Chapitre 6 : Problèmes techniques et pilotes blessés…

50 miles à l'Est de Malte…

A mi-chemin de la côte Italienne, j'eus l'avertissement de niveau de carburant faible sur les réservoirs externes. Je passai alors sur les réservoirs internes, mais remarquai alors à mon grand étonnement que le voyant d'alerte ne s'éteignait pas. J'étais à deux doigts de tomber en panne sèche ! Même si j'étais proche de l'aéroport de La Valette, je savais qu'il n'était disponible qu'en cas d'extrême nécessité, et je choisis donc de continuer vers Trapani. Virant cap au 330, j'appelai notre contrôleur.

"Grass Seed, Tallboy one, J'ai une alarme carburant faible sur les réservoirs internes et externes. Pouvez-vous me diriger vers un ravitailleur, à vous ?"

"Bien compris, Tallboy one. Ravitailleur à vingt miles à l'ouest de votre position, altitude vingt mille pieds. Disponible uniquement pour ravitailler un appareil, ils sont à la fin de leur station. Leur code d'appel est Fatboy, fréquence 132.5 !"

"Je copie, Grass Seed, je vire au 270 et grimpe au niveau vingt. Je demande également l'autorisation de me détourner vers Trapani, à vous !"

"Bien reçu, Tallboy, on les appelle. Après ravitaillement, mettez le cap au 330 et appelez Trapani Contrôle sur la fréquence 122.25 !"

"Compris, Grass Seed. Tallboy, terminé !"

J'essayai alors de voir d'ou le problème venait, mais de ma position je ne pouvais rien voir du tout…

"Hey, Deux", appelais-je alors, "Tu saurais inspecter mon appareil pour toute fuite ?"

"Aye, leader… Gosh… Je remarque de multiple impacts de triple-A sur le fuselage, au niveau des réservoirs ventraux. "

"Damn… Donc je ne vole que sur les réservoirs d'ailes…", murmurais-je. "OK, isolons les réservoirs ventraux et de fuselage, et n'utilisons que les réservoirs d'ailes… Voila…"

Alors que je me préparais pour le ravitaillement, je continuais à grimper cap au 270 et eus bientôt l'avion ravitailleur, un KC-135 Extender, en visuel.

"OK, Leader à tous, vous mettez le cap sur Gioia. Je rentrerai par mes propres moyens. Rouge Deux, tu es maintenant le leader."

"Rouge Deux, à vos ordres, leader. Bonne chance !"

"Merci, Deux.", puis, basculant sur la fréquence du ravitailleur, "Fatboy, Tallboy Rouge Un en approche avec une grosse soif…"

"Bien reçu, Tallboy, J'ai un grand verre de Scotch bien frais pour toi, Laddie!"

"Aye, T'es de Dundee aussi ?", demandais-je, reconnaissant l'accent…

"T'as mis dans le mille, Laddie !" répondit le ravitailleur.

Il était amusant que deux "Scots" de la même ville se rencontrent juste ici, en plein milieu d'une zone de guerre… Aussitôt que j'eus mes réservoirs d'aile remplis, je me laissai distancer et, saluant une dernière fois mon "compatriote" Ecossais, je mis le cap au 330, droit vers la base aérienne de Trapani.


Hélicoptère de sauvetage Dauphin, Aéronavale Française, 40 miles au Nord de Tripoli…

« Alerte un de Rescue un, visuel sur un naufragé, dix nautiques sud de notre position, à vous.»

« Rescue Un d'Alerte Un, bien compris. Pas d'opposition pour l'instant, procédez au repêchage, on vous couvre»

« Bien compris, Alerte Un. Rescue Un, Terminé !»

Trois minutes plus tard, l'hélicoptère français survolait le point de chute de Philip et, aussitôt qu'il atteignit 50 pieds, ils descendirent le plongeur qui nagea rapidement vers le pilote américain.

"Hey, vous êtes OK", demanda le français.

"Non, je crois que je me suis brisé la jambe gauche …", gémit Philip, la douleur transparaissant dans son ton.

"Okay, Je vais mettre une gouttière à votre jambe, puis on vous ramène à notre porte-avions."

Aussitôt que Philip marqua son assentiment, le français enveloppa sa jambe avec une gouttière pliante et l'immobilisa avant de l'attacher au câble du treuil. Il fut alors enlevé dans les airs par l'hélicoptère ou un autre membre d'équipage l'attendait. Aussitôt qu'il fut installé et sanglé sur une civière, ils treuillèrent le plongeur et partirent à la recherche de Falco.

"Aucune nouvelle de mon ailier ?", demanda Philip à l'infirmier qui soignait sa jambe.

"On le cherche toujours. Il a disparu des radars juste après que vous ayez été abattu …"

"Oh non ! Falco… Please, dites-moi qu'il s'est éjecté ! "

"On n'en sait encore rien… Grass Seed nous a seulement averti d'une seule éjection, donc…"

"Oh God, Falco, pourquoi toi…", murmura-t-il alors, des larmes commençant à couler le long de ses joues…


Trapani, Sicile, vingt minutes plus tard.

J'avais finalement réussi à atteindre Trapani avec une confortable réserve de carburant en faisant une approche planée, et j'atterris à mon premier essai même si j'étais épuisé par la longue mission et avais eu quelques menus problèmes à maintenir ma concentration pendant l'approche finale. Aussitôt que je fus descendu de mon appareil, suivi par mon officier d'armement, un officier américain s'approcha de nous… Un colonel, à ce qu'il semblait.

"Squadron Leader Alexander ? Je suis le Colonel Faulkleitner, USAFE. Je suis le chef d'escadrille de votre cousin Philip, en fait. "

"Que le monde est petit… Heureux de vous rencontrer, Sir. Et ou est donc cette vieille branche de cousin ? Encore parti à la pêche ? "

"En fait, il a été abattu au large de Tripoli, mais a été repêché par un hélicoptère du Charles de Gaulle. Ils l'amènent ici dès qu'ils auront soigné sa jambe qu'il s'est brisée en s'éjectant… Mais cela devrait quand même encore prendre quelques heures, je pense…"

"God ! Je suis vraiment heureux qu'il soit OK. Donc, il était un des pilotes qui protégeaient mes gars là-bas alors…"

"Exactement. Et si je puis me permettre, qu'est-ce qui vous amène ici ?"

"Eh bien, j'ai apparemment été touché par une batterie de triple-A au niveau de mes réservoirs de fuselage, ce qui a provoqué une fuite de carburant. Heureusement je n'avais pas largué mes réservoirs d'aile, et ai donc pu rejoindre un ravitailleur et grappiller suffisamment de carburant pour arriver jusqu'ici…"

"Vous avez vraiment de la chance… Je me souviens qu'un de nos pilotes avait eu le même problème dans les Balkans… Il a passé sept jours derrière les lignes ennemies…"

"J'ai eu de la chance, j'en suis bien conscient. "

"C'est certain. Bon, si nous rejoignions la salle d'opérations ? Vous devriez pouvoir appeler Gioia de là."

"Thanks"


Trapani AB, plus tard dans la soirée…

J'étais assis au Mess, mon assiette remplie d'un Steak and Kidney Pie de qualité plus qu'acceptable, cadeau d'un cuisinier britannique qui avait rejoint un de nos squadrons de Typhoon déployés à Trapani, quand un appel résonna sur l'intercom.

"Message pour le Squadron Leader Alexander, La navette du De Gaulle atterrira d'ici dix minutes !"

Je peux avouer que jamais les pilotes et mécaniciens américains présent dans le Mess ne virent quiconque ingurgiter un plat si copieux aussi rapidement que je le fis alors… Dans les cinq minutes, je finis mon repas, l'arrosant d'une grande tasse de thé bouillant que je descendis en dix secondes chrono… Je me ruai alors vers l'extérieur et arrivai juste à temps sur l'aire de parking pour voir le COD, un C-2 Greyhound de l'aéronavale Française, se poser délicatement sur la piste et lentement taxier vers nous. Aussitôt que les moteurs stoppèrent, je me ruai vers la porte de sortie pour voir les infirmiers sortir mon cousin de l'appareil, étendu sur une civière. Je les suivis vers l'antenne médicale ou il était transféré, restant toujours près de Philip.

"Hiya, Philip, Old chap !", l'appellais-je …

"Jimmy ? Mais qu'est-ce que tu fous ici, bon sang ? Je te pensais à Gioia !"

"Eh ben, quelques obus de 20 mm dans mes réservoirs principaux et me voila… Pas content de me voir ?"

"Bien sûr que si, idiot va ! Comment va Janet ? Et mon filleul favori Alan ?"

"Ils vont bien, merci. Je les ai eu au téléphone il y a peu, et ils te souhaitent tous deux un prompt rétablissement."

"Merci. Et à propos de rétablissement, cela prendra un certain temps, je le crains. Ils m'ont retapé comme ils pouvaient à bord du porte-avions, mais il faudra encore qu'on m'opère plus tard pour enlever les broches de ma jambe aussitôt que les os se seront ressoudés…"

"Ben, c'est toujours mieux que de perdre ta jambe, non ? "

"Waip, certain !"

"A propos, cousin, comment va Sandra ?"

"Elle va bien. Elle est partie rendre visite à nos parents aux States. Elle devrait rentrer d'ici quelques jours…"

"Heureux de l'entendre"

Quand nous arrivâmes à l'antenne médicale, les médecins installèrent Philip dans une chambre ou il passerait les deux prochains jours au repos avant son rapatriement vers Spangdalheim.

"Oh, à propos", me demanda-t-il une fois que je fus à nouveau près de lui après qu'on lui eut prodigué quelques soins, "T'as-t-on donné des nouvelles de mon ailier ? Ils l'ont retrouvé ?"

"En effet… Ils ont trouvé son corps à dix miles de ta position… Je suis désolé, vieux…"

Je vis alors le visage de Philip s'assombrir. Je reconnus ce regard immédiatement, l'ayant bien trop souvent expérimenté moi-même auparavant, à l'époque des Balkans…

"Come on, Phil. Je sais que c'est dur, mais tu dois te ressaisir. Tu n'as rien à te reprocher. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour éviter sa mort… Et je suis certain qu'il savait quels étaient les risques quand il s'est engagé comme pilote de chasse, pas vrai ?"

"Malgré tout, j'aurais du le protéger, et pas l'amener dans ce foutu piège avec moi et l'amener à se faire tuer par ces salopards qui nous ont sauté dessus !"

"Ecoute, Philip, J'ai aussi perdu des pilotes en Afghanistan et au Kosovo. Je suis passé par là bien avant toi… Et même en sachant que ce n'était pas ma faute, je l'ai pris aussi mal que toi. Mais comme je l'ai fait alors, tu dois te reprendre et retomber sur tes pattes, et… Oh, désolé, je suis un parfait crétin… Bien sûr que tu saurais pas retomber sur tes pattes pour l'instant… "

"Yeah… Je me suis déjà éjecté une fois et ça suffit, merci. J'aimerais garder mon casier de pilote vierge, merci !"

Sa réplique était tellement drôle que je me retrouvai plié en deux de rire… Je savais parfaitement que Philip avait un sacré sens de l'humour, mais je n'avais jamais pensé qu'il sortirait ce genre de vanne à cet instant… Cela me rassura donc, il allait se remettre de tout ça plus vite que je ne l'aurais cru.

"Eh ben", lui dis-je aussitôt que j'eus repris contenance, "c'était une sacrée bonne vanne, vieux ! Garder ton casier de pilote vierge… Eh bien, on dirait en tout cas que t'es pas encore prêt à tenter un atterrissage en catastrophe de si tôt, pour sûr !"

"Ben, je peux toujours essayer sur l'ordinateur en activant le palonnier automatique, non ? "

"Ha ! Toujours aussi rapide à trouver une réponse à mes réparties, pas vrai ? "

"Eh, que crois-tu, vieille branche, j'ai une réputation à tenir, tu sais ? "

"Parfait. Eh bien, je suis heureux d'avoir pu te voir avant de rentrer à Gioia. Tu te soigne bien, ok ? Je viendrai te voir à Spangdalheim dès que j'ai une permission…"

"Amène Janet et Alan avec toi, tu veux?"

"Je n'y manquerai pas, vieux. Cheerio !"

"'d bye, cousin ! "