Bonjour, bonsoir à tous!

Voilà la troisième partie. Bon, on comprend un peu plus pourquoi tout va dans le mur. Je vous avaient dit que c'est assez horrible ("ultra-torturé" je crois pour être exacte) comme truc. J'espère que malgré tout, vous apprécierez quand même.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser un mot (scandalisés ou pas) sur le récit.


Angora

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Depuis la nuit, ils sont tous les deux désespérés.

Chaque contacte à la peau de l'autre les brulent. Ne plus s'approcher, ne plus se réchauffer. C'est un deuil sans fin. Il faudrait oublier mais ce n'est pas possible. L'espoir sans borne et le désespoir envolé. Tony ne ressent même plus ça. La boite de pandore est complètement vide. Évidée de l'intérieur depuis le début ? Nonchalant.

Chaque contact est brulant mais il ne ressent plus la douleur.

Steve ne voit pas la douleur des brulures sur son visage. Il ne voit chez Tony qu'une étrange et immense fatigue.

Il reste une énigme pour Steve. Tony boit. Toujours autant. Peut-être même d'avantage.

La désillusion sur sa face. Comment peut-il en être si sûr ? Comment Tony sait qu'ils ne sont pas assez forts ? Pourquoi Tony n'aime pas ? Tony qui a malgré tout chuchoté :

Je ne t'aime pas mais je veux que quelqu'un soit là.

Il n'y a plus personne d'autre que toi.

Il n'y aura que toi qui tiens le choc.

Steve essaie d'oublier. Steve y pense jours et nuits. Il finit par comprendre. Par voir. Au détour d'un couloir. Au détour d'une mission. Ça n'a pas vraiment d'importance. L'important c'est l'énormité de la révélation, qui pourrait le balayer tout entier.

Il y a de la lumière dans l'endroit où se trouve Steve. Il se rappelle de ça exactement. Il y a de la place aussi. Un coin d'ombre se dissimule dans un angle. La fenêtre ne donne sur rien. On ne peut pas voir l'extérieur. On entend une radio-télé crépiter. Mais ça pourrait tout bien être les rouages du cerveau du militaire.

Une illumination.

Une explication logique.

Une réponse à ses tourments : Ce n'est pas que Tony n'aime pas réellement Steve. Ce serait faux de le dire.

C'est l'amour de Tony qui est absent.

Steve vit un amour absent. Tony n'est pas là. Tony n'est plus là nulle part.

Il ne s'en était jamais rendu compte avant. C'est la justification de Steve. Pour pouvoir se leurrer à demi. Pour imaginer moins souffrir.

Tony est un être qui s'est développé autour du vide, du manque de quelque chose que l'on ignore tous, que l'on ne sait pas définir avec exactitude parce que c'est complètement contingent. Le mettant ainsi dans ce même état d'absence.

C'est ce que Steve pense.

C'est aussi ce creux même qu'aime Steve, surement, cette incertitude, l'énigme. L'énigme qui brille de son absence. Même si par la même occasion, il en devient inatteignable.

Pour imaginer moins souffrir.

Tony n'est touché par personne. Il réagit parce qu'il faut réagir, il se sacrifie parce qu'il en a la capacité. C'est comme ça qu'il comprend maintenant le geste tellement fort de Tony de partir avec le missile.

Enfin, Steve Rogers abdique.

La défaite s'étale devant lui : Iron Man est tombé, avant même qu'Iron Man existe. Il était tombé raide mort. Tomber comme on meurt, comme on abandonne. Personne n'a vu, personne n'a compris.

Steve le dit. C'est la fin du monde.

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- Finalement. Toi et moi. C'est la fin du monde.

Ça pourrait être toi et moi, les chanceux, cette fois. Ça, il ne le dit pas. Il ne veut pas entendre, Steve Rogers, il ne veut pas entendre.

D'ailleurs, Tony n'entend pas l'aveu des lèvres roses et pleines. Il est ailleurs, sur ses machines.

Les nuages bleus, tout ça, c'est déjà bien loin.

C'est toujours l'amour qui gagne. Quelle blague.

Alors Steve vit cet amour vide de Tony. Il vit Tony. Il vit cet amour absent.

- Toi et moi.

Les yeux levés vers le ciel. Gris et bleu de cotons.

Il n'y aura jamais cette passion dévorante. Mais il peut toujours rêver.

Il pleut, il pleuvra toujours à New York.

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Steve ne sait plus où aller. Steve ne sait plus avancer.

Tout le reste est dans le brouillard. Tout le monde, tous les actes qui ne concernent pas Tony sont dans un épais brouillard. Le monde bleu et gris d'une douceur incroyable, comme dans un rêve, incapable de se réveille. Incapable de savoir si c'est bien un rêve, ou un cauchemar.

Les yeux bleus de glaces bien immergés dans les icebergs de la mer du nord.

On pourrait croire qu'il est malade mais il ne l'est pas. Il ne l'est jamais. Il est juste mal. Il ne peut pas expliquer. Ça ne s'explique pas, dit-il.

Il sait. Mais ça ne lui pas donner de réponse.

Il y a des conflits qui ne se règlent pas. Il n'y a que le bruit de l'eau qui boue dans ta tête.

Tu dois prendre une décision. Tu dois. Tu dois. Tes épaules pas assez larges.

Le ciel t'écrase si non.

Si tu l'aimes vraiment, tu dois le laisser partir.

Et Dieu que tu l'aimes vraiment. Tu l'aimes à croire en lui sans faille, tu l'aimes à en lui sortir toutes les conneries du monde. À te rendre meilleur.

Mais il y a l'équipe. Et elle passe avant. Tu le sais depuis le début ça. Que votre vie privée ne vaut rien face à elle.

Tu ne partiras pas.

Tu te rends compte du poids sur les épaules de Tony, qu'il ne sait pas quoi faire.

Tu comprends l'ampleur des mots, des actes de Tony.

Tu te rends compte que là, c'est lui qui tient tout seul la barque.

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La possibilité de l'appeler tien, tu ne l'auras jamais.

Tu voudrais te défoncer. Tu veux tout exploser. Balancer tout ce qui t'entoure à terre. Vider tes forces. Vider tes larmes. Frapper. Frapper encore. À en perdre le souffle et la raison.

Personne ne viendra pour toi. Tu voudrais crever. Tu sais que ça ne changera rien ? Ça n'en vaut pas la peine. Tu veux exploser. Tu ne sais pas très bien pourquoi.

Tu frappes encore sur le sac de sable. Tu voudrais faire saigner tes mains, tu voudrais tellement de choses.

Arrêter d'avoir envie.

L'envie d'être là. L'envie de tout arrêter. L'envie d'en vouloir encore.

Tu ne sais plus.

Le déluge sans faille coule toujours. Le ciel est déchiré, crache crache des tonnes d'eau qui n'épanche pas la soif.

Qui ne soulage ni le poids du monde, ni la conscience.

Une vie à New York. Vide, creuse de Tony. Tu te détaches, sans laisser d'auréole, sans gloire à ta souffrance. L'acceptation amère et traitresse danse devant toi: Tu te dérobes. Sans distance autre que le travail et maintenant : Maintenant il l'est, tout englouti par son travail.

C'est une bataille où Tony se laisse entourer de cocon. Où il donne sa vie car il n'a rien de mieux à faire. Et Steve le regarde. Parce qu'il ne peut rien faire d'autre.

Ça ne suffit pas. Maintenant plus rien ne suffit.

Il faut arrêter. Jamais ils ne seront ensemble.

Lorsqu'ils se voient, l'espace dans les yeux, les yeux ouverts en si grand sur l'autre, ils se taisent. Se racontent des banalités, juste pour entendre la voix, pour entendre respirer, pour vérifier, le poids, la fatigue.

Puis Steve lui attrape le bras :

- Qu'est-ce que l'on fait, maintenant, Tony ?