Chapitre 20 :

La Maîtresse des Forces

Un petit conseil, ce chapitre-là, ainsi que le suivant, sont particulièrement… éprouvants, je pense. Alors lisez-les avec le cœur bien accroché, d'accord ?

Juste un conseil en passant. Bonne lecture !


Sur Terre, en France, à Paris, dans une villa en banlieue…

« Gillian ! Eh, Gillian ! »

La porte de la cuisine s'ouvrit. Gillian entra, les cheveux en bataille, le visage chiffonné, son pyjama de travers.

« Bonjour, Gilly chérie ! » dit sa mère, déjà assise à table avec une tasse de café.

« Salut ! » dit son père.

Gillian tomba lourdement sur sa chaise et laissa tomber sa tête sur la table.

« Eh bien, eh bien ! Tu es ramollie comme une éponge. Dépêche-toi de t'habiller ou tu vas être en retard », dit son père.

« En retard ? Pourquoi ? »

« Tu as oublié ? Nous allons au festival d'histoire de France qui a lieu au Louvres, aujourd'hui ! »

Il est vrai que le père de Gillian était un fan du gospel, il adorait écouter ça.

« Papa, désolé, mais j'ai autre chose à faire, aujourd'hui », dit Gillian.

« Quoi ? Mais ce sera le festival ! Ce sera vraiment très instructif ! »

Pour toute réponse, Gillian fit reculer sa chaise plus loin de son père.

« Gilly est très occupée, ces derniers temps », dit sa mère avec douceur.

« Tchhh ! Réfléchis encore, voyons, Gillian ! » dit son père avec colère tout en mâchant une tartine.

Gillian se redressa et frappa la table de ses poings.

« Arrête de parler comme ça, d'abord ! »

« Quoi ? ! »

« Si tu étais un conducteur de mules ou un chef de cuisine dans un restaurant, je te comprendrais, mais tu n'es qu'un employé de bureau comme les autres ! Alors ça ne te va pas du tout ! »

Méprisant, son père se leva et mit un pied sur sa chaise avec les bras croisés, comme un conquérant.

« Arrête de m'embêter, idiote ! Je suis un Français pure souche ! »

Il ôta sa veste, révélant le costume qu'il avait mis à l'avance pour le festival d'histoire : des sabots, un pantalon blanc, une veste bleue avec une fausse baguette de pain dans une de ses poches, et un béret noir sur la tête.

« Je n'ai pas besoin qu'une gosse me dise comment m'exprimer ! »

« Maman, pitié, dis quelque chose ! » gémit Gillian.

« Pourquoi ? Chéri a l'air si cool ! » dit la jeune femme, les yeux rêveurs.

Découragée, Gillian retomba sur la table de tout son long. Plus tard, la jeune fille sortit et prit le train pour se rendre chez Roxane, la grand-mère de Telian.

XxXxXxXxXxXxX

Telian n'avait jamais pris le temps de visiter le Gold Saucer. Cet endroit était incroyable. Surtout quand on voyait les ruines de Corel à deux pas du téléphérique. Un si grand parc, aux attractions fort chères, à deux pas de ce village en ruines où vivaient de pauvres mineurs…

Ils entrèrent dans la première salle du parc. Le sol était recouvert de plaques aux couleurs vives. Des ouvertures rondes avaient été pratiquées dans les murs, chacune menant à un Square où se déroulait une activité particulière.

Senki regardait toutes les attractions avec fascination. Il mourrait d'envie de s'amuser. Nathalie et Frongeon aussi. Yakino, Telian et les trois argentés étaient inquiets à cause des problèmes actuels.

Soudain, une petite figure connue apparut à l'entrée du parc.

« Ça alors ! Vous ici, je ne l'aurais jamais cru ! »

« Cait Sith ! » dit Nathalie. Toute contente, elle le prit dans ses bras, sous le regard jaloux de Frongeon.

« Vous venez ici pour quoi ? » dit le chat.

« Juste passer une nuit de repos », dit Yakino. « Bon, dispersez-vous, amusez-vous. Mais n'oubliez pas que demain, on s'en va. Le prix gagné à la tombola ne dure qu'un séjour. »

Telian hésita. Tout le monde se dispersait, choisissant le tunnel menant à un Square particulier. Mais elle ? Elle n'avait pas le cœur à s'amuser, elle était toujours sous le choc de sa rencontre avec l'homme au manteau rouge.

Elle décida de partir à l'avance à l'hôtel. Arrivée à l'entrée, elle se présenta au guichet avec le billet de Nathalie. Tandis que le monsieur au guichet le poinçonnait, la jeune fille se retourna. Elle se figea en voyant quelqu'un arriver près d'elle.

« Ru… Rufus Shinra ! »

Ce dernier parut surpris en la voyant. Puis son visage devint froid.

« Je te croyais morte. Alors la théorie des clefs de retour est vraie. Tu as eu droit à revenir à la vie sur ta planète ? »

Telian ne dit rien, car un atroce souvenir lui revenait en mémoire. Lors de leur première rencontre dans son bureau, au QG Shinra d'Edge…

« À quoi tu penses ? Oh, je vois… » Le président afficha un sourire narquois. « Merci pour le baiser, l'autre fois. Mais j'avoue, depuis, j'ai envie de plus que cela. Qu'en dis-tu ? » Il coinça le menton de Telian entre ses doigts et rapprocha son visage. La jeune fille sentit la colère s'emparer d'elle.

« Ne te fous pas de moi ! »

Elle lui balança un coup de pied en plein ventre. Rufus recula sans paraître souffrir, juste légèrement surpris. Puis il ricana.

« Toujours aussi agressive, c'est ce qui fait ton charme ! »

« Que faites-vous ici, à la fin ? » dit Telian, les poings tendus.

Le président afficha un air sérieux.

« Je crois que c'est toi qui devrais répondre à cette question, Tabhaisaver. Pourquoi es-tu encore de ce monde ? »

« Co… comment ? »

« Pourquoi n'es-tu pas restée sur ta planète ? Tu n'as jamais fait partie de ce monde, que je sache ! Tu n'es qu'une étrangère tombée par hasard ici avec une de tes amies de classe. »

Telian serra les poings. C'était vrai, mais…

« Je… n'ai pas à vous écouter, laissez-moi tranquille ! »

Elle fit mine de s'éloigner, mais Rufus lui attrapa le bras.

« Je ne plaisante pas, Telian, je suis sérieux ! Ni toi ni Élion ni les autres terriens n'avez votre place ici ! Alors un petit conseil : si tu oses essayer de me doubler encore une fois, je dirai à Kadaj pour nous deux. »

Puis il s'éloigna, laissant la jeune fille seule avec son bras endolori.

XxXxXxXxXxXxX

Une semaine s'était écoulée depuis le départ de sa meilleure amie. Mais Gillian n'était pas triste. Elle savait que Telian était heureuse là-bas, avec ses amis et le garçon qu'elle aimait.

De son côté, Gillian s'efforçait de réviser pour ses propres examens. Mais aujourd'hui, pendant son week-end, elle comptait aller en Bretagne rendre visite à la grand-mère de Telian.

Arrivée à la villa, elle fut étonnée de voir que le jardinier ne s'occupait pas du jardin. La remise à outils était fermée, cadenassée.

La jeune fille entra dans la maison et vit que les meubles étaient recouverts de housses. Inquiète, Gillian grimpa jusqu'à la chambre de Roxane. Elle trouva cette dernière assise sur son lit, un livre dans les mains.

« Madame Riddle ? »

La vieille femme leva les yeux et sourit.

« Ah ! C'est toi, petite Gillian ? C'est gentil de venir me rendre visite avant que je m'en aille. »

« Vous vous en allez ? Où ? »

« Je vais… Oh, pas sur Gaïa, ne te fais pas d'idées ! Mais je dois aller à un endroit précis. Tu n'as pas besoin de savoir. Je suis contente que tu sois là, je comptais t'envoyer ceci par la poste, mais je profite de ta présence. Tiens. »

Elle lui tendit un livre. Curieuse, Gillian lut le titre : Loveless. Elle leva la tête pour poser une question, mais Roxane avait disparu.

Curieuse, la jeune fille ouvrit le livre. Il y avait une enveloppe à l'intérieur. Elle déplia le papier qu'elle renfermait et, lorsqu'elle lut, elle sentit son cœur se serrer.

Cette lettre… est-ce possible ? Telian… Mon dieu, pourquoi ?

XxXxXxXxXxXxX

Dans la salle à manger de l'hôtel du Gold Saucer, un bruit de vaisselle cassée retentit. Telian s'agenouilla et se mit à ramasser les débris d'assiette qu'elle avait fait tomber. Mécontente, Yakino s'approcha d'elle.

« Telian, tu peux te ressaisir ? Telian ? TELIAN ! » Elle lui tira violemment la joue et l'obligea à se relever.

« Quoi ? » demanda mollement la jeune fille.

« Comment ça quoi ? Regarde-moi ce massacre ! »

Telian suivit la direction de son doigt et vit, sur une des tables, une énorme pile d'assiettes et de verres en miettes. Nathalie venait d'y jeter les derniers débris et regardait la jeune fille avec un sourire embarrassé.

« Tu as l'intention de casser toute la vaisselle de l'hôtel ? » dit Yakino.

« Ce n'est pas bien, Nathalie ! Tu ne devrais pas faire ça », dit Telian.

La jeune fille reçut ces paroles comme un coup de poing en pleine figure.

« Mais ce n'est pas moi ! On se tue à te dire que c'est toi ! »

« Et je suis sûre… que mon cœur est en morceaux, lui aussi ! » gémit Telian en se prenant la tête dans les mains.

Les deux filles se regardèrent.

« Qu'est-ce qui lui arrive ? » dit Nathalie.

« Je ne sais pas », dit Yakino.

« Il t'est arrivé quelque chose ? » demanda Nathalie.

Telian leva la tête et se mit à pleurer.

« Ouiiiiiiin ! Je… je n'ose plus rien faire, c'est l'horreur ! Je ne pourrai plus jamais regarder Kadaj en face, c'est l'horreur ! Pourtant, tout ce que je veux, c'est aideeeeeeeeeeeeer ! »

Les filles reculèrent, stupéfaites. De quoi Telian parlait ? La pauvre avait perdu la tête ou quoi ?

« Quoi, tu n'oses pas progresser dans ta relation avec lui ? Tu sais, je ne crois pas que le fait que tu sois une terrienne pose problème, regarde comment je m'en sors avec Senki », lui dit gentiment Nathalie.

« C'est vrai… admit Telian. MAIS NON ! Ce n'est pas le fait que je sois une extraterrestre ici qui m'embête ! »

« Alors quoi ? » dit Yakino.

« La première fois que j'ai rencontré le président Shinra, il m'a embrass… » Elle plaqua les mains sur sa bouche. Oh non ! Puis elle reprit, toute rouge : « Heu, embarrassée ! J'ai été embarrassée parce qu'il a failli gagner contre moi, quand on s'est battu ! Mais bon, c'est rien, c'est rien ! »

Yakino fit la grimace.

« Ah, je vois ! Tu veux que je te trouve d'autres assiettes à casser ? »

Telian rougit. La Japonaise la prit par les épaules.

« Telly, ne t'en fais pas pour ça ! Je parlerai personnellement au président, d'accord ? Tu n'es pas la première fille à qui il brise le cœur, même si je sais que tu ne ressentais rien pour lui depuis le départ. Et quand tu étais… morte pendant un temps, Kadaj était dans un état bien pire que celui où tu te trouves actuellement. Mais n'oublie pas que si tu es ici, comme nous, c'est pour protéger la planète. Ce n'est pas un ancien tyran qui a réduit ce monde à la misère qui va t'empêcher de vivre, non ? »

« Non, mais… »

« Tu vois ! Alors maintenant, monte vite dans ta chambre avec Nathalie, je m'occupe de ce désastre. Nous partons dans une heure. »

Une fois seule, Yakino se tourna vers la vaisselle et claqua des doigts. Tous les débris se mirent à flotter dans l'air autour d'elle, puis les morceaux se recollèrent, comme un immense puzzle de vaisselle en trois dimensions. Bientôt, une pile d'assiettes et de verres brillants soigneusement rangés apparut sur la table.

La Japonaise eut un petit sourire triste en pensant à Telian. La pauvre… elle était encore si jeune, elle n'avait que dix-sept ans… Non, dix-huit, depuis l'aventure contre Deep Ground. Et Nathalie n'en avait que seize. Toutes deux n'étaient que des enfants comparées à elle, Yakino.

La jeune femme se sentait mal, ces derniers temps. Elle avait le pressentiment qu'un danger approchait, plus grand que tous ceux rencontrés jusque-là.

Déjà, le fait qu'Élion ne se soit plus manifesté l'inquiétait. Et ce mystérieux Soldat roux que Telian avait rencontré… Il ne manquait plus que Rufus Shinra vienne mettre son grain de sel dans l'histoire !

Mais soudain, la Japonaise eut un déclic. Rufus Shinra ici, au Gold Saucer… Sans ses Turks ? Non, impossible !

Yakino monta les escaliers quatre à quatre et courut dans sa chambre. Elle mit son sabre à sa ceinture, rajusta sa veste aux manches kimono, se fit un chignon serré, vérifia les plis de son pantalon bleu nuit comme la veste, puis elle sortit.

Elle traversa le parc d'attractions tranquillement, tous ses sens en éveil. Elle finit par le sentir. Il était là.

Elle le vit dans la foule : Rufus Shinra. Seul. Il croisa son regard et eut un sourire cruel, puis il disparut parmi les gens.

Yakino sourit aussi. Elle sortit lentement du parc et marcha vers les ruines de Corel. Les ruines étaient vides, les gens avaient évacué depuis des mois, à cause de Deep Ground et des troubles. Le WRO s'était engagé à leur trouver un autre hébergement. Barret Wallace travaillait activement à leur réinsertion.

Arrivée au centre de la ville, au milieu des ruines de maisons en tôle, la jeune femme attendit. Enfin, le président apparut.

« Tu as bien caché ton aura, je n'aurais pas imaginé que c'était toi, si Telian ne m'avait pas parlé de votre rencontre. »

Le président haussa les épaules.

« La preuve que ton temps s'achève, ma chère Yakino. Une fois que tu seras morte, je me ferai un plaisir de tuer Telian, puis Nathalie, et tous ces imbéciles de suppôts de Jenova. »

« Je ne te laisserai pas toucher à un cheveu de Telian et les autres Maintenant, Élion, finissons-en ! »

Le président se métamorphose. Son costume blanc devint une grande tunique verte, ses cheveux soigneusement coiffés se firent plus longs et intensément rouges comme le sang. Élion mit les mains à ses épaules et arracha les manches longues de sa tunique.

« J'attendais ce moment depuis longtemps, Yakino. Vraiment longtemps. »

« Tu sais que je n'ai pas envie de te tuer ! » dit la jeune femme.

« C'est pour ça que tu vas échouer. Pourquoi ne me rejoins-tu pas ? »

« Mais je n'ai aucune rancœur envers les humains de ce monde, Élion ! Ils sont… »

« SILENCE ! Ce monde veut notre mort, Yakino ! La Rivière de la Vie est un poison pour nous ! Tout ce qui nous entoure, tous ces gens ont une âme qui fait partie de cette Rivière ! Ils nous haïssent et veulent notre mort, eux aussi ! »

La Japonaise baissa la tête. Des larmes perlaient au coin de ses yeux.

« C'est vraiment triste… Mais si tu continues dans cette voie, alors je continuerai à suivre mon propre chemin, moi aussi ! »

« Très bien. Alors en garde, Maîtresse des Forces ! »

Il fonça sur elle et tenta un coup de pied vers le visage. Yakino riposta par le même mouvement. Leurs jambes se heurtèrent violemment. Ils bondirent chacun en arrière.

« Pas mal », dit Élion.

« Merci. »

« Mais regarde ça ! »

Le jeune homme tendit les mains. Un rayon verdâtre en sortit et fonça droit sur la jeune femme, qui l'esquiva de justesse. Mais, au lieu de poursuivre sa course en ligne droite, le rayon pivota brusquement sur le côté et revint vers Yakino.

La jeune femme brandit son sabre. La lame heurta le rayon qui disparut. Rassurée, elle se retourna et para un coup de poing d'Élion. Elle lui fit une entaille à la main.

Le jeune homme recula en gémissant. Maudite femme ! Yakino ne dit rien, elle haletait. Il était rapide, et son énergie avait affaibli la sienne, au contact du rayon sur sa lame.

« Rugis, Koïneko ! »

La lame de son sabre disparut, laissant la place à son fidèle léopard magique. Le fauve se jeta sur Élion et le mordit au bras. Le Tabhaisaver tomba au sol. Il avait complètement oublié cette attaque !

Satisfaite, Yakino se redressa. Elle vit les bras d'Élion tomber au sol, son corps ne remuait plus. La jeune femme ordonna à son léopard de reculer. La créature obéit et retourna près de sa maîtresse.

Celle-ci, curieuse, s'approcha. Élion était couvert de sang, la poitrine en lambeaux. La jeune femme posa la main sur son cœur. Il battait encore faiblement. Elle réfléchit. Devait-elle l'achever ?

Soudain, une main se referma sur la sienne. Élion ouvrit les yeux. Le rayon vert sortit de ses pupilles.

Yakino n'eut pas le temps de réagir. L'énergie verte traversa ses épaules.

Loin d'ici, au Gold Saucer, dans le hall d'entrée, Telian et Kadaj discutaient gaiement. Senki, Nathalie, Loz, Yazoo et Frongeon profitaient de leur temps libre pour de dernières attractions. Mais soudain, les deux jeunes terriennes eurent un sursaut.

À Wutaï, dans la ville où avait explosé la maison, Soluènn et Tabun eurent une horrible sensation désagréable, eux aussi. Même Koldor et Nosféa, isolés sur une des îles du nord de la planète, le ressentirent. Quelque chose venait d'arriver à l'un d'entre eux.

Yakino resta immobile, totalement sous le choc. D'abord, elle ne ressentit rien. Puis la douleur vint, fulgurante, horrible. Elle ne pouvait plus utiliser ses bras, les jointes des os venaient de disparaître aux épaules, désintégrées par le rayon d'Élion.

La jeune femme tomba en arrière. Avec effort, Élion se redressa et, invoquant une vieille formule magique Cetra, il disparut.

Yakino regarda le ciel. Le soleil brillait fort, ici. Mais malgré la lumière aveuglante, la jeune femme vit quelqu'un. Quelqu'un qui la fit sourire.

Oh, Sam… Depuis combien de temps es-tu là ?

« YAKINO ! »

Telian et Kadaj accoururent. Ils regardèrent avec horreur l'état de la jeune femme. Elle saignait aux épaules, enfin, ce qu'il en restait. Elle respirait à peine. Avec effort, elle ouvrit les yeux.

Kadaj sortit en réflexe une matéria de soin et lança un sort, mais la magie ne fit qu'envelopper le corps de la jeune femme. Il jura. Les matérias de soin ne fonctionnaient pas sur les terriens, ils n'avaient aucun lien avec la Rivière de la Vie !

« Kadaj ! » gémit Telian.

« Je… je vais chercher Nathalie, elle va te soigner ! » dit le jeune homme.

Telian trouva des morceaux de tissu vert au sol. Elle reconnut ceux d'Élion. Mais comment… ? Non ! Plus tard, les questions ! Elle s'en servit pour faire des compresses. Elle pansa les plaies en serrant aussi fort que possible !

Mais l'hémorragie ne s'arrêta que pendant quelques secondes. La jeune fille essaya de garder son calme, mais la peur grandissait. En voyant des larmes perler dans les yeux de son élève, Yakino eut un faible sourire.

« Eh, ne pleure pas, Telian… » Sa voix était faible, très faible. « Tu me connais, non ? Je ne vais pas mourir pour si peu… et te laisser toute seule. »

Telian ne fit rien, choquée par la faiblesse de la voix de Yakino.

« Ne parle pas, tu dois te reposer jusqu'à ce que Nathalie arrive ! » dit Kadaj.

Yakino voulut lever la main pour caresser la joue de Telian, mais elle avait trop mal. Et elle n'avait pratiquement plus de bras. Elle eut un rire douloureux.

« Quelle figure affreuse je dois faire ! Moi, la maîtresse des forces… sans bras… Mais à… quoi bon ? Même avec … des bras… je n'ai pas… sauvé… Ifalna… Gast… Sam… Aéris bébé… »

« Yakino, tais-toi ! dit Telian Nathalie va arriver, elle a le bâton de soin ! Tu sais, c'est elle la gardienne de la magie du soin dans notre groupe ! Et toi, Yakino Sato, notre conseillère… tu vas encore pouvoir nous faire la leçon, essayer de calmer Kadaj et Senki quand ils se bagarrent, et nous remonter à tous le moral, chaque fois que l'un de nous déprimera. Et puis, tu es une terrienne comme moi, non ? Tu retourneras sur Terre, au pire. »

Yakino soupira, et cracha du sang.

« Ma clé de retour… je te l'ai donnée. »

« Quoi ? ! »

« Le châle violet… »

Telian sentit ses mains se crisper, jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Sans clé de retour, sans la récompense du Cetra, le Tabhaisaver ne pouvait pas revenir à la vie nulle part ! Mais Yakino…

« Telly… jure-moi… de rester la même ! Continue… de te battre… contre les lois de ce monde ! »

« Mais enfin, pourquoi tu dis ça ? gémit Telian. C'est drôle, on dirait qu'on ne va plus se revoir. Non, arrête, ça va aller. Kadaj, veille sur elle, je vais voir Nathalie. Elle a dû ressentir le choc, elle aussi. Elle va arriver. »

« Oui », dit le jeune homme.

Telian se leva. Yakino la regarda s'éloigner, puis ferma les yeux.

Soudain, Telian sursauta. Au moment où le cœur de la Japonaise battit pour la dernière fois, elle le sentit. La sensation d'avoir perdu quelque chose. Partout, dans différents endroits de la planète, Koldor, Nathalie, Nosféa, Tabun, Soluènn, et même Élion le ressentirent également. Comme une bougie qui venait de s'éteindre, les plongeant tous dans le noir.

« Yakino… » murmura Kadaj.

Elle avait les yeux fermés. Ses longs cheveux noirs encadraient son beau visage. Elle semblait endormie avec un sourire sur les lèvres. Heureuse.

Telian resta immobile, le visage figé de stupeur. Comme un enfant qui venait de voir un vase tomber par terre et se casser, sans qu'elle n'ait rien pu faire, ni même prévoir.

Puis, elle sourit.

« Que… que se passe-t-il, Kadaj ? Hein ? HEIN ? EH ! ARRÊTE ÇA ! TU M'ENTENDS ? »

Kadaj ne dit rien. Telian tomba à genoux.

« Pourquoi ce visage ? Kadaj, tu dois… »

Elle rampa vers eux, mais ses bras cédèrent sous la peur et elle tomba au sol. Tremblante, la jeune fille reprit son chemin près de Kadaj, qui serrait fort Yakino dans ses bras, les mains sur sa poitrine, essayant de percevoir un battement de cœur.

« Kadaj ? Ka… » dit Telian.

« Yakino vient de… elle est m… »

Telian attrapa violemment Kadaj par le col de sa veste et le tira vers elle.

« TAIS-TOI ! C'EST FAUX ! Ne dis pas ça ! Arrête avec ces horreurs ! Je veux dire… elle parlait, là… elle me rassurait… comme toujours ! Hein ? HEIN ? HEIIIIN ? »

Elle secoua Kadaj, mais le jeune homme ne dit rien. Les dents serrées, il pleurait, ses yeux ne pouvaient pas retenir ses larmes.

« Bon dieu, dégage ! » hurla Telian. Elle le repoussa violemment et se pencha vers Yakino, qui n'avait pas réagi.

« Yakino. Ouvre les yeux. Eh ? »L'adolescente toucha sa joue. Elle était froide. Elle se mit à les frotter, espérant y ramener un peu de chaleur. Le beau visage de la Japonaise était blanc. Elle avait perdu tant de sang…

« Yakino… Yakino ! S'il te plaît, ouvre les yeux… Yakino ? S'il te plaît ! Par pitié… Yakino… YAKINOOOOOOOOOOOOO ! »

Elle tomba sur la poitrine de la jeune femme et se mit à pleurer.

Bien plus tard, Nathalie accourut, suivie par Senki, Loz, Yazoo et Frongeon. Ils se figèrent en voyant la scène. Yakino gisait dans un bain de sang, ses épaules semblaient tordues, comme s'il en manquait un morceau. Telian était allongée près d'elle, la tête posée contre sa poitrine, elle sanglotait. Et Kadaj était à genoux près d'elle, la tête basse, ses cheveux argentés flottant autour de lui.

« Eh ! Telian… Kadaj ! Qu'est-il arrivé à Yakino ? Elle est blessée ? » dit Senki.

Lentement, Kadaj se redressa. Tous furent horrifiés par son visage : il était sombre, ses yeux rouges, tant il avait pleuré. Il marcha près de ses amis et leur murmura : « Un instant avant… Élion… l'a combattue… et… » Il acheva par l'inacceptable.

Senki ouvrit la bouche, horrifié. Il voulut s'approcher, mais Kadaj le retint.

« Oh… Idiote… IDIOTE ! ESPÈCE D'ABRUTIE ! QU'EST-CE QUE TU FOUS ? Mourir maintenant… mais arrête ça, c'est pas possible ! C'est pas le moment de dormir ! T'es une magicienne, oui ou non ? Fais comme Telian, reviens à la vie ! »

Yazoo, Frongeon et Loz ne dirent rien, figés par la nouvelle. Nathalie vit le rouquin se tourner vers elle. Oh non ! Elle ferma les yeux, incapable de soutenir son regard. Elle sentit Senki entourer ses épaules de son bras.

« Eh, Nat… Sois sympa, vas-y ! Utilise tes pouvoirs et guéris-là. » Il afficha son habituel sourire narquois, mais tout son corps tremblait. Il ricana. « Pas si vite, ma vieille Yakino ! Tu as eu Telian et Kadaj, mais moi, on ne me la fait pas ! »

Puis il attrapa Nathalie par le col de sa chemise.

« MAIS QU'EST-CE QUE T'ATTENDS ? GROUILLE-TOI ! Ramène-la, tu en as le pouvoir, non ? NOOOOON ? »

Nathalie resta immobile, les yeux fermés, le visage tourna aussi loin que possible de lui. Les yeux de Senki s'embuèrent.

« S'il te plaît… » murmura-t-il.

Mais Nathalie ne fit rien. Senki sentit la force quitter ses mains, il lâcha le col de Nathalie et laissa tomber sa tête contre sa poitrine.

« Ce n'est pas… possible ? »

Il se mit à pleurer, lui aussi. Tous les autres baissèrent la tête, le visage empli de tristesse.

« Elle nous avait encore… souri, ce matin ! Elle était… si calme, et si belle, comme d'habitude ! » gémit le rouquin.

La voix de Telian se dressa.

« Yakino n'est pas morte. Elle ne peut pas mourir. Nous ne l'avons pas perdue. »

Tous la regardèrent, surpris. L'adolescente se détacha du corps de la Japonaise et les regarda avec colère.

« Elle n'est pas morte ! Elle n'a pas rejoint la Rivière de la Vie… ALORS ELLE NE MOURRA PAS ! »

N'y tenant plus, elle se leva et s'enfuit. Kadaj voulut la retenir, mais il trébucha et tomba au sol. Ses genoux lui firent mal, il n'en fallut pas plus pour qu'il se remette à pleurer, lui aussi.

Telian se mit à courir comme une folle. C'était inacceptable, et pourtant, c'était vrai.

Yakino… Yakino… Yakino ! Je n'y crois pas… Je n'y crois pas…

Arrivée à la sortie de la ville, elle se dressa vers le ciel et hurla : « JE N'Y CROIS PAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! »

Elle tomba au sol et se remit à pleurer.