-Merci Malfoy, c'est bon là, il ne va rien m'arriver, tu peux partir.
Il était tard, il neigeait, et il faisait froid. Serrés devant la porte d'entrée, ils s'abritaient le mieux possible des bourrasques glaciales.
-Mais Granger, j'ai froid ! Tu ne vas quand même pas me laisser geler sur les pavés ! se plaignit le blond.
Elle lui jeta un regard exaspéré. Dans le fond, l'abandonner là, ça n'était pas l'envie qui lui manquait. Mais le visage de Narcissa apparut dans son esprit, et elle décida de capituler. Après tout, il monterait, elle lui ferait avaler rapidement un thé, et elle le flanquerait dehors.
-D'accord Malfoy, mais seulement cinq minutes, pas plus ! grinça-t-elle, en levant les yeux au ciel.
-Haaaa, Granger, cache ta joie de faire rentrer chez toi le plus bel homme d'Angleterre…
-Ca va être dur ça… grimaça-t-elle, dégoûtée.
Et contrairement à toutes attentes, Draco rit, et poussa la porte en la laissant passer.
-Granger, Granger, Granger… J'adore ton art de la répartie !
Hermione lui jeta un regard en coin, méfiante, et passa devant lui sans le remercier. Draco garda son sourire goguenard au visage et la suivit dans les escaliers. Mais elle s'était arrêtée en bas des marches.
-Tu passes devant.
Elle l'avait dit froidement, essayent de masquer, par cet air détaché, sa gêne. Mais Malfoy n'était malheureusement pas dupe.
-C'est bon Granger, je materais pas, promis ! Devant Dieu ! ricana-t-il en faisant un signe de croix sur son torse.
-Pas du tout, c'est juste poli, Malfoy ! Arrête d'avoir un…pénis à la place du cerveau !
-De toute façon, tu n'es pas du tout mon genre !
Faux ! Mais c'était un détail qu'elle ignorait. Hermione sourit, soulagée. Elle le poussa devant elle, et monta doucement, enveloppée dans son ombre. Draco, quant à lui, cachait sa satisfaction. Alors comme ça on jouait la vierge effarouchée mh ? Parfait, parfait ! C'était son jeu favori !
Il monta encore deux étages, et s'arrêta devant la porte de son souvenir. Hermione se faufila devant lui, une clé à la main, et l'enfonça dans la serrure.
-Malfoy, recule-toi, je vois rien si tu te serres comme ça contre la porte !
Le jeune homme se recula, son habituel sourire narquois aux lèvres. Evidemment, il s'était serré près de la porte exprès, voulant aviser la réaction d'Hermione. Elle finit de l'ouvrir, et il voulut s'engouffrer dans le trente mètres carrés, mais elle l'en empêcha.
-Attend, attend !!!
-Quoi Hermione, tu veux un streap tease avant ? jasa-t-il.
-Beuuuh, non merci, vraiment ! Garde tes fringues sur toi, je t'en prie !
-Alors quoi ? J'ai froid, et ça pue dans ton immeuble insalubre !
Elle baissa la tête. Elle ne pouvait pas lui dire qu'en réalité, elle n'avait aucune envie qu'il pénètre dans son appartement, son dernier refuge. Ces quelques mètres carrés étaient le seul endroit où elle pouvait être elle-même sans jouer un rôle, sans se battre, et sans devoir tromper les apparences. Y faire entrer Malfoy ne ferait pas tout s'écrouler ?
-Granger ?
Elle releva les yeux, terrorisée.
-Tu peux pas entrer ici ! Je… Je veux pas…
-Beuh… Mais pourquoi ?
-C'est… c'est pas rangé ! préféra-t-elle mentir.
-Hahahaha ! M'enfin Granger, j'en ai déjà vues, des petites culottes sales ! rit-il en entrant dans l'appartement.
Elle tenta de le retenir, mais il avait déjà investi la place. Alors, résignée, elle referma la porte derrière elle, et se tourna vers Malfoy, planté au milieu de la pièce, attendant son jugement.
Il était stupéfait. Autant être franc, cet endroit était vraiment affreux. Les murs étaient blancs et vides, le papier peint se décollait au-dessus de la cuisinière, et des traces de pourritures se faisaient voir autour de la fenêtre. Le coin cuisine était misérable, et des traces de brûlures marquaient le mur. A à peine un mètre se trouvait une étagère sommaire, faite de planches clouées maladroitement, mais remplie de tellement d'ouvrage que les planches ployaient sous leurs poids. Le lit, calé dans le coin opposé, était tapissé d'autres livres, ouverts ou fermés sur l'épais édredon aux tons chauds. Une vieille commode était placée à côté de la porte, et Malfoy fut curieux d'y jeter un œil. Comme ça, juste pour voir, évidemment ! Mais Hermione se dirigea vers la cuisine, remplissant deux tasses d'eau chaude et les plaçant dans le micro-onde, stoppant toutes initiatives.
-Dis Granger, c'est quoi la porte là, fit-il en désignant la salle de bain.
-La douche turque dans toute sa splendeur ! railla-t-elle.
Malfoy lui jeta un regard interrogateur, et s'avança vers la pièce.
-Hé, tu fais quoi là, idiot !
-Je regarde juste, dit-il en ouvrant la porte.
-Non ! Non, regarde pas je n'ai pas…
Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà Malfoy s'était retourné, faisant tourner sur le bout de son doigt un soutien gorge en dentelle noire. Hermione rougit jusqu'à la racine des cheveux.
-Repose ça ! cria-t-elle, affreusement gênée.
-Eh ben Granger, on porte des dessous affriolants dis-moi !
Il s'approcha d'elle de sa démarche féline, et Hermione se recula, effrayée. Elle balaya la pièce, à la recherche de sa baguette mais ne l'aperçut pas. Malfoy s'approchait toujours, un sourire vicieux au visage, et elle se retrouva bientôt contre le mur, priant pour passer à travers. Elle tenta un dernier sarcasme, avant l'irréversible.
-T'es vraiment faible, un simple soutif et tu ne réponds plus de tes actes, lança-t-elle d'une voix tremblotante de peur.
-Si tu rangeais tes affaires, ça n'arriverait pas !
Il se colla contre elle, et elle eut du mal à réprimer un cri d'effroi.
-Tu as été une vilaine, vilaine fille, lui souffla-t-il dans le cou. Il faut bien ranger sa chambre…
Hermione tremblait, de peur, d'effroi, réprimant ses sanglots le mieux qu'elle pouvait. Elle ne tentait pas de le repousser, complètement tétanisée par sa bouche si proche de sa peau. Ces contacts lui rappelaient trop de mauvaises choses.
Draco s'écarta brusquement, en riant très fort.
-M'enfin Granger, tu t'es vue ? Tu vas quand même pas commencer à pleurer !
Il s'écarta, fit volte face, et s'abîma dans une contemplation muette de la rue, appuyé contre la fenêtre. Hermione restait contre le mur, tremblante, refoulant les larmes qui lui brouillaient la vue. Le micro-onde sonna, mais elle ne bougea pas, encore sous le choc.
Draco était bouleversé. Elle avait réagi tellement violemment qu'il en avait été bouleversé, mais il préféra le masquer derrière ses habituels sarcasmes. Il s'en voulait de s'être laissé emporter, mais surtout, d'avoir été aussi aveugle. Il pensait qu'Hermione jouait un jeu, comme toutes les autres, qu'elle jouait la sainte-nitouche pour masquer un caractère de perverse. Mais il s'était trompé, lamentablement.
Il se tourna une dernière fois vers elle, mais elle détourna les yeux, le visage baigné de larmes. C'en était trop, il ne savait pas quoi faire, alors mieux valait partir. Il s'avança vers la porte d'une démarche raide, et claqua la porte violemment derrière-lui. Il dévala les escaliers, et une fois dans la rue, il courut le plus vite qu'il put, mettant le plus de distance possible entre elle et lui.
Décidément, il avait fait la plus belle boulette de sa vie. Mais une seule résolution emplissait son esprit.
Je dois découvrir ce qu'elle a…
