Chapitre 7 :

Un premier rendez-vous

Telian se réveilla en sueur dans son lit. Elle avait encore fait le même cauchemar. Depuis son retour chez elle à Paris, chaque nuit, elle revoyait la scène où Kadaj, sous le contrôle de l'ennemi, la poignardait avec les larmes aux yeux, incapable de résister.

Essayer de reprendre sa vie là où elle l'avait laissée… Telian n'y arrivait pas ! Pourtant, on était en mars, elle avait son bac blanc à la fin du mois… mais elle n'arrivait pas à réviser.

Épuisée, la jeune fille se leva et partit dans la cuisine boire un peu d'eau. Elle regarda l'horloge murale. Six heures du matin… une chance, c'était pile l'heure où elle se réveillait, les jours de classe !

Telian prit son verre et regarda à travers la fenêtre. Le quartier était calme, il faisait encore nuit, le réverbère dans la rue éclairait un couple, deux jeunes qui sortaient d'un restaurant. En les voyant s'enlacer tendrement, la jeune fille se sentit mal. Un clapotis la fit sursauter. Elle regarda son verre. Des gouttes tombaient dedans. Elle sentit soudain quelque chose sur ses joues. Elle porta les doigts à son visage et sentit des traces de larmes… elle pleurait !

La jeune fille tomba au sol et se mit à pleurer.

Ils me manquent ! Ils me manquent tous, et Kadaj… je veux le revoir !

Soudain, elle s'arrêta de gémir. Elle réalisa ce qu'elle pensait.

Mais je… je suis amoureuse, ou quoi ? Et… je ne l'ai même pas vu venir ! Comment ça a pu arriver ?

Jamais elle n'était tombée amoureuse une seule fois dans sa vie. Jamais ! Depuis sa naissance, ses parents et son amie Gillian lui avaient suffi. En grandissant, elle s'était focalisée sur les études et avait délaissé les garçons. Mais il y avait aussi cette sensation d'être différente, qu'elle n'était pas comme les autres humains, et que sa vie ne serait pas toujours éternellement calme.

La jeune fille sentit quelque chose de lourd à son poignet. Elle vit le bracelet d'Aéris. Ce bijou que son amie lui avait laissé, trois ans avant sa mort. Elle vit la matéria de soin, encastrée dans le premier creux. Et le Sacre. Les deux sphères étaient éteintes depuis son retour sur Terre, comme privées de vie.

C'est ce bracelet qui m'a permis de soigner Kadaj. La première fois que je l'ai rencontré… c'était dans un rêve. Il était dans un labo, avec ses frères. Il souffrait, après avoir subi une terrible expérience. Et je suis apparue, comme par magie. Pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu que je le rencontre, et que je le sauve ? Pourquoi les choses en sont arrivées là ? Pourquoi a-t-il fallu que je souffre, pour finalement revenir ici, sur cet échec ?

« Chérie ? »

Telian leva les yeux. Une femme, brune comme elle, se tenait devant elle. Sa mère, Soriane Riddle.

« Maman ? »

« Tu ne dors pas ? Toujours le même cauchemar ? »

« Oui. »

Soriane s'assit près d'elle sur le sol et la prit dans ses bras. Telian lui rendit son étreinte. Sa mère lui avait tant manqué, pendant tout ce temps passé sur Gaïa !

« Je te comprends. Moi aussi, quand je suis revenue sur Terre, j'ai éprouvé cela. »

« Toi aussi… tu es morte, là-bas ? »

« Oui. J'ai combattu Jenova, et je n'ai pas survécu. »

Le visage de Soriane se durcit. Ses yeux fixaient un autre monde, un autre temps où les Cetras combattaient la Calamité des Cieux en Terre Promise.

« Élion, Nosféa et Koldor font partie des rares survivants qui sont encore là-bas, après plus de 2000 ans », dit Soriane.

« Mais maman… tu n'as pas essayé d'y retourner ? Par n'importe quel moyen ? »

« Si, bien sûr. Je ne pouvais pas oublier. J'ai beaucoup souffert. Mais j'ai rencontré ton père, puis il y a eu toi… alors je ne pouvais pas rester fixée sur le passé, je devais m'occuper de toi, de ton avenir ! »

Telian serra les poings. Elle n'y comprenait rien. Quand elle était sur Gaïa, elle avait souhaité revenir chez elle, sur Terre. Mais… pas comme ça ! Pas en laissant tout le monde seul, en plein combat contre Élion ! Pas même sans leur avoir dit au revoir. Mais elle devait se rendre à l'évidence : elle était de retour sur Terre, et Gillian était en vie ! C'était une chose merveilleuse en soi. Telian en était heureuse, retrouver sa meilleure amie d'enfance avait toujours été l'un de ses souhaits les plus chers. Mais maintenant, ce qu'elle souhaitait, c'était revoir tous ses amis et se battre à leur côté, vivre une dernière réussite ensemble… avant que tout s'arrête d'une façon ou d'une autre.

La voix de sa mère la tira de ses songes :

« Tu devrais prendre ton petit-déjeuner, tu as collège aujourd'hui, n'oublie pas. »

Elle l'embrassa sur le front, puis sortit de la cuisine. Telian obéit et prit son petit-déjeuner, puis elle s'habilla et partit au collège. Elle arriva en avance devant la porte du bâtiment moderne de Saint-Basile. C'était un collège plutôt moche : grand, carré, aux murs tout en verre strié de lignes de métal blanc.

« Telly ! »

Telian vit Gillian arriver, suivie par une bande de filles de sa classe.

« Alexandre veut te parler », dit Gillian.

Alexandre ? Telian se souvint de lui : le beau gosse du collège, le Don Juan de toutes les troisièmes. Cheveux noirs bouclés, un peu efféminé.

Telian marcha jusqu'à l'arbre où le jeune homme se tenait.

« Telian, ça va ? »

« Oui. Pourquoi tu voulais me parler ? »

« Je me demandais si tu voulais aller au cinéma avec moi, ce samedi ? »

« Hein ? La veille du bac blanc ! ? »

« Oui, pour décompresser avant les examens. Tu crois pas que ce serait une bonne idée ? »

Telian fit la moue. Elle était une accroc des études, on pouvait difficilement la faire décrocher d'un livre. Mais… les paroles de sa mère lui revinrent en mémoire.

« Je ne pouvais pas oublier. J'ai beaucoup souffert. Mais j'ai rencontré ton père, puis il y a eu toi… alors je ne pouvais pas rester fixée sur le passé, je devais m'occuper de toi, de ton avenir ! »

Beaucoup souffert… et si l'oubli, l'amour d'un autre pouvait la consoler ?

« Pourquoi tu n'irais pas, Telly ? » dit Sally, une fille de sa classe, tout près d'elle.

Telian sursauta. Gillian et les autres étaient trop près d'elle à son goût !

« Ouais, après tout, t'es jamais sortie avec un garçon de ta vie ! »

Telian faillit protester. Et Senki, Kadaj et tous les autres, sans parler de Cloud et Avalanche ? Oui, mais tout ça c'était ailleurs, sur Gaïa, et…

« Attends ! Juste une minute ! » dit Véronique, une autre fille.

Elle prit Telian par les épaules et la poussa loin d'Alexandre, avec ses amies.

« Mais enfin, quoi ? » s'énerva Telian.

« Tu n'as pas un problème, franchement, Telly ? » dit Véronique.

« Ou tu craques pour un autre garçon ? » dit Sally.

« On te connaît, tu sais, tu es toujours la meilleure en études, et depuis la rentrée, tu n'es plus concentré du tout ! Tu soupires langoureusement des fois, sans raison », renchérit Véronique.

Telian rougit comme un pivoine.

« Mais non, enfin, je… »

L'image de Kadaj vint malgré elle dans sa tête. Soudain, Sally brandit un doigt solennel devant les yeux de la jeune fille.

« J'ai trouvé ! Un amour impossible ! C'est ça ? »

Telian sauta devant elle et hurla, avec un air d'hystérique :

« T'AS PERDU LA TÊTE OU QUOI ? MOI, AVOIR LE CŒUR BRISÉ PAR UN TEL PERSONNAGE, APRÈS CE QU'IL M'A FAIT ? ! ! ? »

Alexandre se pencha vers Gillian.

« De qui elle parle, là ? »

« Je ne sais pas », mentit Gillian.

Soudain, Telian fit volte-face et marcha à grands pas jusque devant Alexandre.

« C'est d'accord, Alex ! J'irai au cinéma samedi avec toi ! »

Le garçon eut un sourire triomphant. Gillian, elle, parut déçue.

« Ben quoi ? » aboya Telian.

Sa meilleure amie haussa des épaules et s'éloigna dans la foule d'élèves qui se pressaient vers la porte du collège enfin ouverte.

XxXxXxXxXxX

À Cosmo Canyon, dans l'auberge de la ville, une grave assemblée venait de se dresser. Avalanche avait reçu un appel de Rufus Shinra, annonçant sa venue avec ses Turks. Il fallait prendre des mesures pour attaquer Deep Ground.

Cloud regarda ses amis. Tifa était au bar mais ne disait ni ne buvait rien. Barret non plus. Cid mâchouillait une cigarette éteinte, son assistante Shera bâillait d'ennui. Youfie manquait à l'appel, elle était partie aider Reeve et Vincent près d'Edge. Nanaki attendait, tranquillement assis près de lui.

Enfin, la porte s'ouvrit. Rufus entra, suivi de ses quatre Turks.

« Vous êtes tous venus », dit Rufus.

« Youfie, Reeve et Vincent manquent à l'appel, ils ont des problèmes avec Deep Ground », dit Cloud.

« Je vois. »

Tifa regarda autour d'elle, puis dit :

« Tout de même, je me demande… est-ce que tout le monde est là ? Enfin… »

« Tu veux parler de Telian et de ses amis ? » dit Rufus.

« Heu… oui », dit la jeune femme, un peu étonnée.

Le président eut un soupir.

« Telian est morte. »

« QUOI ? » dirent tous les membres d'Avalanche.

Sans se départir de son air froid et solennel, Rufus leur raconta ce qu'il avait vu : le combat de Kadaj contre Telian, puis sa mort près du mausolée, alors que Deep Ground commençait à attaquer les habitants de la ville.

« Mais… c'est pas possible ! » dit Barret.

« Ouais ! Ce £§ç+# de gamin n'aurait jamais tué la gosse, ils s'aimaient, c'était visible ! » dit Cid.

Tifa prit un air affligé.

« Je… je pense que c'est vrai. Enfin, presque ! » se ravisa-t-elle, en voyant tous les regards se braquer sur elle.

Elle porta les mains à ses bras, qui avaient été blessés par Kadaj, au bar, quand il l'avait attaquée alors qu'elle lui apportait un verre d'eau.

« Il m'a attaquée, avant de sortir du bar. »

« Mais tu m'as dit que c'était un monstre de Deep Ground qui t'avait fait ça ! Pourquoi m'as-tu menti ? » s'indigna Cloud.

« Je… je savais que tu ne me croirais pas si je te disais que Kadaj était ensorcelé, quand il m'a fait ça. »

« Cloud, elle a raison », intervint Tseng.

« Oui, dit Elena. Nous… avons vu Kadaj récemment. Il… il a failli me tuer aussi, mais… il semblait lutter contre quelque chose. Pour lui et ses amis, ça va mal, alors… nous ne pouvons plus compter que sur nous-mêmes. »

Tout le monde fit silence, choqué par ces révélations.

« Si Telian est morte… qui pourra nous aider à voir à travers les mensonges de l'ennemi ? Et il reste toujours Élion ! » dit Nanaki.

Cloud se prit la tête dans les mains. Telian morte, tuée par Kadaj… Cela lui rappelait la mort d'Aéris, tuée par Sephiroth. Avant qu'elle ne se fasse transpercer par Masamune, il avait failli la tuer lui-même, car il était un clone de Sephiroth, et il avait subi son contrôle mental. Kadaj aussi était un clone. Ce que disaient Elena et Tifa se tenait, d'une certaine façon.

Le jeune homme ressentit de la tristesse. Il s'était toujours disputé avec Telian, mais… il n'avait pas pu s'empêcher d'apprécier la gamine, à sa façon.

« Bon, il faut quand même réagir, dit Cloud, pour ramener le calme. Qu'est-ce qu'on peut faire ? »

Soudain, il y eut quelque chose de lumineux devant eux. Une lumière puissante. Puis une jeune fille blonde et un rouquin apparurent, accroupis à même le sol, l'air essoufflé, avec un chapeau wutaïen.

« Wouah ! Le chapeau de Yakino nous a offert un voyage horrible, ce coup-là ! » dit Senki.

« Tu te plaindras à l'agence pour nous deux, je suis crevée », gémit Nathalie.

Elena et Tseng se penchèrent vers eux.

« Vous êtes là ! Mais où sont les autres ? » dit Elena.

« On ne sait pas, le chapeau s'est déréglé. Tout le monde aurait dû atterrir à Healen avec vous », dit Nathalie.

Rufus fronça les sourcils, l'air suspicieux. Kadaj n'était pas là. Dommage, il aurait aimé en finir avec lui. Et ces deux-là, qu'allaient-ils en faire ?

Soudain, une femme entra dans l'auberge, l'air affolé.

« Barret ! »

« Elmyra ? Que se passe-t-il ? »

La mère adoptive d'Aéris reprit son souffle, puis dit, l'air affolé :

« Marlène et Denzel… Les enfants ont disparu ! »

« Mais… comment ? Oh ! Cloud ! Le chapeau que Yakino nous avait prêté pour venir ici… tu l'as laissé où ? »

« Heu… »

Le blond se gratta la tête, l'air confus, quand ça lui revint : il l'avait laissé dans la chambre des enfants, justement ! Catastrophe ! Les enfants avaient dû jouer avec et tomber dedans par malchance !

Loin d'ici, à Edge, Loz et Frongeon venaient de tuer un soldat de Deep Ground, quand ils virent leur chapeau s'agiter. Deux petites formes en jaillirent : Denzel et Marlène, qui avaient l'air déboussolé.