Chapitre 19 :

Le coup de la disparition mystérieuse.

La lumière filtrait à travers les rideaux fermés de l'infirmerie lorsque Johanne ouvrit les yeux. Epuisée, elle avait dormi toute la nuit sans interruption. Quelques rêves étaient venus troublés son sommeil et elle en gardait des bribes en mémoire, assez claires pour qu'elle arrive encore à se souvenir du contexte. L'un d'entre eux lui revint en pleine face alors qu'elle relevait la tête, une vive douleur lui traversant le cou. Elle se trouvait dans le château, de cela elle en était sure. Il y avait quelqu'un, une personne mauvaise, qui lui voulait du mal, quelque part. Elle ne savait pas où. Mais cette personne n'était pas loin. Elle se rappelait s'être collée contre le mur, la respiration haletante, cherchant des yeux une échappatoire ou, tout du moins, quelque chose pour se protéger. Soudain une personne avait surgi, baguette à la main, l'autre bout du couloir dans un geste menaçant. Elle se concentra un peu plus et pu mettre un visage sur cette personne. Oracio Lebrun. De toute évidence son esprit considérait le petit homme comme une menace. Après, tout était flou. Elle fouilla l'infirmerie du regard, observa William qui dormait encore et, décidant qu'il avait bien le droit de se reposer lui aussi, elle s'était levée pour retrouver sa chambre et récupérer quelques affaires propres. Elle fit un crochet pour prendre une douche et, à peine fut-elle fraiche et dispo, que le professeur Flitwick entra dans son champ de vision, d'énormes valises sous les yeux.

« Ha ! Johanne ! Vous voilà ! Je vous ai cherchez partout ! S'écria t-il en trottinant vers sa personne. - Il semblerait que votre tour de garde devant la chambre du jeune Potter soit arrivé ! »

Johanne passa une main devant son visage. Bah, il fallait bien que cela arrive un jour, au moins elle avait évité de stationner devant la porte une partie de la nuit. Et, au vu l'air épuisé du petit professeur, lui avait eut le droit de rester plusieurs heures debout. Elle se contenta de lui sourire pour toute réponse et se dirigea rapidement vers la tour des Gryffondors où se trouvait la chambre du jeune Harry. Elle ne croisa aucun élève en chemin. Rien de bien étonnant, après tout ils devaient tous être confinés dans leurs salles communes. Il semblait aussi que les recherches du jour se concentraient sur le parc puisqu'elle ne croisa aucun de ses collègues dans le château mais elle en aperçu plusieurs par les fenêtres.

Lorsque Johanne atteint enfin la tour des Gryffondors, elle se trouva bien embêtée. Personne ne l'avait mise au courant du mot de passe que la ''grosse dame'' ne cessait de lui réclamer. Malgré une argumentation sans faille – Mais voyons, je suis Johanne, ça se voit non ? Regardez mon écusson, je suis assistante d'un professeur ! - la femme refusait de pivoter pour la laisser passer, lui expliquant que les règles étaient les règles et qu'en plus un tueur rodait dans le château. Johanne se mit donc à énumérer tous les mots qui pouvaient lui venir à l'esprit espérant que parmi eux se trouvait le mot de passe.

Elle en était à « Tentacule » quand le tableau pivota pour laisser apparaitre la tête aux cheveux gras du professeur de potions. Johanne, surprise, laissa échapper un petit cri, reculant d'un pas. Elle posa rapidement ses mains sur sa bouche pour ne pas laisser sortir le reste des sons qui venaient de sa gorge et elle fixa son mentor qui la regardait, l'air narquois. Il s'extirpa de l'ouverture, ses grandes jambes devant lui, riant doucement. L'assistante laissa ses bras retomber, prête à encaisser les diverses remarques qui allaient bientôt pleuvoir sur sa personne. Et les dites remarques ne se firent pas longtemps attendre.

« Vous êtes –encore- en retard miss, siffla la chauve-souris, avançant vers elle, les mains dans le dos.

- Je n'arrivais pas à pénétrer dans la salle.

- Et pourquoi donc ? Un problème pour retenir le mot de passe, votre mémoire n'est donc même pas digne d'un poisson rouge ?

- Heu… bah… En réalité… » Johanne se demandait ce qui était le pire. Lui avouer qu'elle était venue jusqu'ici sans connaitre le mot de passe ou bien lui dire qu'elle l'avait oublié. Dans le premier cas elle ouvrait grandes les portes au professeur pour qu'il puisse librement la traiter d'imbécile –chose qu'il appréciait presque autant qu'elle aimait la tarte à la citrouille- et dans l'autre cas elle était partie pour plusieurs jours de remarque sur ses capacités de mémorisation. Elle soupira et choisi par défaut la seconde solution, bien moins douloureuse pour son égaux.

« En réalité je n'ai écouté le professeur Flitwick que d'une oreille et j'ai du oublier le mot de passe en chemin à cause de cela. » Marmonna t-elle.

L'homme émit un sifflement en secouant la tête de droite à gauche. « Et dire que je vous ai prise comme assistante… Qu'est-ce qui a bien pu me passer par la tête ? »

Elle resta silencieuse, essayant de ne pas montrer à quel point la remarque pouvait la blesser. Elle aurait voulu lui répondre quelque chose de cinglant plutôt que de rester devant lui les bras ballants mais, peut-être était-ce par dépit ou bien par résignation, rien ne lui venait à l'esprit. Elle se contenta de la fixer, le visage aussi vide que si elle s'était trouvée devant le vieux meuble en bois noir de l'époque Louis XVI de tante Ilda que cette dernière lui laissait en héritage avant de demander. « Et le mot de passe c'est ? »

L'homme tordit la bouche, croisant les bras devant son torse. Le manque de réaction de la jeune fille semblait l'avoir touché. Il l'observa de toute sa hauteur un long moment.

« L'on arrive pas à s'en sortir toute seule sans que Papa ne vienne vous aider ? Ricana l'homme. On a besoin de quelqu'un derrière soit en permanence ? Et ça ce veut pro… »

Johanne le coupa, demandant d'une voix monotone. « Il est un peu long là, votre mot de passe non ? »

Rogue grogna. Pourquoi ne s'était-elle pas encore mise à crier ? C'était étrange. Bah, le manque de sommeil devait l'avoir rendu moins odieux que d'habitude, voilà tout.

« Gueulante.

- Merci. »

Le tableau pivota pour laisser passer Johanne qui s'engouffra dans le tunnel, passant à côté de son mentor sans dire un mot. Elle ne lui lança même pas un regard, ne frissonna pas, ne retint pas sa respiration. En bref, elle passa à côté de lui comme s'il n'existait pas. Rogue se retourna pour la voir disparaitre alors que le tableau se refermait, le visage mi-figue, mi-raisin.

La plus part des élèves étaient descendus dans la salle commune pour discuter. Le sujet principal étant bien sur le retour de Hyde et les plus folles rumeurs courraient sur la façon dont il avait échappé à la prison d'Azkaban. Certains disaient qu'il avait réussi à se fabriquer une baguette magique avec les restes d'une cuillère en bois, d'autre encore qu'il avait réussi – et d'ailleurs Merlin le faisait aussi alors pourquoi pas lui ! – à lancer des sorts sans se servir de baguette. D'autres émettaient des hypothèses moins farfelues qui donnaient lieu à des débats animés. Elle traversa la salle quand soudain une main se posa sur son épaule. Elle reconnu aussitôt la voix de Neville alors que Ginny venait se placer devant elle, l'air grave.

« On aimerait te parler Johanne.

- On peut te faire confiance ? » Demanda Ginny dans la foulé, jetant un regard autours d'elle.

L'assistante se contenta de secouer la tête, fronçant les sourcils. De quoi voulaient-ils lui parler ? Elle leur fit signe et ils montèrent ensemble les marches qui menaient au dortoir des garçons. Une fois installée devant la porte que Neville lui indiqua comme étant celle d'Harry – puisque c'était aussi sa chambre – elle se laissa glisser contre le mur, attendant les révélations que ses deux amis voulaient lui faire.

Les deux ados échangèrent quelques regards, comme s'ils tentaient de communiquer par télépathie. Enfin, Neville se lança.

« On pense que… Enfin tu vas peut-être… mais…

- Mais ? Insista Johanne.

- Mais…

- Lebrun n'est pas clair dans cette histoire ! Fini par cracher Ginny, lança un regard exaspéré à son camarade. En classe il n'arrête de nous répéter qu'il ne faut faire confiance en personne et surtout pas en ses professeurs ! C'est bien une preuve ça !

- Et puis surtout… depuis le début de l'affaire on ne l'a pas vu une seule fois… que ce soit pour les tours de garde ou pour les recherches dans le château. On pense qu'il s'occupe de faire rentrer Hyde sans que personne ne s'en aperçoive ! »

Johanne resta silencieuse un moment. Elle fini par soupirer.

« Rogue a fouillé son esprit… il n'a rien à voir dans cette affaire… Il n'y a rien de plus sur.

- Il suffit que Monsieur Lebrun sache fermer son esprit sans que Rogue ne s'en rende compte et il a bien pu lui cacher des choses ! Argumenta Ginny. Mon frère, Percy, m'a expliqué tout ça ! Je sais de quoi je parle Johanne ! »

L'assistante elle ne savait pas du tout de quoi la petite rousse pouvait parler. Et puis qui croire ? On lui disait que Rogue était l'un des meilleurs pour l'occlumencie mais, après tout, Lebrun avait-été auror. Il ne fait aucun doute qu'on avait du lui apprendre à fermer esprit et peut-être même à faire cela discrètement. Elle se cogna plusieurs fois la tête contre le mur derrière elle, essayant de stimuler sa réflexion. De quel côté été Oracio ? Elle n'en savait rien.

« Je pense… je pense que je ne vais pas lui faire confiance, ne vous en faite pas. Mais sans preuve on ne peut rien faire… Même pas contacter Dumbledore, il a mieux à faire que de s'occuper des soupçons de deux adolescents et d'une assistante. Mais promis, juré, craché, je resterai vigilante envers Lebrun.

- Mouai…, grogna Ginny, tournant les talons. S'il arrive quelque chose à Harry à cause de Lebrun… Ce sera de ta faute.

- Il faut bien un fautif, siffla Johanne entre ses dents, jetant un regard noir à la rouquine. Et j'ai remarqué que dans cette école ce rôle m'allait parfaitement. »

Les minutes défilèrent… Johanne était toujours assise, fixant maintenant le plafond le regard vide. Cela faisait déjà quelques minutes qu'elle avait perdu pied et elle s'était enfoncée dans ses pensés au point qu'elle n'entendit même pas le nouvel arrivant. A quoi pensait-elle d'ailleurs ? Le flot incessant de mots qui déferlaient dans son crâne n'avait pas vraiment de sens à vrai dire. Elle passait d'une idée à une autre, oubliant au fur et à mesure les choses qui défilaient. Elle devait être en train de se questionner sur la taille du professeur Flitwick quand une voix la fit sursauter.

« Mademoiselle, vous m'entendez au moins ? »

Elle leva ses yeux en direction de la personne, une main sur le cœur, celui-ci battant à tout rompre. Il s'agissait du professeur Lebrun qui lui sourit le plus gentiment du monde. Elle ne répondit pas à ce sourire, sa conversation avec les deux jeunes Gryffondors encore très présente dans sa mémoire. Elle fixa l'homme, attendant qu'il lui explique ce qu'il venait faire ici.

« C'est à mon tour de stationner devant la chambre de Monsieur Potter, expliqua t-il devant l'air de poisson rouge sous acide de Johanne. Cela fait quatre heures que vous êtes ici, vous pouvez aller manger quelque chose si vous voulez, les cuisines sont exceptionnellement ouvertes aux professeurs. »

Quatre heures ? Mais elle avait l'impression de n'être restée dans ce couloir à peine une petite heure. Et encore, en comptant large. Elle c'était donc mise à divaguer depuis si longtemps ? Elle rougit légèrement se rendant compte qu'elle n'avait pas vraiment bien joué son rôle de garde du corps. Un dragon aurait bien pu dévaster le couloir et enlever Harry Potter en poussant des cris stridents qu'elle aurait certainement interprété ça comme une légère vibration suivit d'une brise matinale et d'un cri de hibou. Elle se releva, sentant des courbatures monter le long de ses jambes. Une vive douleur fit apparition dans sa fesse droite et elle serra les dents. Bien, tout cela ne pouvait indiquer qu'une chose : cela faisait bien quatre heures qu'elle était assise par terre dans un couloir. Elle allait avoir besoin d'un massage dans pas longtemps. L'espace d'un instant quelques images la mettant en scène elle, Rogue et un flacon d'huile parfumée vinrent parasiter ses pensés. Elle secoua vivement la tête : il n'y avait plus rien entre eux – Il n'y avait jamais rien eu d'ailleurs ! – et en plus elle le détestait cordialement maintenant. De ça, elle en était sur.

« Ho… heu… C'est quoi ça ? » Demanda t-elle soudain, remarquant que le professeur Lebrun tenait une assiette entre ses mains. On avait le droit de grignoter en montant la garde ? Damned, si elle avait su elle aurait ramené des gâteaux ! Et de la lecture… et de la musique aussi… et… et… enfin bref là n'était pas le sujet.

« Hé bien, de quoi nourrir monsieur Potter, on ne va pas le laisser mourir de faim alors qu'on tente de la garder en vie. » Rigola le professeur, contournant Johanne pour se rapprocher de la porte de la chambre.

Il toqua plusieurs fois, mais il n'y eut aucune réponse. Peut-être Harry dormait-il ? C'était certainement cela. Le petit homme toqua une dernière fois, des rides apparaissant sur son front. Il jeta un regard à Johanne, regard qui signifiait sans aucun doute : « Vous êtes sure de n'avoir rien entendu durant votre tour de garde ? ». Elle secoua vivement la tête à l'affirmative mais dès que l'homme retourna son attention sur le battant, les yeux de l'assistante vinrent fouiller le sol. Non, elle n'en était pas sure. Pas sure du tout. Elle était tellement perdue dans ses pensés… Lebrun frappa une nouvelle fois et fini par sortir sa baguette, donnant le plat à Johanne.

« Alohomora » Souffla t-il. Un clic se fit entendre et la porte s'entrebâilla dans un grincement à vous faire froid dans le dos.

Sans s'en rendre compte, Johanne se mit à prier tous les dieux qu'elle connaissait. Si le garçon avait disparu tout serait sa faute et, en plus de l'horrible sentiment de culpabilité qui montait en elle, elle allait devoir en rendre compte devant Dumbledore. Et l'idée de décevoir l'homme lui était presque plus pénible que celle d'avoir mis en danger la vie d'Harry Potter, le survivant. Lebrun poussa la porte du bout du pied, demandant de la main à la jeune femme de reculer. Sa baguette devant lui, il pénétra dans la chambre. Quelques secondes, qui semblèrent des heures à l'assistante, passèrent et elle fini par entrer à son tour dans la pièce. En un regard elle se rendit compte que ce qu'elle craignait était devenu réalité : aucune trace du garçon n'était visible. Mais, plus étrange encore, il en allait de même pour les traces de lutte.

Alors que Johanne regardait bêtement la salle, cherchant vainement le héro des sorciers des yeux, elle fut réveillée par Lebrun qui, lui, semblait bien plus actif que d'habitude. Il la secoua par le bras pour qu'elle reprenne conscience, lui demandant quelques choses semblant faire des efforts pour maitriser sa voix.

« Johanne ! Écoutez-moi bon sang !

- Que… je… je n'ai rien entendu pourtant… Je ne comprends pas…, balbutia la jeune femme qui sentait une boule de stress exploser dans son bas ventre.

- Ce n'est pas le moment de perdre pied ! Il faut agir dès maintenant mademoiselle ! »

Elle se contenta de se remettre à bégayer, tournant des yeux embués vers l'homme. Lebrun soupira bruyamment. Il fallait qu'il soit tombé sur une émotive. Lui, l'ancien Auror, n'était pas homme à se laisser submerger. D'un geste vif il assena une claque à la demoiselle qui reprit soudain conscience. Elle porta une main à sa joue, faisant tomber par la même occasion le plat qu'elle tenait dans ses mains. Une purée de pomme de terre et de la sauce vinrent éclabousser ses chaussures ce qui termina de rendre fonctionnel son cerveau.

« Héééé ! S'insurgea t-elle, frottant sa joue douloureuse.

- Bien ! Allez, en avant !

- En avant où ? Il faut prévenir Dumbledore !

- Nous n'avons le temps, et surtout, moins de personne seront au courant, plus nous avons de chance de ne pas faire savoir à Hyde que nous savons qu'il est passé à l'action. Du moment qu'il se croit modérément traqué, il sera beaucoup moins vigilant. Si nous sonnons l'alarme, c'est fini. Alors vous allez venir avec moi, traverser la salle commune comme si de rien n'était et me suivre sans dire mot à personne !

- Mais il a surement déjà foutu camp non ?

- Je n'espère pas… sinon… je ne donne pas cher de la peau de Monsieur Potter. »

Et sur ces mots Lebrun passa la porte alors que Johanne lui emboitait le pas. s