Chapitre 13 :
La haine de Soluènn
Lorsque vint la nuit, le QG du WRO était toujours en effervescence, mais pas à cause de l'ennemi. En fait, Azul avait été ligoté une deuxième fois et enfermé dans une nouvelle salle blindée. Mais Rosso avait tué l'escorte et fui avec lui. Personne n'avait pu les poursuivre. Pourtant, on avait des doutes : comment un type aussi bruyant et grand pouvait ne pas être remarqué ?
Puis les soldats du WRO avaient accueilli une flotte de vaisseaux commandés par Cid. Tous avaient alors monté à bord : tous les soldats du WRO, avec Reeve à leur tête.
Shalua avait eu un peu de mal à convaincre Shelke de monter. Cette dernière était enfermée dans un mutisme borné depuis sa discussion avec Azul, et elle n'accordait son attention à personne.
Vincent avait monté dans le vaisseau spécial piloté par Cid lui-même. Telian et tous ses compagnons étaient aussi à bord,.
Le soir, ces derniers étaient dans la salle à manger du vaisseau. Senki avait décidé de fêter le retour de Telian avec une tournée d'alcool.
Au moment de servir, le jeune homme regarda autour de lui.
« Où est Telian ? » dit-il.
« Quel manque de tact ! Elle est avec Kadaj, évidemment ! » dit Yakino.
« Je suis si contente qu'elle soit revenue ! » dit Frongeon.
« C'est dingue, cette histoire ! Alors comme ça, vous venez d'une autre planète, vous, les Tabhaisavers ? » dit Loz.
Nathalie rougit. Son père, Nosféa, prit la parole :
« Cela ne veut pas dire que nous sommes comme Jenova. Regardez tout ce que Telian a fait pour vous. »
« C'est vrai », admit Yazoo.
Sur le pont, Telian était appuyée à la rambarde, regardant le paysage défiler sous ses yeux. Les forêts, les plaines, les mers de Gaïa… jamais elle n'avait été aussi heureuse de revoir tout cela ! Elle se tourna vers Kadaj, et s'aperçut qu'il n'était pas à côté d'elle.
Il était accroupi au sol, à quelques mètres d'elle. Il avait la tête enfoncée dans ses genoux repliés contre lui.
« Kadaj ? Qu'est-ce que tu as ? »
Puis elle comprit.
« Oh, allez ! Ne fais pas cette tête, tout ce que tu as fait appartient au passé, maintenant ! Tu es de retour parmi nous, voyons ! Tu n'y étais pour rien, Kadaj. Même si tu m'as poignardée au ventre et envoyée dans l'au-delà. »
À ces mots, Kadaj se redressa et poussa un cri évoquant celui d'un chien blessé. Telian sursauta. Puis elle reprit :
« Et blessé Tifa jusqu'au sang. »
Kadaj se mit à se tordre sur place.
« Et failli tuer Frongeon, Hidaka, Tseng, Elena et tes frères. »
Le jeune homme plaqua les mains sur ses oreilles, priant pour qu'elle arrête d'énumérer ses crimes.
« Et invoqué Bahamut qui a détruit l'école pour laisser Deep Ground capturer les élèves ! »
Kadaj se mit à pleurer.
« Mais c'était à cause du contrôle mental de Weiss. Tu n'as rien à te reprocher. »
Kadaj tomba au sol, comme si cette dernière phrase l'avait achevé. Atrocement gênée, Telian se gratta la tête.
« On dirait que tu n'es pas de cet avis », dit-elle d'une petite voix idiote.
Enfin, le jeune homme se redressa et parut un peu plus calme.
« C'est vrai, je n'y pouvais rien. Mais même sous son contrôle, comment ai-je pu… ? Et le pire, c'est que je n'ai que des souvenirs flous de tout ça… Comment me faire pardonner ? Je ne peux même pas te regarder en face. »
Telian réfléchit soigneusement avant de répondre :
« Je peux comprendre ça. Je ne te cache pas que j'en ai souffert… au point de vouloir t'oublier. »
Kadaj bondit en arrière, la regardant avec l'air choqué. Telian rougit, puis reprit : « J'ai failli, mais je ne l'ai pas fait. J'ai continué d'espérer, jusqu'au bout. J'en ai assez des remords. Ce sont ces choses qui rendent les liens si fragiles entre les membres d'un groupe. Assume, mais ne t'enfonce pas là-dedans. Tout ce que je veux désormais, c'est que nous soyons toujours tous ensemble. Ici, je suis une terrienne et une Tabhaisaver, je suis différente des autres. C'est vous ma famille, sur cette planète : Yakino, Senki, Frongeon, Loz, Yazoo, Nathalie… et toi, Kadaj. »
Elle se blottit contre lui.
« S'il te plaît, dis-moi que tu es encore un des nôtres… »
Le jeune homme la serra dans ses bras.
« Oui, je le jure. J'en fais la promesse formelle. Je ne t'oublierai plus jamais. »
Telian sourit. Elle se sentait bien, ainsi. Elle avait envie que cela dure éternellement.
Cachée derrière la porte d'entrée de la plate-forme, Yakino les regarda. Un sourire triste régnait sur ses lèvres. Ce genre de scène lui rappelait son ancien amour, Sam.
La jeune femme se frotta les yeux. Pourquoi pleurer alors que tant de choses s'étaient améliorées ?
Résolue, elle prit le chemin de sa cabine. Arrivée devant la porte, elle s'arrêta. Elle sentit une présence et la reconnut.
« Nous avons encore un compte à régler, Yakino. »
La jeune femme se retourna, faisant face à Soluènn. Cette dernière avait ôté sa cape et sorti son sabre. Elle lui en tendit un autre.
« Suis-moi », dit-elle.
Les deux femmes plongèrent dans un chapeau wutaïen que Soluènn avait prévu. Elles réapparurent dans la plaine que survolait le vaisseau.
« Tu m'en veux encore, Soluènn ? Pourquoi as-tu aidé Telian à revenir, dans ce cas ? » dit Yakino.
« Je n'ai jamais été du côté d'Élion, il m'a toujours menacée, moi comme les autres. Mais je n'ai jamais oublié ce que tu m'as fait, Yakino. Je te l'ai dit, nous avons un compte privé à régler ! »
Elle fonça sur la jeune femme. Les lames s'entrechoquèrent, toutes deux se mirent à se battre. Souples et rapides, elles paraient chacune les coups de l'autre avec grâce et vitesse. Yakino sentit les souvenirs revenir.
Autrefois, elles s'étaient entraînées au sabre, toutes les deux. C'était il y a si longtemps…
XxXxXxXxXxX
Il y a 25 ans, auparavant, sur Gaïa…
« Plus haut, la garde, Soluènn », dit Yakino.
Les deux filles portaient une tenue d'entraînement noir, et maniaient des bâtons pour le combat. Soluènn, à peine âgée de quinze ans, obéit et ajusta son bâton.
« Attaque ! » dit Yakino.
Soluènn bondit sur elle. Son bâton fut bloqué par celui de son professeur. Les deux filles bondirent chacune en arrière et se mirent en position d'attaque. Soluènn serra plus fort son bâton. Yakino vit le corps de l'enfant s'illuminer d'une lueur bleu électrique comme le pouvoir de Ramuh, le dieu de la foudre.
Chaque Tabhaisaver était lié à un dieu qui l'amenait sur Gaïa et le guidait parfois dans ses rêves, du moins au début. Les Tabhaisaver ne révélaient jamais qu'à leurs ennemis le nom et le pouvoir de leur dieu, par mesure de sécurité, et peut-être aussi par fierté. Mais Soluènn ne contrôlait pas bien son énergie, elle en débordait et Yakino, vétéran dans le métier, pouvait aisément déceler les énergies. Voilà pourquoi les Cetras l'appelaient Maîtresse des Forces. Mais par respect pour son élève, Yakino ne lui avait jamais dit qu'elle connaissait son dieu. Elle ne faisait que lui enseigner le contrôle.
Soudain, Soluènn s'arrêta et tourna la tête vers l'entrée. En voyant la personne qui se tenait dans l'embrasure, l'adolescente poussa un petit cri et tomba à genoux.
« Pardon, je ne vous avais pas vue, dame Ifalna ! » dit-elle.
La jeune femme enceinte lui sourit. Comme toujours, Soluènn se montrait excessivement respectueuse. Pourtant, cela faisait maintenant un an qu'elles vivaient ensemble dans la maison du professeur Gast, à Icicle Lodge. Elles étaient amies, mais Soluènn ne pouvait s'empêcher de la respecter comme une servante face à une noble.
Ifalna entra dans la pièce. Elle portait une robe rose-violet comme à son habitude, mais elle avait cessé de porter un châle violet autour de la taille, son ventre ayant pris du volume depuis plus de cinq mois de grossesse.
« Relève-toi, Sol, dit-elle. Je te l'ai déjà dit, appelle-moi Ifalna, nous sommes amies ! Je ne vous dérange pas, au moins ? »
« Non, pas du tout », dit Yakino.
« Et qui gagne ? »
« Hum… je dirais que nous étions à égalité, pour le moment », dit Soluènn, avec un sourire taquin.
« Ho ! Ho ! Oui, c'est ça ! Excuse-nous, Ifa, mais Sol a encore besoin de leçons de précision. »
Les trois filles rirent doucement.
« Eh bien ! On rigole bien, ici. Je peux venir, ou c'est une affaire de femmes ? »
Les trois filles se tournèrent pour faire face à un homme brun, avec une moustache et des lunettes. Il portait une blouse blanche de scientifique par-dessus ses vêtements.
« Ifalna ! Que fais-tu ici ? Si les filles s'entraînent, ça pourrait être dangereux pour toi, et le bébé… »
« Nous avions cessé de nous entraîner, professeur. Oh, je suis désolée de vous avoir interrompu en pleine milieu de votre phrase ! » dit Soluènn en s'inclinant.
Les trois adultes sourirent. Soluènn s'excusait vingt fois minimum par jour.
« Yakino me dit que tu fais d'énormes progrès, Sol », dit le professeur.
L'adolescente rougit. Le professeur posa une main bienveillante sur sa tête. Soluènn ferma les yeux. Chaque fois que le professeur caressait ses cheveux, elle se sentait étrangement apaisée. Ifalna et Yakino étaient ses idoles, mais le professeur Gast était comme un père ou un oncle pour elle, tant il se montrait chaleureux. Il était l'un des rares humains de cette planète qu'elle appréciait.
Tout le monde quitta la salle d'entraînement, et prit des chemins différents. Soluènn se dirigea vers la salle de bains pour prendre une douche, Ifalna et Gast allèrent dans leur chambre. Yakino partit ranger les bâtons d'entraînement dans un placard, puis elle monta l'escalier pour se diriger vers sa propre chambre.
Elle avait franchi l'entrée, quand elle perçut une présence. Elle sentit une main se poser sur son épaule. Sans réfléchir, elle la saisit et jeta de toutes ses forces l'intrus au sol.
Un jeune homme blond tomba sur le plancher devant elle.
« Oooooooh ! Oh, mon dieu ! Sam ! » gémit Yakino, catastrophée.
« Surprise ! » dit le malheureux d'une toute petite voix.
Penaude, Yakino l'aida à se relever. Sam avait vingt ans comme elle. Il la dépassait d'une tête et était plutôt joli garçon.
« Pfiouh ! Tu te défoules sur moi, une fois ton élève partie ? » gémit le jeune homme.
« Excuse-moi, dit Yakino. Elle progresse beaucoup, tu sais ? »
« Tu crois qu'elle me fera subir le même sort, si je l'approche ? »
Yakino sourit.
« Pourquoi tu es là ? Tu n'aidais pas le professeur Gast sur une de ses machines ? »
« Si, bien sûr ! Mais c'est fini. Il est d'ailleurs venu vous voir, après ça, non ? »
« Ah oui ! Bon. »
Yakino se dirigea vers la salle de bains, quand elle sentit la main de Sam l'arrêter à l'épaule. La jeune femme prit un air un peu inquiet. Oh non, pas encore…
« Sam, écoute, je… »
Elle se retourna pour lui parler, mais les yeux brûlants du jeune homme l'arrêtèrent. Il l'embrassa. Yakino hésita. Après tout, un simple baiser…
Mais Sam ne parut pas s'en contenter, car il la serra fort contre lui et l'embrassa une deuxième fois. La jeune femme le repoussa et se dirigea vers la porte.
« S'il te plaît, arrête, et sors », dit-elle avec tristesse.
Sam baissa la tête. Oui, il savait, bien sûr, mais… Il s'approcha de la porte et soudain, contre toute attente, il la referma et plaqua Yakino contre lui. La jeune femme se retrouva bloquée entre le bois de la porte et Sam.
« Combien ? ! Combien de temps cela va-t-il encore durer ? » dit-il.
« Sam… tu sais aussi bien que moi… je suis une Tabhaisaver, je n'ai pas le droit… nous ne pouvons pas nous aimer, j'ai une mission à remplir ! »
Sam baissa la tête.
« C'est si dur… si pénible… » dit le jeune homme.
Yakino sentit les larmes monter à ses yeux. Elle en avait conscience, elle aussi. Mais l'amour ne devait aveugler le Clairvoyant.
« Un jour », dit Yakino.
Sam releva les yeux. La Japonaise posa les mains sur ses épaules.
« Un jour, quand ma mission sera finie, nous rentrerons sur Terre, et là… nous pourrons nous marier et avoir des enfants, comme Gast et Ifalna ! Je te le promets, Sam. »
Surpris, le jeune homme ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il n'avait jamais abordé le sujet du mariage, de peur que cela brise leur relation déjà si fragile à cause des barrières qu'ils s'étaient imposées.
Yakino se plaqua contre lui et lui donna le plus long baiser qu'ils s'étaient jamais donnés depuis qu'ils s'aimaient.
Ils restèrent encore un instant enlacés, puis Sam sortit de la chambre. Yakino perçut un bruit à la fenêtre. Elle se retourna et vit une petite tête noire dans la neige, juste devant sa fenêtre. Soluènn !
Lorsqu'elle réalisa que Yakino la voyait, l'adolescente s'enfuit. Yakino sauta par la fenêtre et courut à sa poursuite.
« Soluènn ! »
L'adolescente courut plus vite, mais Yakino apparut brusquement devant elle. Bien sûr, elle maîtrisait la télétransportation !
« Soluènn… »
« Je sais », dit l'adolescente. Pourtant, elle avait un regard froid. Son visage semblait amer. « Vous l'aimez plus que moi, n'est-ce pas, dame Sato ? »
Yakino reçut ces paroles comme un coup de poing au cœur.
« Que racontes-tu là ? Tu es mon élève et mon amie, je… »
Soluènn n'était pas amoureuse de Yakino, elle l'aimait juste comme une fille aime sa mère, et elle était jalouse de l'attention que Yakino portait à un humain ordinaire.
Réalisant soudain son audace, l'adolescente tomba à genoux.
« Pardonnez-moi ! Je ne suis pas à ma place, pardonnez-moi ! Je… Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça, c'est juste que… je ne comprends pas pourquoi vous l'aimez, dame Sato ! Comment faites-vous pour protéger Ifalna, être aussi forte et aimer cet homme en même temps ? Je voudrais… je voudrais être la plus forte, pour vous protéger : vous, Ifalna, le professeur Gast et Sam ! Ainsi, vous pourriez retourner sur Terre, vous marier avec lui, avoir la vie que vous souhaitez, et moi je veillerais sur Ifalna et son enfant, puis… »
La main de Yakino sur sa tête l'arrêta.
« Tu fais un excellent travail, Sol. Alors ne te rabaisse pas. Je suis ton professeur, je suis la seule autorisée à t'évaluer, te critiquer ou te complimenter. »
Soluènn ne dit rien. Yakino se mit à genoux à son tour et la prit dans ses bras.
« Tu auras un magnifique destin de Tabhaisaver, ne t'en fais pas, murmura la Japonaise. Continue comme ça, c'est tout ce qui compte ! »
Soluènn lui rendit son étreinte.
XxXxXxXxXxX
C'était les souvenirs d'une époque de bonheur. Pourtant, d'autres souvenirs attisaient une terrible haine dans le cœur de Soluènn.
XxXxXxXxXxX
Un an après, à Icicle…
Soluènn se pencha. Aéris était allongée dans son berceau, jouant avec un chocobo en peluche.
« Elle est si jolie… elle a déjà des mèches brunes, comme sa mère ! » dit l'adolescente.
Assise dans un fauteuil près de la cheminée, Yakino leva la tête de son journal et lui fit signe que oui. Le bébé sourit. Soluènn lui rendit son sourire et déposa un baiser sur sa joue.
Le professeur Gast entra, suivi par sa femme qui semblait étonnée. Le professeur tenait une caméra dans ses mains.
« Bon, je vois que vous allez encore jouer au producteur de film. Nous vous laissons, c'est l'heure de l'entraînement, dit Yakino en se levant. Tu viens, Sol ? »
L'adolescente la suivit hors de la pièce.
« Encore une vidéo ? » dit Ifalna.
« Ne veux-tu pas immortaliser la jeunesse de notre enfant ? »
Ifalna eut un geste de recul.
« Si tu continues à la gâter comme ça, elle ne deviendra pas très forte… Elle est différente des autres enfants. Il faut qu'elle sache affronter les pires dangers. »
« Ne dis pas ça. Je vous protégerai, toi et Aéris, quoiqu'il arrive. Vous êtes tout ce que j'ai, je ne vous abandonnerai jamais ! »
Ifalna mit les mains à ses yeux, pour retenir des larmes d'émotion.
« Je… je ne t'ai jamais remercié, je crois… Si on ne s'était pas rencontré, je… »
Gast la serra dans ses bras. Quand on frappa à la porte. Ifalna alla ouvrir. Deux gardes Shinra entrèrent, accompagnés par Hojo.
« Non ! Pas eux ! » gémit Gast en reculant.
Ifalna se cacha derrière lui.
« Hé ! Hé ! Hé ! Je te cherchais depuis longtemps, Cetra, dit Hojo. Professeur Gast, vous aussi ça fait un bail… »
« Hojo ! Comment as-tu su ! ? » dit Gast.
« J'ai soulevé les montagnes pour vous retrouver. Deux ans d'attente, voilà le prix que j'ai payé pour ce nouveau specimen. Ha ! Ha ! Ha ! »
« N… nouveau specimen ? ! Tu… tu ne parles pas d'Aéris, j'espère ? »
« Aéris ? Quel joli nom pour un specimen. »
Gast se posta devant le berceau où sa fille commençait à geindre.
« Je… J'ai coupé tout mes liens avec la Shinra ! Va-t-en, Hojo. »
Ifalna s'approcha d'Hojo.
« Aéris n'a rien à voir là-dedans. Tout ce que tu veux c'est moi, non ? »
« Ifalna ! » dit Gast.
« J'aurai besoin de vous tous pour mon expérience. Vous comprenez cela, professeur, n'est-ce pas ? Il faut changer l'avenir de la planète », dit Hojo.
Les gardes s'avancèrent.
« Je… je ne vous laisserai pas faire ! » dit Gast.
Les soldats brandirent leurs armes.
« Non, pas de combat s'il vous plaît, ne gâchons pas ces merveilleux specimens. Hmmm ? » Hojo se tourna vers l'écran. « Quelle belle caméra ! Toi, détruis-la ! »
Un garde tira sur l'appareil, qui explosa en miettes.
« Qu'est-ce qui se passe ? Hojo ! ? » dit Yakino, entrant dans la pièce.
Hojo se tourna vers elle.
« Tiens ! Mais qui es-tu, toi qui connais mon nom ? Une wutaïenne ? »
La jeune femme examina la situation. Il y avait des gardes armés. Elle interrogea Ifalna du regard. Cette dernière lui jeta un regard suppliant.
Pas de combat ici, je t'en supplie, sauve-toi ! dit la Cetra mentalement.
Yakino serra les poings. Fuir ? Elle avait cette idée en horreur !
Ifa…
Yakino, je t'en conjure ! Ils nous veulent intacts tous les trois, pour nous examiner au labo, alors nous ne risquons rien ! Si tu meurs maintenant, qui viendra nous sauver ? Et Soluènn ? Et Sam ?
Agacée, Yakino coupa la discussion télépathique et dit :
« Ifalna, pauvre idiote ! Je ne vais pas les laisser t'enlever, c'est mon devoir de te protéger ! »
Et sur ces mots, elle tendit les mains. Un rayon vert jaillit de ses paumes et frappa les soldats, les réduisant au tapis. Elle allait se tourner vers Hojo, quand un coup de feu retentit.
Soluènn entra dans la pièce à son tour, et ne comprit d'abord rien. Yakino tomba sur le sol. Du sang se mit à couler de son ventre. L'adolescente leva les yeux et vit Hojo, qui tenait son fusil au canon fumant. Il avait tiré sur la jeune femme !
« Dame Yakino ! » dit Soluènn.
Ifalna et elle coururent à son chevet. La jeune femme avait les yeux fermés, elle respirait à peine.
« Sol… » murmura Yakino.
Puis plus rien. Elle avait perdu connaissance. Les gardes se redressèrent. Soluènn leva lentement la tête. C'était si soudain… si brutal…
L'adolescente ne comprit rien à ce qui se passa ensuite. Elle vit Gast se jeter sur Hojo. Les deux professeurs se mirent à se débattre, l'un essayant d'arracher le fusil, l'autre essayant de le braquer sur Gast pour le tuer.
« Ifalna ! Prends Aéris et fuis ! » dit le père.
« Non ! ! ! Chéri ! »
Il y eut un nouveau coup de feu, puis Gast tomba sur le sol. Soluènn vit tous les gardes braquer leurs armes sur elle. La voix de Yakino retentit dans sa tête.
FUIS !
Soluènn obéit. Elle courut vers le mur, et pour la première fois depuis son apprentissage, parvint à le traverser avec sa magie. Elle s'enfuit dans la neige, vers les montagnes.
XxXxXxXxXxX
Les souvenirs s'évanouirent. Yakino prit conscience qu'elle était maintenant dans la plaine, et qu'elle combattait son apprentie.
« Pourquoi, Soluènn ? Pourquoi m'en veux-tu, alors que je t'avais demandé de partir pour rester en vie ? »
« Je te hais, sale garce ! Après avoir fui, j'ai remué ciel et terre pour vous retrouver, toi, Sam, Ifalna, Gast et Aéris ! Et il y a deux ans, je t'ai vue, dans le cimetière des trains de Midgar, tu venais de parler à cette gamine, cette Telian ! Tu n'as fait que t'occuper d'elle, tu n'as jamais rien fait pour me retrouver, et tu n'as même pas pu protéger tous les autres ! Et tu m'avais oubliée ! Je t'ai même maudite, le jour où je t'ai vue emporter cette fille sur l'île des Clairvoyants ! Je t'ai maudite, et je ne le regrette absolument pas ! J'ai rejoint Élion pour obtenir la force qui me permettrait de te capturer et de te tuer ! »
Soluènn tendit la main et lança un rayon de lumière. Yakino le para d'un bouclier d'énergie. Les deux femmes s'élevèrent dans les airs.
« JE NE TE PARDONNERAI JAMAIS, YAKINO ! Tu as osé trahir ma confiance, tu as oublié le respect que je te vouais ! JAMAIS… JAMAIS JE NE TE… »
Yakino vit des larmes qui perlaient aux coins des yeux de son ancienne élève. N'y tenant plus, elle balaya l'espace de son sabre si violemment que Soluènn fut désarmée.
La malheureuse tomba au sol. Yakino l'immobilisa, le pied sur son ventre, la pointe des deux sabres contre sa gorge.
« Pourquoi ? » murmura Soluènn.
Elle leva des yeux embués de larmes vers Yakino.
« Pourquoi ? Pourquoi ne m'avez-vous pas… demandé de revenir ? Je vous aurais aidée à protéger Telian et Aéris, quand elle vivait encore ! »
Il y avait de la douceur dans la voix de Soluènn, maintenant, et du chagrin. Yakino la dégagea. La jeune fille se redressa. Mais lorsqu'elle essaya de se lever, ses jambes tremblèrent. Elle tomba à genoux et pleura de plus belle.
« Je voulais juste vous revoir… dame Yakino ! » gémit Soluènn.
« Tu es devenue tellement forte… Je n'ai plus rien à t'apprendre, Tabhaisaver Soluènn Hawkins », dit Yakino avec fierté.
Pour toute réponse, Soluènn gémit. Yakino la prit dans ses bras et lui murmura des paroles réconfortantes, comme autrefois.
