Ysa666 et Ravenhill, merci pour vos reviews au chapitre précédent !

Quant à Naucicka, Yukira Shiroi, Nmfrter, j'espère que tout va bien pour vous, que ce les examens ou le reste ! Encore une fois, quand vous arriverez là, je vous souhaite une bonne lecture !

Ah, en passant : Nmfrter, j'ai lu le chapitre "Renouveau" de The dream continue et même si ça a déjà été dit dans ma review, je l'adore ! Bon, à plus.

Chapitre 5 :

Le sort des perdants

« Ce n'est pas juste ! » sanglota Kadaj pour ce qui devait être la centième fois.

Il tapait du poing sur le sol humide. Des feuilles s'accrochèrent à ses doigts rougis ; malgré toute cette agitation, il avait toujours froid.

« Pas juste ! » murmura-t-il, se roulant de nouveau en boule.

Après la destruction de l'école, il avait brusquement repris conscience et fui dans la forêt. Les soldats de Deep Ground avaient essayé de l'attraper, lui comme plusieurs autres élèves. Mais tous n'étaient pas humains, ils avaient des pouvoirs spéciaux et connaissaient mieux l'île que ces intrus.

Personne ne fut capturé cette nuit-là. Et aujourd'hui, le soleil s'était levé depuis plus d'une heure, mais la faible lumière ne portait aucune chaleur. Kadaj frissonna et pleura.

Et ce n'était pas juste, pas du tout. Qu'avait-il fait pour mériter d'être couché là, moite, malheureux, triste et perdu dans la forêt alors que d'autres avaient failli mourir de sa main, encore une fois ? Il avait même failli tuer Yazoo, son propre frère !

Pourquoi ce monde me hait-il tant ? s'interrogea Kadaj en reniflant.

Il se remit à pleurer, plus fort encore.

XxXxXxXxXxX

Telian ouvrit les yeux. Elle baignait dans une lumière pâle, une douce lumière semblable à celle des matins d'été. Était-ce la lumière des jardins du Paradis ? Non, elle n'était pas dans un jardin, ni même dehors. La lumière venait d'une fenêtre. Un rideau blanc l'adoucissait, remuant sous une brise légère. Dehors, une branche remuait et tapait sur la vitre avec un bruit mou.

Elle tenta de se soulever, mais elle retomba. Son matelas était souple, frais et doux sous la main, elle ne lui rappelait en rien le sol du néant qui avait accueilli son dernier sommeil. Elle referma les yeux et attendit. Elle ne se demandait pas où elle était. Elle sentait qu'il s'était passé beaucoup de choses depuis sa mort. Et bientôt, lentement, surgirent les images, les émotions, les souffrances, et ce grand sentiment d'échec, trop intense, trop lourd à porter, sous lequel elle avait succombé.

La jeune fille vit un cadre sur le mur. La photo dessus lui rappelait quelque chose. Un paysage de plaine campagnarde. Elle l'avait déjà vue, dans son enfance, mais c'était sur Terre. Où était-elle, au fait ?

Une porte s'ouvrit doucement et une femme portant une robe verte entra, marchant avec précaution.

Ce n'est pas un hôpital, en déduisit Telian.

La femme vint à son lit et Telian la regarda. Elle vit son sursaut, son étonnement, puis l'expression joyeuse éclairant son visage.

« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-elle.

« Pas… bien. »

Elle essaya encore de se soulever ; ce fut la femme qui la rejeta sur les oreillers.

« Je suis dans un hôpital ou une espèce de couvent ? »

« Ni l'un ni l'autre. Vous êtes chez Mme Riddle. »

« Pardon ? »

« Vous êtes chez votre grand-mère, Roxane Riddle. »

Telian cligna des yeux, ahurie. Mais oui, cette chambre… cette photo au mur… elle était en Bretagne, chez sa grand-mère, elle reconnaissait l'endroit à la perfection !

« Mais comment est-ce possible ? » dit la jeune fille, dont le cœur battait à une vitesse folle.

Elle s'agitait. La femme posa sur son front une main apaisante.

« Allons, calmez-vous. Un paysan de la région vous a retrouvée il y a deux semaines dans les bois. Vous aviez une terrible plaie au ventre, comme un grand coup de couteau. Les médecins du centre de secours le plus proche vous ont identifiée. Votre grand-mère a appris la nouvelle et a lourdement insisté pour vous faire déplacer ici dès que possible. »

Chez elle… Chez elle… Telian se répétait mentalement ses mots, sans y croire. Elle était chez elle, sur Terre ! Impossible, ce devait être un rêve, un beau rêve… Mais non, pourtant, la douleur dans son ventre était là, et… et les larmes qui coulaient de ses yeux aussi étaient vraies ! Elle était chez elle, sur Terre, dans la maison de sa grand-mère adorée !

Soudain, la porte tourna sur ses gonds, précautionneusement.

« Vous pouvez entrer, Gillian, notre malade est réveillée. »

Telian resta figée d'étonnement.

Gillian ?

Non ! Là, plus possible ! Ce devait être un rêve, il n'y avait pas d'autre possibilité ! Gillian debout alors que Telian l'avait vue mourir, il y avait plus de deux ans !… Mais était-ce bien Gillian, cette radieuse apparition ? Cette jeune fille en robe blanche, aux cheveux sombres bien coiffés, aux yeux noirs d'où tout nuage avait disparu ?

Elle bondit jusqu'au lit et Telian retrouva un peu du visage de sa meilleure amie d'enfance lorsqu'elle vit des larmes ruisseler sur ses joues.

« Telian ! Telian ! Tu es guérie ! Enfin ! J'ai eu si peur, tu peux pas savoir ! Oh ! Telly ! »

Telian ne comprenait plus rien, mais cette explosion de tendresse lui était douce.

« Gillian… tu es morte, toi aussi ? On est au paradis ? »

Gillian cligna des yeux, ahurie. Puis elle eut un sourire douloureux.

« Ma pauvre Telly, je vois ce que tu veux dire. Non, je te rassure tout de suite : nous sommes bel et bien vivantes, toutes les deux. Nous sommes mortes sur Gaïa, c'est vrai. Mais nous ne pouvions pas rejoindre la Rivière de la Vie, tu te souviens ? En fait… c'est un peu flou, pour moi. Mais je me souviens, après t'avoir donné mon énergie mentale pour Kadaj et ses frères, j'ai… je n'ai pas réussi à rejoindre la Rivière de la Vie. J'étais un peu perdue, j'ai flotté dans des rêves, des souvenirs de la vie des Cetras. Mais Aéris et Zack m'ont trouvée. Et ils m'ont dit qu'en récompense pour tout ce que j'avais fait, et pour être restée avec toi jusqu'au bout, ils acceptaient de me rendre la vie, mais seulement sur Terre. Alors nous sommes mortes sur Gaïa, oui. Mais sur Terre, non. C'est comme ça. J'avoue que ç'a été un choc pour moi aussi, quand je suis revenue ici. Enfin… prends ton temps pour assimiler tout ça, je suis passée par-là aussi. »

Telian se souvint avoir rêvé d'Ajit. Alors… elle avait vraiment vogué dans la Rivière de la Vie et rencontré un autre Cetra ? Et il l'avait guidée jusqu'ici. Elle comprit mieux ce qui s'était passé, la cause de cette sensation d'avoir failli entrer dans quelque chose de plus réel qu'un rêve, et pourtant plus flou, plus immatériel que de la fumée.

La femme, qui avait écouté leur dialogue sans comprendre, haussa les épaules.

« Je vais prévenir Roxane que vous êtes réveillée, mademoiselle. »

Les deux adolescentes la regardèrent sortir. Telian secoua la tête. Alors elle était bien morte sur Gaïa…

« Mais Gilly… je croyais que tu avais donné ta force vitale à Kadaj et ses frères ! »

« J'ai un peu dérapé sur ce point, j'avoue. En fait, c'est la Mako qu'on m'avait injectée que j'ai donnée aux autres. Cette substance collait à mon âme, dans la mort. Mais mon énergie à moi, cette énergie qui n'est pas de la Mako, qui est je-ne-sais-quoi, m'a ramenée ici avec l'aide d'Aéris. »

« Gilly… »

« Oui ? »

Telian fondit en larmes.

« Je suis désolée, tu sais… Je ne voulais pas te trahir, je… »

Gillian s'allongea sur le lit de façon à la serrer dans ses bras sans lui faire mal. Elle enfouit la tête de son amie dans ses bras et caressa ses cheveux châtains.

« Oh, Telly, je t'en prie, ne pleure plus pour ça ! C'était il y a longtemps, et nous sommes toujours amies, tu le sais ! Pardonne-moi, aussi, je t'aurais rassurée si j'avais su qu'en revenant sur Terre, je reviendrais à la vie, je ne t'aurais pas joué cette scène dramatique de mort héroïque ! Mais toi… tu as fini ton devoir ? »

« Mon devoir ? »

« Oui. Je t'explique : après ma résurrection, j'ai atterri dans les bois, comme toi. J'ai reconnu l'endroit tout de suite, puisque j'étais déjà venue pendant les vacances avec toi quand on était plus jeune. Ta grand-mère m'a accueillie chez elle et je lui ai raconté toute notre histoire, enfin, du réveil dans le cimetière des trains jusqu'à ce moment où je te donne mon stock de Mako pour soigner les trois frangins. Roxane m'a expliqué plein de choses sur les Tabhaisavers et, aussi, que lorsque le devoir du Clairvoyant est rempli, il reçoit un Manith qui lui permet de revenir sur Terre. Alors, tu as réussi à sauver la planète, en fin de compte ? Aéris t'a aidée, toi aussi, à rentrer chez nous, après ça ? Comment t'as sauvé le monde, ce coup-là ? »

Telian eut un pincement au cœur. Hélas, non, elle avait échoué. Elle était morte, en fait, comme Gillian.

« Je suis fatiguée… » murmura la jeune fille.

« Oh ! Excuse-moi, je comprends. Repose-toi, je te laisse. »

Gillian prit toutefois le temps d'arranger son oreiller, puis de la border avant de sortir de la pièce. Telian secoua la tête. Ainsi, elle était enfin rentrée sur Terre. Et tout ça à cause d'un échec.

XxXxXxXxXxX

Une fois seule dans le couloir, Gillian referma doucement la porte et s'adossa au bois. Elle sourit. Enfin Telian était réveillée. Elle avait enfin pu parler à son amie et elle était heureuse. Mais Telian avait l'air si changé ! Elle avait le teint bronzé, les cheveux plus longs et un regard si triste…

Gillian aurait aimé lui poser des tas de questions, lui parler encore, mais elle avait conscience que son amie était épuisée. Elle prit le chemin du jardin, pour se changer les idées.

XxXxXxXxXxXxX

La panique générale avait gagné le groupe qui avait fui l'Île des Tabhaisavers. La magie dans le chapeau le ressentit. Ce genre d'accessoire créé par Yakino menait à l'endroit que la personne désirait. Mais sous cet afflux de peur et de sentiments contradictoires, il amena les personnes à des endroits différents : Senki et Nathalie atterrirent à Cosmo Canyon, Tseng et Elena à Healen… et Loz et Frongeon à Edge, envahie par Deep Ground.

« Qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'on va faire ? » gémit Frongeon, assis sur le parquet et pleurant comme une fontaine.

Loz regarda autour de lui. Où étaient les autres ? Même Yazoo n'était pas là ! Pourquoi ? Soudain, il aperçut un soldat de Deep Ground. Voyant que celui-ci armait une mitraillette, Loz lui fonça dessus et lui asséna un direct du gauche juste à temps.

Il le fouilla et trouva une potion. Puis il revint près du chapeau et fit signe au gobelin de venir sur son épaule. Il allait mettre le chapeau sur sa tête, quand il vit quelqu'un en sortir. Il recula, s'attendait à voir Yazoo et les autres, qui devaient le rejoindre. Mais ce ne fut aucun d'entre eux.

XxXxXxXxXxX

« Tu peux y aller », dit la jeune femme Suzanne, l'infirmière qui avait accueilli Telian à son réveil.

Elle acheva de boutonner le col de la robe bleue de Telian. L'adolescente était un peu agacée. Elle n'était pas une gamine, quand même ! Elle ouvrit les deux premiers boutons en haut, pour faire plus détendu. Elle se regarda dans le miroir. C'était une belle robe d'été bleu nuit, longue et ample, avec un lacet argenté noué autour, sous la poitrine. La jeune fille était pieds nus, ses cheveux dénoués. Il faisait trop chaud pour même porter des sandales.

Après deux jours de repos dans la chambre, elle avait enfin pu se lever. L'infirmière s'était montrée intraitable pendant sa période de convalescence. Gillian était venue la voir chaque jour, usant de toutes sortes de raisons du style : lui apporter un verre d'eau et des médicaments, ou son plateau de nourriture du déjeuner ou du dîner.

Et aujourd'hui, enfin, Telian sortait de la chambre, guérie, propre et habillée, pour aller voir sa grand-mère.

Gillian lui offrit son bras avec un sourire malin. Les deux filles sortirent de la chambre et marchèrent le long du couloir jusqu'à une terrasse. L'endroit était magnifique. Un balcon large, avec vue sur la mer. Assise à une table, une vieille femme les attendait.

Elle était vieille, son visage était ridé, mais elle avait de longs cheveux argentés parsemés de petites mèches rousses, rebelles à l'épreuve du temps. Ses yeux étincelaient de vie. Roxane Riddle était une belle vieille femme.

En voyant Telian, son visage s'emplit d'émotion. Toutes deux se regardèrent un moment, silencieuses. Puis Roxane se leva et marcha vers Telian. Sa petite-fille courut se blottir dans ses bras. Elles pleurèrent un long moment, émues toutes les deux.

« Telian… Oh, ma chérie ! »

« Grand-mère ! »

« Telly… ma petite-fille… »

Elle repoussa Telian et la regarda des pieds à la tête.

« Tu as tellement grandi ! Tu es devenue une magnifique jeune fille ! Je suis fière de toi. Gilly, viens, toi aussi, installez-vous ! »

Roxane leur amena des chaises longues et leur servit une limonade chacune.

« Alors, comment s'est passé ton voyage à Gaïa ? » dit la grand-mère.

Telian faillit avaler de travers. Lentement, elle posa son verre, tripota un moment le tissu de sa robe entre ses doigts, regardant alternativement Gillian et Roxane. Puis elle lui raconta tout, depuis le début, sans rien omettre. Depuis son éveil avec Gillian dans la gare de Midgar jusqu'à l'instant où Kadaj, ensorcelé, avait planté Masamune dans son ventre.

Roxane ne l'interrompit pas une seule fois, mais Gillian poussait parfois des cris de surprise étouffés. Lorsqu'elle eut fini, Telian sentit des larmes remonter le long de ses yeux. Parler était si éprouvant ! Gillian la prit dans ses bras jusqu'à ce qu'elle arrêtât de pleurer.

« Je comprends tout, Telian, dit Roxane. Maintenant, c'est à moi de t'informer : le jour où toi et Gillian êtes parties, c'était le dernier jour de classe avant les vacances d'été. Tu as passé un peu plus de deux ans sur Gaïa. Et ici, un peu plus de deux mois se sont écoulés. »

Un peu plus de deux mois ? ! Telian faillit à nouveau s'étrangler avec sa limonade.

« Et maman et papa ? Ils savent tout ? » dit Telian.

« Eux aussi ont été sur Gaïa remplir leur mission de Clairvoyants, Telly, dit Roxane avec douceur. Nous sommes tous Clairvoyants depuis plus de dix générations. Ce qui t'est arrivé n'est que routine, pour des vétérans comme moi et tes parents. »

« Et… maintenant ? Je n'ai pas fini ma mission, grand-mère ! Je suis morte là-bas, et je n'aurais pas dû ! Comment je peux retourner sur Gaïa ? »

« Tu ne peux pas. »

« Pardon ? » dirent Telian et Gillian en chœur.

« Une fois qu'un Terrien meurt, il ne peut plus retourner sur Gaïa. En tous cas… pas ceux qui n'ont pas le droit. C'est le cas de Gillian. Et toi, tu as échoué dans ta mission, tu n'as pas reçu ton Manith avec le pouvoir du Cetra t'autorisant à rentrer chez toi. C'est pour ça que tu as erré un temps dans le néant, à mi-chemin entre le monde des vivants et la Rivière de la Vie. Tu as été tuée en plein travail, nuance. De ce fait, tu es condamnée à finir ton existence ici, sur Terre. »

Les mains de Telian tremblèrent, faisant cliquer les glaçons dans son verre.

« NON ! Je refuse ! Je dois y retourner ! Je… »

Roxane demeura imperturbable.

« Dis ce que tu veux, je m'en moque. J'en ai déjà vu d'autres se plaindre en revenant, mais c'est ainsi. C'est le sort des perdants, des gens morts lors du combat contre Jenova. Ils en voulaient à Koldor, qui avait été l'un des rares survivants restés sur Gaïa. Mais c'est comme ça, on n'y peut rien. »

Et sur ces mots, elle s'en alla, laissant les deux adolescentes seules et déroutées sur la terrasse. Telian tomba sur sa chaise et se prit la tête dans les mains.

Ne plus jamais revenir sur Gaïa, ne plus jamais revoir ses amis… À côté d'elle, Gillian ne dit rien, encore sous le choc.

Que pouvaient-elles faire, de toute façon ?