Titre : Un heureux événement
Auteur : CuteCiboulette
Genre : Idem et fic bingo : « trahison ». Si vous n'avez pas lu In the air, il est encore temps.
Dis/claimer : l'univers et les personnages de GW ne m'appartiennent bien évidemment pas, le reste oui. Je n'en tire donc aucun salaire ni aucune gloire !
Mars-juillet 2011. Merci à : Anaste, Bernie, Ombre Pluie, WD, Naoko et Idradi
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Un heureux événement
(2/2)
Ce soir-là, tout le gratin de la Terre et des Colonies spatiales se trouvait dans la demeure de fonction d'Hugues Staessens, le Président des Nations Unies de la Sphère Terrestre. Comme chaque année, les plus hauts dignitaires, tous ceux importants ou qui estimaient l'être, s'étaient déplacés pour la commémoration de la fondation des NUST. Tout scintillait : des verres de champagne aux chandeliers, des bijoux des dames aux souliers de ces messieurs… Cette démesure ne cessait jamais d'enrager Duo en son for intérieur. En dépit d'un salaire plus que confortable (et dont il reversait une partie à divers organismes), le jeune homme était resté un gosse des rues dans l'âme. Il ne pouvait s'empêcher de calculer combien de repas ou loyers représentait telle bague ou tel costume. Personne n'avait besoin d'être aussi riche pour vivre.
Engoncé dans son smoking de location, Duo desserra de quelques millimètres sa cravate. Ce n'était pas un jeu auquel il aimait se prêter. Pourtant, chaque année depuis qu'il vivait sur Terre, il venait faire acte de présence. En temps normal, Heero, Trowa et lui-même n'auraient pas dû être conviés. Cependant, Hugues Staessens était l'un des privilégiés à être dans la confidence de leur identité passée et il mettait un point d'honneur à les inviter personnellement.
Duo appréciait ce vieil homme, humainement parlant, et c'était aussi l'une des rares occasions où tous les anciens pilotes de Gundam étaient réunis dans une même pièce. La réception ayant lieu à date fixe, et le jour étant chômé sur l'ensemble de la Sphère Terrestre, les cinq amis se réservaient toujours le lendemain pour profiter des autres sans plus penser au travail. La famille de Quatre possédait une demeure agréable à proximité, ils y séjournaient tous les ans.
D'ordinaire, Heero ne voyageait pas avec la délégation des Preventers mais accompagnait Relena à la réception. Cette année pourtant, l'état de la jeune fille lui avait interdit le déplacement. Quand il avait appris la nouvelle, Duo s'était alarmé pour le bébé, et pour sa mère. Heero lui avait alors assuré qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter : il était normal pour une femme enceinte d'être mise au repos médical à ce stade de sa grossesse et l'altitude comme les vibrations répétées étaient contre-indiquées. Heero avait donc pris la navette avec Une, Wufei, Duo et quelques autres collègues dans la confidence de leurs anciens états de service. La première année, Noin avait aussi fait partie du voyage, se rappela Duo, mais il ne l'avait pas revue depuis qu'elle avait rejoint Zechs Merquise sur le projet de terraformation de Mars. Si Duo appréciait la droiture de la jeune femme, il n'en était pas de même pour son compagnon. Ce cheminement de pensées le conduisit à se demander s'ils viendraient pour la naissance de l'enfant. Il oubliait toujours que Zechs – Milliardo – était aussi le frère aîné de Relena… et donc le futur oncle du bébé. C'était une image qu'il ne parvenait pas à concilier avec la réalité.
La main d'Heero sur son coude le fit redescendre sur terre.
« Trowa et Quatre sont là-bas, l'informa-t-il.
— Où ça ? Ah oui, je les… vois. »
Les deux hommes se tenaient subtilement à l'écart du gros des invités et devisaient confortablement, un verre à la main. Une extraordinaire bouffée de rage s'empara de Duo, si soudaine et violente qu'un voile rouge lui passa devant les yeux. « Duo ? » appela Heero en le voyant charger dans leur direction. À son tour, il se mit en branle pour ne pas se laisser distancer. Leurs amis se tournèrent vers eux quand ils furent à proximité mais le sourire de Quatre disparut en voyant l'expression du Preventer châtain.
« Duo ? Que se passe-t-il ?
— Plus tard, Quatre. Trowa, un mot en privé. Maintenant. »
Lentement, Trowa hocha la tête. À sa mine, il ne s'expliquait pas davantage le comportement inhabituel de Duo. Alors qu'ils s'éloignaient, Quatre se tourna vers Heero.
« Que se passe-t-il ? »
Heero ne put qu'hausser les épaules d'un air soucieux.
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Duo guida Trowa à l'écart de la salle de réception. La première année, un tour du propriétaire clandestin l'avait renseigné sur la configuration des lieux : un bureau un peu plus loin ferait une retraite idéale. Il crocheta la serrure aussi vite qu'il aurait tourné une clé et s'effaça pour laisser Trowa entrer le premier. Il bouillonnait toujours. Aussitôt la porte refermée, il explosa : « Tu m'as menti ! »
Trowa fronça les sourcils, fouillant sa mémoire à la recherche d'un mensonge récent qu'il aurait pu proférer devant Duo. Il ne voyait pas quoi. Même durant la guerre, il ne se rappelait pas avoir lui avoir menti ; pour tout dire, à l'époque ils ne s'étaient que très peu parlé. Il avait endossé plusieurs rôles, oui, notamment son prétendu engagement dans l'armée d'OZ sur la base lunaire puis plus tard dans celle de Mariemeia Barton, mais ce n'était pas la même chose et il doutait que Duo fît référence à cela.
« Je ne vois pas à quoi tu fais allusion.
— Tu m'as juré, juré que tu ne sortais pas avec Quatre ! Je l'ai rêvé, peut-être, la façon dont vos doigts se frôlaient à l'instant ? Vous vous teniez pratiquement la main !
— Ah… Non, attends, ce n'est pas ce que tu crois… tenta de l'apaiser en vain Trowa.
— Mais arrête ! Arrête de me prendre pour un demeuré !
— Laisse-moi en placer une, d'accord ? Tu avais raison à ce propos mais je ne t'ai pas menti, seulement… Comme Quatre me l'a gentiment fait remarquer, je ne suis pas toujours très vif d'esprit.
— Qu'est-ce que t'essaies de me faire gober comme conneries, que vous étiez ensemble sans le savoir ? ricana Duo sur un ton mauvais.
— Quelque chose comme ça. C'est en lui rapportant notre conversation que… Peu importe. Quatre et moi sommes ensemble aujourd'hui. Mais je t'assure que je n'en avais pas conscience lorsque tu m'en as parlé. Je ne me souviens pas t'avoir déjà menti, Duo, et je ne l'aurais certainement pas fait sur ce sujet. Tu es un ami. »
Duo s'était déplacé au cours de son éclat et se tenait à présent au centre de la pièce. Les yeux grand ouverts, il le dévisageait en silence, une expression d'angoisse dansante sur la figure comme s'il ignorait s'il devait le croire cette fois encore. Ses traits se contorsionnaient, lui donnant l'apparence d'un masque de caoutchouc informe. Avec précaution, Trowa se rapprocha.
« Duo… Je me rends compte que je t'ai blessé, bien qu'involontairement, et j'en suis désolé. Je te présente mes plus sincères excuses. Mais… Duo… ne crois-tu pas ta réaction quelque peu… disproportionnée ?
— Je… je… je croyais…
— Que je t'avais menti, oui, et sur un plan personnel, mais cette façon de réagir si violemment, pratiquement en public… ça ne te ressemble pas. »
Duo avait baissé la tête. Raide comme un piquet, les poings serrés le long de son corps, il était l'image même de l'ébranlement difficilement contenu. Graduellement, les épaules du jeune homme se mirent à trembler. Lui-même tendu, Trowa regarda autour de lui à la recherche d'un soutien quelconque, mais il se trouvait bien seul avec Duo. Il se sentait inadéquat à gérer cette crise. Il n'était pas non plus certain d'être le mieux placé pour cela. Mais à cet instant, Duo n'avait que lui. Maladroitement, il prit son ami par les épaules. Ce genre de réconfort ne lui était pas naturel. Et c'était Duo, l'inébranlable Duo, le seul des quatre à n'avoir jamais eu, à aucun moment durant deux guerres, besoin de lui. Il doutait trouver les mots justes et nécessaires aujourd'hui, se demandait si cela avait une importance, s'il était d'ailleurs obligé de parler.
« Duo… »
Son ami lâcha un hoquet douloureux. La panique menaça de s'emparer de Trowa, lui réputé si impassible. Son soulagement fut sans borne quand la porte s'ouvrit brusquement et que la silhouette de Quatre se découpa dans l'ouverture. Mais l'inquiétude le saisit aussi vite devant son regard fixe et absent. Son compagnon tenait Heero par le poignet mais ne paraissait pas réellement les voir. Il ne sembla reprendre conscience que lorsque Heero l'écarta, un peu trop vivement.
« Laissez-nous », dit le métis tout en s'approchant d'eux à pas pressés.
Trowa remarqua à peine l'arrivée de Wufei, visiblement essoufflé d'avoir couru pour les rejoindre. Celui-ci demanda quelque chose mais sa question fut recouverte par la lamentation de Duo lorsque le jeune homme brun le prit dans ses bras.
« Ooh, Heero…
— Chuuut, je suis là », murmura celui-ci en resserrant son étreinte. « Je serai toujours là. »
Duo se mit à sangloter.
Trowa reprit alors contenance et, un bras passé autour des épaules de Quatre, à moitié pour soutenir le blond chancelant, à moitié pour les rassurer tous deux, il l'entraîna vers le couloir, un signe du menton à l'intention de Wufei. Duo n'avait pas besoin de spectateurs, même s'il s'agissait d'eux. La porte se ferma en un chuintement. Aussitôt, Wufei lui demanda de quoi il retournait.
À l'intérieur, Heero faisait de son mieux pour réconforter Duo. Le jeune homme se laissait complètement aller contre lui en une preuve de confiance comme Heero en avait rarement connue. Doucement, le métis le guida vers le sol où Duo pourrait plus commodément donner libre cours à ses émotions.
« Heero… Heero… je vais pas bien du tout…
— Je sais, mon amour, je sais.
— Je crois… je crois que j'ai besoin d'aide…
— Je sais. Ça va aller, maintenant. Ça va aller.
— Je comprends pas ce que j'ai ! »
Heero l'écarta de sorte à lui prendre tendrement le visage entre les mains.
« On va trouver.
— Oh, Heero ! Heero, je… je crois pas… nous deux…
— Chuut… l'apaisa Heero, le pouce posé sur ses lèvres. Ne pense pas à ça maintenant. On en discutera plus tard. Ça attendra le temps qu'il faudra, rien ne presse. Pour l'instant, ce qui compte, c'est toi.
— Je suis désolé, je suis désolé…
— Tu n'as pas à t'excuser pour ça. Pas à t'excuser pour quoique ce soit.
— Je comprends pas ce que j'ai, pourquoi je ressens toutes ces choses ! J'ai l'impression de perdre la boule !
— Tu n'es pas fou, Duo.
— Mais je ne me reconnais pas ! Je perds complètement le contrôle, je… Tout à l'heure, j'étais tellement en colère, j'aurais pu attaquer Trowa ! Je m'explique pas mes réactions, je réagis n'importe comment à n'importe quoi et je m'en rends même pas compte ! Je m'en rendais même pas compte, j'étais tellement fou de rage !
— Calme-toi…
— Qu'est-ce que je vais faire, Heero ? Qu'est-ce que je vais faire ?
— On va… » Heero s'interrompit brusquement à l'entrée de Wufei. « Dehors, siffla-t-il furieusement. On n'a pas terminé.
— Juste un mot, Yuy.
— Plus tard.
— Non. »
D'un pas calme et résolu, le Chinois s'avança vers eux. Après un court instant d'indécision, Quatre et Trowa pénétrèrent à leur tour dans la pièce mais ils restèrent près de la porte qu'ils refermèrent derrière eux.
Wufei s'agenouilla près de Duo, ignorant le regard meurtrier que lui adressait Heero.
« Duo… Trowa et Quatre m'ont un peu expliqué ce qui se passait.
— Quatre ? répéta Duo, incertain.
— J'ai senti ton… trouble », dit le jeune homme blond.
À son tour, il se rapprocha ; Trowa lui emboîta le pas. Wufei reprit :
« Ça fait longtemps que j'attends ça.
— Quoi ? croassa Duo.
— Que tu craques. Ça fait un moment que tu en montres les signes mais tu gardais obstinément les yeux fermés…
— Wufei, gronda Heero.
— Encore une minute. Duo, si tu es prêt à accepter de l'aide, je connais quelqu'un de bien. » Le jeune homme prit une inspiration. « Elle m'a beaucoup aidé. M'aide encore. Et si tu ne te sens pas à l'aise avec l'idée de parler à la même personne que moi, je suis certain qu'elle pourra te recommander à un confrère à même de t'aider. »
Duo posa sur lui des yeux hagards.
« Toi, Wufei ? souffla-t-il, arrachant un sourire sans joie à son ami.
— Oui, moi. Avais-tu cru que les Preventers m'auraient accepté si facilement après l'épisode Dekim Barton ?
— Je… je n'avais jamais pensé….
— Après le suicide collectif de ma colonie… Je portais moi aussi un bandeau sur les yeux. La mort de Treize n'a rien arrangé. Notre combat, fit-il à l'intention d'Heero dont l'expression s'était apaisée, notre combat m'a ouvert les yeux sur pas mal de choses. Entre autres que je ne pouvais pas continuer comme ça. Pas seul. Quand Sally m'a proposé de rejoindre les Preventers et m'a fait part de cette… formalité… j'ai accepté.
— Pourquoi ne pas nous en avoir parlé ? »
Wufei détourna brièvement le regard.
« Nous ne nous connaissions pas tant que ça, tous, à l'époque. Pas comme aujourd'hui. Et plus tard… je ne voulais pas que vous me pensiez faible. » Le jeune homme eut un sourire de dérision. « Tu vois, j'ai encore des progrès à faire. Par la suite… je ne pensais pas que tu étais prêt à m'entendre te conseiller d'aller voir psychiatre. Avec la vie que nous avons menée, ça n'a rien de honteux de parler à quelqu'un de qualifié.
— J'ai moi aussi au recours à un psychiatre quelques temps, intervint Quatre après un moment de silence. Pardon, Trowa. »
Son compagnon secoua la tête mais, à la surprise que le blond lut dans ses yeux, il savait qu'ils en parleraient plus longuement plus tard, lorsque Duo ne serait plus au centre immédiat de leurs préoccupations. C'était à présent quelque chose que lui aussi désirait.
Duo le dévisagea avec incompréhension.
« Je croyais qu'on était amis…
— Nous sommes amis. Cela n'a rien à voir. Admettre à soi-même qu'on a un problème n'est pas aisé. L'avouer à autrui, même à ses proches, peut-être surtout à ses proches, est encore plus difficile. Je regrette. J'aurais dû vous en parler plus tôt. J'aurais dû être plus présent pour toi, Duo. Je ne m'étais pas rendu compte avant ce soir que tu allais si mal.
— Je ne vais pas… se défendit automatiquement Duo avant de se taire et de baisser les yeux. Je ne vais pas bien.
— Mais tu viens d'accomplir le plus difficile, lui assura Wufei, une main posée sur l'épaule. Le reste sera plus facile. Ça prendra sûrement du temps, mais tu iras mieux, Duo. J'en suis persuadé. »
Les bras d'Heero se resserrèrent autour de lui en un soutien – ou un assentiment silencieux. Duo y puisa la force nécessaire pour sourire au Chinois. Une mauvaise imitation d'un sourire, vacillante et qui tenait davantage de la grimace. Pourtant, Wufei y retrouva bien plus de son ami que les pastiches qui avaient peu à peu élu domicile sur ses lèvres avant de disparaître à leur tour. Wufei exerça une nouvelle pression sur son épaule puis se releva.
« Je vous laisse, dit-il. On se revoit plus tard. »
Encore sonné par les révélations qui lui avaient été faites, Duo mit du temps avant d'acquiescer. Tour à tour, Quatre et Trowa adressèrent un geste amical à son attention puis les trois amis quittèrent à nouveau la pièce pour les laisser seuls. Après un moment, Duo tourna le visage vers Heero.
« Tu le savais ? demanda-t-il timidement.
— Non. Est-ce que ça change quelque chose ?
— J'en sais rien… Peut-être, oui… »
Duo se mâchonna la lèvre, un tic récent qu'Heero souhaitait ardemment voir disparaître.
« Parle-moi…
— Je… me sens… » Trouver les mots justes, ou peut-être simplement les exprimer, réclamait un effort visible. Duo, pourtant, lutta jusqu'à ressortir victorieux de cette bataille-là. « Vous sembliez tous si… adaptés, si… à l'aise. Comme si la vie… pas "normale", mais… si, normale, comme si ça vous était facile. Inné. Je sais pas quand ça a commencé… petit à petit, c'était comme si je devenais spectateur.
— Je suis désolé que tu te sois senti seul.
— Heero… » Quoique Duo eut l'intention de dire, il décida de le garder pour lui. « Heero, je suis fatigué », dit-il à la place.
Le métis n'insista pas. Ils auraient d'autres occasions de parler.
« On s'en va. »
Il laissa Duo se relever par ses propres moyens mais risqua un bras dans son dos quand ils se mirent à marcher. Duo ne chercha pas à se dégager ; au contraire, il sembla à Heero qu'une infime partie de son poids se porta à sa rencontre.
Dans le couloir, Quatre les attendait, appuyé contre le mur, les bras derrière le dos. Heero ne vit nulle trace de Trowa ou Wufei.
« Un taxi vous attend, leur annonça le blond. La course a été payée. Tiens, ce sont les clés de la maison, je suppose que vous nous précédez ? »
Heero hocha la tête. « Ça va, toi ? », s'enquit-il mais Quatre écarta la question d'un geste de la main. Ou bien il ne souhaitait pas en parler, ou bien il estimait que la crise d'empathie dont il venait d'être victime était terminée et ne valait pas la peine qu'on s'y attarde davantage. Dans les deux cas, Heero n'était pas homme à le contredire.
« Passez par l'arrière, ce sera plus discret. On se revoit demain.
— Oui. À demain.
— Quatre ?
— Rentre te reposer, Duo, d'accord ? On se revoit demain.
— … D'accord.
— Et ne rumine pas trop. »
Après un dernier regard à l'attention d'Heero, Quatre tourna les talons vers la réception. D'une pression du bras, Heero invita Duo à prendre la direction opposée.
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Le trajet en taxi fut silencieux. Duo avait repris de la distance en se collant contre la vitre de la portière. Heero ne jugea pas propice de le rassurer sur sa présence autrement que par un contact du genoux, même si pour se faire il devait écarter les jambes en une position inconfortable. Le chauffeur avait rapidement compris que ses clients ne lui offriraient aucune distraction et Heero le fusillait du regard à chacun de ses coups d'œil dans le rétroviseur.
La demeure de la famille Winner était sombre et imposante mais Heero y venait tous les ans pour leur rituel de retrouvailles. Il savait que ce n'était qu'une impression imposée par la nuit. La maison avait été préparée pour leur arrivée, les chambres prêtes, le frigidaire plein. À côté de la cheminée, un tas de bois permettait d'assurer une longue soirée et au besoin, une réserve supplémentaire se trouvait à la cave.
Duo le suivait comme un zombi ; Heero ignorait si cet abattement était normal après les émotions de la soirée ou s'il devait s'en inquiéter. Il se sentait en colère contre lui-même. Bien sûr, il n'avait pas manqué le mal-être de Duo. En vain, il l'avait poussé à se confier à lui. Il avait presque cru y être parvenu, des semaines auparavant, avant de voir Duo se refermer comme une huître. C'était de sa faute, il avait été maladroit. Stupidement, il avait pensé que lorsque Duo accepterait de parler, de lui parler, les choses iraient mieux mais il réalisait à présent que ce n'était pas si simple. Il commençait à douter d'être suffisamment armé pour affronter la situation. Wufei s'était montré bien plus utile et Heero n'aimait pas ce sentiment de jalousie déplacé qui l'envahissait lorsqu'il y repensait. Aider Duo, c'était tout ce qui comptait.
« Tu veux manger quelque chose ?
— Non. Merci.
— Tu n'as rien avalé de la soirée…
— Je voudrais me coucher. Je suis fatigué.
— Très bien. Monte à l'étage, je te rejoins tout de suite. »
Duo eut un acquiescement éteint. Tandis qu'il gravissait les escaliers, Heero fit un saut à la cuisine pour y prendre une bouteille d'eau et de quoi grignoter, sucré et salé, pour le cas où Duo changerait d'avis ou se réveillerait affamé durant la nuit. Quand il retrouva Duo dans la chambre où il séjournait d'habitude, le jeune homme était assis sur le lit, les épaules tombantes et la mine défaite.
« Tu veux un coup de main ? » proposa Heero sur un ton anodin en posant ses victuailles sur la table basse.
Duo eut un léger sursaut.
« Hein ? Non, non, ça ira… »
Les gestes laborieux, il se débarrassa de ses chaussures puis de sa cravate et enfin du reste de ses vêtements. Pendant ce temps, Heero alla piocher un t-shirt propre dans l'armoire puis le tendit à Duo afin qu'il soit plus à l'aise pour dormir.
« Tu as besoin d'autre chose ? demanda-t-il encore, une fois Duo sous les draps.
— Non… » Heero opina du chef et s'apprêtait à le laisser quand la voix du châtain le rappela : « Heero ? … Reste un peu avec moi ?
— Bien sûr. »
Duo se décala, lui offrant une moitié de lit. Sans le quitter des yeux, Heero se mit à l'aise à son tour puis, comme Duo avait retourné les couvertures en une invitation à le rejoindre, le métis se glissa à ses côtés. Avec le plus grand naturel, ils s'allongèrent l'un contre l'autre, le bras de l'un autour de la taille de l'autre. Baignant dans leur chaleur, Duo poussa un soupir et ferma les yeux. Les minutes s'égrainèrent en silence. Graduellement, comme avec précaution, le corps de Duo se détendit, sa respiration ralentit. Heero lui caressa doucement les cheveux.
Ce ne serait pas si simple, non, mais aucun d'entre eux n'était du genre à baisser les bras ni à laisser tomber, encore moins l'un des leurs. Cela demanderait du temps, de la patience, de la compréhension. Mais cela irait. Il ne pouvait en être autrement. Plus que jamais, il voulait avoir confiance en l'avenir.
Heero ferma les yeux et à son tour, il s'assoupit.
