Chapitre 16
Méchants Changements
Plongée dans un livre, assise dans le parc, Johanne ne remarqua pas l'homme qui s'approchait d'elle. Pourtant, il n'était pas compliqué de le voir. Hagrid n'était pas la personne la plus discrète qui existait sur cette planète. Mais, bien plus que son ouvrage, l'assistante c'était renfermée dans ses réflexions. Depuis sa discussion avec son mentor, il y a trois jours de cela, le doute avait pris place dans son esprit. Et si tout cela n'avait pas lieu d'être après tout? Peut-être fallait-il qu'elle se résigne non? Si leur relation était déjà chaotique alors qu'ils n'étaient même pas en couple, où cela allait-il les emmener au final? Elle soupira alors que le grand homme s'installait à côté d'elle dans l'herbe.
Le géant et elle n'avait pas échangé beaucoup de mots depuis leur rencontre le jour de la rentrée. Hagrid était un homme discret et Johanne avait eu l'esprit tellement occupé tous ces mois qu'elle n'avait pas eut l'idée de lui rendre une seule petite visite. Si bien qu'après avoir sursauté, ne s'attendant pas à être dérangée, elle dévisagea le visiteur avec étonnement. Que lui voulait-il?
"Bonjour Johanne." Souffla l'homme en souriant faiblement à la jeune femme. "J'espère que je ne vous dérange pas..."
"Ho! Non! Non! Pas du tout!" S'exclama la jeune femme en posant son livre. "Je ne faisais rien de bien palpitant."
"Je voulais vous parler au sujet de... enfin... ce n'est peut-être pas mes affaires."
Ha ça! Non en effet ce n'était pas les affaires d'Hagrid. D'ailleurs ce n'était les affaires de personne dans ce château. Et pourtant, tout le monde y allait de son conseil. De son petit mot. Tous venaient, tour à tour, lui raconter que Rogue était un homme compliqué, que pour son bien il serait temps de tirer un trait sur cette affaire. Et s'ils invoquaient tous le fait qu'ils ne voulaient pas la voir souffrir inutilement, la petite Française savait parfaitement que ce n'était pas elle que l'on tentait de protéger mais le maitre des cachots. Car après tout, si l'un des deux devait faire du mal à l'autre, il semblait que l'acte viendrait de sa personne. Et ils n'avaient pas tord. Johanne le savait. Après tout n'avait-elle pas envisagé sous le coup de la colère de le faire souffrir en le rendant jaloux? Maintenant l'idée ne lui paraissait plus aussi bonne. Néanmoins, elle continuait à peser le pour et le contre de l'idée... penchant inconsciemment vers le contre.
Elle n'en restait pas moins vexer de voir le rôle qu'on lui avait donné dans cette histoire. Et après l'avoir poussée dans les bras du professeur Rogue en l'encourageant d'une même voix, voilà que leurs mains l'éloignaient aussi loin que possible de l'homme qu'ils lui avaient donné. "Voyons ce que cela peut donner si Rogue est heureux, amoureux, après tout... on s'en fiche bien de la pauvre fille, elle, elle s'en remettra si ça ne marche pas. Elle est jeune non? Ce ne sera pas sa première peine de coeur! Ni la dernière!".
Et voilà qu'Hagrid venait en rajouter une couche. Avec les arguments habituels.
"Mais..." Continua l'homme en se raclant la gorge.
Hé bien quoi? Ce n'est pas bien compliqué de me dire que je n'y suis pour rien si ça ne marche pas entre moi et Rogue. Qu'il est compliqué. Que ça ne sert à rien que je continue à m'accrocher de cette manière.
"Je m'inquiète pour Fred Weasley."
"Pardon?" S'étonna Johanne en ouvrant de grands yeux. "Qu'est-ce qui lui arrive? Il a des problèmes?"
"Je ne pense pas que l'on peut parler de problèmes non. Mais..." Il se mordit la lèvre inférieur avant de fixer le sol, mal à l'aise. "Je vous demande de ne pas le prendre mal Miss. Ce n'est pas contre vous."
Johanne fronça les sourcils.
"Hé bien voilà. Fred a un léger béguin pour vous. Je ne voudrais pas que vous lui fassiez du mal. On ne dirait pas comme ça, mais il est quand même un peu fragile le garçon."
"Mais... pourquoi lui ferais-je du mal?" S'étonna la brunette en secouant la tête.
"Hé bien... je... c'est à dire... que... comme on dit que vous allez avec lui et son frère au bal... enfin." Tenta d'expliquer Hagrid. "Et comme vous et Monsieur Rogue..."
"Qu'est-ce que vous tentez de me faire comprendre là. Que je brise les cœurs en série?" Commença à s'emporter Johanne sur la défensive.
Le silence qui suivi sa déclaration sembla sonner comme un oui.
La jeune fille ouvrit la bouche, outrée.
"Je ne suis pas une... une.. une coureuse!"
"Je ne dis pas le contraire. Je me base simplement sur les faits..." Tenta de se défendre le garde chasse, penaud.
"Les faits?!"
"A peine étiez vous au château que vous êtes sortie avec Monsieur Hyde. Et, malgré l'épisode traumatisant qui fut à l'origine de votre rupture, il ne vous a pas fallu plus de 1 ou 2 mois pour vous jeter sur Monsieur Rogue. Et voilà que celui ci ne veut pas de vous alors vous vous tournez vers les jumeaux Weasley... Je suis désolé... mais..."
"Mais j'y crois pas!" S'exclama Johanne en se levant d'un bond, empoignant le livre qu'elle avait parcourut avant l'arrivée du géant.
Sous le choc elle se contenta de balbutier quelques mots sans signification précise avant de partir, droite comme un I. Pas question d'entendre ces accusions une minute de plus. Personne ne s'était mis à sa place dans cette affaire! Vraiment! Elle n'en revenait pas! Elle était définitivement la méchante de l'histoire. Bientôt on allait l'accuser de, je ne sais pas moi, des mauvaises notes des élèves et pourquoi pas de la crise économique!
Derrière elle, le géant s'était levé et après un temps d'hésitation l'avait rattrapée.
"Miss! Non ne partait pas! Je voulais simplement vous faire comprendre que..."
"Que si j'osais, moi la grande méchante, faire du mal à votre ami vous alliez me casser les deux genoux?!"
"En quelque sorte..." Avoua Hagrid qui ne voyait pas ça sous cette angle. Il ne comptait pas la menacer mais lui faire comprendre que les sentiments de Fred pour sa personne étaient vrais.
"Hé bien sachez mon cher que ce n'est pas moi qui suis venue chercher les jumeaux. Si nous allons au bal ensemble c'est simplement une affaire de donnant-donnant. Ils m'ont aidé, pour quelque chose que ne vous regarde pas, et, en échange, je leur ai promis d'aller au bal avec eux. Alors non, je n'ai aucunement l'intention de briser le coeur de Monsieur Weasley!" Hurla t-elle alors qu'un petit groupe de personnes avait commençai à se former autours du duo.
Là dessus, Johanne tourna les talons et continua son chemin vers le château. Ca commençai à bien faire. Depuis son arrivé ici on lui avait collé diverses étiquettes sans prendre le temps d'écouter sa plaidoirie. D'abord elle avait été l'élève de première année de plus de 20 ans, avant de devenir le toutou de Severus Rogue, suivi de l'écervelée qui été tombée dans les filets du coureur de jupon de Hyde, puis on l'avait accusé d'avoir outrageusement insulté le Grand Potter. Voilà maintenant qu'elle était une veuve noire?! Hé bien!
Elle entra dans sa chambre en claquant la porte avec rage. Elle avant marre! Il fallait que les choses changes! Que son image soit redorée. Mais comment?! Devait-elle tirer un trait sur Rogue pour cela? Se faire à l'idée qu'elle ne devait être que son assistante car là était sa place? Elle se mit à faire les cent pas dans sa chambre. Après tout c'était ce que l'on attendait d'elle. Qu'elle soit raisonnable... qu'elle se comporte comme une grande fille. Soit... après tout, avait-elle la moindre chance avec le maitre des cachots?
"Non... non... aucune chance. Pas la moindre, même pas l'ombre d'une chance..." Soupira t-elle en tombant sur son lit.
Et ensuite? Hé bien... il fallait qu'elle règle cette histoire avec les Weasley. Que les choses soient bien claires pour ces deux là et pour le château : si elle allait avec eux à ce Bal c'était uniquement amicalement et rien d'autre.
Sur cette pensée, elle se redressa sur son séant, secouant la tête de haut en bas. Johanne Lignuss, à partir de maintenant, tu ne serais plus rien pour Poudlard. Et séance tenante il lui fallait trouver les jumeaux pour leur expliquer tout cela.
Elle n'eut pas à aller bien loin puisque, à peine eut-elle posé la main sur la clenche, qu'on toquait à sa porte, et vivement avec ça.
"Johanne! Ouvres! Faut qu'on te parle!" Hurla l'un des Weasley. Elle pu entendre l'autre frère lui demander de se calmer, d'une petite voix.
Elle ouvrit la porte et aussitôt George déboula comme une furie dans la pièce. Énervé, il donna un coup de pied dans le lit avant de se tourner vers l'assistante. Fred le rejoint aussitôt en marmonnant un "désolé" presque inaudible, tendant ses mains vers son frère. Il l'emmena dans un coin de la chambre où ils conversèrent à voix basse pendant que Johanne refermée la porte. George était rouge de colère, s'agitait en passant les mains dans ses cheveux. Il grogna quelque chose à son frère qui l'empoigna de nouveau au niveau des épaules lui glissant quelques mots d'une voix calme. Le rouquin prit une grande respiration en secouant la tête à l'affirmative.
"Ca tombe bien je voulais vous parler." Fini par dire Johanne qui ne savait pas trop si elle devait se faire oublier ou non.
"Hé bien nous aussi Madame qui ne sait pas de tenir sa langue." Siffla George en tournant des yeux noirs vers elle.
Fred lui donna un coup de coude dans les côtes en lui faisant les gros yeux. Le jumeau n'en fit rien et s'avança, menaçant vers la jeune femme.
"Tu aurais quand même pu éviter d'éventer notre petite affaire!" Cria t-il en la pointant du doigt. "On vient de perdre une fortune à cause de toi!"
Se sentant agressée Johanne recula d'un pas, se collant contre le battant de la porte. "Dé... désolée..." Marmonna t-elle ne sachant pas trop ce qu'elle devait dire ou faire.
"C'est facile d'être désolée!"
"George! Laisse là maintenant! Ce qui est fait est fait, elle ne peut plus rien changer. On ne va pas lui demander de nous rembourser non plus." Une fois de plus il attrapa son frère par les épaules et le tira en arrière. Le garçon se libéra de l'étreinte et se tourna vers Fred, les sourcils froncés, la bouche serrée. Il fini par balayer l'air d'un mouvement de main.
"Non, bien sur que non je ne vais pas lui demander de nous rembourser. On va juste annuler les paris et voilà." Marmonna t-il en tapant le sol du bout du pied. "Par contre miss faudra vous trouvez d'autres cavaliers. Notre arrangement est rompu." Dit-il en relevant la tête.
"Quoi?!" S'exclama son frère en ouvrant de grand yeux. "Mais... non!"
Il n'eut pas le temps de défendre son point de vue que son frère quittait la pièce en marmonnant que les jumelles n'avaient pas encore de cavaliers et qu'elles feraient bien l'affaire. Fred resta un instant interdit, observant Johanne puis la porte de manière successive. Celle-ci ce contenta de lui sourire timidement. Puis le rouquin quitta la pièce, tête basse.
Johanne avait jusqu'alors réussi à tenir ses résolutions. Elle et Rogue n'avaient à nouveau qu'une relation strictement professionnelle et le sujet de la saint Valentin, ou même d'une éventuelle amourette, n'avait pas été remis sur le tapis. D'un commun accord télépathique ils avaient décidé de tirer un trait sur cette histoire. Malheureusement pour Johanne qui aurait aimé rester ami avec le maitre des cachots, celui-ci avait décidé de remettre les compteurs à zéro. Sa méchanceté naturelle avait refait surface et l'assistante revivait les heures sombres de ses premiers jours à Poudlard. Recluse au fond de la salle, elle profitait des moments d'inattentions de la chauve souris pour glisser quelques conseils aux élèves. Elle avait abandonné l'idée de le remettre en place lorsqu'il dépassait les bornes et se faisait aussi discrète que possible.
Même si au fond la situation lui faisait mal au coeur, elle s'en accommodait sans mal. Elle était à nouveau transparente pour les élèves, on ne parlait plus d'elle dans les couloirs et c'était comme si son ardoise avait été effacée. Néanmoins ses sentiments pour le maitre des cachots n'avaient pas disparu et elle souffrait silencieusement du retour au point zéro. Si bien que le jour de la saint Valentin elle évita soigneusement de le croiser. D'ailleurs, à la base, le projet ne devait pas être plus difficile qu'à l'ordinaire. Ces deux compères de toujours, aussi étonnées que ravies par la soudaine résignation de l'assistante, lui avaient affirmé que l'homme ne s'aventurait jamais en dehors de son bureau lors du bal et encore moins pour le préparer. Dumbledore avait cédé à ses lubies, non pas pour le plaisir du professeur mais plutôt au grand soulagement des autres qui ne supportaient l'attitude agressive de ce dernier.
"Je me souviens d'une fois" Chuchota Chourave en accrochant un coeur en guimauve au cou d'une statue. "Où il a fait exploser son carton de décoration avant d'hurler pendant dix minutes à qui voulait l'entendre que cette fête n'avait pas lieu d'être. Après ça, lors de sa ronde, il avait retiré plus de 200 points en une nuit." Elle secoua la tête désolée.
Johanne écoutait les propos les lèvres pincées. Au fond, elle n'avait aucune envi elle aussi de participer au brouhaha ambiant. En tout cas, pas sans Rogue. Peut-être pas se pavaner à ses côtés main dans la main, mais seulement échanger quelques blagues... être bons amis. Pourquoi ne pouvaient-ils pas simplement s'apprécier, comme le feraient des gens normaux? Pourquoi fallait-il constamment qu'il soit méchant... N'avait-il pas compris qu'elle était capable de le respecter sans ça? Elle fut sortie de ses pensés par une jeune fille qui passa derrière elle en hurlant à une amie quelque chose en rapport avec du mascara. Johanne se souvint soudain qu'elle n'avait même pas fait l'effort de se trouver une tenue. Un coup de baguette avait simplement rendu sa robe de sorcier mauve. Ses deux amies s'étaient, quant à elles, misent sur leurs trente-et-un et paillaient d'impatiente à l'idée de leur double rencard de ce soir.
D'une petite voix, Johanne les salua avant de partir en direction de la grande salle où elle prendrait son poste ce soir. Le directeur avait cru bon de la placer au coeur de la fête, espérant que l'ambiance joviale allait la dérider.
"Qu'elle merveilleuse idée" ironisa la jeune femme en passant la grande porte avant de siffler entre ses dents. "Je vais parfaitement bien me sentir au milieu de tout ces couples dansant des slows pendant que je siroterais un jus de citrouille, seule et abandonnée à ma table!". Elle fit quelques pas de danse au milieu des décorations -essentiellement des ballons en forme de coeur à l'heure actuelle- en faisant mine de s'extasier.
"Un problème Jo'?" Lança soudain la voix fort reconnaissable du directeur.
Aussitôt Johanne se figea sur place, un pied en l'air. Elle se tourna vers Dumbledore en se raclant la gorge.
"Je... non, non aucun... Je... Me délassais?" Marmonna t-elle en levant un sourcil.
"Ho, je vois." Il laissa une pause. "Et vous vous délassée souvent en critiquant vos camarades Jo'?"
L'assistante soupira en baissant la tête, la secouant vers la négative.
"Allez, ne faites pas cette tête là Miss. Je vous accorde une danse si cela peut vous redonner le sourire. Même deux s'il n'y a que ça pour vous faire plaisir! Mais attention, il faudra vous expliquer avec ma cavalière! Minerva risque de nous faire une petite crise de jalousie.". Tout en parlant l'homme c'était approché de la demoiselle et tenait maintenant son menton entre ses doigts, l'obligeant à relever la tête. Elle le regarda tristement. Au moins, le directeur la comprenait lui. Elle ne pu s'empêcher de lui sourire. L'homme lui tapota l'épaule, les yeux rieurs.
"En voilà en jolie sourire!" Lança t-il en la lâchant pour se diriger vers la porte, Johanne sur ces talons. "Et entre vous et moi... je préférai l'autre Johanne... depuis quelques semaines... vous êtes bien trop sage à mon goût... Je suis redevenu le seul fou de l'école."
"Vous savez avec ma chance..." Marmonna Johanne laissant sa voix s'éteindre.
"De toute manière je vous réserve une surprise pour ce soir!"
"Pardon?"
Mais le directeur disparaissait déjà dans l'escalier.
