CDésolée pour le retard.


Le souvenir des lèvres d'Hermione était encore brûlant sur sa joue. Harry en avait le cerveau si embrumé qu'il percuta une cheminée, un mur et le panneau de l'auberge des Trois Balais (ce qui lui arracha un juron, non pas à cause de la couleur qui était pourtant frappante, mais à cause du bruit causé qui avait attiré l'attention et fait sortir Madame Rosmerta).

Finalement, il avait réussi à rentrer sans autre encombre (bien qu'il ait failli heurter un arbre et le mur de Poudlard) dans sa tour. Après cette journée complètement folle, celle-ci ne lui avait jamais paru aussi accueillante et chaleureuse. Il n'avait qu'une envie, c'était de se plonger dans son lit avec un bon feu et de dormir au moins une journée.

Pourtant, quand il fut dans la salle commune, il ne ressentit pas la sensation de bien-être qui aurait dû l'envahir. En fait, il se sentait étrangement tendu. Ça ne pouvait avoir qu'une signification : quelque chose clochait. Il y avait définitivement un truc anormal.

Méfiant, les nerfs complètement à vif, Harry tourna lentement sur lui-même pour essayer de deviner d'où venait cette impression. Puis, il s'arrêta complètement, ce sentiment de malaise grandissant dangereusement en lui. A la seconde où il comprit, il sortit sa baquette et se retourna brusquement alors qu'une main s'approchait de son épaule.

Quelle ne fut pas sa surprise en reconnaissant le nouveau capitaine de la garde de son maître.

- Hum… Salut, commença Drago, les mains en l'air, mal à l'aise avec cette baguette pointée sur lui. Je cherche la bohémienne Hermione Granger, tu ne l'aurais pas vue par hasard ?

Pour seule réponse, Harry poussa un cri de rage et lui décocha un coup de poing dans la mâchoire. Drago tomba en arrière et heurta la table qui l'accompagna dans sa chute.

- Bon sang, vous êtes vraiment faits pour vous entendre, Granger et toi, marmonna-t-il en frottant sa mâchoire endolorie.

Mais il n'eut pas le temps d'en rajouter car aussitôt, Harry le releva brutalement par le col en lui assénant un autre coup de poing… que Drago esquiva adroitement. Harry tomba maladroitement en avant. Il se serait mordu la langue, tellement il avait honte.

- Oh oh oh, pourquoi on ne se présenterait pas avant d'en venir aux mains ? tenta de le calmer Drago.

- Elle a le droit d'asile, siffla Harry avant de se relever.

- Je ne lui veux aucun mal, tenta de le rassurer Drago.

Mais Harry ne prêta aucune attention à ses paroles et se jeta sur lui. Les deux garçons tombèrent sur la table qui se brisa sous leur poids.

- T'as pas pensé à celui qui paiera ? grommela Drago, qui commençait franchement à perdre patience.

D'ailleurs, il abandonna définitivement toute résolution de pacifisme quand Harry tenta de nouveau de le frapper. Il para le poing de Harry à l'aide de son avant-bras puis enchaîna avec un coup de tête au visage… qui, heureusement, heurta plutôt les lunettes que le nez de Harry. Celui-ci, surpris par l'attaque, fut projeté en arrière. Toutefois, il ne perdit pas contenance et ramassa aussitôt sa baguette qu'il avait fait tomber par terre. Tout de suite, il se releva pour la pointer vers Drago… qui lui-même braquait la sienne sur Harry.

- On peut parler, maintenant ?! aboya Drago.

- Aucun soldat n'a le droit de l'emmener ! rugit Harry

Un silence, contrastant étrangement avec l'agitation qui venait de se produire, s'installa. Les deux hommes se regardèrent, en chien de faïence, fulminants, tous les deux prêts à reprendre le combat si jamais l'autre relançait les hostilités. Tout ce qui pouvait se faire entendre, c'était le son de leurs respirations.

Finalement, ce fut Drago qui prit la parole.

- Je veux juste que tu lui transmettes un message de ma part. De ce que j'ai pu voir, elle t'apprécie. Et je pense que tu l'aimes bien, toi aussi. Par conséquent, tu m'aideras.

Il s'arrêta un instant, le temps de trouver ses mots.

- Dis-lui de ma part que je n'ai jamais eu l'intention de lui tendre de piège, déclara-t-il, mais c'était le seul moyen de la sauver. Voldemort est très en colère contre elle : s'il la revoit, il la tuera. Ou pire…

Son visage s'assombrit à ces derniers mots.

- Le droit d'asile est tout ce qui la protège à l'heure actuelle. Elle doit être très prudente quant à ce qu'elle fait. Qu'elle fasse profil bas, quelques temps, et surtout, surtout, qu'elle ne provoque plus le Seigneur des Ténèbres.

Il se tut pour reprendre son souffle. Ces mots étaient sortis naturellement à une telle vitesse : on y sentait toute l'inquiétude.

- Est-ce que tu le lui diras ? demanda-t-il finalement.

Harry ne répondit pas tout de suite, hésitant. Les lèvres serrées, il réfléchissait à toute vitesse. Cet homme semblait sincèrement s'inquiéter pour Hermione. Sinon, pourquoi aurait-il fait tout ce chemin ? D'un autre côté, ce type ne lui plaisait pas. Sa manière de chercher à se rapprocher d'Hermione l'énervait. De plus, en l'observant, il était assez beau. Plus il y réfléchissait, plus Harry avait de mal à calmer la jalousie qui s'éveillait en lui.

Et puis c'était avant tout un subalterne de son maître. Qu'est-ce qui prouvait qu'il n'était pas là juste pour espionner ou pour essayer de ramener Hermione ?

De toute façon, s'il voulait la ramener, ça ne servirait à rien, songea-t-il. Elle n'est plus là.

Cette dernière pensée le mit en alerte. Et si justement, il était là pour vérifier la présence ?

Il ne faut pas qu'ils se rendent compte qu'elle est partie. Elle serait en trop grand danger.

Mais en même temps, il n'avait aucune envie de donner satisfaction à cette petite fouine.

- Tu le lui diras, oui ou non ? redit Drago.

Mais qu'était sa fierté à côté de l'enjeu de la vie d'Hermione.

- Oui ou non ? répéta Drago, en haussant.

- Je lui dirais, aboya enfin Harry en criant, pressé de voir cet intrus partir. Maintenant, fiche le camp de chez moi.

Drago ne put retenir un soupir de soulagement.

- Très bien, je m'en vais. Mais tu pourrais, hum, enlever cette chose de là ?

Son regard désigna la baguette de Harry qui s'appuyait dangereusement sur sa gorge. Harry l'avisa quelques secondes avant de répondre avec mépris:

- Seulement si tu retires la tienne.

- Toi d'abord, refusa Drago.

Pendant quelques secondes, ces deux idiots restèrent bêtement à se regarder, tels des coqs trop arrogants et des enfants trop têtus. C'était du moins ce que disait cette chère Hedwige qui les observait.

- On se retire en même temps ? proposa prudemment Drago.

Harry hésita quelques secondes.

- A trois, accepta-t-il.

Drago hocha la tête.

- Un… entama-t-il

- Deux… poursuivit Harry.

- Trois ! termina Drago.

Aussitôt dit, Drago retira sa baguette… ayant toujours celle de Harry pointée sur sa gorge.

- T'es censé l'enlever en même temps que moi, faux jeton ! rugit-il.

- Je te fais pas confiance, rétorqua Harry. Et maintenant, tire-toi de chez moi ! conclut-il, poussant brutalement Drago vers la sortie

- Le moins qu'on puisse dire, c'est que tu dois sérieusement revoir tes capacités de communication ! lui cria Drago.

Pour toute réponse, Harry grogna en lui donnant un coup de pied au derrière qui jeta définitivement Drago dehors.

- Il était temps qu'il se barre !

Surpris, Harry se retourna vers Ron dont le corps ectoplasmique surgissait derrière le canapé.

- Non mais je te jure, il est gonflé, celui-là ! s'exaspéra Ron. Franchement, ces blonds se croient tout permis juste parce qu'ils sont des blonds !

- Ce n'est pas très gentil pour moi, cela, lui fit remarquer Luna.

- Te sens pas visée, s'excusa Ron. Je vais formuler ça autrement : ces Mangemorts de Malefoy se croient tout permis juste à cause de leur soi-disant sang pur ! Entrer chez les gens comme ça sans permission, non mais pour qui il se prend ?!

- C'était pas Drago Malefoy ? s'interrogea Neville.

- Dans le mille, Neville, grogna Ron. Déjà quand on était gosses, il était insupportable. Honnêtement, qui serait assez stupide pour croire qu'il s'inquiètait sincèrement pour Hermione ?

- Si je puis me permettre une remarque, intervint Luna, il n'avait pas l'air mal intentionné. Je crois qu'il venait vraiment juste pour Hermione.

- Tu parles, il venait jouer les espions, oui !

- Ou peut-être qu'il est amoureux d'elle, lui aussi, suggéra innocemment Neville.

Ses trois camarades, choqués par son idée, tournèrent la tête vers lui.

- Alors quoi, il serait venu pour voir ce qui se passait entre elle et Hermione ? demanda Ron.

- C'est une possibilité comme une autre, admit Luna.

- Dans ce cas, c'est encore pire, décréta Ron. On doit défendre le couple d'Harry et d'Hermione.

- Le couple, et puis quoi encore ? soupira Harry en levant les yeux au ciel.

Il monta les marches qui menaient à la tour d'astronomie.

- Vous semblez oublier un détail : je suis le monstre sang-mêlé qui vit enfermé à Poudlard.

- Je ne pense pas qu'elle soit le genre de personne à se soucier de quelque chose d'aussi futile, dit Luna

- Elle a l'air de bien t'aimer, ajouta Neville. Elle t'a aidé devant cette foule.

- Et elle a risqué sa vie pour toi ! renchérit Ron.

- Elle est gentille, répondit Harry. C'est sans doute la plus gentille fille que je connaisse mais c'est tout ce que c'est : de la gentillesse. Je doute que je sois son type.

Il était enfin arrivé à la tour d'astronomie. Las, il s'accouda tout en observant la ville. Il avait fait ça des milliers de fois. Il ne s'en était jamais lassé. Il avait fini par connaître ses moindres maisons, ses moindres toitures, tous ses habitants. Il avait fini par la connaître par cœur.

Pourtant, après cette journée, elle lui semblait complètement différente. Comme si elle apparaissait sous un jour nouveau.

Tout me semble différent, maintenant, songea Harry en levant les yeux vers le ciel qui avait pris la teinte de la nuit. La ville avait l'air tout à coup plus belle. Le ciel plus lumineux. Les étoiles plus rayonnantes. La lune… L'éclat de la pleine lune lui paraissait soudain moins aveuglant. Comme si elle était plus accessible.

Comme si maintenant, il pouvait enfin atteindre sa lumière.

Comme s'il avait l'intention d'essayer, Harry se hissa sur le rebord. Sans la moindre difficulté, il se mit debout et s'appuya sur le mur. Un vent léger vint souffler sur son visage et repoussa sa mèche.

Harry perçut un sentiment étrange envahir tout son corps.

Son âme qui pétille d'une joie à la fois très douce… Et très excitante.

Une sensation grisante… Toutes les particules de son corps qui s'éveillent.

Sans savoir pourquoi, le visage de Harry se fend lentement d'un sourire. Un sourire d'enfant devant sa première merveille. Ses yeux vert émeraude s'illuminent. Il saute du rebord avec la vigueur de la joie de vivre, surprenant ainsi ses amis qui l'observaient en silence sans comprendre ce que signifiait cette quiétude.

Il court. Il court sans arrêter de sourire et maintenant, il va jusqu'à rire.

Il est devenu fou, pense Ron.

Et pourtant, alors même que ses deux compagnons en arrivent aussi à cette conclusion pourtant désespérante, ils ont l'impression que Harry est dans un monde très lointain. Un monde fantastique.

Harry, lui, a presque le sentiment qu'il vole alors qu'il poursuit sa course. Son rire plein de bonheur fend les airs et marque tous les fantômes, tableaux ou elfes qu'il croise sur son chemin.

LA VIE… ELLE EST MAGNIFIQUE

LE MONDE EST MAGNIFIQUE.

Maintenant, c'est le son des cloches qui règne dans Poudlard, dans la ville. Harry se balance et saute de corde, son rire éclipsé par les cloches mais pourtant impossible à ne pas remarquer, rien que dans l'air.

C'EST ELLE.

Les cloches sonnent du plus fort qu'elles peuvent. Elles rient avec Harry.

C'EST GRACE A ELLE.

Elles sont folles de joie avec lui.

C'EST ELLE QUI M'A CHANGE.

Cette fois, le sourire de Hermione résonne avec les cloches dans le cœur de Harry. Et dans toute la ville.


Ouais, je sais, plutôt court comme chapitre. Mais j'ai préféré terminer sur cette note-là pour insister sur l'importance que Hermione a désormais dans la vie de Harry.

De plus, je trouvais ça mieux d'un point de vue rythmique.