Bonjour, bonsoir
Voici la suite de T. Beach à S. Thala.
Un grand merci aux revieweuses (je me plante pas en disant que ce sont des filles?), j'espère que vous apprécierez la suite, j'espère que tous les autres lecteurs apprécieront aussi.
Vos reviews sont toujours aussi bien venu, même pour dire que vous êtes pas d'accord, pour donner votre idée de la fin, pour raconter votre vie, bref.
A mai-lan-jully, en reponse à ta review (d'habitude je répond en MP, je n'ai pas eu le temps, donc, voilà): Non, je n'ai pas eu à vivre ça, j'ai eu la possibilité de partir, le plus dignement possible, en courant. Non, c'est pas vrai. Je me suis démerdé pour que ça n'arrive pas.
Bonne lecture à tous
Black City Parade
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Steve ressent tout ce que Tony a dit exactement.
Désarmé.
Pas de pire pas de meilleur.
Mais tout ça s'achève très vite.
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Tony revient. Il se laisse approcher par Steve. Il se donne, s'offre à Steve tout entier.
C'est au milieu de la nuit qu'il débarque dans la chambre.
Il y a une craquelure. Une arrogance qui part aussi vite qu'elle n'a pas sa place. L'arrogance de Tony choie avec ses vêtements. Les images fuguent en dehors de la chambre. Il n'y a pas de Stark et de Rogers. Il n'y a qu'eux deux séparés de tout et d'eux-mêmes. De l'autre.
Il se déshabille lentement sous le regard du Capitaine, tous les deux assis sur le lit. Après un temps silencieux, on n'entend même pas les bruits du dehors, Steve se met à l'aider. Ses mains parcourent, immobiles, le corps devant lui. Comme pour être sûr, pour découvrir, pour laisser le temps, la possibilité à Tony de partir, s'il veut.
Tony ne part pas. Dévoué dans son acte. Steve comprend que cette lascivité, soumission, peu importe le mot, vient de la vie même de Tony. Les médias, tout ça, la célébrité, rendent offert, ont rendu Tony comme une poupée qu'il a entre les doigts. Rendu.
C'est ce que pense Steve. C'est…
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Tout est très tendre. Il ne peut effectivement n'y avoir aucune passion, aucune vraie fièvre. Il y a la fièvre froide d'un amour à demi complet. La fièvre d'une absence. Malgré leurs désirs, malgré leurs désirs qu'ils découvrent.
Ce sont des murmures dans la nuit. Il n'y a pas de regrets. Il y a du bonheur au goût de sel, de sueur. Il y a des larmes d'on ne sait pas quoi. De silence peut être. De délivrance sans doute.
Il n'y a pas de faux semblants. Ils ont fui depuis que Steve a avoué son amour.
C'est extraordinaire, c'est douloureux. Ils tremblent, les lèvres perlées, hésitantes à mordre la peau. D'une douceur infinie en cascade sur la peau comme une cascade de notes-satin de piano. Les mains froissent leurs peaux. Leurs corps s'effondrent, les côtes se creusent. Dans la pénombre, les ombres vibrent d'elles même, la lumière est dehors, lointaine, discontinue, rouge et orange.
Les gestes sont saccadés : une première fois. Semblant de passion. Semblant de tout. Où le cœur se dit « pourquoi pas ? ». Où le désir se dit « pourquoi pas ? ». Ça résume la situation. Pas de réponse. Le « pourquoi pas ? » en suspense dans l'air. Une question éternellement sans réponse.
Les mains de Steve glissent autour du réacteur ARK. Tony se tord sous les doigts, répand un soupire.
La chaleur qui monte est une chaleur de jour de pluie : moite, tiède, réconfortante, mouillée.
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Steve a envie de pleurer. Un soldat ne pleure pas. Il ne pleure pas. Regarde la vitre avec insistance.
Ils auront essayés.
Tony est allongé sur le lit, les draps défaits recouvrent à peine son corps. Il reste immobile. Comme incapable de bouger. Dans le vide. Dans l'action passé de faire l'amour avec Steve. De se faire pénétrer ou de pénétrer. Déjà il ne sait plus.
Il reste passif. Là, allongé sur le lit. Il ne fixe même pas Steve resplendissant de nudité devant la ville, ou alors il le regarde distraitement.
Vous avez cru rêver en faisant l'amour. D'ailleurs c'est peut-être ce qui s'est passé. C'est peut-être ce que l'on dira si, au final, on choisit cette relation platonique impossible et irréalisable.
Que vous avez rêvés à faire l'amour.
Un fantasme.
Steve n'a pas bougé, dit : Ce n'est pas grave. On est plus fort que ça.
À peine le temps d'entendre le silence que Tony bouge. Il froisse les draps. On sentira qu'il n'a pas envie de répondre, qu'il retient ses mots. Finalement, il parle dans une très grande lassitude, et ça sort de sa bouche comme, encore, une évidence.
– Non on ne l'est pas.
Il a raison. Il ne comprend pas vraiment le pourquoi de ce que dit Tony, mais ça il sait. Que Tony a raison. Steve devant la fenêtre savoure le vent qui lui caresse le visage. Quand il ferme les yeux, on peut croire que le vent efface tout. Qu'il emporte jusqu'aux traits de son visage.
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Il n'y a plus un bruit dans la chambre. On peut penser qu'ils sont partit mais ils sont là.
Tony s'est rendormi. Fatigué de tout ça. Fatigué de devoir tout réfléchir quinze fois avant chaque chose. Il y a juste le ronronnement de son réacteur ARK dans la pièce.
Steve regarde alternativement Tony et la vitre. Il se tait.
Il souffre en silence, parce qu'il n'y a pas d'autre manière de souffrir cette souffrance-là.
Il regarde le corps de Tony. Il regarde ses épaules, les traces rouges, le réacteur, les cils sur la joue, les yeux fermés, ses chevilles. Il ne regarde pas ses lèvres. Puis son regard revient sur la vitre. La grandeur de New York le rend comme un infime point de poussière. Le rend comme une ampoule éclectique de grande ville.
Les fils électriques à nu. Le cœur à vif. Le cœur saignant. Les yeux bleus.
Il regarde Tony. Tony comme une statue de marbre. L'impression d'avoir des milliers d'années. Qu'il n'y a rien à faire. Ça ne passera pas, car tu ne peux pas vraiment abandonner.
Désemparé. Vide dans un mur de béton. Désarmé.
La ville contre toi. La vie contre toi. La nuit, la nuit seule encore murmure. La nuit, la nuit seule encore comme ce soir.
Et le corps vide de paroles de Tony, tu ne sais pas. Tu ne penses pas. Comprends pas.
Tournes ton regard vers la ville New-York, tournes ton regard vers ce ciel noir déchiré par les néons.
Tu te dis, dans cette immensité new-yorkaise, tu n'y avais jamais pensé, qu'il doit y avoir des centaines de comme vous.
Votre amour.
C'est un amour triste. C'est un amour comme ça.
Ordinaire peut être ?
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– Je suis désolé, Steve.
– Pourquoi ?
– Parce que je t'aime beaucoup.
