

"Moi je vous dis, et vous l'affirme! Sur Merlin lui même! Non! Sur la barbe de Merlin! J'y mettrais même ma main à couper s'il ne fallait que ça pour vous convaincre! Je serais prêt à parier tout mon argent la dessus! Johanne viendra avec nous au bal de la saint Valentin!"

"Ha ouai, tout ton argent?" Ricana un garçon noir répondant au nom de Lee-Jordan. "Je voudrais bien voir ça."

George se rembrunit et fit non de la tête en direction de Fred qui ne décolérait pas. Fred sortit d'un geste brusque sa bourse et lança:

"Ouai, bah je pari!"

"Si c'est comme ça, moi aussi." Rigola le garçon de couleur en lançant une pièce d'argent sur la table. Tous les yeux se tournèrent vers Georges.

"Bon ok... je pari aussi." Marmonna t-il en sortant lui même sa bourse.

"Hein hein... j'en connais deux qui vont se faire plumer..." Ricana Ron.

"Si t'en ai aussi sur, rajoute ta mise." Lança Fred sur un ton de défi. "A moins que tu ne sois une poule mouillée."

"Ron ne fait pas ça!" Le sermonna Hermione.

"Sa femme n'a pas l'air d'accord."

"C'est pas ma femme!" S'insurgea le plus jeune de rouquin en sortant une mornille de sa poche, seule pièce sur laquelle sa main se referma.

"De toute manière j'suis sur de la récupérer..." Marmonna Ron en regardant Hermione de biais, baissant lentement la tête.

"Y'en a d'autre qui veulent parier t'en qu'on y est?" Grogna Fred.

Leur petite comédie avait si bien marché que presque toute la grande salle voulu rajouter sa pièce et personne, hors mi Hermione bien sur, ne trouva étrange que George ait sur lui de quoi prendre les paris.

En parlant de bal de la saint Valentin, Johanne était assez embêtée. En effet elle ne savait pas trop comment expliquer au professeur Rogue qu'elle ne pourrait pas y aller avec lui. D'un autre côté, l'homme ne s'était toujours pas manifesté et le bal devait avoir lieu durant la semaine à venir. De ce fait Johanne commençait à se demander si l'homme avait l'intention de l'y accompagner. Ce qui, il fallait l'avouer, la soulager, mais aussi le vexait un tantinet.

"Johanne?" Lui lança soudain Rogue, levant les yeux de ses copies.

"Oui?!" La jeune fille s'était tournée avec un telle vivacité qu'elle avait heurté un meuble. La douleur le traversa la jambe et une larme perla au coin de son œil, sous celui amusé du maître des cachot.

"Vous pourriez allé me chercher une bouteille d'encre rouge?"

Le professeur Rogue ne comprit pas vraiment pourquoi Johanne se rembruni, ni pourquoi elle faillit casser la dite bouteille en la fracassant sur la table avec force avant de retourner à ses corvées. Il chercha un instant s'il n'avait pas oublié de lui souhaiter une fête quelconque mais abandonna rapidement car de toute manière, il n'en avait rien à faire. Oui, le professeur s'était souvent posé la question "d'officialiser" leur relation. Mais après mur réflexion, il n'y avait pas de relation, et donc rien à officialiser. Oui, bon, d'accord. Johanne était passée du rang de petit insecte insignifiant de début d'année à personne proche que j'aime avoir dans mon entourage. Et que j'ai, au passage, embrassé. Mais la faiblesse masculine s'étant mêlée de la partie, ce baiser ne jouait pas un grand rôle dans la balance. Si un jour, par un hasard total, il se m'était à vouloir se balader dans les couloirs en la tenant par la main, pourquoi pas. Ou encore, si l'envie soudaine de l'embrasser au milieu de la grande le prenait, alors là d'accord. Mais pour le moment il la considérait plus comme une amourette, non... moins encore. Un flirt qui prendrait fin avec l'année scolaire.

"Mais c'est pas possible" Génia Johanne en se prenant la tête entre les mains. "Moi qui croyait enfin avoir résolu tous nos problèmes... Pourquoi ne m'invite t-il pas"

"Allons Johanne." Déclara Pomfresh. "Vous savez bien que le professeur Rogue n'est pas du genre à aimer étaler sa vie. Ce serait un peu comme... officialiser votre situation aux yeux de tous."

"Ha parce que il a peut être honte de sortir avec moi?!" Cracha Johanne en relevant soudain la tête, couroussée.

"Je ne crois pas qu'il sorte avec vous Johanne." Risqua Chourave. "Depuis votre tentative de fuite vous n'avez pas ce que l'on peut appeler une attitude de couple. Vous êtes tout au plus de très bons amis."

"Mais je ne veux pas être une très bonne amie. Je veux être sa petite amie!"

"Laissez le temps au temps!"

"Mais j'en ai ma claque d'attendre que Monsieur se décide. Je ne suis pas à sa disposition!" S'emporta Johanne.

Elle commençait sérieusement à agacer les deux femmes avec ses caprices. Si le professeur Rogue avait décidé qu'il n'y aurait rien, il n'y aurait rien. Allait-elle finir par se mettre cela dans le crâne? Si elle voulait un prince charmant, un amour sans tâche, qu'elle se tourne vers un autre et par vers un être complexe comme le professeur de potions. Car avec lui on ne pouvait s'attendre à rien. Alors maintenant il fallait qu'elle prenne son mal en patiente, car son comportement ne ferait pas avancer les choses. Mais ça, elle ne le comprenait pas. Et ne le comprendrait sans doute jamais.

"Il n'en a donc rien à faire de moi?"

"Mais non voyons Johanne. Ha, et puis vous m'énervez!" S'exaspéra Pomfresh. "Vous ne comprenez pas que vous faites plus de mal que de bien à vous comportez comme une enfant gâtée? Rogue est compliqué. Voilà, c'est tout. Alors attendez par Merlin!"

Mais c'était comme si le conseil lui était passé bien au dessus de la tête. Malheureusement.

"Professeur Rogue!" Rala Johanne en entrant dans le bureau de l'enseignant.

Rogue leva la tête de son livre et sourit en voyant Johanne arriver. Se sourire s'évanouit très vite quand la jeune fille se planta devant lui, les mains sur les hanches. Il n'avait pas beaucoup d'expérience avec les femmes mais ça ne lui disait rien qui vaille.

"Vous comptez m'inviter au bal un jour oui ou non?"

Le maître des cachots referma son livre et toussa quelques instants en cherchant un moyen élégant de dire non. Il s'assit lentement sur le rebords de son lit et posa ses avants bras sur ses genoux.

"Je ne comptais pas vous inviter pour être honnête. J'ai pour coutume de ne pas y aller. Et d'ailleurs, je ne vois pas pourquoi je devrais vous inviter."

"Mais parce que..."

"Parce que quoi? A ce que je sache, il n'y a rien entre nous Miss."

Johanne resta un instant interdite, son coeur ratant un battement.

"Mais, on... on c'est pourtant embrassé. Et vous... vous avez pris mes mains." Bredouilla t-elle.

"Simple charité." Lança Rogue, s'efforçant de rester distant. La conversation prenait une tournure qu'il n'aimait pas. Il voulait y mettre fin, d'une manière ou d'une autre. "Je sais parfaitement les sentiments qui vous anime à mon sujet Johanne. Je sais aussi que je vous apprécie plus que le commun des mortelles. Mais même si j'ai parfois quelques envies vous concernant, ce n'est pas pour autant que je vais changer mes habitudes. Je ne vous... considère pas assez pour ça."

"Mais tout de même... Pourquoi ne pas y aller avec moi... Je... Enfin... Ce serait une occasion de se rapprocher..." Tenta d'argumenter Johanne que les paroles du professeur venaient de blesser au plus profond d'elle même.

"Parce que. Je n'ai pas envi de me promener main dans la main avec vous dans tout le château, entouré de guimauve rose et de barbe à papa violette alors que d'autres couples s'embrassent dans un ambiance à vomir."

"Mais..." bredouilla Johanne.

"Non, je ne reviendrai pas là dessus." Coupa Rogue en se rallongeant. "Je vous aime bien et c'est pour ça que j'aimerai éviter ce genre d'humiliation à vos côtés." Il reprit son livre.

"Je m'en fou de toute manière j'ai déjà un cavalier!" S'emporta soudain la jeune fille, le coeur en charpie.

"Si vous voulez..."

"J'en ai même deux!" Lança t-elle sur un ton de défi.

"J'en suis content."

Et Johanne quitta la pièce, bien décidée à faire payer au professeur Rogue son manque d'intérêt. Ca n'allait pas se passer comme ça. S'en était fini de laisser le temps au temps. Maintenant on ferait ça à la manière de Johanne Lignuss. Et croyez moi, comme ça, ça irait beaucoup plus vite. Ho oui, beaucoup plus vite. Car si Rogue semblait immunisé contre toute forme de sentiments humain il y en avait un qui ne le laisserait pas de marbre, elle en était sur, elle l'avait déjà-vu. Il s'agissait de la jalousie. Autant tenter le tout pour le tout. C'était ça... ou rien.