Je sais : j'ai été lente. Mais bon, je suis en terminale, les gens !
*La musique, c'est la Seine de "Un monstre à Paris"
**La robe, c'est celle que porte Emmy Rossum dans le film le Fantôme de l'Opéra (en 2004) sur la chanson le Point de non-retour : /blink/Actors/emmy_rossum/TI4U_
Lord Voldemort s'avança pour s'asseoir sur une chaise, posant sur la table de la salle commune quelques livres. Harry entendit un sifflement familier. Ses yeux se posèrent alors sur le sol alors que la tête d'un serpent apparaissait derrière le siège. Celui-ci remonta le long de la chaise pour atteindre l'épaule de son maître qui lui caressa doucement la tête.
Ron, cachés derrière le canapé avec Luna et Neville, ne put s'empêcher de fixer l'animal en plissant les yeux de dégoût et chuchota à ses amis :
- Je hais cette bestiole.
Le reptile se tourna alors brusquement vers le canapé en siffla violemment, avec menace. Les trois demis-fantômes eurent alors le réflexe de disparaître, l'instinct et la peur faisant un très bon ménage.
- Allons, Nagini, murmura doucement Voldemort au serpent en lui caressant le crâne, calme-toi.
Néanmoins, il n'arrêta pas l'animal lorsque celui-ci descendit le long de la chaise pour se diriger vers le canapé.
- Aurais-tu des visiteurs, Harry ? demanda Voldemort.
Harry secoua alors la tête, cachant au mieux sa nervosité. Tout le monde était d'accord pour dire que leur présence devait rester secrète, surtout pour Voldemort qui n'hésiterait pas à venir les re-tuer, pour de bon cette fois.
- Non, bien sûr, répondit-il avec un sourire entendu. Qui pourrait venir ici ? A part des fantômes ? ajouta-t-il en riant, comme s'il plaisantait.
Voldemort hocha la tête, comme s'il ne doutait pas de sa réponse. Toutefois, Harry pouvait deviner qu'il ne se déciderait à le croire que lorsque Nagini reviendrait après avoir vérifié le canapé, ce qui ne tarda pas.
Harry se décida finalement à aller s'asseoir sur la chaise en face de Voldemort, alors que celui-ci ouvrait un des livres.
- Aujourd'hui, nous allons étudier les sortilèges Impardonnables.
Harry détourne la tête, fixant son attention sur une araignée qui se dirige vers le la table pour en remonter le pied. Il espérait que son maître ne verra pas l'expression de son visage. Espoir qui fut vain.
- Voyons, Harry, commença-t-il, devinant le peu d'enthousiasme de son élève. Il faut bien que nous passions par là. Il faut faire ton éducation magique. Alors, commençons. As-tu pris de l'avance ?
Harry hocha la tête, les yeux toujours fixés sur l'araignée. Elle avait maintenant presque atteint le haut de la table. Bien sûr qu'il avait pris de l'avance. Quitte à étudier quelque chose qui ne lui plaisait pas, autant s'y préparer du mieux qu'il pouvait.
- Que peux-tu donc me dire sur l'Imperium ?
- L'Impérium permet de soumettre sa victime à une obéissance totale, récita Harry d'un ton impassible. Certains Mangemorts s'en servent, notamment lors d'interrogatoires, avec permission du Ministère de la magie évidemment, puisque vous avez annulé l'interdiction qui était sur ces sorts.
Maintenant, l'araignée se baladait, avec insouciance, presque invisible, sur le rebord de la table.
- Très bien, approuva Voldemort, satisfait. Faisons une démonstration.
Sortant sa baguette de sa manche, Voldemort la dirige vers l'araignée, sur le point d'aller en dessous de la table. Sans comprendre ce qui lui arrivait, la pauvre bête se retrouva à voler de haut en bas, de gauche à droite, selon le rythme de la baguette de son maître. Harry pouvait presque voir l'expression paniquée et terrifiée de la pourtant si petite bestiole.
Voldemort la déposa enfin sur la table. Pour autant, elle ne bougea pas, comme si elle en était incapable. Pas comme si, songe Harry en fixant ses yeux pendant quelques secondes sur la baguette de Harry.
- Et au sujet du Doloris ? reprend son maître.
Harry sursaute, comme sorti d'une transe.
- Le… Le Doloris est un sortilège de torture causant une souffrance incroyable à celui qui en est victime, récite Harry, mal à l'aise. Il… ne laisse aucune trace.
Il s'arrête, n'ajoutant rien de plus.
- Et ? insiste Voldemort.
Harry lève les yeux vers les yeux vers lui. Il ne veut pas d'une description approximative ou presque complète. Il veut un exposé complet.
- Il faut… reprend Harry, avant de déglutir. Il faut vouloir la souffrance de l'autre et y prendre du plaisir.
- Exact, acquiesce Voldemort.
De nouveau, il dirige sa baguette vers la petite araignée toujours immobile, comme prise au piège. Tout d'un coup, celle-ci double de volume. Pendant quelques secondes, Voldemort fixe la plus si petite araignée comme pour la préparer à ce qui l'attend.
- Endoloris ! siffle-t-il dans ce qui paraît comme un cri à Harry.
Harry entend alors une sorte de série de couinements. L'araignée se mit alors à rouler sur la table alors que ses pattes s'effondraient sous elle.
Malgré lui, il garde les yeux fixés sur la pauvre créature gémissant de douleur alors qu'une voix qu'il n'arrive pas à écouter lui crie de détourner les yeux.
Soudain, tout s'arrête. Les gémissements de l'araignée stoppent tandis qu'elle s'effondre sur la table, épuisée, comme tentant de se remettre de ses souffrances. Harry reprend alors enfin son souffle alors qu'il ne s'était même pas aperçu qu'il avait cessé de respirer.
Puis, il se rappelle. Il se rappelle quel est le troisième Sortilège Impardonnable et son soulagement disparaît aussi vite qu'il est arrivé.
- Harry, entend-il alors dans un souffle.
Harry lève alors les yeux vers son maître. Le regard rouge sang de Voldemort est fixé sur lui, attendant une réponse ou une faiblesse.
- Le troisième Sortilège Impardonnable, commence Harry dans un souffle, est l'Avada Kedavra. Il cause la mort instantanée de la victime et ne laisse aucune trace.
Harry attend quelques secondes avant de finalement se décider à poursuivre.
- A l'heure actuelle, je suis le seul à y avoir survécu.
De nouveau, un court silence.
- Et pour quelle raison ? dit calmement Voldemort.
Harry lève de nouveau les yeux vers son maître, ses poings se serrant malgré lui alors que sa cicatrice commence soudain à le lancer. Toujours cette hésitation en lui… D'un côté, il y a ce qu'on lui a toujours appris, ce que son maître lui a toujours appris, celui qui a pris soin de lui, qui l'a élevé ; et de l'autre, il y a cette voix qui s'élève en lui, malgré lui.
- Alors ? insiste Voldemort.
C'est faux, souffle cette voix avec fermeté. La douleur dans sa cicatrice devient de plus en plus forte. Tu sais que c'est faux. Le sang ne fait pas l'impureté d'un être. Tu n'es pas un animal ! Tu n'es pas contre-nature !
- Harry ? reprend Voldemort, presque menaçant.
Harry a l'impression qu'on lui plante un couteau dans le front.
TU N'ES PAS CONTRE-NATURE !
Les poings de Harry se desserrent alors qu'il reprend de nouveau sa respiration. A l'intérieur de lui, la bataille est terminée. Il a perdu.
- A cause de l'impureté de mon sang, dit finalement Harry, sentant la soumission de ses paroles. Etant un sang-mêlé, un être encore plus impur que les Nés Moldus eux-mêmes, la part de moi qui est contre-nature m'a empêché de me soumettre à ce sort comme n'importe qui. Ça m'a laissé une cicatrice au front, achève-t-il, comme fatigué d'un long combat.
Etrangement, il sent toujours comme une douleur sourde dans sa cicatrice. Elle s'est atténuée mais elle est toujours là, comme pour lui rappeler qu'il est prisonnier et qu'il le sera toujours. Prisonnier de quoi ? Des tours du château ? De sa cicatrice ? De son sang impur ? Ou de lui-même ?
- Exactement, répond simplement Voldemort. Je vois que tu as bien appris tes leçons.
Pour la dernière fois, Voldemort tourne de nouveau sa baguette vers l'araignée, toujours en train de se remettre de sa douleur. C'est peut-être l'imagination de Harry mais il lui semble qu'elle l'a regardé avec pitié tout au long de son combat intérieur.
- Avada Kedavra ! crie alors Voldemort.
Un jet de lumière verte se dirige alors vers l'araignée qui n'a pas le temps de se préparer. En une seconde qui paraît comme une éternité à Harry, elle n'est plus là. Il n'y pas plus que sa carcasse sur la table. Elle n'a même pas vu le coup venir, songe Harry.
- Bien, conclue Voldemort. Le cours est terminée.
Finalement, il se lève sous les yeux de Harry qui se demande s'il ne devrait pas tenter sa chance, après tout… Peut-être… Cette année…
- Je reviendrais demain soir, reprit Lord Voldemort. Comme tu le sais, aujourd'hui, je ne peux pas rester longtemps : l'exigence de la charge m'oblige à présider la Fête des Fous pour être sûr que cette orgie d'alcool et d'anarchie.
- Oh et puis tous ces gens qui sourient, chuchota Ron à ses amis avec qui il s'était re-caché dans la pièce d'à côté, qui rient et qui s'amusent, c'est tellement barbare ! parodia-t-il d'un air faussement outré alors que Neville pouffait de rire et que Luna arborait une expression amusée.
- Est-ce que je peux venir avec vous ? demanda soudainement Harry en se levant brusquement.
A ces mots, les trois demis-fantômes eurent une expression choquée et se retournèrent d'un coup vers les deux personnages, guettant la réaction du plus âgé.
Celui-ci, contrairement aux trois invités cachés, se tourna très doucement vers son jeune élève.
- Plaît-il ? se contenta-t-il de dire, très calmement. Tu voudrais aller au Festival ?
Au regard que lui lança son maître, Harry sut que sa requête n'avait servi à rien.
- C'est juste que… tenta-t-il malgré tout. J'aimerais juste y aller pour cette fois… On ne me verrait même pas : je pensais peut-être utiliser un sort d'invisibilité et…
- Harry.
Le ton avait été doux mais l'interruption avait été brusque.
- Harry, commença le Seigneur des Ténèbres, je croyais que nous avions déjà parlé de cela.
Il soupira, comme s'il était pris d'une certaine lassitude.
- Ne t'ai-je donc rien appris ? Mes leçons auraient donc été vaines ? Ou bien l'ingratitude te pousserait-elle à les oublier ?
- Non ! s'empressa de répondre Harry. Ce n'est pas ça !
- Alors qu'est-ce que ça peut être d'autre ?! cria alors soudainement Voldemort en posant ses mains sur la table de façon brutale.
Harry sursauta et recula d'un pas, intimidé par le changement d'attitude de son maître.
- N'importe qui, à ma place, t'aurait noyé ! J'aurais pu te laisser mourir : ta naissance impure était hors-la-loi ! Mais me rappelant que tu n'étais pas responsable de ta naissance, j'ai fait une exception pour toi et je t'ai élevé et pris soin de toi. Beaucoup d'autres auraient-ils fait ça ?! continua-t-il de hurler en envoyant balancer un chandelier d'un coup de main.
Harry, surpris par son geste, recula de nouveau.
- Rappelle-toi, Harry Potter ! Rappelle-toi ta mère ! ajouta-t-il en baissant la voix.
Harry sentit alors comme un coup au cœur. Comme à chaque fois qu'il pensait à sa mère.
Tout d'un coup plus calme, Voldemort retira ses mains de la table pour réajuster sa robe.
- Ta Sang-De-Bourbe de mère qui a tenté de te tuer de ses propres mains, reprit-il d'un ton sinistre avant de pointer du doigt le front de Harry, qui t'a froidement lancé un Avada Kedavra et t'a marqué à jamais.
A ces mots, Harry ne put s'empêcher de lever sa main vers sa cicatrice, comme pour la cacher. Ou se rappeler, comme venait de lui ordonner son maître.
- Même ton odieuse mère n'a pas voulu de toi, continua celui-ci d'un ton compatissant, et tu aimerais aller en bas te mêler à ces êtres qui n'auraient que trop de raisons de te rejeter ?
Harry retire finalement sa main de son front, baisse les yeux, comme résigné.
- Non, maître, répond-il.
Voldemort hoche la tête, enfin satisfait.
- Tu dois te rappeler, Harry, acheva-t-il, que cet endroit est et restera ton sanctuaire.
Il se retourne pour se diriger vers la porte.
- Je repasserais demain. Bonne soirée, Harry.
- Bonne soirée, maître.
Voldemort reprend son chemin vers la porte, Nagini le suivant dans un sifflement sinistre, laissant Harry seul dans la pièce.
Le regard de Harry erra tristement à travers la pièce pour finalement tomber sur la seule chose qui pouvait le réconforter quand il tombait dans le-désespoir-tout-au-fin-fond-des-cachots-du-château-dans-le-couloir-à-gauche-cellule-de-droite. Son balai.
En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Harry attrape son balai. Il fait de son mieux pour ne pas regarder par les fenêtres pour ne pas voir ce qui se passe au dehors. Mais la tentation est trop forte. Ses yeux se tournent vers les jumeaux Weasley en train de faire un salut à un public rieur et considérablement agrandi. En un instant, il est dans l'ancien stade de Quidditch.
- Debout ! somme-t-il à l'objet, d'une voix brutale, pour se défouler.
Le balai est immédiatement dans sa main. Il l'enfourche avant d'élever son poing devant lui. Lorsqu'il l'ouvre complètement, le Vif d'Or s'envole tout de suite avec vitesse, immédiatement suivi par Harry. Celui-ci doit faire un virage pour éviter les tours. En effet, le Vif d'Or ne semble pas vouloir rester dans l'arène. Il fait une descente en bas pour ensuite faire une brutale remontée, Harry toujours derrière lui. Distrait pendant un instant, son regard tombe sur un groupe d'enfants en train de jouer à chat. L'un d'entre eux, un petit roux d'à peu près cinq ans, trébuche pour se relever en pleurant. Mais en quelques secondes, il se retrouve dans les bras de sa mère qui lui murmure des mots d'apaisement. Malgré lui, les yeux de Harry restent fixés sur la scène pendant quelques secondes. Finalement, l'enfant se calme et sa mère essuie ses joues avec un sourire avant de l'embrasser sur le front. Le cœur plein de sentiments mitigés, Harry détourne rageusement les yeux pour se rendre compte qu'il a perdu de vue le Vif d'Or. Après une bonne minute à le rechercher à travers le jardin, il le repère finalement près d'un arbre pour se diriger vers lui, tout en veillant cette fois à le garder à l'œil.
- Qui c'est, le gentil bébé dragonnet à son papa Hagrid ? chantonnait Hagrid à Norbert alors qu'il lui faisait cadeau d'un ours en peluche. C'est toi, mais oui, c'est toi, mon bébé…
Il s'interrompit brusquement, en entendant comme un sifflement rapide. Il eut juste le temps de voir le Vif d'Or surgir au-dessus de sa tête pour être suivi par une sorte d'éclair brunâtre passant de nouveau au-dessus de sa tête.
Les yeux de Hagrid suivirent le balai de Harry avant de dire tristement :
- Pauvre Harry, il a pas eu une bonne journée…
Il fut distrait par un étrange bruit, comme quelque chose qui brûlait. La queue du pauvre Croquedur était en train de s'enflammer.
De justesse, Harry évite une des branches du Saule Cogneur, bien décidé à le frapper de plein fouet. Il n'est plus qu'à quelques mètres du Vif d'Or. Il faut juste qu'il se rapproche encore… Juste un petit peu…
Mais rien n'y fait, il n'arrive pas à réduire la distance. Décidé pourtant à attraper ce foutu Vif d'Or, Harry hisse ses pieds sur le manche de son balai. Alors que son balai continue de voler à toute allure après le Vif d'Or, Harry lâche finalement le bout de son balai pour s'élever doucement, les deux bras en l'air, tentant tant bien que mal de garder son équilibre. Il tend la main, la tend, tend vers le Vif d'Or… Il est si proche, il peut presque le sentir… Juste un petit effort…
Enfin, il fait un pas en avant sur son balai alors que sa main se referme enfin sur le Vif d'Or. La seconde d'après, Harry sent son visage s'écraser dans l'herbe alors que son corps roule sur le sol, sa main toujours fermement refermée sur le Vif d'Or. Pendant quelques secondes, Harry ne bouge pas, son corps le lançant de partout. Finalement, après un gémissement de douleur, il se relève et rouvre la main pour regarder le Vif d'Or prisonnier.
- Désolé, l'ami, murmure-t-il, mais on ne peut pas tous être libres.
- Harry ! entendit-t-il.
Il tourna les yeux vers Hagrid qui se dirigeait vers lui, Norbert, dans les bras.
- Ça va ? Tu t'es pas fait trop mal ?
- Bonjour, Hagrid, le salua-t-il.
- C'était un beau vol que tu nous as fait là. Si tu jouais avec des camarades, nul doute que tu les battrais tous, termina-t-il avec un rire encourageant.
Hagrid sembla hésiter pendant un instant avant d'ajouter :
- Tu sais, Harry… Cette année… Puisque tu as 17 ans… Il serait peut-être d'accord pour… Pour te laisser y aller un petit moment… Tu ne peux pas savoir avant de demander.
- J'ai demandé, répondit Harry simplement. Il pense que c'est trop risqué.
- Ah.
Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'il ne reprit, d'un ton joyeux tentant de détendre l'atmosphère :
- Bon, moi, il faut que j'y aille ! J'ai un hippogriffe qui m'attend et que je n'ai pas vu depuis très longtemps, ajouta-t-il en montrant les furets dans sa main. J'ai hâte de voir comme il a grandi. Si son maître n'en a pas bien pris soin, je peux te dire qu'il aura de mes nouvelles ! Je te l'amènerais bientôt.
- Vous voulez m'amener un hippogriffe ?! s'étrangla Harry.
Celui-ci ne connaissait que trop bien l'amour de Hagrid pour les animaux dangereux qu'il n'était pas censé avoir. Le petit bébé dragon Norbert qui tentait de s'échapper de ses bras n'était qu'un des nombreux exemples qui l'avaient précédé.
- Vous savez, Hagrid, tenta Harry, vous n'êtes pas obligé, vraiment…
- Sornettes ! Tu verras, tu vas adorer Buck !
Buck referma son bec sur du vide alors que le malheureux écureuil qui passait par là décampait en vitesse, désormais assuré que la curiosité était un vilain défaut ! Buck fut contrarié de voir son apéritif s'en aller alors que son ventre criait toujours famine !
- Allons Buck, reste sage, entendit-il.
Ah ! Le voilà, le responsable de cet état désagréable qu'était la faim ! Tout ça parce que Monsieur n'était pas fichu de se diriger correctement ! M'enfin ! La politesse voulait et exige qu'il lui serve à manger puisqu'il avait faim ! Or, Buck était très à cheval (ou plutôt, à hippogriffe) sur la politesse. Et il avait une règle : si on ne faisait guère preuve de politesse envers lui, alors lui-même n'avait pas à faire preuve de politesse.
Sur ces réflexions, Buck s'empressa de mordre l'oreille de son maître avec vigueur, la colère et la faim décuplant sa force.
- Hey, apprends la patience ! s'énerva Drago Malefoy.
Trop concentré sur la carte, il ne remarquait pas que plusieurs femmes se retournaient sur son passage, certaines gloussant bêtement, d'autres trop timides, se contentaient de le fixer en bavant. Des cheveux blonds et un teint pâle, un corps droit et longiligne, et des yeux argentés dont l'intensité en désarmait plus d'une, Drago Malefoy alliait un charme aristocratique à une certaine désinvolture qui lui donnait une certaine majesté.
Décidément, Buck n'y comprenait rien : les critères de séduction des Bipèdes n'avaient décidément rien à voir avec les leurs ! Chez les hippogriffes, on privilégiait la force, la carrure et bien entendu, le soin que vous offriez à l'entretien de votre plumage. Or, son maître était un grand maigrichon sans la moindre plume ni un poil à part sur sa tête, et encore.
- On quitte l'Angleterre pendant sept ans, s'outra Drago en roulant en boule sa carte avant de la jeter, le temps de faire ses études et ils changent absolument tout ! Tu y crois, ça ?! dit-il en se tourna vers son hippogriffe.
Celui-ci, décidément affamé, avait chopé la boule de papier pour voir si elle était comestible. Drago constata qu'à sa grande déception, non. Il recracha le reste dans une sorte de boule de bave dégoutante.
- D'accord, soupira Drago. Si je me souviens bien, l'auberge des Trois Balais est par là.
Buck le suivit, sans que celui-ci ait besoin d'être appelé. C'était une drôle d'histoire qui liait ces deux-là, décidément.
Quand il avait neuf ans, Drago avait droit pour son anniversaire à un nouvel animal de compagnie. Mais ils étaient ressortis bredouille de l'animalerie, Drago (déjà bien gâté et caractériel à l'époque) n'ayant rien trouvé qui lui convint. A ce moment-là, Hagrid, garde-chasse de Poudlard, amenait justement Buck, encore bébé à l'époque mais déjà bien grand, vers Poudlard. Drago, impressionné par l'animal, s'était immédiatement dirigé vers lui en exigeant de Hagrid qu'il le lui donna. Pour toute réponse, Drago reçut un coup de griffe sur le bras de la part de Buck. Hagrid avait refusé de lui céder Buck, peu importe la somme d'argent offerte et avait répliqué : « Si tu arrives à l'apprivoiser, il est à toi ! ». Drago était donc venu tous les jours chez Hagrid, en essayant de dompter Buck. Et tous les jours, il s'était heurté à une expérience tout aussi nouvelle que blessante : le regard de Buck qui lui disait « Je me fiche que ta famille soit puissante. Pour moi, tu es aussi insignifiant qu'un furet que je mangerais. Si tu veux mon respect, gagne-le ».
Drago avait toujours fait face à des flatteurs, des gens prêts à répondre à ses moindres caprices parce qu'il était l'héritier Malefoy. Et là, il y avait quelqu'un qui se désintéressait de lui. Pour une fois, il devait être plus qu'un Malefoy pour avoir ce qu'il voulait. Alors, il avait dû remballer son orgueil. Faire preuve de patience. Demander la permission à Hagrid d'essayer d'apporter lui-même à manger à Buck. Penser à s'incliner avant de l'approcher. Ce genre de choses. Et un beau jour, Buck avait profité d'un manque d'inattention de Drago pendant qu'il brossait ses plumes pour le hisser sur son dos et s'envoler au-dessus de tout Pré-Au-Lard. Jamais Drago ne s'était senti aussi vivant de toute sa vie. La confiance était installée entre lui et Buck. Etrangement, Drago n'avait pas reparlé de faire de Buck « son » animal. Il s'était contenté de venir le voir et de monter son dos.
Et puis, à onze ans, son père, Lucius Malefoy, avait décidé de l'envoyer à Durmstrang. Hagrid lui avait alors offert Buck, la larme à l'œil et sa mère s'était débrouillée pour qu'il puisse l'amener sans que son père ne soit au courant.
Lucius Malefoy avait pris cette décision en voyant que son fils s'était un peu rapproché des « Sang Impurs » et était persuadé que cette école le remettrait dans le « droit chemin ». Il n'aurait pas pu mieux se tromper : Drago y avait côtoyé Viktor Krum et d'autres, et vu que son père n'était pas là pour le surveiller, il ne pouvait pas surveiller l'évolution de son fils. Aujourd'hui, Drago ne s'occupait plus tellement de savoir si oui ou non, un « sang pur » rendait supérieur ou non : il se souvenait très bien d'une camarade née Moldue qui, quand il était petit, lui avait foutu la pâtée à un duel.
A présent, l'appel du devoir : il avait été nommé capitaine de la garde personnelle de Voldemort et… ne pouvait pas refuser s'il tenait à rester en vie.
Drago fut distrait en voyant que Buck se détournait du chemin pour se diriger vers un petit groupe de personnes dans un coin où résonnait de la musique*. Drago, curieux, le suivit.
La première chose qui frappa ses yeux fut une affreuse et grosse boule de poils orange se baladant de personnes en personnes pour avec un panier accroché à sa tête.
- T'as vu, il est marrant, le chat, pouffa un enfant au loin.
- Hey, petit, l'appela Drago
L'enfant se tourna vers lui.
- Qu'est-ce que c'est que cette foule ?
- C'est pour la danse d'Hermione.
A ce moment-là, le chat s'approcha de Drago avec le panier. Drago déposa quelques pièces dans le panier puis le chat continua de circuler.
- Toujours à lorgner sur elle, McLaggen ? entendit-il.
- Dans peu de temps, je ferais plus que lorgner sur elle, vous verrez, répondit l'interpellé.
Pendant un instant, Drago crut qu'ils parlaient du chat. Puis il tourna les yeux là où eux-mêmes avaient les yeux fixés. Et lui-même ne put détacher le regard.
Au centre de la foule, une jeune femme ou plutôt un croisement entre l'humaine et une déesse de la terre. Des boucles brunes ornée d'une rose rouge sur le côté, une taille élancée, dans une robe au corsage brun à la teinte écarlate, se refermant sur un chemisier en dentelle blanc, à la jupe dorée, fendue à la cuisse et assez courte pour dévoiler ses chevilles, elle bouge dans l'espace comme si elle volait. Sa dance n'est ni provocante ni prude et pourtant chacun de ses gestes attirent l'œil. Elle ne danse pas comme la plupart des gitanes qui dansent comme si leur seul but est d'être désiré. Non, ses gestes sont emprunts d'une sensualité étrangement pure, comme surnaturels. Cette jeune femme semble plutôt danser pour elle-même et pour les autres. Toutefois, c'est son visage qui ensorcelle vraiment : une peau blanche et satinée, des lèvres charnues et brillantes qui s'étirent dans un demi-sourire enchanteur, comme si elle avait un secret pour vous que vous deviez découvrir. Des yeux bruns et brillants. Magiques.
Elle danse en lançant des sourires rayonnants aux enfants qu'elle invite à danser avec elle. Elle privilégie une danse avec un petit garçon qui, en un instant, tombe amoureux. Pendant quelques instants, elle regarde Drago. Pour finalement lui lancer un sourire un peu différent. Un sourire qui semble moqueur. Loin de se sentir vexé, contrairement à ce à quoi s'attendait Hermione, Drago sourit à son tour, comme à une plaisanterie. Alors, elle voulait jouer à ça ? Très bien, ils seraient deux à jouer.
Elle continue de tourner sur elle-même vers la fin de la chanson pour finalement s'agenouiller à la fin. Un tonnerre d'applaudissements et de sifflements s'ensuit. Hermione se relève, un sourire un peu timide aux lèvres. Drago s'avance vers elle mais très vite, l'attention d'Hermione vers un garçon qui arrive en courant.
- Hermione ! cria-t-il, essouflé.
- Colin, répondit-elle, surprise.
- Crabbe et Goyle, à 15 mètres, signala-t-il, en panique.
A son tour, Hermione afficha un visage inquiet.
- Va-t-en, je te rejoins ! ordonna-t-elle à Colin. Pattenrond ! appelle-t-elle.
A ce moment-là, le chat revint vers elle, comprenant immédiatement le message. Mais il tomba, renversant quelques pièces. Immédiatement, Hermione se précipita pour les ramasser. Devant elle, apparurent deux gros personnages en noir.
- Alors, la Sang-de-Bourbe, commence Goyle avec un sourire mauvais, où as-tu eu cet argent ?
- Pour ton information, répondit-elle avec défi en reculant, je l'ai gagné.
- On sait comment les Sang Impurs gagnent leur argent, dit Goyle d'un ton méprisant.
- Ils le volent ! renchérit Crabbe en riant d'un rire gras.
- Tout le monde n'est pas comme vous, répliqua-t-elle.
- Tu veux jouer à la rebelle ?!
- Azkaban la calmerait un peu, hein, Crabbe ?!
Sur cette réplique, Pattenrond bondit sur la tête de Goyle qui se mit à gesticuler de partout permettant à Hermione de sortir sa baguette, cachée dans son corsage, pour la diriger vers Crabbe.
- Stupefix !
Crabbe se retrouva tout à coup projeté à plusieurs mètres, laissant le temps à Hermione de récupérer Pattenrond avant de s'enfuir.
- Reviens ici, Sang-de-Bourbe ! cria Crabbe.
Il courut après elle, suivi de près par Goyle. Drago qui avait suivi toute la scène, recula, invitant Buck à en faire de même, surprenant les deux personnages qui se prirent l'animal de plein fouet, Goyle retombant derrière lui. Ce qui donna une idée à Drago.
- Buck, dit-il très sérieux, dix furets ce soir si tu t'assois maintenant.
La faim poussant à une capacité de compréhension et à des réflexes incroyablement rapides, le postérieur imposant de Buck vint se poser… sur le dos de Goyle qui poussa un cri de douleur et de surprise.
Autour d'eux, une foule éclata de rire, ravie de nouveau spectacle.
- Oh ! s'exclama Drago, d'un air coupable. Excusez-le, je suis désolé ! C'est honteux, Hypogriffe, honteux ! dit-il en se tournant, faussement énervé, vers la créature, blasée par son numéro d'acteur. Il est juste impossible, je vous jure, je ne peux l'emmener nulle part !
Buck, docile, lui lança néanmoins un regard : « N'oublie pas mes dix furets ».
- Enlevez cette chose de là ! s'égosilla Goyle.
Buck, vexé, et toujours à cheval sur la politesse, s'écrasa encore plus sur l'impoli bipède.
- Si j'étais vous, j'éviterais de l'énerver, conseilla Drago. Les hippogriffes sont des animaux très susceptibles et… je vous rappelle que son arrière-train vous écrase.
- Je vais te donner une leçon, traître à ton sang ! cria Crabbe en sortant sa baguette.
Mais Drago fut plus rapide et eut juste le temps de dire :
- Expelliarmus !
La baguette de Crabbe se retrouva immédiatement à plusieurs mètres et celle de Drago sous sa gorge.
- Je crois que je ne me suis pas présenté, commença calmement Drago. Drago Malefoy, capitaine de la garde personnelle de Voldemort.
A ces mots, Crabbe releva immédiatement la tête et Goyle, incapable de dire quoi que ce soit pendant quelques instants, répéta bêtement :
- Capitaine…
Lassé, Drago se baissa vers Goyle.
- Je sais que vous êtes un peu sous pression, mais pourriez-vous m'indiquer l'auberge des Trois Balais ? demanda-t-il poliment.
Hermione ne put s'empêcher de pouffer de rire devant le spectacle de Goyle, écrasé par un hippogriffe. Décidément, cette image resterait gravée dans sa tête.
- Hermione, entendit-elle dans un souffle.
Elle se retourna pour trouver Fred et George à qui elle colla une bonne tape sur l'épaule à chacun.
- Où est-ce que vous étiez, tous les deux ?! J'ai failli me faire arrêter !
- On t'a envoyé Colin ! rappela Fred
- Un peu tard !
- Peu importe ! rappela George. On rentre, on a plein de choses à préparer pour demain.
Avec un dernier soupir, Hermione se décide à les suivre quand tout à coup, elle est distraite par le bruit des cloches. Immédiatement, elle se tourne vers la cathédrale pour la fixer sans rien dire, les cloches continuant de chanter.
- On ne s'en lasse pas, pas vrai ? lui dit George, lui-même le regard rivé sur la cathédrale, toujours aussi fasciné.
Hermione ne répond pas, continuant de regarder le château, songeuse pour finalement faire demi-tour.
Harry retombe sur le sol, le raisonnement des cloches derrière lui avant de retourner dans la salle commune.
Une fois qu'il y est, ses yeux tombent malgré lui sur le cadavre de la petite araignée, toujours sur la table. Pendant quelques secondes, Harry ne cesse de la dévisager, comme si une question intérieure se posait en lui.
Est-ce qu'il pouvait… ? Est-ce qu'il pouvait y aller, rien qu'une journée… ?
Sans un bruit, Harry se dirige vers sa chambre.
