Attention, ce chapitre contient des passages violents, qui peuvent choquer. Si vous choisissez de lire, c'est en pleine connaissance de cause.
J'ai du mal à respirer. J'ai mal à la tête. Je tente de garder les yeux ouverts mais ma vision est ponctuée de gros points noirs. La main qui me tient à la gorge est toujours là. Et il pose son autre main sur ma bouche. Je suis bloquée contre le mur et je sens l'humidité des briques pénétrer ma veste en coton. Je ne peux rien faire. J'essaie de me débattre une fois, puis deux et le seul résultat ? Sa main se resserre un peu plus autour de mon cou. Je sais où nous sommes, dans une petite ruelle sur la droite du club. Personne n'y vient jamais le soir, pas même pour vider les poubelles.
Je tente de respirer par le nez et de garder les yeux ouverts. Dans le noir, je parviens enfin à distinguer son visage.
Mr. Larry. Fils de pute.
Il n'est pas beaucoup plus grand que moi. Un peu dégarni, les derniers cheveux qui lui restent sont toujours un peu gras. Je sais, rien d'attirant, bien loin de là. C'est un client récurrent, un habitué du club. Pas forcément un de mes habitués mais j'ai déjà dansé plusieurs fois pour lui. Dont ce soir. À la place de ma séance avec Edward. Il m'a toujours semblé être un peu timide. Oh il regarde, il apprécie, mais il ne parle pas beaucoup. Il est plutôt... Commun. Banal.
Enfin, pas si banal que ça finalement.
Il porte sa bouche prêt de mon oreille pour murmurer :
« Tu vas être bien silencieuse compris ?»
Quoi ? Il me pose une question là ? Il veut que je lui réponde avec une main plaquée contre ma bouche? Et il espère que je vais dire oui en plus ? Est-ce que j'ai l'air d'avoir le choix là ?
J'ai peur. Je ne sais pas comment m'échapper et je me demande même si ça va être possible. Même s'il n'est pas très grand, il a bien plus de force que moi et la force qu'il exerce sur ma gorge me fait perdre tous mes moyens, aussi peu soient-ils.
Je me débats, mais ça ne change rien. Pour m'empêcher de bouger, il presse son corps contre le mien. Je suis emprisonnée entre lui et le mur. Et dégoutée.
«T'es qu'une petite allumeuse hein ? Ça t'éclate d'exciter tous les mecs du coin sans jamais les faire jouir ? Ça t'amuse de me laisser frustrer comme ça?»
Il enroule sa main autour de mon poignet et me force à le toucher. Là. Je peux sentir son érection contre ma main et j'ai envie de gerber. Son autre main, toujours autour de ma gorge ne facilite pas les choses.
«Vous êtes toutes les mêmes, à jouer les séductrices alors que vous n'êtes que des petites salopes. Je sais que tu le veux.»
Une larme, puis deux, s'échappent de mes yeux et coulent sur mes joues. J'ai de plus en plus de mal à respirer.
«Tu crois que je ne t'ai pas vu avec ce mec dans le couloir ? Tu crois que je ne l'ai pas vu te toucher ! Et moi on me dit non ! TOUJOURS non ! Pas le droit ! Interdit ! Mais avec les autres cons alors là oui ! Tu peux coucher et faire la salope hein ! Vous êtes toutes les mêmes, toutes mes mêmes ! »
Il est complètement tarée. Il continue à parler, sans cesse et je ne l'écoute pas.
Du coin de l'oeil, je vois des mouvements dans la rue, des taxis passer, des voitures, des gens. Edward. Edward est là ! Loin, trop loin. Au bout de la ruelle, sur le trottoir. Le dos tourné. Qu'est-ce qu'il fait là ? Il n'est pas encore chez lui ?
Je ferme mes yeux. Réfléchis Bella, vite, vite, vite. Sauf que je n'y arrive pas. Je n'ai ni la force ni le temps d'inventer un super plan diabolique pour sauver mon propre corps.
Il relache son emprise sur le poignet qui forçait ma main sur son érection pour poser sa main disgracieuse sur mon sein et le palper à travers mes vêtements. Je réalise que c'est maintenant ou jamais. Il ne peut pas aller plus loin. Je ne le survivrai pas. Alors je hurle, de toutes mes forces.
«Edwaard!»
Ce n'est ni malin, ni très efficace je crois. Le poing de Larry rencontre mon visage au moment où il comprend. Je sens quelque chose se mettre à saigner. Ma lèvre ? Il me projette à nouveau contre le mur. Violemment. Mon dos me fait mal. Ma tête cogne la surface solide.
«Espèce de petite pute !»
Contre le mur, encore. Il me frappe au ventre. Je n'arrive plus à tenir debout. Je n'arrive plus à respirer. Je sens mes jambes lâcher. J'ai mal. Partout. Tout me fait mal. Respirer. Ouvrir les yeux. Rester éveillée.
J'entends quelqu'un courir. Et crier. J'ai froid. Je suis fatiguée. J'ai mal. Je me sens sale. Je suis sale. J'ai sommeil. Et fermer les yeux me semble être une très bonne idée.
Je veux bouger mais tout mon corps me fait mal. Je suis allongée. Où ? Aucune idée. Je sens une couverture peser sur mes jambes et je sais que ma tête est sur un oreiller. Je peine à ouvrir les yeux parce que la lumière me fait mal mais quand j'y parviens, c'est pour voir des murs beiges. Je balaye la pièce du regard et laisse échapper un soupir de soulagement. Je suis toujours vivante : premier bon point. Je suis dans un lit d'hopital : deuxième bon point.
Je me souviens de tout. Et je crois que j'aurais préféré oublier. Ma main sur lui. Ses mains sur moi.
J'ai soif, mais ma gorge me brûle et je ne sais pas où trouver de l'eau. Tant pis, ça attendra. Je ne sais pas comment je suis arrivée ici. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé quand j'ai fermé les yeux. Je ne sais pasdans quel état je suis. Mais ça aussi, ça attendra. Sans attendre ma permission, mes yeux se ferment et je me laisse envelopper par le noir à nouveau.
J'ouvre les yeux avec plus de facilité cette fois et je ne suis plus seule dans la chambre d'hopital. La nuit est tombée et une petite lampe est allumée au dessus du lit. Jasper est assis sur une chaise en plastique à gauche de mon lit. J'ai soif. Ma gorge, ma bouche, sont sèches et je rêve d'un grand verre d'eau bien glacé.
«Monsieur Whitlock...»
Ma voix est enrouée et j'ai très mal à la gorge. Je crois qu'il vaut mieux que je me taise pour le moment. Une perfusion est attachée à ma main gauche, je porte la droite à mon cou qui est emprisoné. Monsieur Whitlock rapproche sa chaise du lit et enlève doucement ma main droite de la minerve.
«Tu ne devrais pas trop toucher ta minerve. Les médecins disent que tu pourras l'enlever rapidement. Ils ont simplement mis un peu de crème sur les bleus.»
Il pose sa main sur ma main gauche en prenant soin de ne pas me faire mal avec la perfusion.
«Et je crois que tu peux m'appeler Jasper maintenant.»
J'ai envie de rire à sa reflexion. En dehors du club, il a l'air moins austère. J'imagine que c'est parce qu'il ne travaille pas à l'instant même et que diriger ce genre d'établissement demande une certaine rigueur envers les employées.
Je hoche la tête. Je crois apercevoir un verre d'eau sur la table de chevet mais quand j'essaie de tourner la tête, une violente douleur envahit mon crâne et j'ai soudain envie de vomir tellement la pièce tourne
Ok, bouger la tête? Putain de mauvaise idée !
Heureusement, Jasper comprend et porte le verre en plastique à mes lèvres en me conseillant de boire doucement. Une fois que j'ai avalé quelques gorgées, il m'aide à reposer ma tête doucement sur l'oreiller.
J'ai envie de tout savoir, de poser des millliers de questions. Sauf que je doute que ma gorge ne me le permette. La pièce a cessé de tourner et ma curiosité est la plus forte :
«Comment...»
Il se racle la gorge avant de commencer à parler.
« Je ne sais pas grand chose...C'est Edward Cullen qui t'a trouvé. Il t'a entendu l'appeler apparement et Larry a pris peur en le voyant arriver. Si tu voyais comme Cullen a arrangé la tête de Larry !»
Et là tout de suite, j'ai vraiment envie de voir Edward. Mais j'ai honte. Honte de mon comportement. Honte de ce qui s'est passé hier soir. Certaines images, sensations, me reviennent en mémoire et j'ai envie de pleurer. Pas maintenant. Plus tard. Quand je serai seule. Je repousse les larmes et tente de me concentrer sur ce que Jasper continue à me raconter.
«Je n'ai rien remarqué jusqu'à ce que l'ambulance et la voiture de police n'arrivent, il était toujours avec toi et il t'a accompagné ici dans l'ambulance.»
Je suis restée bloquée sur deux choses : la police et Edward.
«Les officiers m'ont dit qu'ils repasseraient demain.»
Je hoche la tête.
«Est-ce qu'il y a quelqu'un que tu voudrais que j'appelle ? Que je prévienne ?»
La question est justifiée. Mais la réponse est simple et pénible : non, il n'y a personne à appeler. Personne qui ne se soucit de ce qui peut m'arriver et ce depuis plusieurs années déjà.
Je fais non de la tête.
«Et pour Edward ?»
Ah... Edward.
«Est-ce que tu pourrais lui dire de... De revenir... Demain ?»
Je ne suis pas sure qu'être prête à le voir.
Jasper hoche la tête
«Aucun problème, je vais lui dire et je reviens.
Rentre chez toi Jasper...je vais dormir de toutes façons.»
Je tente de lui sourire, pour qu'il voit que, vraiment, il peut rentrer chez lui. Je le vois hésiter quelques instants et il finit par céder. Il pose sa main sur la mienne une dernière fois en se levant et me dit qu'il repassera demain.
Je ne suis pas sure non plus de pouvoir faire face aux officiers de police demain. Je ne suis même pas sure de parvenir à fermer les yeux sans sentir la main de Larry autour de ma gorge. Je ne pense pas être capable de m'endormir et pourtant j'ai envie de fermer les yeux et de tout oublier. Sauf que j'ai bien peur que ça ne soit pas possible.
