Chapitre 3 - Deuxième jour…

(2ème partie)

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser de sympathiques commentaires qui m'ont encouragé à continuer cette fic. Et surtout, n'hésitez à m'en laisser d'autres, j'adore ça !!! Bonne lecture !

La voiture du FBI filait à vive allure sur la route. De temps en temps, l'agent Scott jetait un coup d'œil rapide sur ses deux passagers à l'aide du rétroviseur intérieur.

Temperance gardait les yeux rivés sur le paysage campagnard qui défilait sur le côté de la route. Elle regardait mais ne voyait rien.

- Bones, je suis avec toi, dit Booth en posant une main rassurante et amicale sur la sienne. Tout va s'arranger. Et je sais très bien que tu es innocente. Je…

Temperance sentait un froid glacial s'insinuer en elle tandis que les paroles de son partenaire résonnaient loin de son esprit embrouillé. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, à elle. Pourquoi elle ? Pourquoi cela lui arrivait à elle alors qu'elle commençait tout juste ses vacances ? Des vacances qu'elle s'était jurée de prendre depuis longtemps. Et maintenant qu'elle y était, tout partait à vau-l'eau.

On la suspectait de meurtre.

Des larmes de colère et d'incompréhension lui montèrent aux yeux.

Poussant les portes du bureau du poste de police, l'agent Scott passa devant eux et Booth et Brennan furent immédiatement confrontés à l'odeur acre de la fumée de cigarette mêlée à celle de la sueur.

Il les mena directement vers un homme en uniforme. Temperance reconnut aussitôt le shérif qu'elle avait aperçu, un peu plus tôt, sur le parking de l'hôtel.

- Dr Brennan, j'aurais aimé pouvoir vous connaître en de meilleures circonstances, dit-il en guise de présentation. Je connais votre réputation et…

- J'ose espérer que cette erreur judiciaire envers ma partenaire va être vite réglée, le coupa Booth en montrant à nouveau sa plaque du FBI, shérif… ?

Le shérif jeta un coup d'œil rapide à la plaque et reporta son regard sur Booth.

- Shérif Baxter. Agent Booth, je ne fais que mon métier, et vous êtes bien placé pour le savoir. Un meurtre a été commis et je dois interroger tout témoin ou suspect pour faire le jour dans cette affaire. (Il le détailla de la tête aux pieds.) Vous êtes en vacances ou en service ?

- En vacances, shérif, et je loge au même hôtel que le Dr. Brennan. Pourquoi cette question ?

- Vous n'avez donc aucun droit sur cette affaire.

Puis il tourna son regard sur Temperance qui les fixait tous les deux sans les voir vraiment. Tout était encore si confus dans son esprit. Mais elle avait tout de même remarqué que Booth s'était raidi à la réponse du shérif et cela ne présageait rien de bon quand à la future humeur de son partenaire. Elle devinait qu'il avait commencé à fulminer intérieurement et le shérif n'allait pas tarder à en prendre pour son grade.

- Dr Brennan, ce que je fais ne m'amuse pas, croyez-moi, reprit ce dernier, mais…

- Je sais : vous faites votre travail, répondit-elle mécaniquement.

Échangeant un regard entendu avec Booth, ils emboîtèrent le pas au shérif. L'agent Scott se joignit à eux. Passant la porte, Temperance sentit la douce pression exercée par la main de son partenaire contre le bas de son dos. Ce geste, qu'elle connaissait pourtant bien et qu'elle appréciait plus ou moins d'habitude, la réconforta. Ses vacances étaient foutues. Et celle de Booth aussi par-dessus le marché.

Le shérif la fit entrer dans une salle d'interrogatoire qui ne ressemblait en rien à celle où Booth et elle avaient interrogé bon nombre de suspects depuis le début de leur partenariat. Celle du FBI était spacieuse, murs sombres, on aurait presque pu dire qu'elle était conviviale. Celle-ci était plus petite, plus étroite, froide, où la lumière de cette fin de journée filtrait à peine à travers les stores. Au centre se trouvait une table en métal ainsi que trois chaises.

Aussitôt, Temperance ressentit une impression d'étouffement entre ses quatre murs gris.

Alors que Booth s'apprêtait à entrer derrière elle, il se vit refoulé fermement par Scott.

- Agent Booth, il vaudrait mieux que vous attendiez dehors. Elle doit être interrogée seule.

Puis il lui referma la porte au nez. S'approchant de Temperance, il lui fit signe de s'asseoir à la table.

Le shérif, le dos appuyé contre le mur et les bras croisés sur la poitrine, les observait attentivement.

Pour le moment, Scott ne lui avait adressé la parole que pour l'amener ici, l'obliger à s'asseoir afin que l'agent de sécurité fixe des menottes à la chaise et l'humilier avec cette histoire qui ne tenait pas debout.

- Vous me menottez ? s'exclama-t-elle en fixant l'agent enclencher la fermeture des menottes. Vous n'avez pas le droit !

- Désolé, Dr. Brennan, mais c'est la loi qui m'oblige à faire ça. Simple question de sécurité.

- De sécurité ? répéta-t-elle, médusée. Vous croyez que je vais m'échapper ? Je suis innocente ! Vous m'entendez ? Innocente ! Je n'ai rien à me reprocher !

- Estimez-vous heureuse que je ne vous ai pas menottée dans la voiture et ça, grâce à la présence de l'agent Booth à vos côtés. Si vous aviez tenté quelque chose, je suis persuadé qu'il vous en aurait empêché. N'est-ce pas ? D'où l'absence des menottes. Mais ici…

- Ici, vous avez le droit de m'attacher et de m'humilier, c'est ça ?

Scott ne répondit pas et se contenta de s'asseoir sur l'autre chaise, face à elle.

- Dr. Brennan, avant toute chose, je dois vous dire que vous êtes ici pour que je vérifie votre alibi. Mais je dois vous dire aussi que vous êtes, pour l'instant, la seule suspecte dans cette affaire.

A ces mots, Temperance reçut comme un choc électrique et soudain, la réalité de l'affaire et le risque qu'elle encourait la souffla comme une gifle en plein visage.

- Bien. Alors, pouvez-vous nous dire ce que vous faites dans la région et nous raconter ce qui s'est passé, hier soir, avec Johnson ? demanda Scott avec un calme surprenant.

Il ouvrit un dossier qui gisait au milieu de la table.

Temperance n'en croyait pas ses oreilles. Elle aurait voulu se pincer pour se réveiller et se rendre compte, avec joie, que tout ceci n'était qu'un cauchemar. Mais elle savait qu'elle ne rêvait pas et que tout ceci était réel. Bien trop réel. Malheureusement pour elle.

Elle sentit un filet de sueur glaciale couler le long de sa colonne vertébrale.

Allons, Temperance, reprends-toi, ressaisis-toi ! Booth n'est pas loin, il va t'aider. Comme toujours.

Elle se redressa et essaya de rassembler ses esprits. Il fallait qu'elle reprenne contenance et qu'elle se sorte, coûte que coûte, de cette affreuse méprise. Après tout, elle était le Dr. Temperance Brennan, anthropologue de réputation mondiale et auteur de best-sellers.

- Très bien, agent Scott. Vous voulez vraiment tout savoir ? OK. Je vais tout vous raconter.

Et elle se mit à parler, sans s'arrêter une seconde, sauf pour reprendre son souffle. Elle raconta tout. Son arrivée à l'hôtel, l'arrivée inattendue de Booth, son dîner, l'arrivée des voyous, l'intervention de Booth, puis l'agression dont elle avait été victime par le dénommé Johnson. Et enfin, l'arrivée du directeur de l'hôtel et la sortie fracassante de son agresseur par la porte des cuisines.

- Vous pouvez lui demander, c'est lui qui l'a viré, ajouta-t-elle.

Silencieux, Scott prenait des notes dans le dossier. Quand Temperance se tut, il releva la tête vers elle.

- Et ensuite ?

- Et ensuite quoi ?

- Qu'avez-vous fait ensuite ? Avec l'agent Booth ?

Temperance fronça les sourcils devant l'air froid et déterminé de l'agent du FBI.

- Qu'insinuez-vous, agent Scott ? Que je couche avec Booth ?

- Je n'insinue rien, Dr. Brennan, et, soyons clairs, c'est moi qui pose les questions. Alors, répondez à ma question, s'il vous plaît.

Il avait mis un accent ironique sur le « s'il vous plaît » et Temperance pinça les lèvres de dépit. Cet homme l'agaçait au plus haut point.

- Booth et moi sommes allés nous coucher.

Se rendant compte aussitôt de ce qu'elle venait de dire, elle rectifia rapidement le tir.

- Je veux dire, je suis allée me coucher dans ma chambre et Booth dans la sienne. Voilà. J'ai passé toute la nuit dans ma chambre, enfermée à double tour à cause de ce… de ce…

Elle ne pouvait même pas prononcer le nom de son agresseur.

- L'agent Booth certifie que vous n'avez pas quitté votre chambre de toute la nuit. Y aurait-il une raison particulière pour qu'il soit si affirmatif dans ses dires ?

Temperance ferma les yeux un instant, maudissant cet agent qui voulait tout savoir de sa vie privée. Se retrouver ainsi aujourd'hui, derrière la barrière, lui permettait de se rendre compte de ce qu'enduraient les suspects menottés à une chaise, assaillis de questions plus ou moins indiscrètes sur leur vie privée. Jamais plus, si elle sortait indemne de cette affaire, elle ne verrait les interrogatoires et les suspects sous le même aspect.

- Oui, une raison très particulière, agent Scott. Et elle s'appelle « amitié ». Je pense tout simplement que mon partenaire cherche à m'aider. Ce que font tous les partenaires qui s'entendent bien. Apparemment, c'est une chose inconnue pour vous.

En prononçant ses paroles, elle se rendit alors compte de combien lui était précieuse sa collaboration et son amitié avec Booth. Combien, en deux années, il lui avait permis de changer d'attitude avec lui et avec tous ses collègues. Combien il l'avait rendu plus humaine, plus près des gens, plus gentille. Un jour, il lui avait dit qu'elle était méchante avec les gens et ces paroles, pleines de colère dans la bouche de Booth, l'avaient soufflée, mais à cette époque, elle n'y avait pas prêté attention bien longtemps. Mais maintenant…

Scott la fixa quelques instants, dardant ses yeux dans les siens, cherchant visiblement à la déstabiliser. Mais elle avait appris à garder le regard froid et neutre, depuis que Booth faisait la même chose avec elle.

- Je vais fouiller l'appartement de Harry Johnson et si je trouve la moindre petite preuve qui montre que vous êtes reliée à cette affaire, je vous mets illico en garde à vue.

- Quoi ? Vous croyez réellement que je suis l'assassin de cet homme ?

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir trouver le meurtrier de Johnson. Vous ou un autre, il ira en prison, je vous le garantis.

Il se leva et prit le dossier qu'il glissa sous son bras.

- Shérif, vous pouvez relâcher le Dr. Brennan… pour l'instant, fit-il en fixant Temperance. Je vais faire mon rapport au FBI. Quant à vous, je ne saurai trop vous conseiller de rester dans les parages, à disposition du FBI. Nous n'en avons pas terminé, tous les deux.

Le shérif se décolla du mur auquel il était toujours appuyé et, sortant un trousseau de clés de la poche de son pantalon, vint détacher ses menottes.

Temperance se frictionna les poignets tout en jetant un regard mauvais à l'agent du FBI, puis se leva et sortit sans un regard pour les deux hommes.

Mais, au dernier moment, elle pivota vers eux.

- Je suis ici en vacances, agent Scott, j'ai loué une chambre d'hôtel pour deux semaines à un prix exorbitant. Je ne compte pas partir pour l'instant.

Puis elle sortit et se dirigea vers Booth qui l'attendait dans la salle d'attente du poste de police. Il se leva rapidement quand il la vit approcher.

- Bones, ça va ? J'ai appelé mon bureau de Washington et je suis sur l'affaire, j'ai leur autorisation, lança-t-il à Scott alors que l'agent s'approchait d'eux.

- Vous ne pouvez pas vous mêler d'une enquête qui ne concerne pas votre juridiction, agent Booth, répondit calmement Scott avec un léger sourire. Ici, nous sommes à plus de cinq cent kilomètres de Washington et…

Booth se rapprocha très près de lui.

- Il y a eu meurtre, et quand il y a meurtre, le FBI est partout chez lui, dans tous les états des Etats-Unis, voir même à l'étranger. Vous devriez savoir ça, agent Scott, siffla-t-il au nez de son collègue. Même si ça ne vous plaît pas, nous allons devoir collaborer… tous les deux.

Les deux hommes se tenaient face à face et se fixaient sans broncher. Temperance ne fut pas surprise quand elle vit, au bout de quelques secondes seulement, que Scott clignait des yeux, puis détournait le regard et s'éloignait en secouant la tête. Décidément, Booth avait et aurait toujours un fort potentiel de persuasion.

Mais Scott se tourna à nouveau vers eux.

- Au fait, agent Booth, lança-t-il en tapotant sa tempe de l'index, j'ai oublié de vous dire : je dois aussi vous interroger comme témoin de l'agression de Mlle Brennan. Alors, à demain !!

Apparemment satisfait de ses paroles, il leur lança un grand sourire très ironique et, cette fois, disparut dans une autre pièce.

Booth se tourna vers Temperance.

- Allez, on rentre à l'hôtel, Bones. Tu as besoin de te reposer.

- Non, ça va.

- Tu es sûre ? Tu avais l'air très secouée, tout à l'heure, insista-t-il en sachant qu'il allait se faire rembarrer aussi vite.

Mais il fut agréablement surpris quand Bones lui répondit par un sourire.

- Oui, c'est vrai, mais ça va mieux. Et je suis prête à me défendre. Tu me connais, je reprends vite du poil de la bête.

Booth eut un petit sourire et, glissant un bras autour des épaules de sa partenaire, il la conduisit jusqu'à l'extérieur. Il avait appelé un taxi et celui-ci les attendait au bas du perron.

Quand ils furent installés à l'intérieur de la voiture, et après qu'elle eut donné l'adresse de l'hôtel au chauffeur, Temperance se tourna vers Booth.

- Pourquoi as-tu fait ça ?

- Fait quoi ?

- Appeler Cullen, annuler tes vacances pour t'occuper de mon problème ?

- Peut-être parce que j'ai envie de m'occuper de toi, Bones. Je ne pouvais pas te laisser tomber ainsi, tout ça parce que je suis en vacances. Les amis ne font pas ça. Non ?

Ils se fixèrent quelques secondes, intensément. Un regard pénétrant et rempli d'amitié. Et un petit quelque chose d'autre…

Temperance frissonna et reporta son regard sur la route. Elle se sentait bizarre et ne tenait pas à le montrer à Booth.

- Tu n'aurais pas dû…, murmura-t-elle. Je suis désolée, tes vacances sont gâchées, les miennes aussi, tu vas être interrogé comme témoin, et en plus, tu reprends du service.

Elle sentit qu'il reprenait sa main.

- Bones, tu es ma partenaire, mon amie et je me dois de t'aider. Je suis certain que tu ferais la même chose pour moi. N'est-ce pas ?

Bizarrement, la journée qui avait été si ensoleillée jusqu'à maintenant, se chargea d'électricité et des éclairs se mirent à zébrer le ciel. Puis la pluie se mit à tomber très fort, provoquant des petits chocs sur les vitres du taxi.

Temperance tourna à nouveau son regard vers Booth et devina qu'il ne l'avait pas quitté des yeux.

- Oui, je ferai la même chose pour toi. Mais tu as déjà tant fait…

- Et je ferai toujours plus, Bones… Tu as toujours confiance en moi ?

Elle hocha la tête en guise d'acquiescement, puis reporta à nouveau ses yeux sur la route, gênée par son regard insistant et si profond.

Il glissa un doigt sous son menton pour la forcer à le regarder.

- Tu sais ce qu'on va faire ? dit-il sans détacher ses yeux des siens. Nous allons dîner tous les deux tranquillement, j'ai repéré un petit restaurant chinois pas loin. Et tu me raconteras tout ce qui s'est passé dans cette salle d'interrogatoire. Comme ça, demain, je saurai à quoi m'attendre avec Scott et je pourrai commencer mon enquête. Et je te promets que nous allons nous en sortir, que tu vas t'en sortir, même si je dois remuer ciel et terre pour ça. Tu n'es pas seule, Bones…

A SUIVRE…

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