Chapitre 19 :
Prix n°1 ou prix spécial ?
La traversée de la mer dura deux jours. Il ne se passa pas grand-chose, sauf de légers problèmes, comme Senki, qui avait toujours peur de l'eau. Kadaj s'amusa plusieurs fois à essayer de le jeter à la mer, mais il le rattrapa toujours au dernier moment.
Et la réserve de noix du bateau fut vite descendue, trop vite d'après certains. Frongeon fut suspecté, une enquête fut même menée par Telian et Nathalie, mais le gobelin fut introuvable. Qui se serait douté qu'il s'était caché dans un tonneau de bière aussi gros que lui (dû à la consommation exagérée de noix et de bière).
Enfin, arrivés sur la berge est du continent de Midgar, les élèves se dispersèrent. Plusieurs échangèrent leurs numéros de PHS pour garder le contact, puis ce fut la dispersion. On abandonna le bateau.
Bientôt ne resta plus que Telian, Yakino, Nathalie, Kadaj, Yazoo, Los, Frongeon et Senki.
Ils reprirent le bateau (malgré les protestations de Senki) et voguèrent jusqu'à Wutaï. Yakino avait insisté pour se diriger là-bas. D'après une étrange rumeur, on avait vu un curieux homme roux traîner dans les rues de cette ville, ces derniers jours.
Le jour de leur arrivée, c'était la fête de fin d'année. Dans les rues, les gens étaient au marché. Telian et ses compagnons se dispersèrent.
Comme les autres, Nathalie et Senki se mêlèrent à la foule.
Soudain, le rouquin aperçut un stand où une femme proposait un jeu de tombola. Un client venait de faire tourner une petite roue d'où s'échappa une bille blanche.
« Vous avez eu une bille blanche. Quatrième prix : une serviette spéciale. Merci, monsieur ! » dit la dame.
Senki regarda la liste des prix affichés derrière la femme. L'une des affiches attira son attention : un voyage en ski à Icicle pour un couple.
Soudain, le jeune homme se mit à rêver : s'il gagnait ce prix, il pourrait aller visiter le Continent Nord avec Nathalie !
Il se voyait déjà skier sur la poudreuse avec elle. Puis ils s'assiéraient sur une colline enneigée pour contempler le Cratère Nord…
« La neige est bien poudreuse, en cette saison », dit Senki.
« Oui, mais mes mains sont gelées », dit la jeune fille en les frottant.
Le rouquin sourit.
« Nathalie, donne-moi tes mains. »
Curieuse, la jeune fille obéit. Senki ouvrit sa veste et posa les mains de Nathalie sur son pull chaud. L'adolescente rougit. Senki la prit par les épaules et la serra contre lui. Nathalie pouvait entendre battre son cœur contre son oreille… Elle se sentait bien au chaud contre lui.
« Senki ? HEHO ! Senki, tu m'entends ? »
Le jeune homme cligna des yeux. Nathalie agitait la main devant son visage, sur la place du marché de Wutaï.
« Tu rêvais ou quoi ? Tu avais un drôle de sourire béat », dit la jeune fille.
Senki prit soudain l'air particulièrement féroce. Son corps entier semblait recouvert de flammes !
« PARFAIT ! Je l'aurai, MOI, ce premier prix ! ! ! ! ! ! ! ! »
Il jeta violemment son billet de tombola sur la table.
« Heu… je… allez-y », dit la femme, effrayée face à ce rouquin hystérique.
Senki fit tourner la roue. Puis une bille jaune en sortit. La femme sourit et attrapa une cloche. Elle la secoua. La foule s'amassa autour de la table.
« Félicitations ! Vous avez gagné le prix spécial ! » dit la femme.
Senki se mit à pleurer d'émotion, puis il dansa sur place, fou de joie. Le prix spécial ! Il avait gagné ! Ils pouvaient aller skier.
Mais soudain, contre toute attente, on lui mit un masque de vache rouge sur la tête et une grande cape bleue. Puis on le poussa sur une estrade où des musiciens wutaïens se mirent à jouer du tambour et de la flûte.
Senki réalisa brusquement son erreur : le voyage en ski était le premier prix. Et le prix spécial était une danse Shishimai, une danse traditionnelle de Wutaï avec masque et costume. Il était en train de se faire ridiculiser pour rien !
Une fois la danse finie, il sauta de l'estrade et essaya de s'enfuir, vexé. Nathalie avait dû bien rire de lui.
« SENKI ! »
Il courut plus vite, mais se retrouva coincé dans un cul-de-sac. Nathalie le rattrapa et tomba à genoux, essoufflée.
« Eh ! Pourquoi tu t'es enfui ? Tu sais, c'était pas si mal ! Ce genre de danse existe aussi sur ma planète, j'ai déjà vu ça dans un documentaire japonais ! »
« Tu as dû bien rire de moi, avoue ! »
La blonde sourit et attrapa Senki par le bras.
« Tu voulais le voyage en ski, c'est ça ? »
« Heu, oui, mais… »
Nathalie se lova contre lui.
« C'est gentil ! Mais tu sais, je n'aime pas trop le ski. Par contre, j'adore le patin à glace. Viens, j'ai une idée ! »
Elle le prit par la main et l'entraîna vers les montagnes. Ils arrivèrent bientôt près d'un lac.
« Utilise une matéria de glace », dit Nathalie.
Senki utilisa un sortilège et transforma le lac en un superbe miroir lisse.
« Mais comment on fait, sans patins ? » dit le rouquin en rangeant la matéria dans sa poche.
« On improvise ! Allez ! »
Elle le poussa sur la surface glacée. Senki faillit perdre l'équilibre. Nathalie le rattrapa de justesse. Senki dut admettre qu'elle était douée : même sans patins, la jeune fille glissait avec un équilibre parfait. Ses longs cheveux dorés flottaient autour de son beau visage, tandis qu'elle glissait avec grâce, telle une danseuse étoile.
Soudain, Senki perdit l'équilibre, une nouvelle fois, tant il s'était perdu dans la contemplation de sa compagne. Elle le rattrapa de justesse. Ils se tenaient maintenant dans les bras, l'un de l'autre. Senki rougit. Il sentait son cœur battre plus fort.
Et soudain, des oreilles de lion sortirent de sa tête. Flûte, il avait perdu le contrôle ! Les mains sur les oreilles, il regarda autour de lui, espérant que personne ne l'avait vu. Nathalie posa ses mains sur sa tête puis, sans hésiter, l'embrassa.
Senki ouvrit des yeux ronds de stupeur, puis la serra contre lui. Il était plus heureux que dans son rêve du ski.
XxXxXxXxXxX
Cachés derrière un arbre, Kadaj et Telian regardèrent les jeunes gens en souriant. Ils avaient prévu de les rejoindre mais ils allaient finalement se promener dans leur coin, sans gêner les amoureux.
« Je me demandais quand ils s'avoueraient leur amour, ces deux-là », dit Telian.
« Pas étonnant que ça ait pris du temps, quand on voit quel idiot est Senki. »
« Kadaj, voyons ! »
« Faisons comme si je n'avais rien dit. »
Telian prit l'air sévère, mais au fond elle n'était pas fâchée. Senki et Kadaj adoraient se disputer, on ne pouvait rien y faire. C'était une tradition qui faisait du groupe ce qu'il était ! Ils retournèrent sur la place du marché et se mirent à se promener.
Soudain, il y eut des cris. Telian vit alors quelque chose d'horrible : une des maisons sur leur gauche venait d'exploser ! Les gens prirent panique et se mirent à se bousculer, certains pour fuir, d'autres pour approcher.
Telian trébucha et tomba sur le sol. Le temps qu'elle se relève, Kadaj avait disparu de son champ de vision. Il avait dû être emporté par la cohue.
La jeune fille courut dans une ruelle déserte. Là, elle reprit son souffle. Elle avait eu si peur !
Une fois les battements de son cœur revenus à un rythme normal, elle se prépara à revenir en arrière, quand elle eut un frisson. Il faisait froid, et elle n'avait pas pensé à prendre un manteau. Elle ne portait qu'une chemise de toile bleue, un pantalon noir et des chaussures sombres. Soudain, elle vit quelque chose de blanc tomber devant elle. De la neige !
Une brusque bourrasque de vent lui fouetta le visage. Et parmi les flocons, une petite chose noire flotta vers elle.
Telian tendit la main et cueillit… une plume noire. Elle en fut surprise. Mais elle le fut plus encore lorsqu'elle leva les yeux.
Devant elle se tenait un homme. Il portait une tenue de Soldat noir sous un grand manteau rouge vif. À travers ses cheveux brun roux, deux yeux Mako fixaient intensément Telian.
La jeune fille eut envie de bouger, parler, mais pour une raison incompréhensible, elle n'y arrivait plus. Elle tremblait, et pas seulement à cause du froid. Elle avait peur. Pourquoi ? Elle n'en savait rien. Sentiment pur et instinctif de danger. Cet homme semblait avoir surgi de nulle part. Et il la regardait si fixement…
Il s'avança vers elle, sans dire un mot. Telian le regarda, incapable de faire quoi que ce soit. Une fois près d'elle, il tendit la main vers sa joue, comme pour la caresser.
« TELIAN ! »
La jeune fille sursauta. Elle se retourna, et reconnut avec soulagement Tseng et Elena. L'homme derrière elle eut également un sursaut. Lentement, il abaissa la main et eut un sourire amusé.
Les Turk coururent près de Telian. Tseng se posta devant elle, comme pour la protéger.
« Vous deux, filez, je m'en occupe », dit le chef es Turks.
Elena acquiesça et entraîna Telian vers le marché. Une fois seul, Tseng dit :
« Que fais-tu ici, Genesis ? Toi que tout le monde croyait mort… »
« Mort ? Voilà bien les propos d'un vulgaire mortel. Ignores-tu que je suis le porteur du cadeau de la déesse ? »
Tseng sortit de sa manche gauche un couteau qui jeta vers Genesis. La lame trancha la joue droite, mais Genesis ne réagit pas. Du sang coula sur le sol.
« Ne t'approche pas de cette fille », dit Tseng.
Genesis haussa les épaules.
« Encore une fois, tu ignores où est ta place. »
« Pourquoi es-tu revenu ? »
« Rien ne prédira mon retour, même si le matin est empli de promesses. Pour devenir la rosée qui abreuve la terre, pour protéger les cieux et les terres de la poussière, se tiendra un sacrifice secret. »
Tseng fit la grimace.
« Loveless, hein ? Tu n'as pas changé, après toutes ces années. »
« Toi non plus, puisque tu ne comprends toujours rien. Qu'importe. J'étais venu chercher le dernier instrument nécessaire au sacrifice. »
Tseng parut soudain fort inquiet. Le sourire de Genesis ne fit que confirmer ses doutes.
« Je te l'ai déjà dit, ne t'approche pas d'elle ! »
« On se reverra », dit Genesis en faisant volte-face.
Le Turk le regarda s'éloigner avec mécontentement. Jamais il n'aurait cru revoir un jour cet homme. Lorsqu'il revint sur la place du marché, il vit Elena près de Telian, cette dernière assise sur une chaise abandonnée. Tout le monde avait évacué la place. Ils étaient seuls.
« Ça va ? » demanda Tseng.
« Oui », articula difficilement la jeune fille.
« Je t'aurais cru plus résistante que ça, pour fréquenter Kadaj et les autres. »
« Moi aussi, j'avoue. Mais cet homme… qui était-ce ? »
« Quelqu'un que tu ferais bien de ne jamais revoir, si tu veux rester en vie. Écoute, tu sais où aller ? »
« Oui, mais… »
« Bien, trancha Tseng. Alors retournes-y et reste là-bas jusqu'à ce que je viens te dire personnellement que tout danger a disparu. »
« D'accord », dit Telian, surprise.
Elle s'éloigna vers la forêt.
« Tseng ? Qu'a dit Genesis ? » dit Elena.
« Il en a après Telian. Je vais avertir le président, et demander aussi à Reeve d'activer un Cait Sith pour surveiller la fille.
XxXxXxXxXxX
Telian courrait à travers la rue, essayant de fuir sa propre peur.
Pourquoi ? Pourquoi ai-je eu l'impression que cet homme… ne faisait pas partie de ce monde ?
Soudain, quelqu'un attrapa son bras.
« Telian ! »
Telian se retourna pour affronter son ennemi, mais vit avec soulagement que ce n'était que Yakino.
« Du calme, c'est moi. J'ai rassemblé tout le monde », dit la jeune femme.
Kadaj, Loz, Yazoo, Frongeon, Nathalie et Senki arrivèrent à sa suite.
Soulagée, la jeune fille leur raconta ce qui venait d'arriver. Personne ne comprit ce que cela signifiait. Néanmoins, tout le monde convint d'une chose sûre : si cet homme avait inquiété Tseng à ce point, cela signifiait qu'il était dangereux.
« Genesis… ce nom me dit quelque chose », dit Yakino.
« En attendant, on fait quoi ? On n'a pas d'abri pour la nuit ! » dit Senki.
« Faux ! J'ai joué à la tombola, moi aussi ! Et j'ai gagné un billet gratuit pour un séjour au Gold Saucer ! » dit Nathalie en brandissant, toute fière, un magnifique ticket doré.
« Eh ? ! Je peux le voir ? Je peux le voir ? » dit Senki, tout excité.
« NON ! Je l'ai gagné, il est à moi ! » dit la jeune fille.
Yakino les regarda en souriant, puis elle leva la tête vers le toit d'une pagode et cria : « Tabun ! Soluènn ! Sortez de là ! »
Les deux jeunes Clairvoyants jaillirent de derrière le toit et atterrirent avec souplesse devant la jeune femme. Ils s'agenouillèrent et dirent en chœur : « Vous nous appelés, dame Yakino ? »
Telian et les autres les regardèrent avec surprise. D'où ils sortaient, ces deux-là ?
« Je savais que vous me suiviez, dit la Japonaise. Depuis quand êtes-vous là ? »
Soluènn se leva d'un bond et cria : « Depuis que vous avez intercepté Telian en l'attrapant par le bras et dit : ''Telian ! Du calme, c'est moi. J'ai rassemblé tout le monde''. »
« Mouais… autrement dit, depuis le début. Je vous avais pourtant dit que vous étiez libres d'aller où bon vous semblait, après le combat contre Deep Ground terminé ! »
« Je vous demande pardon de m'excuser ! J'ai tant de respect pour vous que je ne pourrais vous laisser aller n'importe où seule, madame ! »
Tabun se leva, l'air indigné.
« Eh, grande-sœur, c'est pas juste ! » Il se posta devant Soluènn et dit, la main sur le cœur : « Dame Yakino, je vous ai suivie en premier lieu ! Je suis celui qui vous aim… Ah ! » Il rougit et corrigea rapidement : « Non, non, non ! qui vous respecte le plus, je veux dire ! »
« HEIN ? Je la respecte sur un niveau supérieur au tien, andouille ! » dit Soluènn.
« HEIN ? Qu'est-ce que tu racontes, stupide frangine ? »
« Tu veux te battre contre moi, avorton ? »
« Viens, même pas peur ! »
« Oui, bon, coupa Yakino. Menez une petite enquête sur ce qui s'est passé dans la ville. Essayez de retrouver la trace de cet homme en manteau rouge dont Telian a parlé. »
« Ok », dirent les deux en chœur avant de disparaître.
