Le réveil est difficile. Je sors de ce qui a sûrement dû être un cauchemar. Mes amis me regardent, ils parlent, je ne les entends qu'à peine. J'ai été enfermée… Violée… Et j'ai avorté. J'ai tellement de mal à y croire. J'ai tué un enfant… Un être certes pas encore vivant, mais qui grandissait en moi. Il grandissait, et j'y ai mit fin. Simon se rend compte je suis réveillée. Il prévient les autres, qui accourent pour se mettre en demi-cercle à mes côtés. Ils me regardent, inquiets, silencieux. Harry me demande comment je vais. Je lève les yeux vers lui. J'explose. Les larmes se mettent à couler, je n'arrive pas à les retenir, je n'essaie pas, en fait. Ils essaient de me toucher. Je recule. Je veux fuir. Mais je ne peux pas, je suis encerclée par eux, et je suis assise sur le fauteuil. J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal !
J'ai envie de vomir. Les flashs m'envahissent. Le viol. Le viol. Je pleure, là, je pleure et je ne m'arrête pas. Il y a quelques minutes… Heures, peut-être… J'étais en train d'embrasser Simon. J'allais si bien. Je me sentais si bien. Et maintenant, je me rends compte qu'il y a 7 ans, j'ai été enceinte…J'ai revécu ces 15 jours en flashs, voyant les passages qui se ressemblaient passer à une vitesse folle, comme un film qu'on fait tourner en accéléré. Les nuits, les jours, tout ça passait vite. Les scènes dites importantes, comme mes conversations avec Simon, la fois où je l'ai repoussé, tout ça, ça s'est passé normalement, lentement, et je percevais tous les détails.
Mon viol… Est passé au ralenti aussi. J'étais à nouveau dans ce corps. Ce corps qui était le mien. Je revivais mes sentiments, mes sensations, tout. Je le vivais plus intensément. Trop intensément. Je me sens mal. Sale. Je me sens différente… Je ne suis pas moi. Je me souviens de tout à présent. Ou du moins de cette période. Ron… Nos disputes. Le regard des autres. Le soutien, surtout. Je me souviens… J'ai mal.
- Je l'ai tué. Murmurai-je, plus à moi-même qu'aux autres.
- Il ne vivait pas. Dit Drago.
- Et puis t'as tué pas mal de gens pendant la guerre aussi. Rappelle Stephan.
- Merci pour ta délicatesse ! Fait Ginny, consternée.
- Ben c'est la vérité ! Réplique Stephan, dans un murmure à peine audible.
- J'ai assassiné ma chair et mon sang… Continuai-je, sans vraiment les avoir entendus.
- Pas vraiment de chair ni de sang. Contredit Drago.
- C'était mon enfant…
- Pas encore. Rappelle le Serpentard.
Je lève les yeux vers Drago. Je viens à peine de me rendre compte qu'il parle d'une voix étrangement douce. Il m'a sauvée… Il m'a sauvée… Emma… M'a sauvée aussi. Et Simon…Simon. La main d'Harry se glisse dans la mienne. Je la serre. Les autres s'en vont, dociles. Le Serdaigle reste. Harry et lui discutent mentalement. Je suis trop faible pour percevoir ce qu'ils se disent. De toute manière je n'essaie même pas. Simon finit par partir. Je devrais peut-être le retenir. Je n'y arrive même pas. Harry me prend dans ses bras. Harry me porte. Harry me transplane jusqu'à sa chambre, m'installe dans son lit, et vient ensuite s'installer à côté de moi. Il me prend dans ses bras. Je pleure encore. Je me tourne vers lui. Je me blottis contre lui, ma tête dans le creux de son épaule. Et je pleure toutes les larmes de mon corps, alors que mon meilleur ami me tient dans ses bras, calme, réconfortant. Harry.
- Ca va aller.
Phrase qu'il murmure en boucle depuis tout à l'heure. Je sais que ça va aller. J'espère que ça va aller. Là, j'ai juste du mal à y croire.
- Je suis faible Harry. Je pleure, j'ai pleuré devant eux... Harry, j'ai tué un enfant ! J'ai tué mon enfant ! Harry… Ron m'a quittée. On a menti tu sais ? On a menti. Il m'a quittée et il a dit que je devais faire comme si je l'avais quitté. Je ne sais pas pourquoi. Il m'a quittée pour Simon. Je sais que c'est pour que je sois avec Simon qu'il m'a quittée... Il m'aime encore.
- Je sais.
- Lucius regardait… Tu sais pendant qu'ils me… Enfin tu sais… Il regardait. Bellatrix aussi. Ils regardaient tous, Harry ! Et ils ne sont pas morts ! Ils ne sont pas morts pour ce qu'ils m'ont fait !
- Tu ne devais pas les tuer par vengeance.
- Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça m'est revenu maintenant ? Pourquoi est-ce que c'est moi qu'ils ont enfermée ? Pourquoi on était faibles là-bas ? Harry… J'étais seule. Dans le noir, avec Simon, on était seuls. On était tellement faibles… On ne mangeait pas assez, évidemment. Je ne dormais pas assez. Simon était épuisé, à bout de force. On lui a envoyé plein de Doloris, tu sais ? Il m'a défendue… Comme il le pouvait… Et on l'a torturé sous mes yeux. Harry j'ai mal. Mon cœur… J'ai mal… J'étais seule dans le noir, quand il essayait de se reposer. Quand je fermais les yeux, je faisais des cauchemars. Je revivais la réalité…
Les mots sortent sans que je ne puisse les empêcher. Il m'écoute. Il me berce tandis que je murmure à son oreille. Il est là…
- La réalité était affreuse. Je ne pouvais même pas me réfugier dans mes rêves. On a fait comme on a pu… Tenant le coup comme on pouvait. Ne pas trop y penser, pour ne pas se plonger dans l'horreur des événements… Mais Harry… Elle était là, la réalité. Quand je me regardais, je revivais l'instant… Cet instant. Je ne veux plus jamais être seule Harry… Je ne veux plus de l'obscurité…
- Je serai toujours là.
Un silence s'installe après ces mots. Je sais qu'il sera toujours là. Le simple fait qu'il soit là, le simple fait que je sois dans ses bras, le simple fait qu'il me berce, qu'il me réconforte, qu'il me serre… Le simple fait que mes larmes finissent sur son t-shirt, et qu'il ne s'en plaigne même pas me rassure sur le fait qu'il sera toujours là. Je n'en doute pas une seconde.
Harry a changé. Grandi. Evolué. Il n'est plus cet adolescent qui essayait tant bien que mal de sauver le monde seul. Notre dernière année, il a accepté de l'aide. Notre aide à tous.
- Je me souviens…
Oui, je me souviens. De cette dernière année. Pendant l'été, Harry avait rencontré Emma, à la fête de son anniversaire. C'était une fête organisée par l'Ordre, l'Ordre qui avait gardé Rogue, parce qu'apparemment, Dumbledore leur avait laissé une lettre… Ou des souvenirs… Ou quelque chose qui innocentait Rogue du meurtre de l'ancien directeur. Rogue avait pris Drago… Lui avait expliqué beaucoup de choses. Et Drago a pris Emma. Et ensuite, Rogue a commencé à inviter Drago aux réunions de l'Ordre. Réunions auxquelles nous pouvions à présent assister. Emma a fini par être entraînée par son frère aussi. Et par Harry, parce qu'ils n'avaient pas perdu contact. On est retournés à Poudlard. Pour la septième année. On pensait ne pas le faire, mais Rogue nous a convaincu du contraire. Harry… Avait eu une conversation avec lui. Aussi bizarre que ça puisse paraître, l'avis de Rogue comptait pour Harry. Alors on est retournés à Poudlard.
Rogue était devenu le directeur de Poudlard. Ce qui arrangeait Voldemort, qui ainsi pensait avoir pris encore un peu plus le pouvoir. Mais on était protégés. Par le ministère, par les membres de l'Ordre. Ca arrangeait l'Ordre aussi, parce que ça créait une illusion à Voldemort. Et nous, on avait la chance de terminer nos études. La nuit… On ne dormait pas. Ou du moins, trop peu. On sortait de Poudlard, on allait chez Harry, et on assistait aux réunions. On n'était plus un trio. On était un groupe. Ron, Harry, Ginny, Luna, Neville, les jumeaux et moi. A Poudlard, c'est limite si on respectait les règles. Les jumeaux entraient en cachette, enfin… En cachette de Voldemort et des mangemorts. Après les réunions, la plupart de nos nuits, on les passait à s'entraîner.
Je sélectionnais les livres et on choisissait quels sorts on allait apprendre ensemble. Ensuite on les lançait. Ca a duré comme ça toute l'année. Drago était obligé de rester avec ses amis mangemorts, parce que lui aussi était censé être un mangemort. Grâce à Rogue, Voldemort ne l'avait pas tué. Et il a pu commencer à jouer un double rôle, comme Rogue. En moins important. Pour ça qu'on lui donnait moins d'informations, et qu'il ne devait pas trop rester avec nous. Mais on a quand même trouvé le temps de sympathiser. Avec les réunions et tout ça... Lui et Emma faisaient presque partie de notre groupe. Presque. Parce qu'Emma n'était pas à Poudlard, et que lui…On avait du mal à lui pardonner les années passées.
La sortie de Poudlard… Eh bien, elle aurait pu bien se passer. On était déjà devenus puissants. Tous. Drago nous avait présenté Simon, son seul ami doté d'un cerveau. Il ne nous considérait pas comme des amis. Nous ne le considérions pas comme un ami non plus. C'était plus la personne qu'on était obligés de côtoyer à cause de Rogue, et d'Harry. Parce qu'Emma voulait qu'on s'entende avec Drago, et Harry aurait presque tout fait pour les beaux yeux d'Emma… Mais par contre, Emma et Simon se sont très bien intégrés dans le groupe. Emma est vite devenue ma meilleure amie. Ca a pris un peu plus de temps pour Ginny, qui, même si elle est jeune, n'est pas aveugle, avait bien remarqué ce qui se passait avec Harry. Simon… Eh bien, les garçons l'ont adoré directement. Ils avaient les mêmes passions. Incompréhensible que ce garçon soit un ami de Drago ! On était donc un groupe à part entière, Emma n'était cependant pas à Poudlard, donc on la voyait moins souvent, mais elle assistait aux réunions aussi. Drago ne pouvait se permettre de traîner avec nous, même si l'envie y était, chaque jour un peu plus.
La sortie de Poudlard, donc… C'est à ce moment-là qu'ils nous ont enlevé, Simon et moi. Le reste de l'histoire, vous la connaissez. Après que Simon m'ait effacé la mémoire, Ron, Harry et moi, on s'est remis à la recherche des Horcruxes. On a fini par apprendre que Simon était le descendant direct de Serdaigle, et trouver l'objet qui appartenait à Serdaigle était plus facile. Les autres n'étaient pas au courant à propos des Horcruxes, c'était sûrement le seul élément qui faisait d'Harry, Ron et moi 'le trio'. Car même si on était un groupe, tout le monde nous appelait le trio. Les Horcruxes ont été trouvés en un an. On avait l'aide inconsciente de nos amis. Le soutien de nos proches. La protection du ministère. Et surtout Rogue. Rogue, toujours désagréable, mais moins, depuis que Drago était devenu notre ami à part entière (car après le 'sauvetage', Drago est devenu l'un de nos meilleurs amis. Un membre du groupe) il faisait un effort puisque Drago était souvent présent. Il nous a aidé, dans notre entraînement. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il est très bon professeur. Il nous a aidé à accroître notre puissance, nous a tous appris la Légilimencie et l'Occlumencie, sauf à Harry et Ginny qui eux, apprenaient à devenir Animagus avec l'aide de Lupin… Harry ayant réussi à devenir Animagus en un temps record, il a eu droit à des leçons de Légilimencie et d'Occlumencie aussi, contre son gré, mais il était un peu obligé… Pour ça qu'Harry est Occlumens, Légilimens, et Animagus, et que Ginny n'est qu'Animagus.
Le plus dur dans cette période-là (la dernière année, l'année qui ensuite suivi), ça aura certainement été la confiance. Les gens tels que Drago et Rogue ont dû gagner notre confiance, notre respect, aussi. Les adultes ont eu du mal avec notre puissance naissante, même si ils comprenaient que c'était très important que nous devenions puissants, les parents de Ron avaient du mal par exemple, à nous laisser nous entraîner nuit et jour, à des sorts, à des sorts informulés, à des sorts sans baguette, et à l'Occlumencie et la Légilimencie et tout ça.
Ensuite vinrent mes 20 ans. Nous étions puissants…Sûrement trop pour notre âge. Mais on s'aidait à garder les pieds sur terre. C'est à ce moment là que Simon et Drago ont fait ce sortilège, pour que Simon puisse détecter quand Drago a des pensées dévastatrices. Parce que Drago était le plus dangereux de tous. Parce qu'il était très puissant, déjà, parce qu'il connaissait plein de sorts de magie noire ensuite, et parce qu'il avait grandi avec un des mangemorts les plus redoutés, pour finir. C'est à mes 20 ans que nous avons tué Voldemort.
Nous savions qu'Harry tout seul n'avait aucune chance d'arriver à le tuer. Alors nous avons cherché une solution pour qu'il y arrive quand même. Le problème était la puissance. Le fait qu'Harry soit devenu super puissant ne changeait rien; au pire, Voldemort aurait pris deux minutes de plus à le tuer. Et en lisant, Simon est tombé sur un enchantement. En gros, ça consistait à prendre la force de quelqu'un et à la transférer dans quelqu'un d'autre. Et nous avons à tour de rôle donnés assez d'énergie à Harry pour qu'il puisse affronter Voldemort. Le problème avec ce sort, c'est qu'il faut faire attention à ne pas en donner trop, pour pouvoir continuer à se battre avec les Mangemorts. L'autre problème, c'est qu'Harry peut puiser dans n'importe quelle force, à n'importe quel moment, et que si t'es en train de te battre, c'est tant pis pour toi. Et le dernier problème, c'est que si Harry épuise quelqu'un… Cette personne peut mourir. Heureusement pour nous, ça s'est bien passé. J'ai bien failli me faire tuer par Lucius, mais Ron m'a retenue à temps. A la fin du combat… Il y a eu des pertes partout. Les Mangemorts se sont faits arrêtés.
Ensuite commence la période où nous avons profité de notre jeunesse. Les sorties, l'alcool, les abus de puissance. On était les personnes les plus puissantes du monde… Et je n'exagère pas. Notre puissance dépassait celle de Rogue. A nous tous, on était invincibles. On l'est toujours. On s'était plongés dans la magie, dans les sorties, dans notre liberté nouvelle pour oublier les morts… Lupin… Les parents de Ron. Des amis proches, comme Seamus. Et tellement d'autres. Y penser me fait mal. Je me remets à pleurer. Les larmes ne s'étaient même pas arrêtées de couler, en fait.
Ensuite… On a accompagnés Drago & Emma rendre visite à leur père, à Azkaban. Et puis le vide total. Je ne me souviens plus de rien. Une année toute noire. Alors ils m'ont effacé la mémoire deux fois ? Pourquoi ?
- Harry… Il me manque encore un an…
Faible murmure presque inaudible. Mes pensées continuent à m'envahir. Je me rends compte que je retrouve certaines petites parties de ma mémoire, que j'avais oubliées, souvent des moments où ils ont parlé du viol sans faire exprès. La mémoire me revient au moment où Drago et Simon décident de me donner des cours. Des cours de sang-froid. Des cours d'ironie. Pour ça qu'ils ont été ' mes professeurs '. Ca m'a aidé. A retrouver un équilibre. A ne pas ressombrer. Simon a fait tellement de choses par amour… Pourquoi est-ce que je ne me sens pas mieux alors ? Parce que j'ai perdu mon enfant ? Un être même pas désiré ? Quelque chose qui aurait fini par me répugner ? Quelqu'un, je veux dire… Pourquoi j'ai l'impression qu'on m'a brisé le cœur ? Pourquoi j'ai l'impression d'avoir perdu une partie de moi ?
La voix d'Harry résonne au loin. Elle me réconforte. Je me blottis encore un peu plus contre lui. Il porte le parfum que je lui ai offert l'autre jour… Parce qu'il l'adorait mais qu'il avait la flemme de se l'acheter. Alors je lui ai offert… Un sourire essaie de faire son apparition sur mon visage. Essaie. Parce que les larmes coulent toujours. Je n'arrive pas à les arrêter. J'essaie pourtant. J'ai mal. La douleur s'empare de moi, sans que je ne puisse la stopper. J'ai mal. Pourquoi j'ai la désagréable impression que je suis morte de l'intérieur ? Pourquoi j'ai si mal… ?
- Il me manque quelque chose Harry… Il me manque un rêve. Je ne veux pas continuer comme ça. Je ne veux pas continuer à aller au travail, à rentrer à la maison et à vous voir, sans changer quelque chose. Pourquoi on travaille Harry ? J'avais des rêves quand j'étais gosse ! Je voulais changer le monde ! L'injustice ! Je ne veux pas continuer à écouter des gens me conter leurs problèmes existentiels. Il y a parmi tous les gens qui consultent… Un patient sur dix qui souffre réellement, et qui a une vraie raison de souffrir. Tu vois, comme Stephan.
Silence de quelques secondes.
- Harry… On a grandi. On a chacun des millions sur nos comptes. Et tout ça parce qu'on a tué ! Merde, on nous a payé pour avoir pris la vie des gens ! Certes c'était Voldemort… Des mangemorts… Mais on ne paie pas quelqu'un pour un meurtre.
- Ce sont les familles qui nous ont fait cadeau de l'argent Hermy…
- Ne dis pas ça ! Ne dis pas ça ! Des gens sont morts ! Des innocents sont morts… Des centaines, des milliers ! Et avec l'argent qu'on a reçu des familles des gens qu'on a sauvés… Et même de ceux qu'on n'a pas sauvés d'ailleurs… On vit de cet argent. On est tous riches. On est tous beaux. On est tellement connus qu'on ne se déplace plus qu'en transplanant. On sort cachés. On travaille, oui. On travaille parce qu'on veut se sentir un peu normaux. Garder les pieds sur terre.
- C'est la moindre des choses, non ? Vouloir être un semblant normal.
- On n'est pas normaux Harry ! Les gens normaux travaillent pour l'argent, pour nourrir leur famille ! Je n'ai pas de famille ! J'ai tué mon enfant ! J'ai tué mon enfant…
- Ca n'en était pas encore un… Calme-toi.
- Je ne peux pas me calmer. J'aurais pu l'élever. Lui donner un avenir. Avec tout cet argent, il aurait eu une belle vie ! Même si j'avais été seule, on aurait été seuls à deux.
- On aurait été ensemble Hermy.
Un sourire naît entre toutes mes larmes. Mais je ne m'arrête pas pour autant de parler, ni de pleurer. Je n'y arrive pas. Il faut que tout sorte.
- On ne peut pas continuer comme ça. Notre aura ferait fuir un moldu. Je… Les gens ont souffert. Les gens ont tellement souffert ! Et il y en a qui souffrent encore ! Et nous… Nous on fait quoi ?! Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on aide ? On ne fait rien Harry ! On vit notre vie, avec nos problèmes superficiels ! On donne des milliers de gallions à des inconnus, juste parce qu'on est un peu saouls et que de toute manière, on a des millions sur nos comptes ! Travailler n'est même plus une obligation ! C'est un hobby ! Et comment on a obtenu nos travails, hein ? Tu crois que c'est normal que la moitié des joueurs de Quidditch soit et habite dans cette maison ? C'est absurde Harry ! J'ai tué un enfant et ensuite j'ai eu des problèmes superficiels tels que " Que vais-je porter demain ? ". Si je le voulais, je pourrais devenir le capitaine de l'équipe de Quidditch ! Tout ça pourquoi ? Parce que je suis Hermione Granger ! J'ai mon propre cabinet ! J'ai 25 ans, et je suis déjà psychologue, avec mon propre cabinet ! Parce que je suis Hermione Granger ! Tout n'est que bonheur et volupté ! On a perdu le sens de la vraie vie ! On ne sait plus ce qu'est avoir mal, travailler dur pour avoir quelque chose. Cet enfant dans la rue ? On ne le voit pas, car on ne va plus dans la rue ! Harry… On a changé ! On a grandi, et en fait, on est devenus pire. Sous prétexte qu'on a sauvé le monde on peut vivre caché, riche, heureux, dans un monde plein de superficie ? Sous prétexte qu'on est des meurtriers, le monde est à nos pieds ? Je suis sûre qu'on ne s'en rend même pas compte mais…
Mon meilleur ami me relève la tête et me regarde droit dans les yeux.
- Arrête de dire des conneries. On a souffert aussi. On a tué des gens oui, mais pas par plaisir ! Alors que d'autres gens dormaient tranquille devant la télé, nous on s'entraînait comme des dingues ! Arrête de dire des conneries, s'il te plaît, l'intelligence te va tellement mieux. Tu es celle qui a le plus souffert d'entre nous. Et on a tous eu notre lot de souffrance. Tous ! Alors ne viens pas me dire qu'on ne mérite pas d'être tous riches, et jeunes, et d'en profiter ! Calme-toi, reprends tes esprits. Si tu veux on aidera. On ira dans la rue, et ce gosse, à la rue, abandonné, eh bien on l'aidera. Je te promets qu'on l'aidera. Mais arrête de dire que tout n'est que bonheur et volupté, parce qu'hier encore, j'ai rêvé de mon premier meurtre. Alors Hermione, pour une fois… Ferme-la et dors.
- Je veux voir Ron. Avant on était trois. Un trio, un vrai. Plus soudés que les 5 doigts de la main. Je veux qu'on soit trois. Je veux…
Sans un mot, Harry me repousse délicatement et sort de la chambre, à la recherche de son meilleur ami. J'essuie mes larmes. Vite remplacées par d'autres. Et en quelques secondes, Ron se retrouve dans la chambre. Et ils se couchent. Harry à ma gauche, Ron à ma droite. La main droite d'Harry et la gauche de Ron dans les miennes, je me sens mieux. Pas bien. Juste mieux. Personne ne parle. Le silence ne dérange pas plus que ça. On est juste trois, dans un lit deux places, en train d'observer le plafond. Mes larmes s'arrêtent petit à petit de couler.
- Vous savez quoi ?
Ils tournent tous les deux la tête vers moi.
- Si vous vouliez un trio, avouez quand même que maintenant, c'est le moment idéal pour !
Ils me sourient. Ils sont rassurés. Par contre, moi, je ne suis pas rassurante. J'essaie de sourire, mais j'ai les yeux bouffis, j'ai quelques larmes solitaires qui coulent encore le long de mes joues et mes cheveux sont dans un état effroyable.
- Tu serais d'accord ? Demande Harry, sur le même ton léger que moi.
- Non. Je voulais juste vous le faire remarquer.
- On pourrait te sauter dessus, tu nous regarderais en nous suppliant de te lâcher ! Rigole Ron.
Supplier de lâcher… Mes cris résonnent dans ma tête, je me revois. Je ferme les yeux.
- J'ai gaffé…
- Tu as gaffé. Confirme Harry.
- Pas besoin de tes gaffes pour y repenser, de toute manière. Dis-je pour le rassurer.
- Ca va ? Demande Ron.
On se regarde, tous les trois.
- Ca ne peut pas aller, évidemment. Oublie. Se répond-t-il lui-même.
Sourires.
- T'es qu'un idiot Ron, tu sais ?
- J'avais pas besoin de ton aide pour le remarquer. Mais merci d'avoir pris la peine de le dire, c'est toujours agréable à entendre de la bouche d'une fille. Ironise-t-il.
- Mais je t'aime voyons.
Je sens sa main trembler dans la mienne.
- J'aime le fait d'être le seul à ne pas gaffer. Dit Harry.
Il manque juste les lunettes de soleil scintillantes, genre Will Smith dans Men In Black (sauf que dans MIB il manque le rayon de soleil qui les ferait scintiller), sinon il a tout de la personne qui se la pète. Sourire de vainqueur. Yeux triomphants. Jean noir. T-shirt moulant noir. Je vous dis, il ne manque que les lunettes de soleil.
- Ca va, arrête de te la péter. Fait Ron consterné.
- Mais je me la pète si je veux ! Regarde ! Je me balade !
Harry se lève donc, et commence à défiler devant nos yeux, toujours le sourire aux lèvres, toujours avec l'air supérieur, toujours avec ses vêtements qui font de lui l'un des mecs les plus sex's de Grande-Bretagne.
- Je suis beau hein ? T'as vu comme je suis beau ?
Agacée par son regard, je lance un 'accio lunettes de soleil', et les lunettes me tombent dans les mains. Je les lui lance. Parce que bon, s'il veut se la péter, autant qu'il se la pète avec des lunettes aussi ! Donc, lunettes sur le visage, il continue à se pavaner.
- J'arrive pas à y croire ! Après tout ce qui m'est arrivé, tu te retrouves en train de te pavaner ?! Fais-je, comme choquée.
- Ben désolé ma BF, c'est pas parce que ta vie n'est pas facile que je suis devenu moche hein.
- T'as toujours été moche. Réplique Ron.
- Non mais tu t'es regardé ?!
- Je suis plus beau que toi.
- Bon ben à part ça heu… Vous savez que vous avez 25 ans, n'est-ce pas ? Demandai-je, dans le genre du 'je dis ça, je dis rien'.
- Je n'en ai que 24. Je fais ce que je veux, je n'ai pas encore un quart de siècle ! Contredit Harry.
- Genre t'es fier d'être le plus jeune de nous trois. Se moque Ron.
- J'en suis fier ! Je suis trop beau, ouais, même que toi pas ! Même que vous êtes tous les deux couchés côté à côté, main dans la main, dans un lit, et que je me retrouve comme un con en train de vous regarder. Mais que ce n'est pas grave, parce que de toute manière, je suis le plus beau garçon du monde !
- Tu rentres encore dans tes chaussures ? Demandai-je, inquiète.
- C'est vraiment à se demander comment il fait pour passer les portes, n'est-ce pas ? Demande Ron, sur le ton de la conversation.
- Le pire c'est que tu es bien mieux que lui.
- Ouais je sais.
Au tour de Ron de sortir le sourire du mec qui se la pète. Sauf que lui n'a pas les vêtements top classes qui font que lui aussi est dans la liste des gars les plus beaux de Grande-Bretagne.
- Je suis absolument ve-xé ! Tu n'es plus ma meilleure amie ! Se vexe-t-il faussement.
- Ouf. Fais-je comme soulagée. J'ai cru que j'allais devoir te supporter le reste de ma vie.
- Je ne suis plus ton meilleur ami non plus alors ? Demande Ron, un sourire innocent sur les lèvres.
- Non. Oubliez-moi, je ne fais plus partie de vos vies ! Je vous hais ! Je suis exclu ! C'est un complot !
- T'es con ! Lui dis-je.
- Il t'arrive de faire des compliments aux garçons ? Demande Ron en se tournant vers moi.
- Et vous vous en foutez en plus ! Je suis cho-qué ! Je ne représente donc rien à vos yeux ?! Adieu !
Et sur ce, monsieur Potter se tourne vers la porte, marche de sa démarche super élégante (celle qu'on utilise quand on est obligés d'aller au ministère), tête haute, hyper supérieur, super lentement aussi, parce qu'il est évident qu'il attend qu'on le retienne.
- On ne te retiendra pas. Lui précisai-je.
Il marche plus vite, ouvre la porte et sort en la claquant. Et nous on éclate de rire. D'ailleurs on l'entend éclater de rire derrière la porte aussi. Des conneries comme ça, il n'en fait que quand on est en situation de crise et qu'être sérieux l'a frustré.
- Mon Dieu, je crois qu'il a trop regardé les séries américaines. Fais-je comme inquiète.
- La télé est la chose la plus néfaste pour celui qui a tué le plus grand des mages noirs, t'imagines ?
- On va le priver de télé. Dis-je, trouvant mon idée excellente.
- Non mais tu déconnes ?! Fait Harry en entrant dans la chambre.
Quelques minutes plus tard, il se retrouve sur le lit, où nous sommes tous les trois assis. On ne dit rien, on se regarde juste. Je n'ai plus leurs mains dans les miennes. Les larmes ne coulent plus depuis tout à l'heure. Je suis pourtant fatiguée, trop pleuré, trop plein d'émotions. Je me sens mieux pourtant…
- Merci.
Je ne les regarde plus. Je ne souris pas. J'aimerais dire autre chose. Comme : Merci pour ces conneries. Merci d'être là et de m'écouter. Mais ces mots ne sortent plus. Je n'y arrive pas. Alors un mot, murmuré. Merci, c'est ce que je pense, ce que je ressens. Ils le comprennent. Et ça suffit.
