6.

Ayant opéré une boucle, le Karyu s'était fixé à la station spatiale du MBSafin d'y récupérer son Commandant.

Mais guère pressé de rejoindre son bord, Warius avait accompagné Albator jusqu'au Tube d'Arrimage relié à l'Arcadia.

L'Officier de la Flotte Indépendante eut un regard pour Aldéran qui massacrait consciencieusement le mobile offert quelques minutes plus tôt par l'Octodian.

- Un vrai petit monstre sous ses airs angéliques !

- Si tu avais seulement idée du quart de ce qu'il peut nous en faire voir à sa mère et moi ! Et son frère n'est pas en reste. Quoique, Skyrone est à ses genoux, exécute tous ses caprices et se fait mener par le bout du nez dans toutes les combines de farces…

- Il sait s'y prendre, le démon roux, ajouta encore Warius. Il va te donner du fil à retordre.

- C'est bien parti en ce sens. Mais qui sait, il s'assagira peut-être avec le temps.

Warius observa un moment le garçonnet qui s'était mis à poursuivre Tori-San, une malice infinie dans ses prunelles bleu marine.

- Je l'espère pour toi, Albator, sinon tu vas vraiment en voir de toutes les couleurs !

Le pirate fit la grimace.

- C'est beaucoup plus facile de mettre la pâtée à une Armada ou à un Stalzart que de faire entendre raison à Aldéran !

Warius éclata de rire.

- Et te voilà à présent presque pressé d'arriver à Ragel. Y a-t-il une autre raison que la perspective de revoir les tiens ?

- Mon beau-père s'est lancé le défi de construire un vaisseau aussi performant que l'Arcadia, mais à la pointe de la technologie. Il prétend pouvoir égaler le génie de Toshiro, je demande à voir !

- Comme si c'était possible. Allez, bon retour chez toi, Albator et à un de ces jours, au détour d'une étoile !


A La Roseraie, la villa dont la forme générale évoquait irrésistiblement une sorte de gros gâteau, située en périphérie de la galactopole-capitale de RadCity, Karémyne s'adonnait à l'un de ses passe-temps préféré : de délicates greffes de roses.

- Tu es revenu… murmura-t-elle. Pour combien de temps ? ajouta-t-elle avec une appréhension certaine dans la voix.

- Je ne peux renier ce que j'ai été toutes ces années avant de te rencontrer. Et je ne renoncerai jamais aux passions de ma vie.

- Je dois donc te partager avec cette mer d'étoiles, comprit la jeune femme. Si c'est la concession que, moi, je dois faire, je l'accepte de bon cœur.

- Tu es bien conciliante, remarqua le pirate, interloqué. Après les affrontements d'avant mon départ, je m'attendais plutôt à subir de nouvelles foudres…

- Toi et moi avons eu le temps de réfléchir durant toutes ces semaines de séparation, fit doucement Karémyne. J'ai ma part de responsabilité dans ces incompréhensions. Je n'aurais pas dû m'attendre à ce que tu rentres entièrement dans le moule de mon monde, c'était une chose impossible mais je crois que j'espérais malgré tout… Tu m'as trop manqué. Et je ne pourrai supporter tes absences qu'avec la certitude que tu reviendras toujours.

- Tu es prête à…

- Oui, tu as trop besoin de ta liberté, je l'ai enfin compris. Et puis, nous aurons toujours le meilleur, conclut

Karémyne tout en câlinant Aldéran qui s'était étroitement blotti contre elle.

- Je ne repartirai pas avant un bon moment, je te le promets.

Et dans les prunelles bleu marine de la jeune femme ne brilla que la certitude paisible du bonheur.

Pour la première fois de sa vie, Albator ressentit l'impression d'être rentré chez lui.


Le vaisseau paraissait gigantesque : long, effilé et pourtant dégageant une impression de puissance, deux ailes formant un angle brisé à leurs extrémités lui conféraient un équilibre parfait, la proue était tout en finesse se terminant en une sorte de fourche à deux dents dissymétriques, la tour de commandement s'élevait en une sorte de pyramide tronquée et la proue était massive sans pour autant alourdir l'ensemble ! La coque était de métal luisant, bicolore, d'une majorité de teinte cerise avec du gris lumineux pour les protubérances, extrémités et le ventre un peu gonflé de cette ahurissante structure. Comme si l'ensemble n'était pas suffisamment impressionnant, quatre tourelles de canons étaient alignées de la proue à la tour, deux autres côte à côte au-dessus de la poupe et trois dômes arrondis laissaient également apparaître les bouches des canons sous le ventre. Enfin, d'immenses têtes de mort frappaient les flancs du vaisseau.

- Superbe, ne put qu'avouer Albator depuis la passerelle. C'est une très belle réussite, ajouta-t-il du bout des dents. Je n'ai aucune idée de ses performances en vol mais je conçois sans peine qu'il puisse rivaliser avec mon Arcadia.

- Mais il n'est pas prévu qu'il quitte ce hangar entièrement creuse dans une montagne, rétorqua Dankest.

- Voilà un défi, un caprice qui vous coûte cher, ironisa le pirate.

- Mon plaisir, décréta le patron de Skendromme Industry avant de tourner les talons

Aldéran ayant fureté tout partout, Clio sur ses talons, son père s'était rendu dans la chambre d'un vaisseau à qui aucun capitaine n'était destiné.

« C'est le meilleur endroit ».

Et il déposa le cosmogun gravé du sigle S.00999 sur le coussin doux d'un coffret de bois laqué qu'il referma avant d'à son tour quitter les lieux.

FIN