CHAPITRE 10
Severus marchait d'un pas lourd lorsqu'il atteignit la porte du bureau d'Albus. Qu'allait-il encore entendre de la part de ce vieux fou ? Il n'en avait aucune idée, mais ce qui était sûr, c'est qu'il n'allait pas s'en sortir indemne. Il ne prit pas la peine de frapper et entra directement dans une envolée de robes noires, faisant sourire Dumbledore et sursauter le phénix.
- Vous souhaitiez me voir monsieur le directeur ?
- En effet mon ami. Oh mais asseyez-vous… Thé, bonbon au citron ?
- Non merci.
Severus prit une chaise et s'installa confortablement, attendant pendant plusieurs minutes que le directeur ne se décide à parler. Des minutes longues et interminables pour son esprit qui rejouait sans cesse les derniers évènements. Potter contre lui, sur lui, pour lui. Potter qui le supplie de rester. Potter qui le regarde. Potter qui l'insulte, lui sauve la vie, le rend fou. Potter, encore et toujours lui. Potter, Potter, POTTER !!!
« Non… Harry. »
Oui... Harry. Harry qu'il embrasse. Harry qui lui répond… Harry si frêle et fort. Harry à moitié nu sous lui.
- Alors qu'en pensez-vous ?
- …
- Tout va bien mon garçon ?
« Merde ! »
A l'instant même où cette pensée fut formulée, Snape s'étonna lui-même. Jamais il n'avait été vulgaire par impulsion, il préférait de loin le sarcasme blessant et l'humour noir. Mais il venait de se faire surprendre à ne pas suivre une conversation pour la deuxième fois de la journée, et cela il ne le supportait pas. Et c'était encore à cause de cet abruti de gamin.
« Homme. »
- Severus, êtes-vous certain de ne vouloir aucun remontant ? Vous semblez quelque peu pré occupé.
- Tout va bien Albus alors venez en au fait. Que vouliez-vous me dire ?
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Le maître des potions parcourait les couloirs d'une fureur noire faisant fuir les élèves sur son passage. Les mots du directeur tournaient inlassablement dans son esprit comme une litanie, ne lui laissant aucun répit et surtout, une migraine infernale.
« Vous êtes liés Severus. »
Les cachots tremblaient sous son pas et son air féroce. Sa propre maison préférait se cacher de lui jusqu'à ce qu'il ne soit plus en vu. Son regard de glace était cependant perdu. Comment cela serait-il possible ?
« Ne trouviez-vous pas étrange de le rejoindre, d'être avec lui dans ce monde imaginaire ? De pouvoir le modeler avec lui, pour lui ou inversement ? »
Son tableau n'attendit pas le mot de passe pour s'ouvrir en apercevant la fureur de son propriétaire. Ce fut une chose bien, car il évita ainsi les injures, très peu catholiques, que la simple porte de bois reçut derrière avant d'être claquée.
« Comment pourrait-il en être de la sorte ? Nous ne nous supportons pas Potter et moi !!
- En êtes-vous sûre ? Ce n'est pas ce que j'ai pu voir…
- Pu voir ?? Par merlin vieux glucosé, qu'avez-vous encore osé faire ??!! »
D'un accès de rage Snape se dirigea vers son laboratoire et pulvérisa plus qu'il ne le fallait les quelques ingrédients qui se trouvaient sous sa main. Il fit alors la première potion qui lui passait à l'esprit sans toute fois se rendre compte réellement de laquelle il s'agissait.
De toute façon, devrait-il s'inquiéter de faire une potion qui règle les problèmes de vue ? Peut-être que oui, peut-être que non. Oui. Comment pourrait-il oublier les yeux verts cachés derrière ces hideuses lunettes rondes ?
Un bocal explosa sur une étagère lorsqu'il comprit ce qu'il faisait et où le menait inévitablement son raisonnement. Il attrapa alors tout ce qui était devant lui, chaudron, ingrédients, ustensiles et appareils à distiller… pour tout envoyer contre un mur, au sol ou n'importe où ailleurs. Pour la première fois depuis longtemps, Severus Snape laissait libre court à la colère, la douleur qu'il ressentait pour ensuite se laissait glisser à terre, le visage contre ses bras.
« En vous sauvant, Harry a atteint le seuil critique. Nous sommes incompétents face au mal qui le ronge, seul vous pouvez l'aider. »
- L'aider…
« L'aider ? Et en quoi pourrai-je l'aider vieux fou ?! Croyez-vous que j'en sache plus que vous !? Et puis vous qui êtes rentré dans NOS têtes, pourquoi ne pas y retourner ?? Vous ne savez faire que ça de toute façon, violer l'intimité des gens pour savoir ce qui vous arrange !!
- Severus… même en retournant dans son esprit, je ne pourrai pas le sortir de là.
- Ah ?? Et pourquoi donc ? Soudainement vous ne pouvez plus rien faire ?! Cessez un peu ces solutions de facilité où vous me reléguez toutes vos tâches ingrates !!
- Il ne m'accepte pas dans le monde que vous avez créé. »
Un sanglot imperceptible secoua le maître des potions. La situation le dépassait et il ne supportait pas cela. C'était un échec et il n'en avait que trop connu.
« Mon ami je vous supplie de m'écouter, ne partez pas.
- Et pourquoi resterai-je ? Pour m'entendre dire que si le gamin ne survit pas se sera de ma faute ?
- Merlin, non !
- Alors arrêtez de m'imposer plus que je ne supporte déjà… »
Il avait refusé de lui venir en aide par son départ. Il abandonnait un élève, un enfant, un homme.
« Je ne veux pas que vous vous détruisiez pour moi. »
- Harry…
Combien de fois avait-il été attiré dans ce monde qu'il ne connaissait pas ? Combien de fois avait-il protégé le garçon qui s'y trouvait piégé ? Il avait arrêté de les compter quand il avait compris qu'il ne souhaitait qu'une chose… y retourner. Le voir, l'entendre dire toute ses absurdités, provoquer ses colères. Provoquer autre chose aussi.
Il l'avait supplié de rester, de revenir, de ne pas l'abandonner lorsqu'il s'était vu et revu entrain de subire maintes fois la dernière réunion. Et il avait plus que souhaité leur dernier échange.
- J'essaierai Albus…
Que venait-il de faire ? Il n'en savait absolument rien, mais il ferait beaucoup pour goûter une nouvelle fois au bien être des bras de sa némésis.
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Harry n'avait toujours pas bougé du lit où il se trouvait. Combien de temps s'était-il écoulé depuis le départ de Snape ? Il n'en savait rien et cela lui importait peu. La présence de l'adulte l'avait tout d'abord insupportée, il avait même voulu que cet homme abject disparaisse de son champ de vision, voir même de sa vie. Mais au fur et à mesure, il en était devenu tout autre. Les visions s'étaient enchaînées sans que ni l'un ni l'autre ne l'aient voulu, dévoilant ce passé que chacun s'évertuait à cacher… Snape par la mort prématurée de sa mère, Harry par l'enfer qu'il vivait avec sa « famille ». Lui qui s'imaginait tellement différent c'était rendu compte qu'il n'en était pas grand chose. Ils se ressemblaient plus qu'ils ne le pensaient.
Tout avait évolué et il se demandait comment ils étaient passés de la colère, de la haine, au besoin de l'autre. Il l'avait cherché quand il s'était trouvé seul face à ses souvenirs et Severus avait plongé corps et âme dans une étreinte désespérée lorsqu'il avait revécu ses sévisses. Corps et âme… Et même plus. Cet échange qu'il avait eu, tendre et passionné, incertain et impatient aurait pu être prédit par son professeur de divination. Mais cela avait été à sens unique… Snape n'y participait pas vraiment car il était toujours engourdi par la souillure qu'il ressentait. Que se serait-il passé s'il n'avait pas arrêté ses gestes ou celui de son enseignant ? Serait-il allé au bout de ce besoin de chair pour ensuite dégrader cette nouvelle relation sous le coup du remord ? Ou aurait-il simplement fait comme si rien ne c'était passé ? Honnêtement, il penchait pour la première option. C'est tellement plus facile de fuir, de ne rien assumer.
Mais maintenant il pouvait songer à tout ce qu'il voulait, Severus ne reviendrait pas. Il venait de rejeter la seule source de chaleur dans ce monde devenu glacial.
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Son laboratoire était dans un état des plus lamentable. Du verre brisé jonchait le sol accompagné des outils indispensables, le tout mélangé à des ingrédients plus ou moins entiers et la potion à moitié faite du chaudron renversé. Et le propriétaire était parmi eux. Seul, avachi et totalement en contradiction avec lui-même. La colère, l'impuissance mais aussi l'envie et cet irrésistible besoin de le revoir. Il le voulait et se maudissait pour ça.
Son regard sombre se porta sur l'ensemble de la pièce et un rictus de mépris s'incrusta sur son visage. Il s'était emporté pour un morveux à peine capable de dormir sans couche ni veilleuse… Alors que Merlin le protège, car bien que son traître de corps l'ait trahi de façon très nette, son cœur qu'il croyait mort en même temps que sa mère avait décidé de se rajouter à sa peine… il s'était épris du dit morveux.
- Pitié, dites-moi que ce n'est qu'un cauchemar…
De son point de vue tout cela en était un. Cependant le véritable cauchemar ne fut pas lorsqu'il accepta sa « légère » attirance pour le jeune gryffon, mais lorsqu'il comprit qu'il n'avait plus accès à ce monde qui leur appartenait, leur intimité. Chaque soir lorsqu'il sentait le sommeil l'emporter, il s'attendait à se retrouver dans le salon qu'ils avaient confectionné à deux, voir même cette chambre que Potter lui avait créée. La première nuit ne se passa pas exactement comme il l'aurait souhaitait : il s'était endormi pour ensuite ouvrir ses yeux dans sa propre chambre. Depuis toutes les autres se passaient de la même façon. Il avait été expulsé de l'univers qu'il partageait avec le rouge et or.
Pourquoi cela se passait-il comme ça ? Le jeune homme l'avait comme banni soit disant pour son propre bien et cela ne lui plaisait pas du tout. Par Merlin que savait-il de son bien être ? Il n'aurait pas du juger cela lui-même, et foi de Snape, il le lui ferait comprendre
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Les jours passaient et se ressemblaient tous. Réveil vexant, petit déjeuné forcé, potions immondes à ingurgiter, déjeuné et dîné. Les élèves semblaient ne pas être atteints par cette monotonie, appréciant à sa juste valeur l'absence du professeur Snape. Ils profitaient de longues heures de libres, écoutaient et lançaient des rumeurs dont certaines assez farfelues. Pourtant personne n'avait remarqué le changement d'humeur du corps enseignant et plus particulièrement celui du maître des potions. D'une certaine façon comment auraient-ils pu le voir puisque tout le monde le fuyait, prétextant que son « karma » à lui était toujours aussi détestable. Ce qui n'était pas faux.
Chaque jour Snape cherchait dans sa mémoire les ingrédients présents dans sa salle de classe ainsi que les potions que contenait l'armoire. Chaque jour, il tournait et retournait dans sa tête le jour de ce maudit accident de potion mais rien n'y faisait, pensine ou non. Il ne trouvait pas et ne trouverait probablement jamais.
La fin de semaine arrivait, et avec elle la fin de cette convalescence énervante et complètement inutile. Il pourrait de nouveau reprendre ses cours, terroriser ses élèves et retirer un nombre incalculable de point à gryffondor… Ou une autre maison.
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Harry s'était enfin décidé à bouger, changer de pièce pour se changer les idées. Du moins il tentait plus qu'autre chose. L'oppression qu'il ressentait dans ce lieu vide ne l'aidait pas à se sentir mieux, et au fur et à mesure que le temps semblait s'écouler, des souvenirs s'entêtaient à vouloir refaire surface. Cela n'augurait rien de bon et cette fois, il serait seul. Luttant avec les forces qui lui restaient, le jeune homme fit face aussi bravement qu'il le pouvait, tantôt en regardant de face les atrocités qu'il avait connues, tantôt en fermant les yeux et bouchant ses oreilles.
A chaque murmure, chaque son ou impression de déjà vu, une nouvelle vision s'encrait dans les murs des pièces qu'il créait, souvent dévastatrice et cruelle. Cependant, tout ne le concernait pas. Au début, toutes ses choses qu'il voyait ne représentaient que son passé, son univers avec ses doutes et ses colères, ses peines et ses joies. Mais plus les heures passaient et plus les images qui défilaient devant ses yeux prenaient une autre forme, une autre vie. Les moments durs laissaient place à d'autres plus chaleureux, parfois hilarant ou complètement colérique. Mais tous relataient les même faits. Lui et Snape discutant dans l'appartement de ce dernier, se hurlant dessus avant de comprendre ce qu'il se passait ou encore se prenant le bec pour une histoire de plat cuisiné.
La scène qui primait n'était cependant pas toutes ses petites choses qui ont fait leur quotidien pendant un bref instant. Non, ce qui primait était leurs derniers moments, leur caresses et leurs baisers, assoiffés ou doux. Lors de ces moments là, Harry sentait une partie de lui se tordre et un point s'installer dans sa poitrine. Pourquoi ressentir cela à la vue de leurs jambes emmêlées, de leur torses découverts de maintes manières ou de leurs langues inquisitrices ? Il ne comprenait pas et se perdait à chaque nouvelle apparition des yeux couleur d'encre.
Au fond de lui il savait que tout ceci ne durerait pas, que bientôt tout allé se stopper pour le laisser dans le néant. Son monde s'écroulait petit à petit suivant la dégradation de sa santé. Il n'était pas dupe, et aimait à penser qu'au moins il n'entraînait personne au fond du gouffre.
Alors que dans sa tête un rire abject résonnait dans sa tête et que des yeux couleur sang le fixaient sans siller, une unique pensée le traversa.
« Egoïste… »
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Lors du troisième jour de sa reprise, Snape tournait en rond comme un lion en cage, déambulant telle une vipère entre les chaudrons de ses maudits étudiants. Donnant l'impression de ne chercher que les erreurs de ces « cornichons sur pattes », son regard indiquait clairement qu'il guettait juste les problèmes de manipulation. Sans cesse il revoyait Potter à son pupitre, touillant l'atroce mixture qu'il assurait d'une petite voix être une potion de guérison. Combien de fois l'avait-il ridiculisé grâce au contenu de son chaudron ? Il ne le savait pas et n'en avait que faire… sauf quand une voix sournoise lui répondait « bien trop ».
Un bruit suspect le fit se retourner rapidement.
« Non. »
Un autre sifflement, une bulle qui éclate sur la surface d'une potion, le tintement des instruments contre le bois de leur table ou au fond du mortier, et l'enseignant se mettait à chercher partout la source du son. Tournant la tête dans toutes les directions, s'attendant à de nouveau perdre un élève par sa faute.
Ses yeux s'écarquillèrent soudainement. « Par ma faute »… ces mots plus que les autres se répétaient dans ses oreilles tel un écho malsain. « Ma faute ». Il devait veiller au bien être des jeunes entrant dans ses murs et il avait faillit. Après plus de seize ans d'enseignement il n'avait pas réagit assez vite et un jeune homme se mourrait à l'autre bout du château.
- Dehors… tous.
Les élèves se figèrent sur place lorsqu'ils comprirent la requête du professeur Snape.
- Sortez tous ai-je dit !!
Ils n'attendirent pas plus pour vider leur chaudron et détaller aussi vite que possible, se préparant déjà à lancer la nouvelle à travers toutes les maisons : le professeur Snape venait de faire sortir une classe après seulement vingt-cinq minutes de cours.
De son coté Severus était perdu au milieu de son domaine. Il venait de tous les renvoyer sans aucun motif valable pour ses derniers. Qu'aurait-il du faire ? Leur avouer sans encombre qu'il n'était pas capable de faire attention à eux, à leur santé en cas d'erreur ? Non il ne dirait jamais cela, et encore moins la raison de son inattention.
Potter… Harry.
Il était obsédé par l'adolescent, ne pensait qu'à lui et à comment le faire sortir de ce cauchemar qui progressivement devenait le sien. Un sort pourrait peut-être l'aider ou bien une potion, et dans le cas où ceci n'existeraient pas il pourrait toujours les créer… mais cela prendrait alors trop de temps et il ne tiendrait pas jusque la.
« Ma faute. »
Les idées fourmillaient dans sa tête mettant en scène toutes les possibilités pour le sauver. Les moldus dans le coma arrivaient, pour de très rares cas, à se réveiller grâce à des stimuli, des bruits, voix ou sensations qui incitaient, on ne sait comment, les personnes à revenir.
« Ma faute. »
Son cœur s'accélérait à chaque fois qu'il y pensait. Comment avait-il fait pour ne pas intervenir ? Il l'avait senti, il aurait dû prévoir que son chaudron allait exploser alors pourquoi n'avait-il pas lancé un sort ? Tout aurait été plus simple si l'idiot avait été attentif à ses cours !!
- Stupide gosse !!
Un établit fut témoin et victime de sa colère. Severus n'en pouvait plus de tout ça, il ne pouvait rien faire pour l'aider malgré la promesse qu'il s'était faite et pire que tout, la présence continue du jeune Potter lors de ses nuits commençait à lui manquer. Définitivement il était perdu.
Massant du bout des doigts la migraine qui pointait, il s'assit plus que lourdement sur la première chaise qu'il trouva tout en expirant fortement. Une personne à laquelle il s'était accroché bien malgré lui était aux portes de l'oubli, et penser à lui était la seule chose à la portée de ses moyens.
- Maudit soyez-vous Albus pour m'avoir imposé un tel poids sur les épaules…
« Tu n'avais qu'à ne pas accepter. »
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Harry fatiguait et commençait à prendre peur. Son décor vacillait dangereusement et il devait lutter activement pour ne pas être aspiré dans le vide que les quelques trous créaient. De plus, il devait sans cesse repousser son enseignant qui consciemment ou non cherchait à le rejoindre. Toutes ses choses l'épuisaient et l'emmenaient un peu plus loin dans la spirale de son état dégradé. Sa magie fuyait son corps et sa vie prenait le même chemin.
Suite à la dernière tentative du professeur, il s'était effondrait à terre tel un château de carte et n'arrivait pas à reprendre pied. Ses membres tremblaient au même titre que ses dents, sa peau était poisseuse de transpiration et ses yeux se révulsaient à chaque effort. Son propre corps lui faisait défaut, il ne maîtrisait plus rien. Ses pensées le menèrent invariablement vers la seule source de réconfort qu'il avait connu dans ce monde lorsqu'un fracas innommable l'en sorti. Tournant laborieusement sa tête vers le bruit, son cœur rata un battement lorsqu'il aperçut quelle en était l'origine : assis au milieu d'un espace flou, Severus Snape venait de renverser brutalement une des tables de travail et semblait perdu.
- M- Monsieur…
Son murmure n'atteignit pas les oreilles de son enseignant qui maugréait contre son supérieur. De quel poids parlait-il ? Se raclant la gorge pour rendre sa voix plus claire, il continua d'appeler l'homme si près et pourtant si loin de lui.
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Severus releva la tête rapidement. Avait-il bien entendu ? Quelqu'un venait de l'appeler lui semblait-il, et pourtant aucune personne ne se trouvait dans la même pièce que lui.
« Je deviens dingue à cause de toute cette histoire. »
Mais le murmure persista une seconde fois, puis une troisième. Il ne pouvait plus l'ignorer c'est pourquoi il se mit à l'écoute de cette faible voix qui appelait. Son oreille toujours aussi fine ne put cependant pas distinguer de où ce son provenait, comme si tout ce passait autour de lui, comme un écho. Se concentrant plus encore il se fit sourd à toute pensée pour se focaliser uniquement sur les paroles.
- Monsieur…
Les pupilles sombres s'écarquillèrent lorsqu'il reconnu le propriétaire de la voix.
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Albus n'arrivait pas à assimiler ce que l'infirmière venait de lui dire par cheminette. Son protégé se mourrait donc ? Il quitta son bureau précipitamment en direction des cachots pour prévenir Snape lorsqu'il croisa une furie noire courir en direction de l'infirmerie.
- Severus je vous cherchait il faut que-
- Plus tard Albus !!
L'employé ne se retourna même pas pour répondre à son supérieur, trop préoccupé à penser au survivant. Dumbledore réagit alors promptement en suivant Snape au pas de course, intrigant les élèves hors de cours à cette heure si. Leur entrée dans l'infirmerie n'ajouta qu'une légère dose de désordre, celui ci régnant déjà en maître dans ce domaine habituellement tenu. Des hommes et femmes inconnus tournaient et parlaient fortement les uns aux autres, bougeant leur bras comme des hystériques autour d'un seul et même lit.
Severus c'était arrêté à l'entrée à cette vue, ce fut la pression de la main du directeur sur son épaule qui lui fit reprendre conscience.
- Je venais justement à votre rencontre pour vous prévenir.
- Il meurt.
- Oui.
La réponse n'était pas nécessaire en soit l'évidence étant déjà devant leurs yeux. Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes, observant les médecin venus de Sainte Mangouste s'affairer au près du jeune Potter.
Quelques brides de conversations parvenaient aux oreilles des deux observateurs, les informant ainsi qu'effectivement l'état du jeune homme était des plus critique. Sa magie s'affaiblissait de jour en jour certes, mais un tel niveau n'était pas tenable pour un sorcier de sa puissance. Le rouge et or se mourrait devant eux.
Un homme en blouse blanche s'avança vers Pomfrey pour lui parler à voix basse bien que cela ne soit pas nécessaire au vu de la décomposition de celle ci. Abattue mais professionnelle, elle se dirigea à son tour en direction de Dumbledore.
- Professeur… l'état de monsieur Potter n'est pas bon. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure nous…
Severus n'écouta pas plus. Il était perdu et il le savait.
- Qu'ils sortent tous s'ils ne sont pas utiles. Leurs présences n'est pas du meilleur effet sur Harry-Stupide-Potter.
Alors que Pompom s'apprêtait à répondre, Albus l'en empêcha et lui fit signe de faire évacuer les lieux, eux compris. Un dernier regard avant de fermer les portes lui apporta la vision de l'irascible maître de potions s'asseyant sur le lit du rouge et or.
- A nous deux Monsieur Potter… Légilimens
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Il atterrit dans ce monde si familier, et pourtant chamboulé, sans véritable difficultés. Les murs de l'ancien salon se désagrégeaient doucement, le sol devenait brumeux sous ses pieds et le néant engloutissait déjà quelques recoins par si par la. Mais cela l'intéressait peu.
Il chercha frénétiquement la silhouette du brun dans se fouillis, passant de pièce en pièce quant cela était possible, pour finalement le trouver allongé au sol comme une poupée de son. Il se déplaça avec précaution vers lui, s'accroupi à ses cotés et le souleva comme un fétu de paille pour le mettre tout contre lui. C'est alors que Harry se réveilla doucement, les yeux papillonnant jusqu'à se cadrer sur la source de chaleur qui le pressait tendrement.
- Monsieur… débuta-t-il d'une voix chevrotante. Vous-
- Taisez-vous Potter…
- Non… partez sinon vous finirez comme moi.
Severus changea de position pour s'adosser confortablement contre le reste de canapé et maintint sa prise sur l'homme dans ses bras. D'une main libre il lui caressa du bout des doigts ses joues humides, la laissa dériver lentement dans ses cheveux et ses lèvres avant de leur imposer le silence de l'index.
- J'ai dit, taisez-vous… Harry.
Le serrant plus étroitement contre lui, ils savourèrent cet instant comme deux personnes ayant retrouvé leur place.
Dans les bras l'un de l'autre.
