CHAPITRE 11
Le corps du survivant cessa progressivement de trembler pour finir totalement détendu dans les bras de son professeur. Aucun des deux ne se décida à changer de position et ayant trop peur de briser ce nouveau moment de complicité, ils hésitaient même à remuer. Le monde autour d'eux n'avait cependant pas arrêté de se désagréger, et ce fut par un grand fracas que Severus initia le premier déplacement. Tout d'abord inquiet pour son protégé, il l'avait recouvert de ses bras et son corps en entendant le bruit assourdissant, puis lorsqu'il réalisa que rien ne les avait touchés, il se redressa correctement.
- Potter il faut que vous luttiez, je ne peux rien faire pour vous sortir de là.
- Mais…
- Non Potter, je ne suis pas présent comme les autres fois. Je suis entré par légilimencie… vous ne me laissiez pas le choix.
Harry détourna le regard en enfouissant sa tête dans les robes noires de Snape, humant discrètement ce parfum si particulier qu'était le sien. Oui il avait fait beaucoup pour que l'homme ne revienne pas dans cet univers au devenir chaotique, il avait même dût user de ruse et de puissance pour l'empêcher d'y arriver. Au final il se demandait s'il avait bien fait, car maintenant c'était lui qui l'avait appelé.
- Je n'y arrive pas. Je ne peux pas sortir d'ici, pas comme vous.
- Si vous pouvez et vous le ferez, sinon pourquoi porter le surnom de « Survivant » ? Continua Snape sur un ton un brin moqueur.
- Je n'ai rien demandé.
- Oui, mais aujourd'hui je vous le demande.
Les yeux verts se heurtèrent comme jamais contre ceux plus sombres de l'aîné, absorbés et effrayés par la lueur qui y brillait. Il ne savait pas comment réagir, comment prendre les paroles qui venaient d'être échangées et cela lui faisait peur. Devait-il comprendre que l'autre tenait à lui ou voulait-il simplement sauver, chose ironique, le Sauveur ? Et puis il était présent par légilimencie, ce qui impliquait qu'il ne pourrait pas rester avec lui indéfiniment…
- Je ne peux rien contre tout ça, je ne maîtrise pas !! J'ai déjà du mal à contrôler mon propre corps…
Un goût amer transperçait dans le son de sa voix, mais attentif au garçon dans ses bras, Severus resserra un peu plus son étreinte et répondit.
- Vous contrôlait cet espace, vous me l'avez montré vous-même à maintes reprises.
- Oui mais tout est différent, tout m'échappe et je me sens faible… je déteste ça. Comme si… comme si toute mon énergie disparaissait je ne sais où.
La tendresse se changea en crispation. A question muette réponse muette. Harry savait que son état laissait à désirer, il l'avait entendu au début de son isolement dans ces lieux étranges et Snape le lui avait déjà confirmé. Mais savoir qu'ils n'avaient rien put faire était quand même un choc et apparemment pas que pour lui. Décidant de jouer la carte de la semi-légèreté, Severus repris la parole.
- Battez-vous Harry. Je n'ai pas oublié que vous me devez un fraisier, et pour rien au monde je ne laisserai passer ce délicieux dessert.
Harry n'en croyait pas ses oreilles. Il venait bien d'entendre Snape plaisanter sur une stupide histoire de gâteau dans un moment pareil ?? Ce monde tournait vraiment à l'envers… Il était resté bouche bée devant cet aveu somme toute irréel et ne lâchait pas des yeux ceux, plus rieurs, du maître des potions. Un léger rire s'éleva juste avant que le petit silence soit brisé de nouveau par l'aîné.
- Je vais devoir partir Potter, le sort est fatigant et consciemment ou non, vous me repousser toujours un peu plus.
- Non ce n'est pas ce que je veux !! Mais…
- Dois-je encore vous demander de vous taire ?
- Ce n'est pas ça c'est juste que…
Il ne put finir sa phrase car deux fines lèvres se posèrent doucement sur les siennes, baiser papillon si fort et faible à la fois. L'espace d'un instant il resta tétanisé par ce mouvement, mais réalisa trop tard ce qu'il venait de se passer.
Son enseignant venait de disparaître, le laissant encore une fois perdu et pantelant.
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Lorsqu'il rouvrit les yeux, un fin sourire étirait sa bouche tandis que ses doigts y retraçaient inlassablement la pression imaginaire de celles de Potter. Il avait peut-être perdu la raison sur le moment et l'avait fait taire de la façon la plus douce qu'il pouvait, mais étrangement, il ne regrettait son geste qu'à moitié. Et encore…
Il passait tout son temps à l'infirmerie aux cotés de monsieur Potter, n'assurait pas ses cours et pire que tout, renvoyait quiconque entrait dans le domaine des malades (Pompom se fit même reconduire à la porte de son propre lieu de travail). Severus Snape voulait restait seul pour des raisons qui échappaient au reste des habitants du château, et bien que leur curiosité aussi déplacée soit-elle soit à son paroxysme, personne n'osa contrarié l'homme au regard sombre.
De son coté, Severus n'était pas mécontent d'avoir la salle pour lui seul et son compagnon de fortune, ce qui lui laissait le loisir de chercher encore et toujours un moyen pour le sortir de ce coma. Cependant, l'état de sa jeune némésis l'inquiétait de plus en plus tandis que de lourdes plaintes sortaient de la gorge de l'endormi, sans oublier le sortilège légilimens quiperdait peu à peu sa puissance tout en les affaiblissant tous les deux. De plus, les barrières qu'érigeait Potter prenaient de l'ampleur et le vidaient un peu plus de son énergie à chaque essai.
Malgré la demande inlassable du professeur de ne pas le repousser, à chaque tentative, le double d'effort était déployé par le survivant pour le faire plier et partir. Il ne l'acceptait pas alors qu'il savait qu'il faisait tout ce qu'il y avait en son pouvoir pour le sauver.
Ce fut en réfléchissant à ce problème que Snape pris conscience du nœud qui provoquait certains aspects de la situation. Prenant son courage à deux mains, il s'engagea dans un combat qui ne concernait pas que le patient de l'infirmerie.
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Il faisait les cent pas dans cette salle blanche et se repassait sans cesse ce qu'il avait trouvé, cherchant une faille et surtout une autre possibilité. Cela ne pouvait être si simple ? Quoi que de son point de vue, tout était simple sauf … CA !!
Un gémissement parcouru les murs de la salle quasiment inoccupée, et à la surprise de l'aîné, ce son provenait de lui et pas de la forme allongée entre les draps blancs.
Cette vision lui rappela tout ce qu'il s'était passé, depuis l'incident jusqu'à maintenant, lorsqu'un détail le frappa de plein fouet. Une bride de conversation qu'il avait eut avec lui était restée enfouie quelque part dans sa mémoire et venait juste de se décider à réapparaître.
Il ne restait que deux semaines au Golden Boy pour se sortir de ce coma quand ils en avaient parlé. Calculant rapidement les jours qui s'étaient écoulés entre les deux moments, Snape blanchit soudainement et dut s'asseoir assez rapidement sur la première chose qu'il trouva.
C'est pourquoi il s'écroula de moitié sur le sol froid.
- Il ne lui reste plus que trois jours… mais comment fait-il pour se mettre dans des situations pareilles ?? Et que Merlin m'explique pourquoi j'ai été entraîné à sa suite !!
Ne pouvait-il pas faire comme tout les autres ? Avoir un accident en cours, pester contre l'enseignant et sortir après avoir guérit les quelques effets néfastes des potions ? Non, il fallait obligatoirement qu'il se démarque des autres en se mettant dans des situations difficiles et extrêmement dangereuses.
« Sale môme !! »
Un nouveau soupir rompit les pensées du maître des potions qui cette fois ne provenait pas de lui. Il se releva lourdement et resta figé devant le tableau qui s'offrait à lui. Harry tremblait et gémissait dans son lit, se tortillant faiblement dans ses couvertures emmêlées et humides de sueur. Lorsqu'un halo de lumière douce et hésitante commença à l'entourer, un flux de panique s'empara du professeur Snape.
- Merde !!
Il se précipita au près du malade et le dégagea rapidement de cet enchevêtrement de draps. Le jeune adolescent était poisseux et sentait la transpiration rance, la couleur de sa peau jaunissait là où elle ne blanchissait pas et ses yeux à moitié clos se dévoilaient injectés de sang lorsqu'ils se révulsaient. Il atteignait le seuil critique et le temps aux questions n'était plus de mise.
- Pomfrey !!!
L'infirmière arriva en trombe dans son environnement et poussa un cri en voyant l'état de Potter. Avisant son collègue en train de se débarrasser de sa longue robe noire et de sa redingote ainsi que la chemise d'hôpital de Harry, son instinct de protection se déclencha et sa baguette fut pointée dans leur direction.
- Arrêtez Snape !! Si vous le toucher encore je…
- Cessez vieille peau ! Et quand je vous le dirai, vous m'endormirez compris ?!
- Mais…
- Vous avez eu votre chance de le sauver !!! Maintenant, c'est la mienne !
Tandis que Pompom restait coi et hésitante, Severus finit de retirer sa chemise et s'installa dans le lit du survivant, le souleva délicatement, se glissa derrière lui et le maintint rudement contre sa peau dénudée. Un simple sortilège plus tard et leurs deux mains droites furent légèrement entaillées puis enlacées l'une contre l'autre. Son regard envers la femme au tablier blanc fit reprendre part aux évènements à cette dernière.
- Quand je vous le dirai, vous me jetterez le sort qu'il faut.
- Bien.
- Et quand j'aurai… quand vous verrez la possibilité de le stabiliser, vous colmaterez la brèche de magie que ce foutu gosse a. Normalement il…
- Il devrait se reconstituer sa source initiale je sais. Je ne suis pas médicomage pour rien odieux personnage !!
- Soit, alors allez-y vieille bique !!
Alors qu'elle brandissait sa baguette en sa direction et prononçait la formule, Severus murmura une dernière demande à son étudient.
- Ne me résistez pas Harry.
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L'espace dans lequel il atterrit ne lui inspirait rien qui vaille. Tout ce qui l'entourait n'était que néant obscur, silence oppressant et autres sensations désagréables. Au loin cependant, une sorte de dôme de lumière subsistait avec difficulté et semblait lutter contre la noirceur environnante. Faisant fit de la peur qui lui tordait les entrailles, Severus s'avança en sa direction prêt à toutes éventualités.
Pour Harry tout était différent à présent. Il voyait de ses propres yeux son univers se détériorer et pouvait même sentir sa magie s'envolait comme fumée au vent. Une seule chose lui importait : faire ce que lui avait demandé Snape, ne pas résister à son arrivée. Malheureusement il était plus aisé de le dire, le penser, que de le faire, et ça il s'en rendait bien compte car même en souhaitant la venue du directeur des serpentards, il dressait malgré tout un mur assez résistant pour éviter l'homme. Honnêtement, il n'en comprenait pas la raison mais le faisait quand même.
Dans son environnement il ne restait plus grand chose : le canapé, un morceau de table, le tapis, une fenêtre sans vitre donnant sur le vide, et posé un peu plus loin, un candélabre à cinq bougies à moitié consumées. Quand l'une d'elles vacilla pour ensuite s'éteindre, il comprit que Snape était présent et ne tarderait pas à forcer le mur invisible qui les séparaient. Fermant les yeux sous la concentration, il fit son maximum pour se battre contre lui même.
Severus avançait lentement certes mais sûrement. Il tâtonnait de temps à autres les résistances qui lui barraient la route et usait de toutes ses connaissances pour les amoindrir voir même les détruire. Au fur et à mesure de sa progression il sentait que les protections s'amélioraient et prenaient en puissance, ce qui, loin de la rassurer, l'inquiétait au plus haut point. Retrouverait-il Potter vivant quand il arriverait jusqu'à lui où ne trouverait-il que l'absence de ce dernier ? Ce qu'il faisait été à double tranchant il le savait, mais il n'avait plus d'autre possibilité que de tout essayer… Le gryffondor n'aurait pas tenu les trois jour qu'il était censé lui rester.
A à peine quelque mètres des lieux éclairés, Snape fut bloqué par une force hors du commun qui malgré tous ses efforts lui résistait. Jetant un coup d'œil dans le reste de salon qui subsistait encore, il aperçut Harry prostré devant les trois seules bougies encore allumées, les jambes repliées sous lui et ses bras encerclant un épais tissu noir.
- Monsieur Potter !! Appelait-il d'une voix forte. Potter je suis là laissez-moi entrer !!
Sans se retourner, le brun lui répondait faiblement qu'il ne pouvait pas et lui expliquait que même s'il le voulait il n'y arriverait pas. Il ne vacillait pas sous le flot de plus en plus important de suppliques et se contentait de garder son regard fixe sur une des petites flammes s'amenuisant. Alors qu'elle cédait face à la brise inexistante, Severus, lui, sentait le mur s'effondrer. Il ne fut cependant pas assez rapide pour empêcher le reste du corps du rouge et or de toucher le sol.
- Potter !!
Snape ne chercha pas plus et l'empoigna sauvagement pour le secouait afin de le réveiller. Après quelques secondes le plus jeune ouvrit péniblement les yeux pour dévoilait un regard trouble avant de les refermer de contentement. Il était désormais dans les bras de son aîné, et bien qu'il ne comprenne pas pourquoi, cela lui plaisait. Du moins ne voulait-il pas analyser.
- Vous n'êtes qu'un idiot Potter !! Hurla presque le professeur Snape.
- Je me disais bien que vous n'étiez pas revenu que pour me « sauver », répondit ironiquement Harry. Mais vos insultes ne me manquaient pas tellement vous savez.
- Je suis sûr du contraire sale môme.
- Vieil aigri graisseux.
Un silence gêné s'en suivit. Comment annoncer à l'autre les pensées qui envahissaient leurs esprits à chaque fois qu'ils étaient à proximité ? Autant Severus se voyait mal annoncer à son étudient honni de toujours, la réciproque étant aussi vrai, qu'il était plus qu'attiré par ce dernier, autant Harry préférerait s'envoyer en cadeau surprise à Voldemort que de s'avouer l'attachement qu'il portait à cet homme. Et quel homme !! Déjà, et ce n'était pas du tout à négliger, c'était un HOMME, ce qui impliquait qu'il était gay… chose qui devrait le faire se poser des questions. Ensuite, il s'agit de Snape… Rien que cette information devrait théoriquement le faire suffoquer.
Mais rien de tout ça ne semblait le choquer outre mesure, il ne s'intéressait pas aux hommes mais à un seul. Quant à Snape…
- Potter…
- J'étais sûr d'avoir entendu Harry juste avant que vous n'arriviez.
- Garçon insolent.
- Je sais, c'est pour ça que vous m'aimez.
- …
- …
- Idiot de gryffondor. Mais bien que mes phrases reconnaissantes vous aient quelque peu…manquées, j'en suis sûr, je ne suis pas venu pour ça. Vous devez faire quelque chose Potter.
- Je vous ais déjà dit que je ne pouvais pas, que je ne contrôlais plus rien ici.
- Vous n'avez même pas essayé !
- Qu'en savez-vous ? Rappelez-vous, ce n'est pas moi qui pouvait partir et revenir comme bon me semblait si ma mémoire est bonne.
- Non elle n'est pas bonne, elle a d'ailleurs toujours était défaillante.
- Jusqu'à preuve du contraire je ne me suis pas réveillé miraculeusement moi.
- Seriez-vous vraiment comme votre père à attendre que tout vous tombe dans le bec ?
- Otez vos œillères professeur… sauf si la découverte de l'inconnu vous fait peur ?
- Je ne suis pas lâche Potter, et je vous le prouverais quand vous serez revenu parmi nous.
- Je ne peux pas !! Ralla-t-il excédé par la requête incessante du plus vieux. Ne me demandez pas ce que je ne peux pas faire !! Vous ne trouvez pas que j'en ai assez sur le dos… ?
- Justement, vous avez un rôle important à jouer, alors pensez au moins à vos amis !
- Ils s'en sortiront bien mieux sans moi. Je n'ai su faire qu'une chose, les mettre en danger. Ah non j'ai même fait mieux : j'ai tuer Cédric !!
- Stupide gamin imbu de lui même !! C'est le Seigneur des Ténèbres qui l'a tué ! Alors maintenant réveillez-vous et revenez-nous !!
Le rouge et or ne bougeait plus et se bloqua dans un mutisme plus assourdissant qu'un bordel. Le silence s'éternisait uniquement coupé par la respiration haletante des deux protagonistes énervés, colériques et blessés. Puis lentement une autre bougie s'éteignit, laissant pour seul éclairage la dernière encore en vie, faible et frémissante. Cependant Snape n'était pas du genre à laisser pourrir une situation et le montra bien à sa manière.
- Vous allez me sortir quoi maintenant ? Que c'est moi qui ais tué ce sac à puces malodorant ?
- Je vous interdis de parlez de lui comme ça !!
- Vous ne répondez pas à ma question crétin ! Comme d'habitude je dois simplifier pour que vous compreniez ?
- …
- Que d'éloquence…
- Non… Vous êtes content, vous avez votre réponse ?
Severus ne répondit pas de suite. Il bougeait doucement tout en gardant Harry contre lui pour ensuite se calait contre le seul morceau de mobilier qu'il restait. Quelque chose marqua alors ses pensées : la lumière ne diminuait pas seule. En effet, lorsqu'il était arrivé l'endroit était beaucoup mieux éclairé et il y avait également plus de meuble et d'espace pour circuler, alors que maintenant la luminosité était faible, tout comme ce qu'il restait des lieux qu'ils avaient partagés. Il devait faire vite, car si ses hypothèses étaient les bonnes, il allait perdre le garçon et il se perdrait avec.
- Votre avis à changer depuis la dernière fois. Pourquoi ?
- Vous allez m'analyser encore –
- Répondez non d'un chien !!
- Oui ça a changé alors arrêtez de me hurler dessus ! Il fallait le dire si c'est ce que vous souhaitiez entendre avant de me laisser mourir ici !!
- Ce n'était toujours pas la question Potter –
- Parce que j'ai eu la malchance d'être enfermé avec vous pendant je ne sais combien de temps, parce que ce monde maudit m'a montré des choses qui m'ont fait réviser mon jugement, et parce que, que cela vous choque ou non, je – !!
Ses yeux s'écarquillèrent démesurément lorsqu'il comprit ce qu'il s'apprêtait à dire. Le pensait-il vraiment ? Avait-il réellement…
La dernière bougie se mit à vaciller dangereusement alertant Snape rapidement que tout se jouerait maintenant. Il ne prit plus le temps de réfléchir et balança tout de bute en blanc, priant pour avoir fait le bon choix.
- Très bien, maintenant c'est mon tour. Ce que je voulais entendre était que vous aviez confiance en moi –
- Mais …
- Silence. Je veux savoir que vous avez confiance en moi, que vous me laisserez vous aider pour sortir d'ici, et par-dessus tout je veux que vous reveniez.
- Pour les autres ? Lança Harry, sarcastique.
- Non… Pour moi. Vous ne voulez pas revenir pour eux ? Alors revenez pour moi…
Harry ne comprenait plus. Son professeur … l'appréciait donc ? Il se refusait d'utiliser d'autre mot tant la situation était spéciale et unique. Snape l'appréciait un peu… beaucoup…et peut-être plus.
- J'ai confiance… mais…
Faible murmure inachevé dans un silence oppressant. Faible espoir pour deux hommes au bord du gouffre.
Les larmes remplissaient à grande vitesse les yeux émeraude grands ouverts sur ceux plus profonds de son enseignant. Elles se mirent à glisser sur ses joues lorsque deux lèvres douces se posèrent sur les siennes. Pleurs de détresse, pleurs de bien être. La flamme vacilla une dernière fois puis s'éteignit.
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A peine Pompom venait-elle de lancer le sortilège sur Severus que le directeur pénétra dans l'infirmerie. Son regard perçant se balançait entre Snape et Harry à moitié nus dans le même lit, et Pomfrey qui avait toujours sa baguette pointée en leur direction.
- Pompom, une explication rapide pour le pauvre vieillard que je suis ?
- Je n'en sais pas plus que vous. Snape m'a juste demandé de l'endormir quand il me le dirait et de soigner l'état de monsieur Potter quand cela serait possible.
- Bien, fit-il le regard plein de malice, cela explique donc la raison de leur tenue et de leur position je suppose.
L'infirmière se mit à rougir alors qu'elle contemplait de nouveau son patient et l'homme derrière lui. Mais il était vrai qu'il y avait de quoi se poser des questions auxquelles malheureusement, elle ne pouvait apporter de réponse. Elle lui répéta alors sommairement ce que le maître des potions avait dit jusqu'à ce qu'il prenne une pareille décision, appréhendant malgré elle le pétillement de plus en plus présent dans les yeux de son supérieur. Ils s'assirent alors sur deux chaises autour du lit pour guetter le moment tant attendu.
Une trentaine de minutes plus tard, aperçut de justesse parmi les râles d'agonie de l'adolescent et la respiration effrénée de Severus, Albus et Pomfrey lancèrent en simultané le sortilège qui permettrait enfin de stabiliser l'état de Harry, s'appliquant pendant une longue durée à lui faire toutes sortes de diagnostic et lui faire avaler une multitude de potions. Il fallut attendre plusieurs heure avant qu'ils puissent enfin souffler… Le Golden Boy était certes toujours inconscient et faible, mais désormais il avait une chance de pouvoir guérir.
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Le temps passait doucement dans l'école de Poudlard, partagé entre les étudiants, les cours et les autres activités. Les professeurs attendaient pourtant un événement important : le réveil définitif du Survivant ainsi que celui de leur collègue, et tandis qu'Albus affirmait que le meilleur pour eux était de les laisser choisir leur retour, Pompom s'acharnait à expliquer que le semi-coma dans lequel ils étaient ne pouvait être que néfaste. De plus elle ne trouvait pas logique de les avoir laissés dans la même position plutôt que de les avoir mis dans deux lits différents.
- Albus je ne vous comprendrai jamais !!
- Je sais ma chère Pompom, c'est pour cette raison que je vous apprécie tant. Répondit-il les yeux bleus brillant comme jamais.
L'infirmière partie alors en maugréant contre la folie de son employeur tandis que ce dernier posait ses yeux cajoleurs sur les deux corps étroitement enlacés, qui étrangement lui paraissaient plus proches et serrés de minute en minute. Il retourna dans son bureau après quelques mots échangés avec certains tableaux, quand une lumineuse idée lui traversa l'esprit. Hâtant le pas jusqu'à la gargouille, il jeta le mot de passe et s'engouffra comme jamais dans la pièce avant d'empoigner de la poudre de cheminette et d'appeler le professeur MacGonagall.
- Minerva ?
- Oui Albus, que se passe-t-il ? Un souci avec monsieur Potter ? Merlin j'espère que non –
- Non très chère ne vous inquiétez pas. Je vous appelle pour une chose très bête, car voyez-vous, mon grand âge oblige, ma mémoire défaille et il se trouve que j'en ai irrémédiablement besoin.
- Que puis-je pour vous ?
- Et bien je pense que le règlement de l'école est un peu vieillot, et j'aimerai lui donner un petit coup de jeune. Pouvez-vous venir avec les parchemins en questions ?
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Harry clignait des paupières faiblement quand il aperçut une forme sombre s'approcher de lui. Un instant paniqué, il prit le temps de réfléchir sur tout ce qu'il venait de se passer en commençant par voir ce qu'il y avait autour de lui. Quelque chose de tendre et épais le recouvrait tandis que le support où il était allongé était d'un moelleux incomparable. Une douce lumière brillait sur l'extrême droite de sa vision et l'étrange forme qu'il avait cru voir était découpée dans cette lumière. Indéniablement, il était dans un lit et quelqu'un était assis près de lui.
Les yeux clos, il sentit un mouvement d'air venir dans sa direction et si figea quand une main se posa sur son front. Un léger rire raisonna rapidement dans la pièce.
- Alors Potter, vous avez peur de moi maintenant ?
- Professeur ?
Il ouvrit si subitement les yeux face à cette pseudo découverte qu'un mal de tête l'assiégea violemment, ce que ne manquait pas de comprendre le maître des potions devant de telles grimaces. Au bout de quelques petites minutes les maux de tête étaient passés, fermement aidés par les longs doigts blancs qui procuraient un délicieux massage au niveau de ses tempes.
- Reposez-vous Potter, vous êtes encore plus faible qu'un nourrisson.
- Où suis-je ?
- J'ai dit reposez-vous. Quand vous irez mieux, je vous expliquerai.
Severus s'apprêtait à se lever du bord du lit ou il était installé lorsqu'une requête murmurée lui vint aux oreilles. « Restez… ». Il ne batailla pas longtemps contre lui-même et s'installa confortablement, au-dessus des couvertures, contre le corps chaud qui y résidait pour le moment. Réceptif, Harry se laissait faire docilement jusqu'à être confortablement blotti et alangui dans les bras de son protecteur. D'une douce pression sur sa joue Snape lui fit relever légèrement la tête, rapprochant leur visage sans qu'ils ne se touchent pour autant. Hésitant et un peu gêné, le rouge colorait désormais la peau de jeune homme qui comprenait la demande implicite qui venait d'être faite.
Malgré la gêne, n'était pas gryffondor qui voulait y être et bien que Harry en soit l'exception, il ne démentit pas l'adage selon lequel les lions étaient le symbole du courage. Il franchit les derniers centimètres les séparant et effleura avec douceur les lèvres de l'homme le soutenant. Un soupir et une réponse plus tard, plusieurs pensées lui vinrent à l'esprit ; il y avait nettement plus confortable qu'un lit moelleux, plus chaud et doux que les délicieuses couvertures le couvrant à moitié, et plus important, homme ou femme n'avait plus de signification tant que cette bouche et son propriétaire continuaient leurs fines et lentes caresses sur la sienne.
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A suivre…
