Voici la traduction du troisième chapitre de la très jolie et très cool fanfiction de l'auteur anglophone Roving Otter ^^ (je préfère le rappeler à chaque chapitre)
Bonne lecture!


Chapitre 3

Deidara sentit la vibration du sol un instant avant que la bombe explose. Il ouvrit la bouche pour prévenir Sasori, mais c'était trop tard.

L'explosion souleva Deidara du sol. Il fut projeté dans les airs, heurta le sol dans un choc violent, glissa sur plusieurs mètres, puis s'assit, l'esprit embrumé. L'empreinte du flash brillant persistait dans ses rétines et l'aveuglait.

Après un moment, sa vision était de nouveau nette, et son regard se focalisait sur une petite main pâle. Elle reposait près de ses pieds, immobile, la paume ouverte, les doigts repliés, révélant des ongles vernis. La main de Sasori.. mais qui s'arrêtait au poignet.

Merde.

Deidara se mit debout d'un bond.

-Danna!

Il regarda tout autour de lui, haletant, et il sentit un poids dans son estomac lorsqu'il vit d'autres morceaux de son partenaire éparpillés sur le sol.

-Oh merde..

Il récupéra la main de Sasori, ramassa quelque chose non loin qui devait être un bout d'épaule, puis repéra une moitié de visage – comme un masque brisé – qui traînait plus loin. Il le ramassa, la gorge serrée.

Le cœur, où était le cœur?

Après quelques minutes de recherches, il le trouva: un cylindre sombre sur le sol rocher, juste à côté de l'énorme cratère où la bombe avait explosé. Des petits fils sombres – ou bien des veines? – étaient en relief.

Deidara lâcha tous les autres morceaux qu'il portait – ce n'était pas comme s'ils allaient l'aider de toute façon – et couru en direction du cœur. Il sentit un picotement dans sa nuque, pivota et vit un kunai fendre les airs vers lui.

Deidara dégaina son propre kunai et l'envoya. Les deux kunai s'entrechoquèrent dans les airs, se repoussant mutuellement. Tout autour de lui, des ninja sortirent de derrière les affleurements et les blocs de roche.

-Je n'ai pas le temps de jouer avec vous, bande de chiens.

Les dents serrées, Deidara plongea les mains dans les sacoches à ses hanches. Il envoya des araignées d'argile sur le sol ; les activa avec un sceau, et les araignées foncèrent vers ses ennemis. Une par une, les bombes d'argiles explosèrent. Des cris déchirèrent les airs, et le sang éclaboussa les rochers.

Une fois sûr que tous les ninja ennemis furent morts, Deidara se pencha et, doucement, précautionneusement, il ramassa le cœur de chair de Sasori. Il pulsait dans sa main.

Il fallait qu'il revienne à la cachette. Rapidement.

Il fourra un main dans sa sacoche. La bouche dans sa paume s'ouvrit, mâchonna un morceau d'argile et recracha un petit oiseau sur le sol. Un "pouf" de fumée plus tard, un oiseau qui faisait deux fois la taille du premier se tenait à cet endroit. Deidara sauta sur son dos, et l'oiseau prit son envol.

-Ça va aller, Sasori no Danna, murmura Deidara. Je t'ai avec moi. On sera bientôt arrivés.

Est-ce que Sasori pouvait au moins l'entendre? Probablement pas. Il lui avait dit que son esprit était à l'intérieur de cette chose, mais il n'avait ni yeux ni oreilles. Sasori n'avait sûrement aucune idée de ce qui se passait, même s'il était conscient.

Deidara berça tendrement le cylindre contre lui. Il aurait aimé que Sasori lui donne des instructions plus détaillés sur ce qu'il devait faire dans une situation pareille. Est-ce que le cœur avait besoin de chaleur? Au cas où, il l'enveloppa dans sa cape, à l'abri du vent. Ses doigts se serrèrent autour du petit renflement, pressant le cœur de Sasori contre le sien. Il le regarda, et un étrange sentiment s'empara de lui.

Il tenait entre ses mains la partie la plus profonde, la plus intime de Sasori – son petit noyau vulnérable, dévêtu de toutes ses épaisses couches de protection. Il était si petit, si chaud. C'était comme s'il tenait un petit animal.

C'était étrange, de le voir comme ça. Sasori avait toujours le contrôle, il avait toujours un coup d'avance. Deidara était censé être l'empoté, celui qui avait besoin d'être sauvé. Il n'avait jamais envisagé de se retrouver dans cette position. Si Sasori mourrait..

Son torse se serra de panique à cette pensée. Il ferait tout, tout, pour empêcher ça.

-Tu es mon ami, murmura-il, tout en sachant que Sasori ne pouvait pas l'entendre, car il devait le dire au moins une fois. Tu es le seul ami que j'ai jamais eu. Je ne te laisserai pas mourir.

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Sasori voletait dans l'obscurité et le silence.

Il était agité. Il était furieux contre lui-même d'être tombé dans un piège aussi simple. Et surtout, il s'ennuyait. Dans cette situation, il n'y avait rien d'autre qu'il puisse faire à part attendre et espérer que le gamin se soit souvenu de ses instructions. Donc il attendait.

Sasori détestait attendre. C'était encore pire lorsqu'il n'y avait pas la distraction des images ou des bruits. C'était l'obscurité, sur laquelle le temps n'avait plus aucune emprise. Chaque minute s'allongeait pour devenir une éternité, et il sentit ses pensées revenir en arrière.. dans le passé, où il ne voulait plus aller. Revenir à chez lui, à Suna.

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Un petit garçon était dans sa chambre, à regarder par la fenêtre, attendant de voir un homme avec les cheveux roux, une jolie femme aux cheveux bruns. Il vit deux personnes marcher dans la rue. Son cœur se mit à battre plus fort et son estomac se remplit d'un ballet de papillons – Ce sont eux! C'était sûr, cette fois..

Mais ce n'était pas eux. Les visages des étrangers apparurent, et son cœur se remplit de plomb. Mais ils reviendront bientôt, c'était sûr. Il pensa longuement à leurs bras autour de lui, ferma les yeux, et essaya de les appeler avec sa seule volonté..

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Sasori repoussa ce souvenir. Il n'était plus ce petit garçon.

Pourtant maintenant, d'une certaine manière, il se sentait plonger dans ce souvenir, de plus en plus profondément, sans aucune perception sensorielle à laquelle se raccrocher, sans rien pour l'ancrer dans le présent.

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Un petit garçon était étendu et réveillé dans la nuit, les yeux rivés sur les photos encadrées près de son lit. Sa poitrine lui faisait mal. Grand-mère Chiyo lui avait dit que ses parents reviendraient bientôt – tout ce qu'il avait à faire, c'était attendre, et il se demandait, parfois.. et s'ils ne revenaient pas? Et s'il devait se retrouver tout seul à jamais? Il commença à pleurer, étouffant ses pleurs dans l'oreiller..

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Pourquoi pensait-il à ça maintenant? Il n'avait pas besoin d'amour. Il s'était transformé en un être parfait, autosuffisant. Il était..

Seul.

Il avait été seul la majeure partie de sa vie, évidemment. Il devrait y être habitué. Pourtant, maintenant, la solitude le transperçait comme une lame. Il se sentait comme lorsqu'il avait passé tant de nuits, étant enfant, à attendre l'arrivée de ses parents, étendu dans son lit, à penser au jour où ils seraient de nouveau réunis – un jour qui semblait ne jamais se rapprocher, mais plutôt reculer encore, et encore jour après jour.

Il faisait si sombre dans cet espace scellé dans son propre cœur. Si vide. Ses souvenirs lui revenaient et le surplombaient, le menaçant de le manger tout cru.

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-Sasori.. Il.. il y a quelque chose que je dois te dire.
-Qu'est-ce qu'il y a, grand-mère Chiyo?
-Tes parents.. ne reviendront pas.
-Qu-qu'est-ce que tu veux dire?
-Ils.. ils ne sont plus sur la terre des vivants. Ils sont morts depuis trois ans. Je suis vraiment déoslée. Je sais que j'aurais dû te le dire, mais je ne pouvais pas. Je.. Sasori? Regarde-moi, s'il te plaît.
-Tu–tu m'as menti. Tu m'as dit qu'ils allaient revenir.
-Je sais que c'était mal de ne rien te dire. Mais je..
-Laisse-moi seul!

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Il se rappelait – comme il s'était enfui en pleurant, s'était jeté sur son lit, et avait pleuré, se sentant trahi, vide, perdu, se sentant comme si son monde tout entier s'était effondré.

Et les souvenirs continuèrent d'affluer, comme une incessante pluie d'explosions.

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Un garçon se tenait sur la tombe de ses parents, les larmes dévalant ses joues.. agenouillé, enlaçant la pierre tombale de sa mère, sa joue collée contre la pierre froide tandis qu'il pleurait, les désirant de tout son être, désirant leur réconfort, leur amour.

Mais ils ne pourraient plus jamais le réconforter. Ils étaient morts, en train de pourrir, comme tout ce qui pourrit et meurt – ces bras pleins de chaleur qui l'avaient une fois enlacé, étaient à présent froids et mangés par les vers, la chair rongée sur ces visages qui ne lui souriraient plus jamais..

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Non, non. Il tenta de repousser ce souvenir. Insensé. C'était quoi l'amour, de toute façon? Juste un autre besoin animal, pas très différent du besoin de manger, de pisser ou de baiser. Il avait abandonné tout ça.

Oui, murmura une petite voix dans sa tête – sa propre voix. Tu as fui tout ça. Tu as fui les gens. Tu t'es retiré de plus en plus profondément dans ton propre monde de marionnettes, d'art. Elles sont devenues tes amies, ces marionnettes – parce qu'elles étaient sûres. Parce qu'elles ne pourraient pas te mentir ni te faire du mal. Tu as passé ton adolescence enterré dans ton atelier, à parfaire tes merveilleuses armes, en les caressant comme un amant le ferait. Tu as appris le secret de transformer les restes humains en marionnettes pour préserver leurs talents et leur beauté à jamais. Et, un jour, une merveilleuse pensée t'est apparue: Et si tu pouvais devenir toi-même une marionnette? Ça semblait tellement attirant. Pas de mort, pas de douleur, pas de vieillissement.. et la perte de son humanité était un petit prix à payer. Tu ne voulais plus dormir, parce que tu avais des cauchemars. Tu ne voulais plus manger, parce que la nourriture avait perdu son goût. Tu ne voulais plus prendre ou être pris dans les bras, parce que toucher entraînait une potentielle douleur.

Maintenant, il ne dormait plus, il ne mangeait plus, il ne ressentait plus.

Pourtant, il avait peur. Pour la première fois depuis des années, peut-être des dizaines d'années, il ressentait une peur glacée: La peur d'être déjà mort et d'être en enfer, la peur d'être piégé ici à jamais dans ses souvenirs, dans sa propre conscience, et ne plus jamais toucher personne, ne plus jamais entendre la voix de personne, ne plus jamais être pris dans les bras.

L'enfer n'était pas chaud, après tout. Ce n'était même pas froid. C'était.. rien. Un endroit où on attendait – une attente éternelle, dont on ne voyait pas le bout, pas de réconfort, pas d'espoir de s'échapper ou de se sauver. Juste cette immobilité intolérable – un sort pire que n'importe quelle torture qu'il pouvait imaginer.

Sasori se raccrochait désespérément à la raison. Il était conscient. Ça voulait dire qu'il était vivant, que son cœur de chair était intact. Deidara le ramènerait. Ça irait. Il n'y avait ni enfer, ni vie après la mort. N'était-ce pas ce pourquoi il était devenu obsédé par l'immortalité?

Mais s'il s'était trompé?

C'était.. c'était absurde. Il était Sasori – immortel, intouchable, tout-puissant, craint et respecté. Il avait survécu à un nombre incalculable de combats. Il était un shinobi endurci.

Pourquoi, cependant, est-ce que son âme tremblait?

Malgré tous ses efforts pour le faire taire, son cœur hurlait avec sa voix d'enfant: À l'aide, quelqu'un! S'il vous plaît, je ne veux pas mourir. Je ne veux pas être seul. Maman.. Papa, où êtes-vous? Grand-mère Chiyo.. tu es là? Je suis désolé d'être parti. Est-ce que tu m'aimes toujours? Je suis désolé pour tout. Laisse-moi revenir en arrière. Laisse-moi être un enfant à nouveau. Laisse-moi aimer et être aimé. Deidara.. Deidara, tu es là? Aide-moi! Aide-moi..

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Même par la voie des airs, il avait fallu plus de huit heures pour revenir à leur abri. Finalement, Deidara l'avait repéré – un bâtiment gris caché en grande partie par les pierres et les arbres environnants – et était descendu en piquet. Il sauta hors de l'oiseau d'argile, fonça à l'intérieur, vers l'atelier de Sasori. Il attrapa un des corps de rechange qui pendait depuis un crochet au mur et l'étendit sur la table de travail. Le corps était identique à celui de Sasori, il lui manquait seulement les yeux et le cylindre dans le torse.

Retenant son souffle, Deidara se pencha sur le corps immobile et, lentement, précautionneusement, il glissa le cylindre dans l'ouverture ronde.

Un instant passa. Puis des yeux apparurent dans les orbites vides et clignèrent en le regardant.

-Deidara, murmura Sasori.
-Oh, dieu merci, dit Deidara. J'avais peur qu'il soit trop tard. Je–

Sasori entoura Deidara de ses bras et le serra fort contre lui, le visage contre son torse.

Deidara se figea, abasourdi. Sasori le touchait rarement, excepté lorsqu'il le frappait avec sa queue ou qu'il le projetait contre la surface solide la plus proche lorsque Deidara lui tapait sur les nerfs. La dernière chose à laquelle il s'attendait était.. ça. Avec précaution, doucement, Deidara le serra aussi.

-Hé.. danna.. ça va?

Sasori tremblait contre lui.

-J'ai dû attendre dans le noir, murmura-il. Je déteste attendre.
-Désolé. Je suis rentré aussi vite que j'ai pu, dit Deidara en posant une main sur ces cheveux qui avaient la couleur vive d'un coucher de soleil, et les caressa.

Ils étaient aussi doux qu'il l'avait imaginé.

-C'est fini maintenant. Tout va bien.

Sasori s'accrocha à lui encore un moment. Puis il prit une grande inspiration, le lâcha et son regard fut fuyant. Ses doigts se serraient et se desserraient.

-Ma cape, murmura-il. Donne-moi ma cape.
-Elle a, comme qui dirait, explosée, h'm.
-J'en ai de rechange dans le placard de ma chambre.

Deidara attrapa une cape. Sasori la saisit, se tourna et l'enfila rapidement. Il ne voulait toujours pas croiser le regard de Deidara. Il avait l'air étonnamment retiré, presque penaud. Puis il jeta une œillade à Deidara par-dessus son épaule.

-Si tu laisses échapper un mot là-dessus à quiconque, je te tuerai.
-Sur quoi?
-Tu sais ce quoi je parle. Ne me le fais pas dire.
-Oh, h'm.. me serrer dans tes bras, tu veux dire? Bien sûr, h'm. Je ne le dirait à personne. Pourquoi je le dirais?
-Le reste de l'Akatsuki se paierait bien ma tête, je suppose. Qui pourrait le leur reprocher? C'est absurde. Le grand Sasori, qui craque et pleur comme un enfant effrayé..
-Ce n'est pas si important que ça.

Durant leurs deux années ensemble, Deidara n'avait jamais vu Sasori aussi embarrassé. Si le maître marionnettiste le pouvait, il serait sûrement en train de rougir.

-Tu as besoin de quelque chose?
-Non, fit Sasori en se détournant, une main abritant ses yeux.

Il s'assit sur un coin de la table de travail, les épaules crispées sous sa cape.

-Comment savaient-ils qu'on viendrait?
-Qui?
-Les ninja de Iwagakure, évidemment. Ils ont dû nous tendre un piège.

Il se leva et commença à faire les cent pas. Puis il sortit de la pièce, passa par la porte principale.

Deidara le suivit dehors, tandis que Sasori marmonnait dans sa barbe: "Des bombes avec des sceaux cachés dans le sol.. c'est tellement simple. Est-ce qu'ils nous observaient de loin, prêts à les déclencher dès qu'on s'approcherait? dit-il avant de lancer un regard à Deidara. Alors? C'était ça? C'est toi l'expert en explosifs.

-H'm.. Je ne sais pas. C'est possible.
-J'ai besoin de récupérer les morceaux de Hiruko. Il a été démoli dans l'explosion, non?
-Ouais, mais.. récupérer les morceaux prendraient la journée, et tu ne pourras jamais le réparer..
-Ne me dis pas ce que je peux faire ce que je ne peux pas faire, gamin. Hiruko est mon préféré. Je ne vais pas le laisser en pièces sur le sol.
-Bon, ok, h'm. Allons-y.

Sasori secoua la tête.

-Je veux faire ça seul. Prête-moi un de tes oiseaux d'argile.

Ce n'était pas une demande ; le ton de Sasori était clair.

Deidara lui tendit une sculpture d'argile.

-Fais juste attention à ne pas te retrouver à nouveau en morceaux. Hein?
-Cette fois je serai prêt. Je ne ferai pas la même erreur deux fois.

Deidara hocha la tête et fit un sceau de la main. Dans un bruit, la petite sculpture se transforma en un immense oiseau, et Sasori monta dessus. Deidara le regarda s'envoler, devenir un petit point dans le ciel, et disparaître.