Blabla de l'auteur : Hola, first je suis confuse pour le retard mais exam et projets ont fait que j'ai presque 2 mois de retard. Alors kdo de fin d'année voilà un nouveau chapitre très instructif comme vous le verrez. Thx juju88480, jojo, nouna, Ness pour vos reviews…
On vous souhaite tous de bonnes fêtes de fin d'année et une « presque » bonne année 2011 !
Xoxo
C. & TTW
Disclaimer : Rien ne nous appartient, tout est à celui qui a eu la brillante idée de cet univers, soit Disney ! Nous, on emprunte, pour un petit temps, et promis, on remettra tout en place à la fin !
Quand Mitchie et son père repartirent, Shane les raccompagna non par politesse, mais surtout parce qu'il était plus qu'intrigué par la jeune femme. Elle semblait toujours triste et renfermée, pourtant, quand elle pensait qu'on ne la voyait pas, elle souriait doucement en pensant à quelque chose et à ce moment-là, il la trouvait merveilleuse. Soupirant, il remonta dans sa chambre et une fois assis sur son lit, prit sa guitare. Penser à elle l'inspirait et il commença à composer une balade. Le tempo était lent et le rythme doux. Les notes lui venaient toutes seules, mais il refusa de les noter pour le moment. Fermant les yeux, il repensa à la brunette et un léger sourire vint éclairer son visage. Elle semblait tellement malheureuse pourtant. Il ne comprenait pas ce paradoxe. Il la trouvait plutôt jolie et talentueuse. De plus, à ce qu'il en avait vu, elle appréciait son père et paraissait plus calme avec lui qu'avec sa mère.
L'heure du repas arriva et il descendit rejoindre son père à la cuisine. S'asseyant, il l'interrogea sur la jeune femme.
« - Tu crois qu'elle est aussi méchante qu'elle le paraissait hier, demanda-t-il.
« - Non, je pense que ce n'est qu'une façade. Du jour au lendemain, elle a été privée d'un monde qu'elle adore regarder selon sa mère. Ça perturbe ! Mets-toi à sa place. Tu vis dans une ville que tu connais par cœur et tu es certain de pouvoir te balader dans cette maison, les yeux fermés. Maintenant, imagine si je te bandais les yeux là tout de suite… Tu serais complètement désorienté. Seulement d'après Connie, elle refuse encore d'avoir une canne, préférant s'orienter seule, sauf qu'on ignore comment elle fait !
« - Elle compte les pas, sourit son fils. Je l'ai vu ! Quand elle a remonté l'allée tout à l'heure, elle a commencé par tâter du bout du pied afin de trouver le début de l'allée. Tu sais elle est un peu surélevée. Elle a fait un pas minuscule et après elle a marché autrement. Pareil, quand l'autre fois elle m'a sentit sans me voir. J'étais dans la cuisine entrain de boire et d'un coup, elle s'est stoppée et elle semblait chercher quelque chose. Elle a haussé les épaules et elle s'est recollée à la porte pour retrouver son chemin. J'en conclue qu'elle doit compter puisque ses bras sont contre son corps !
« - Voilà qui est intéressant James Bond, rit son père. Je vais tester ta théorie demain !
« - Si tu veux ! …. A ton avis, pourquoi elle a arrêté de composer ? Elle est super douée pourtant ! Ça me sidère. Si tout son univers a été dévasté par la perte de sa vue, elle devrait au contraire se réfugier dans la musique ! Moi c'est ce que j'ai fait quand …
Il ne termina pas sa phrase préférant baisser les yeux et son père comprit.
« - Selon Connie toujours, elle s'est enfermée dans la musique mais elle ne fait que l'écouter. Elle ne compose plus, parce que pour elle ça fait partie de sa vie d'avant. Elle pense peut-être qu'elle n'en est plus capable, va savoir !
« - Non, je pense pas que ce soit ça, soupira le jeune homme. Quand elle a joué hier, elle semblait être une autre ! Tu sais un peu comme si elle prenait vraiment du plaisir à jouer ! Ok, j'y connais rien ou presque en psychologie mais la musique, c'est plus mon rayon que le tien, sourit-il et crois-moi, habituellement elle s'ennuie en jouant alors que là, ce n'était pas le cas du tout ! Sa mélodie avait quelque chose que n'ont pas ce qu'elle joue habituellement. Hormis le fait que c'est nouveau, je veux dire. Y avait de la joie dedans. Peut-être qu'il faudrait la pousser à recomposer ?
« - Non, il ne faut pas la pousser pour le moment. Elle ne fait confiance à personne, sauf peut-être à son père mais j'en doute. Ça se voit dans sa manière de se tenir. Elle instaure une barrière entre elle et le monde et tant que cette barrière ne sera pas tombée, je ne peux rien faire. Tu le vois bien, quand elle t'a sommé de la vouvoyer ! A votre âge, on se tutoie instinctivement. Son vouvoiement obligatoire, c'est une manière pour elle de te tenir à l'écart. Elle refuse que tu t'approches parce qu'elle est dans un monde qu'elle ne connait pas. On la force à sortir, à rencontrer des gens et même à s'excuser. Or pour le moment, il faudrait juste la laisser prendre ses marques. Une fois qu'elle sera à l'aise avec sa cécité, alors là oui, faudra la pousser à se sociabiliser, à revoir ses amis et même à s'excuser auprès de ceux qu'elle blesse en ce moment.
« - Elle ne voit plus ses amis, s'étonna-t-il. Mais alors, que fait-elle de ses journées ? Si elle ne joue plus et ne voit personne.
« - Elle écoute sa musique. Parfois, elle doit penser à des choses agréables puisqu'elle sourit mais je ne peux l'affirmer. Cependant, l'achat de son chien est un bon point. Ce n'est pas un chien d'aveugle alors qu'elle en aurait besoin, mais c'est encore une fois lié au fait qu'elle refuse sa cécité. Et elle a tort. Tant qu'elle ne l'acceptera pas, elle ne pourra pas en guérir, puisqu'elle n'est que temporaire … Mais au fait, pourquoi toutes ces questions ?
« - Tu vas me trouver idiot, mais je l'aime bien. En dépit de son ton froid, de ses barrières et de son refus de comprendre que je ne l'espionnais pas, je la trouve gentille. Elle a quelque chose qui me rappelle maman !
Shane baissa les yeux et le silence s'installa. Quand il eut terminé de manger, il remonta dans sa chambre et reprit sa guitare. Il en savait un peu plus sur elle à présent et plusieurs phrases lui vinrent en tête. Prenant son classeur, il commença à écrire une phrase puis vérifia si elle collait avec la musique.
Il y travailla jusqu'à ce que son père monte lui demander d'arrêter de jouer, aux alentours de 22h. Il referma tout, se changea et après avoir vérifié son sac, se coucha. Il eut cependant du mal à trouver le sommeil. Dès qu'il fermait les yeux, il la voyait et essayait de se rappeler de quelle couleur pouvait être ses yeux. Il les imaginait bleus ou verts. Il opta au final pour du noisette. Là c'est sur il aimait vraiment beaucoup ses yeux et son visage.
C'est la sonnerie de son portable qui le réveilla le lendemain. Penser à Mitchie avait été plutôt agréable, malheureusement, à cause de ça, il s'était endormit très tard. Se levant, il bâilla puis fila sous la douche, avant de descendre. Il prit quelque chose pour se caler l'estomac, bu un café puis quand ce fut l'heure il partit d'un pas tranquille.
Il rejoignit ses deux amis en chemin et ils discutèrent musique. Lorsqu'ils arrivèrent au lycée, une fille passa devant eux, en parlant fort, ce qui le fit soupirer. Il la connaissait vaguement. C'était une des cheerleaders du lycée, qui faisait tourner la tête de plusieurs garçons. En ce moment, sa victime était la vedette de l'équipe de basket, Preston Walis.
« - Non mais je te jure, cette garce m'a insulté devant ma famille ! Elle a du bol d'être assignée à résidence. Si elle revient ici, je lui fais la misère !
« - Oh la ferme Dorine, cria une fille à la chevelure frisée. Je te signale que c'est en partie ta faute si ta cousine est aveugle. Le minimum que tu puisses faire, à défaut de bouger ton hypothétique joli petit cul, serait au moins de paraître désolée pour Mitchie !
« - La ferme Su Lien ! Je te signale que ce n'est pas moi qui aie poussé cette idiote du haut de la falaise.
« - Alors ça, tu vois, j'en doute ! Garce comme tu es, tu aurais très bien pu le faire juste pour t'assurer que l'autre singe savant ne voit que toi.
Dès que le prénom de Mitchie fut prononcé, il redoubla d'attention et s'arrêta sans s'apercevoir que ses amis continuaient. Il resta bien en retrait pour en apprendre le plus possible sur la jolie brune qui serait là à son retour du lycée. Preston arriva et demanda aux filles ce qu'il se passait.
« - Il se passe que la garce que tu suis des yeux à longueurs de journée, n'a aucun cœur et qu'elle ne se soucie même pas de sa cousine, devenue temporairement aveugle à cause d'elle. Tu sais, celle qui te filait les réponses en math espèce de singe savant. C'est à se demander ce que les pimbêches dons son genre, dit-elle en désignant Dorine, te trouvent.
« - Bon écoute la timbrée chinoise, tu me lâches ok ! Ce qu'il se passe entre Mitchie et moi ne te regarde en rien et j'y peux rien si elle est stupide.
Sur ces mots, elle partit mais loin de se décourager, la jeune asiatique lui lança une brique de jus de pomme en pleine tête, faisant sourire Shane.
« - Ho ! Tu me prends pour une poubelle ?
« - Je ne sais pas … Ouvre la bouche pour voir, la provoqua-t-elle. Ah b c'est possible, y'a une sale odeur qui en sortait tout à l'heure… Allez tchao la pouf !
Elle partit et le jeune homme la rejoignit.
« - Excuse-moi !
« - C'est pour quoi, demanda-t-elle en soupirant.
« - Tu connais Mitchie ?
« - Et toi ?
« - Je suis le fils de son thérapeute, se présenta-t-il. Je m'appelle Shane !
« - Moi, c'est Sierra. Ravie.
« - Enchanté également. Alors tu connais Mitchie ?
« - C'est une de mes meilleures amies, pourquoi ?
« - Pour rien ! Je l'ai croisé récemment et j'ignorais qu'elle était dans le même lycée que moi, c'est tout. C'était sa cousine ?
« - Dorine ? Ouais, sa garce de cousine, s'énerva-t-elle. Elle passe son temps à jouer la pauvre petite chose fragile mais elle est aussi fragile qu'une statue. Comment va Mitchie ? J'ose plus aller la voir depuis qu'elle m'a envoyé balader, mais je m'inquiète. Selon Connie, elle ne fait plus de musique et ça ne lui ressemble pas…
« - Bas, elle est obligée de jouer quand elle vient au séance, la thérapie étant basée, en quelque sorte, sur l'apprentissage de la musique. Mon père est novateur dans le domaine, c'est un des premiers musicothérapeutes de la ville. Les séances se passent à la maison et ta copine n'est pas super loquace et terriblement méfiante, sourit-il. D'après mon père, elle ne fait plus confiance à personne et s'enferme dans son monde pour éviter d'affronter la réalité.
« - Sûrement et c'est dommage car c'est une battante habituellement. Bon elle ne se bat jamais mais elle sait serrer les poings quand les causes lui paraissent justes. Elle est hyper rêveuse, mais il paraît que, selon elle, un artiste ne peut pas avoir les pieds sur terre. Elle est douée en plus ! Elle m'a écrit une chanson géniale pour mon anniversaire, je l'adore.
« - Je sais qu'elle est douée, expliqua-t-il. Je l'ai entendu jouer une de ses compos hier, j'ai été bluffé. Avec mes amis, on compose aussi mais elle a un truc qu'on a pas, c'est clair !
« - Shane, soupira Jason, t'aurais pu prévenir que tu restais dehors. Salut, dit-il en souriant à la jeune femme.
« - Je te présente Jason et Nate les musiciens dont je viens de te parler. C'est une amie d'un patient à mon père, éluda-t-il.
« - Enchanté, moi c'est Nate. Navré de te le prendre mais on a besoin de lui en espagnol.
« - Pas de problème, les cours de mandarin m'appellent. Si tu vois Mitchie, dis-lui bonjour de ma part, ok ?
Il acquiesça puis ils partirent chacun de leur côté.
De son côté, Dorine regarda les garçons avec qui parlait Sierra et soupira. Elle les trouvait tous les trois mignons et elle avait entendu celui aux cheveux noirs. Il connaissait sa cousine visiblement. Songeant à la scène que venait de lui faire la seule amie de sa cousine, elle se promit de se venger. Elle ignorait comment mais il ne lui faudrait pas longtemps pour trouver comment sauver son honneur. Elle savait déjà que son histoire avec Preston allait porter un sacré coup à Mitchie. Depuis leur arrivée au lycée, elles étaient rivales pour ravir son cœur et la jeune femme se congratula d'avoir réussi. Entrant en cours de math, elle soupira. C'était le problème majeur de l'absence de Mitchie. Elle était à présent obligée d'écouter les cours, bien que les maths ne lui posent aucun problème. Au contraire de l'espagnol qui était un véritable casse-tête à ses yeux.
La matinée passa rapidement et elle sourit en voyant l'amie de sa cousine, dont elle avait d'ailleurs oublié le nom. Profitant de sa popularité, elle gagna quelques places dans la queue et lui fit un croche-pied quand son plateau fut plein. Celui-ci tomba au sol et elle dut faire preuve de beaucoup d'adresse pour ne pas tomber dans ses spaghettis. Manque de chance, le jeune homme du matin vint l'aider à tout nettoyer et lui demanda si elle allait bien.
« - Dans quelque secondes ça sera parfait, sourit-elle avec sa pelle pleine de nourriture.
Sans crier gare, elle se retourna et renversa son contenue sur Dorine qui se figea avant de lui hurler dessus. Seulement Sierra répondit aussitôt et ayant plus de voix, tout le monde l'entendit la menacer de représailles la prochaine fois qu'elle essaierait de la refaire tomber.
Quand Mitchie arriva chez son thérapeute, elle soupira longuement et prit son chien avec elle sans parler à sa mère. Elle était toujours en colère d'être obligée de revenir et surtout d'avoir du s'excuser. Posant Sweety au sol, elle compta les pas jusqu'à la porte et frappa une fois arrivée devant. Quand Scott lui ouvrit, elle entendit sa mère démarrer et entra sans un mot.
« - Viens Sweety, dit-elle en tirant sur la laisse.
« - Tout va bien Mitchie ?
« - De quoi je me mêle ? Vous avez eu ce que vous vouliez non ? Des excuses et ma présence ! La conversation n'était pas inclue dans le contrat.
Entrant, elle voulut aller au piano seulement le médecin avait déplacé les meubles. L'ignorant, elle marcha confiante et pesta lorsqu'elle se cogna. Tâtant le meuble, elle demanda :
« - Depuis quand vous avez une table ici ?
« - Navré, j'ai fait un peu de ménage hier, mais j'ai pas dû tout replacer correctement, dit-il en changeant la table de place. Bien je te conduis au piano, il vaut mieux.
Quelques minutes plus tard, elle jouait du Mozart en s'ennuyant profondément. Elle appuyait sur les touches sans réfléchir, connaissant la mélodie depuis trois ans.
« - Si tu préfères, on peut parler, proposa-t-il.
« - Non !
« - Mitchie, tant que tu ne me parleras pas, tu seras obligée de venir ici trois fois par semaines, de croiser éventuellement Shane qui ne va pas tarder à rentrer et …
« - Parce qu'il est pas là votre espion à trois dollars ?
« - Mitchie !
« - Quoi ? Ecoutez-moi, j'ai jamais demandé à être aveugle, ni à venir vous faire perdre votre temps, d'accord ? Moi tout ce que je demandais, c'était qu'on me laisse tranquille. Je me fous de ce que pensent les autres de mon attitude, d'accord ? Qu'est-ce qu'ils peuvent en savoir ? Ils sont tous là avec leur pitié et leur compassion qui me font vomir, à me dire « oh ma pauvre, je te comprends ! » Mais c'est faux ! Ils ne peuvent pas comprendre, cria-t-elle. Ils ne sont pas aveugles eux, ils ont la chance de pouvoir admirer les couleurs du soleil et de voir l'éclat d'un regard. Chose qui m'est désormais interdite ! Tout ce qu'il me reste maintenant, c'est mes cd de musique et j'apprécierais qu'on me laisse les écouter sans m'obliger à sortir pour prendre des couleurs que je ne vois pas. Surtout si c'est pour venir ici alors que je me fous comme d'une guigne de ce que vous pouvez faire pour moi. Je veux juste tout oublier ! Qui j'étais avant, ma vie, mes passions. Cette Mitchie est morte durant ma chute ! Maintenant y en a une autre à la place. Une que personne n'acceptent parce qu'elle refuse de sourire sans envie…
« - Est-ce que tu te souviens de ton accident, demanda-t-il avec douceur.
« - Bien sûr, s'exclama-t-elle choquée. Je ne suis pas amnésique !
Shane ouvrit doucement la porte et se stoppa en entendant la brunette parler. Il posa son sac dans la cuisine et revint écouter sa voix.
« - Raconte-moi, dit son père.
« - Qu'est-ce que vous voulez entendre ? Que j'ai été idiote de monter en haut de cette fichue falaise ? Voilà c'est un fait ! C'était idiot, mais je suis montée en haut pour me prouver que ma vie avait un sens. J'avais la stupide impression de n'exister aux yeux de personne. Pour mes camarades, je ne suis que l'intello de la classe. La gentille inconnue qui accepte qu'on pompe sur sa copie parce qu'elle sait qu'elle aura ses examens. La fille qu'on ne remarque même pas dans les couloirs. Celle dont on se demandera le nom dans quelques années en regardant les photos souvenirs. L'invisible du lycée, c'est moi et pour une fois, je voulais exister aux yeux de quelqu'un. Même si ce n'était qu'au mien ! Alors d'accord, j'ai été idiote de grimper là-haut en tong et j'aurais du redescendre en faisant le tour, mais je voulais me dépasser. Une fois dans ma vie, réussir quelque chose que cette peste de Dorine n'avait pas déjà accomplie ! Parce qu'elle est tellement bien aux yeux des autres ! Tout le monde aime Dorine dans ma famille. Le moindre exploit de sa part est tout de suite acclamé. Alors que moi, je peux faire n'importe quoi, on me dit juste que c'est bien. Les seuls qui me félicitent, entre guillemet, ce sont mes parents, mais pas parce qu'ils sont fiers de moi, juste parce que c'est leur boulot de parents. Comme vous, vous serez toujours fier de votre James Bond à trois dollars même si demain, il devient criminel. Mais c'est votre enfant, donc voilà ! Mais si demain, il devient … Je ne sais pas, s'il gagne le prix Nobel en science ou autre, vous serez fier de lui, parce que vous savez qu'il aura bossé pour l'avoir. Moi vous savez quelles réactions, je susciterais ? Simplement, des « bravo, c'est bien » ! Alors qu'évidemment Dorine aurait droit à une fête d'enfer, avec des confettis, des ballons et un tas de monde pour pleurer de bonheur parce qu'elle est tellement intelligente. J'en ai marre de ça ! Marre d'exister aux yeux de personne ! Alors maintenant que je ne vois plus, au moins je suis tranquille. Je n'existe pas à leurs yeux et ils n'existent plus au miens. C'est aussi simple que ça.
« - Je suis certain que tu te trompes sur l'amour que tes parents te portent. La preuve, ils étaient là à ton réveil.
« - Ma mère était là, mon père travaillait. Il était en déplacement ailleurs, soupira-t-elle. J'ignore pourquoi je suis tombée, reprit-elle après quelques secondes de silence. Je me souviens juste d'être montée. De m'être traitée d'idiote pour être fière d'un aussi maigre exploit et … Je me suis sentie tomber. Dévaler toute la falaise, me cogner à des pierres. J'ai senti les cailloux rouler sur moi, après mon passage. J'entendais bien que des gens criaient, ou peut-être que j'ai imaginé. J'avais les yeux fermés pour éviter d'avoir du sable dans les yeux. Je me souviens que je me suis ensuite cognée contre un rocher sûrement plus gros que les autres, puisque quand j'ai repris conscience j'étais à l'hôpital, les yeux bandés et maman serrait ma main. J'ignore tout de mon état de santé, je sais juste que j'avais mal un peu partout et que j'avais une affreuse migraine. Après, c'est comme un film mit en répétition. Au début, j'avais le moral bien sûr, maman m'expliquais que j'avais ces compresses pour désinfecter mes yeux et puis le médecin est venu m'annoncer que j'étais aveugle. Il a dit que c'était temporaire, mais mon cerveau a cessé de fonctionner à cette nouvelle. Quoique je fasse, j'étais aveugle, c'est une fatalité. Maman m'a dit qu'il me suffisait juste d'avoir de la volonté et je reverrais ! Pendant les premières semaines, je m'exerçais doc, je vous l'assure. J'ouvrais les yeux, voulant revoir la couleur parme de ma chambre, seulement c'était toujours noir. Même aujourd'hui ! Quand j'ouvre les yeux, c'est noir, gris, je vois des ombres, mais c'est tout. Le spectre lumineux, pour moi, n'est plus qu'une notion de physique. Je suis persuadée que les médecins se trompent. Lors de ma chute quelque chose s'est abîmé dans ma tête, je le sens, mais les examens prouvent le contraire ! Pourtant, je sais que j'ai raison.
« - Tu as raison Mitchie ! Le fait est que durant ta chute tu t'es cognée la tête, ce qui a abîmé ton cerveau, pour faire court. Mais aucun traitement ne le réparera. Ce que tu as subit s'apparente plus à une blessure psychologique, soupira-t-il. Prenons un exemple pour faire plus clair. Imagine qu'un de tes oncles te battait plus jeune ! Ces gestes perpétuels ont tué la confiance que tu avais dans les hommes ou dans ceux de ta famille. Seulement tu as grandi et oublié ce choc. Et puis un jour qui n'est malheureusement pas fait comme un autre, tu es mariée et heureuse dans ta vie de femme. Bref, un matin, ton mari lève la main pour faire mine de te frapper alors qu'il n'est pas violent. Seulement voilà, sa posture ou simplement le geste, fait que tout te revient en mémoire. Dans ton hémisphère droit, tout se chamboule et avant même que tes neurones ne s'affolent, l'amygdale cérébrale, le système d'alarme du cerveau, expliqua-t-il, sent le danger. Elle produit aussitôt les hormones du stress. Adrénaline et cortisol ! Ton rythme cardiaque s'affole, ainsi que ta respiration et tu commences toi aussi, à sentir le danger. Seulement les deux hormones annihilent le réflexe de fuite et tu restes devant ton mari sans bouger, terrifiée par la peur. … Est-ce que tu comprends ?
« - Ouais grossièrement, vous dites qu'être battue peut être tellement violent comme choc psychologique, que la personne peut tout oublier dans un mécanisme d'autodéfense propre à l'homme mais qu'un geste bénin peut tout faire revenir. Mais en quoi c'est en rapport avec mon problème de cécité ?
« - Simplement parce que ta chute a eu le même effet que celle de la femme de mon exemple. Ton hémisphère droit s'est senti en danger. C'est le centre de l'affect, expliqua-t-il. Il a communiqué cette impression au gauche et une connexion de tes nerfs optiques a arrêté de travailler. Aux examens, ce genre de chose ne se voit pas puisque tout est normal, mais psychologiquement tu es bien blessée. Maintenant le travail à faire est gros. D'une part parce que tu refuses de croire les médecins qui te disent que tu as toutes les cartes en mains, mais surtout, il faut que tu arrêtes de te fermer au monde Mitchie. Tant que tu refuseras cette situation temporaire, tu ne pourras pas rassurer ton cerveau et celui-ci restera bloqué à l'heure de ta chute du haut de la falaise. Donc tant que tu ne seras pas rassurée…
« - Je ne reverrais pas, conclut-elle doucement.
Pour la première fois depuis qu'elle venait, Mitchie parla avec douceur et calme. Sa colère semblait s'être envolée et elle assimilait lentement ce qu'elle venait d'apprendre. « Alors je suis la seule à pouvoir faire quelque chose, songea-t-elle. Il faut que je rassure mon cerveau en lui montrant qu'il n'a pas à avoir peur entre guillemet ? C'est ridicule, s'énerva-t-elle. Je n'ai pas peur ! »
