Chapitre 22 :

Un peu de culture

Salut, tout le monde ! Merci pour vos précédentes reviews, elles m'ont beaucoup aidée pour la suite de l'histoire que voici. Bonne lecture !


Un épais nuage de brume couvrait l'espace. Impossible de voir quoi que ce soit. Il faisait si noir… Tseng se demanda combien de temps il allait errer dans ce brouillard intense. Enfin, il entendit quelque chose. Des pleurs. Une voix féminine.

Il vit une silhouette sur le sol. C'était long, et gris, avec une forme évoquant celle d'un corps humain. Et quelqu'un à genoux près de ce corps : une jeune fille brune, vêtue de noir et de bleu. Elle pleurait, le visage crispé de douleur.

Soudain, elle leva la tête vers Tseng et dit quelque chose. Il n'entendit rien. Pourtant, il était tout près. Puis la vision disparut. Tseng se sentit mal, sans comprendre pourquoi.

« Tu ne comprends pas ? » dit une voix.

Il fit volte-face, et fut choqué de reconnaître Aéris. Elle était là, debout devant lui, l'air grave.

« Elle est en danger, elle souffrira bientôt plus que jamais auparavant. »

Tseng ne dit rien. Il ne comprenait pas : tout cela n'était qu'un rêve, même Aéris ! Pourtant, il avait l'atroce certitude que c'était plus qu'un rêve.

« Pourquoi, Tseng ? Pourquoi tu ne te remets pas en question ? Tu préfères attendre que tout te file entre les doigts, encore une fois ? »

« Aéris… »

Il ne put en dire davantage. Aéris fit volte-face et s'éloigna.

« Réfléchis-y. Ou tu pourrais bientôt tout perdre, toi aussi ! » dit-elle sans se retourner.

« Aéris, attends ! »

Trop tard. Elle disparaissait dans la brume, elle aussi.

Il se réveilla dans le lit de sa chambre, dans le building d'Edge. La pièce était sombre, il faisait encore nuit. Il passa la main sur son front. Il était en sueur.

À l'extérieur, sur le toit du bâtiment en face, Genesis regardait la fenêtre de la chambre de Tseng. Il eut un méchant sourire, puis il déploya son aile et s'envola dans le ciel noir.

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Après réflexion, Telian et ses amis jugèrent que revenir à Wutaï était la plus sage décision, et ce pour plusieurs raisons : c'était là que s'était manifesté l'étrange Soldat au manteau rouge, c'était là que la Shinra osait le moins se manifester à cause de l'ancienne guerre, et aussi parce que les noix étaient nombreuses et délicieuses là-bas (Frongeon avait émis cet argument, évidemment).

Donc, une fois loin dans le désert de Corel, après avoir quitté le laboratoire de la Shinra d'où ils avaient sauvé leur cher petit gobelin, Telian et ses compagnons sortirent le chapeau wutaïen et sautèrent tous dedans.

Mais il se passa soudain quelque chose d'inattendu : alors que tous traversaient un tunnel de lumière leur permettant de passer d'une dimension à une autre, ils virent quelque chose d'étrange. Comme des plumes noires qui leur fouettèrent le visage. Au lieu de tomber doucement vers le bas, des rafales de vent les firent virevolter, comme des feuilles dans une tornade.

Ils perdirent connaissance.

Telian fut la première à ouvrir les yeux. Elle s'assit et regarda autour d'elle. Elle était dans un grand champ, au milieu de maisons en ruines. Cet endroit ne lui disait rien. Elle vit un grand arbre devant elle. Il était grand et incroyablement penché vers le bas. Des fruits poussaient dessus.

Curieuse, elle s'approcha et les regarda. C'était des pommes. Mais elle n'en avait jamais vu de telles : elles étaient bleues. Cela n'existait pas, normalement…

« Ce sont des Bakaringos. »

Telian se retourna. Un homme lui faisait face. Elle reconnut immédiatement l'insigne du Soldat sur la boucle de sa ceinture, mais ce n'était pas l'homme au manteau rouge. Celui portait un pantalon et un chandail noir, sans manches. Il devait avoir la quarantaine : des cheveux noirs tombant jusqu'au menton, et un visage aux traits raides, qui lui donnait l'air un peu sévère. Il avait l'air grave et sage.

« Qui êtes-vous ? » dit Telian.

« Du calme, je ne suis pas ton ennemi. Je suis Angeal Hewley. Et tu n'es pas dans un rêve, ici c'est la réalité. Je ne suis qu'un fantôme qui hante ces lieux. Enfin, je me demande si les monstres peuvent devenir des fantômes, avec ça… »

Il tendit son bras droit. Une immense aile blanche apparut derrière. Telian sursauta.

« Vous êtes comme… Sephiroth ? »

L'homme soupira.

« Autrefois, j'étais soldat première classe, comme Sephiroth et un autre… Nous étions trois à combattre pour la Shinra. Et nous sommes devenus trois à lutter contre ce monde, jugeant que nous n'étions que des monstres. »

Telian ferma les yeux, pour retenir une vieille douleur du passé qui piquait son cœur. Elle ne connaissait que trop bien ce genre d'histoire.

« Zack est venu, il y a pas très longtemps. Il m'a parlé de toi », poursuivit l'homme.

« Zack ? Vous le connaissez ? » Elle réalisa trop tard la bêtise de sa question : Zack avait été un Soldat première classe, lui aussi. Nul doute qu'ils s'étaient connus !

« C'était mon élève. Ou plutôt un jeune chiot que j'ai eu du mal à dompter », dit Angeal avec un sourire malin.

Telian ne put s'empêcher de lui rendre son sourire. Angeal détourna le regard, comme gêné par cela.

« Hum… Tu devrais retrouver tes amis, ce coin n'est pas très sûr », dit-il en faisant mine de s'éloigner.

« Mais où je suis, au juste ? On dirait un vieux village… »

« Banora. C'était mon village natal. J'y ai vécu avec Genesis jusqu'à ce que nous entrions dans le Soldat. »

« Genesis ? »

« Genesis Rhapsody, le troisième membre du trio. Genesis, Sephiroth et moi… »

Telian aurait aimé lui poser d'autres questions, mais elle le vit à nouveau triste, et elle décida de retourner au sujet précédent :

« Donc, vous dites que cet endroit s'appelle Banora… »

Elle regarda les restes de la maison la plus proche : les murs étaient couverts de suie, les fenêtres disparues, le toit en miettes.

« On dirait que tout a brûlé. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« La Shinra a tout détruit. Mais la nature a repris ses droits, avec le temps. »

Telian regarda l'arbre qui avait piqué sa curiosité. Elle effleura une pomme de la main.

« Baka… Qu'aviez-vous dit ? C'est quoi, comme fruit ? » dit-elle.

« De manière officielle, les fermiers l'appellent la Banora Blanche. Les arbres en produisent à tout moment de l'année, quelle que soit la saison. Les villageois la surnomment affectueusement la Pomme Stupide, Bakaringo. Autrefois, les fermes de mon village en recelaient. Tout le monde était libre d'en cueillir quand bon lui semblait. »

« Sans restriction ? s'étonna Telian. C'était pas du vol ? »

« Non, c'était de la pauvreté. »

« Ah… désolée. »

Angeal regarda les ruines d'un vieux moulin près de la plus grande des maisons en ruine.

« J'avais encore une grande fierté, à ce moment-là, quand j'étais humain… Le plus grand arbre du village appartenait au propriétaire de cette terre. Les pommes de cet arbre étaient connues pour les incroyablement délicieuses, mais… je n'en ai jamais volé une seule, puisque Genesis, le fils du propriétaire, était un bon ami. »

Telian fit la moue.

« S'il était un bon ami, pourquoi ne lui avez-vous pas demandé l'autorisation d'en goûter une ? »

« La fierté est quelque chose de fort ennuyeux. »

Telian résuma la leçon. Bon, elle connaissait le nom du village et l'histoire des pommes.

« Et en quoi tout ça va m'aider à retrouver mes amis, monsieur ? »

Angeal s'approcha de Telian puis, avec un sourire malin, lui tapota la tête.

« Tu sais, petite, un peu de culture ne fait de mal à personne. »

Il s'éloigna en riant.

« Hein ? ! Mais… C'est pas drôle, ça ! Revenez ici ! » s'indigna la jeune fille.

Elle le poursuivit, mais il disparut au tournant d'une rue. Telian secoua la tête. Oser lui tapoter la tête comme un petit chiot, et s'en aller après lui avoir appris une anecdote de fermiers…

Mais elle le trouvait tout de même sympathique.

« Alors tu as réussi à venir ici. »

Cette voix… Telian serra les poings. Elle porta la main en réflexe à son arc.

« Du calme, je ne suis pas venu en ennemi. »

« Venant de vous, j'ai du mal à croire ça, Tseng ! »

Elle se tourna vers le Turk. Adossé au mur d'une des maisons, il la regardait avec une expression indéchiffrable.

« Tu es seule ? » demanda Tseng.

« J'ai failli perdre tous mes amis, à cause de vous, il n'y a pas si longtemps ! Vous avez osé torturer Frongeon et… »

« Ce sont les ordres, je dois obéir. »

Telian haussa les épaules.

« La belle excuse ! Gillian ne m'a jamais dit ça quand on était ennemies, elle ! »

Tseng fronça les sourcils.

« Le président m'avait dit que tu étais morte, mais tu as réussi à revenir. Et Gillian ? »

Telian lui tourna le dos.

« Pourquoi je vous parlerais de ça ? Quel lien aviez-vous avec Gillian ? »

« C'était mon élève. C'est moi qui l'air formée. »

« Je sais, elle m'a parlé de vous et vos collègues. Mais je me fiche de savoir que vous avez une facette différente pour le travail ! Quel rôle tenez-vous réellement dans tout ça, Tseng ? Nous vous avons tous aidés à lutter contre Deep Ground, Kadaj a lutté contre l'envoûtement de Weiss pour ne pas vous tuer, et… »

« Kadaj et ses frères nous ont torturés, moi et Elena, pour savoir où se trouvait la tête de Jenova. Ils nous ont laissés mourants à Ajit. Si Vincent ne nous avait pas trouvés, les monstres de la Forêt Endormie auraient dévorés nos cadavres. Depuis ce jour… pas une nuit ne se passe sans qu'Elena et moi fassions des cauchemars. » Le ton de Tseng était devenu froid, implacable.

Telian baissa la tête. Elle savait cela, mais… elle ne savait plus quoi dire. C'était donc cela qui justifiait la rancœur de Tseng et Elena.

« Si j'essaie de te protéger de Genesis, c'est juste en souvenir de Gillian », dit Tseng.

La jeune fille se tourna vers lui.

« Genesis ? Alors c'était lui, à Wutaï… »

« Je t'ai dit de ne rien faire pour t'approcher de lui ! »

« Pourquoi ? Il n'en a quand même pas après moi ? »

Telian crut voir une lueur d'embarras dans les yeux de Tseng. Le Turk se retourna et fit quelques pas vers la sortie du village.

« Retrouve tes amis et filez, je n'ai rien d'autre à dire. »

« Non, attendez ! »

Telian attrapa le bras de Tseng pour le retenir. Le Turk fit volte-face et la saisit à la gorge. Mais alors qu'il commençait à serrer, Telian gémit. Il lut de la détresse et de la peur dans les yeux de la jeune fille. Son rêve lui revint en mémoire : Telian dans la brume, pleurant au chevet d'un corps. Elle semblait si triste… Il lâcha prise et recula. Il secoua la tête puis s'éloigna d'un pas rapide, sans se retourner, laissant Telian seule et surprise.

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Au sommet du toit de la mairie, Genesis avait tout vu. Il eut un petit sourire cruel.

Silencieux et souple, il descendit du toit par derrière et ouvrit une trappe donnant accès à une cave. Là se trouvait un ancien laboratoire.

Le professeur Saï, un petit homme Wutaïen maigre, à la tête de rat, s'agitait dans la salle, donnant des ordres à ses assistants de façon illogique. Parfois ses mots étaient contradictoires, parfois modifiés l'instant d'après.

« J'attends toujours, professeur », dit Genesis.

Le professeur soupira et claqua des doigts.

« C'est bon, tout le monde, faites une pause. »

Cette fois, tous les assistants s'arrêtèrent et le regardèrent avec stupeur.

« Bon, allez, fin de la pause ! Reprenez le travail ! »

Tout le monde s'y remit en gémissant. Genesis s'avança vers un tube de métal. À travers le hublot, il pouvait voir le corps de Weiss qui flottait dans un nuage de Mako. Son corps semblait se gonfler puis se dégonfler, comme un chewing-gum malaxé.

« Quand sera-t-il prêt ? » demanda Genesis.

« Dans quelques minutes, son corps aura l'aspect voulu. »

Un autre homme entra dans la pièce.

« Alors, Genesis ? »

« Nous sommes sur le point d'achever le travail, Élion. Vous pouvez venir. »

Le tube s'ouvrit. Genesis, Élion et le professeur regardèrent une forme se dessiner dans la fumée. Un homme sortit de la cuve,. Genesis ne put s'empêcher de sourire.

« Ça faisait longtemps. »

L'homme ne répondit pas. Il regardait le vide. Genesis s'approcha. Aucune réaction. Et soudain, le corps tomba au sol.

Inquiet, le professeur prit son pouls.

« Ce corps n'a pas tenu le coup ? » dit un assistant.

« Non, le corps n'est pas raté, mais… il n'est pas complet ! » dit le professeur.

« Comment ça ? » dit Élion

« Il n'a ni la mémoire ni les gènes ni les données de Jenova ni une âme ! Ce n'est qu'une coquille vide ! »

Genesis agita la main.

« Je sais, du calme ! Le chaînon manquant est dehors, je vais le chercher. Élion, vous venez ? »

« Bien sûr », dit le Tabhaisaver.

Ils sortirent ensemble de la salle souterraine.

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Dehors, Telian avait retrouvé Nathalie, Senki et Loz au sud de la ville. Frongeon, Yazoo et Kadaj manquaient encore à l'appel.

Le petit groupe prit le chemin du nord. Ils trouvèrent leurs trois amis qui reprenaient juste conscience.

« Eh ben, quel voyage ! » dit Frongeon.

« Pourquoi le chapeau n'a pas fonctionné ? C'était quoi, toutes ces plumes ? » dit Yazoo.

« Je ne sais pas », soupira Telian.

« Yo ! Vous êtes de retour, super ! »

Tout le monde se tourna vers celui qui avait parlé. Et tous gémirent. Reno ! Et près de lui, Tseng, Elena et Rude.

« On a encore un compte à régler ! » dit Reno.

« On y va ? » dit Senki.

Frongeon se mettait déjà en position, ses mains armées de ses petits gants de boxe.

« Mais y'en a marre, à la fin ! Vous pouvez pas nous laisser en paix ? » dit Nathalie, excédée.

Les Turks allaient peut-être répondre quand soudain, une ombre passa sur eux. Tout le monde leva la tête vers le sommet de la colline sur leur droite. Et là, ce qu'ils virent les figea de surprise.

Un homme aux longs cheveux argentés, vêtu de noir, un long manteau flottant dans le vent, les regardait. Il tenait un sabre incroyablement long à sa main gauche.

« Se… Sephiroth ? ! » dit Telian, ébahie.

C'était bien lui. Mais il n'avait absolument aucune expression, son visage semblait… vide. Soudain, il fondit sur le groupe et laissa la lame de son sabre heurter le sol. Une explosion se forma, renversant tout le monde à terre.

Puis Sephiroth se redressa et s'enfuit.

« Sephiroth ! » cria Telian.

Elle se redressa et se lança à sa poursuite.

« Telian, attends ! » cria Kadaj.

Mais la jeune fille ne lui accorda même pas un regard, elle s'enfonça dans la forêt.

Reno se pencha vers Rude.

« Ça, c'est ce qu'on appelle un triangle amoureux. »

« Hum », dit le Turk en signe d'accord.

Kadaj se tourna vers eux. Soudain, Reno et Rude bondirent sur leurs pieds et se mirent au garde-à-vous. Kadaj leur lançait un regard assassin, un regard plus meurtrier, plus impitoyable que tous ceux qu'ils avaient déjà vus dans les yeux du président Shinra.

« Qu'est-ce que vous foutez encore là, vous ? Fichez le camp ! Disparaissez tous ! »

« Oui, monsieur ! » dirent les deux Turks en chœur.

Kadaj se tourna vers ses amis et les bouscula, marchant vers la forêt avec l'air furieux. Senki frémit. Loz et Yazoo haussèrent les sourcils, impressionnés. Jamais ils n'avaient vu leur frère dans un état pareil !

« Je savais qu'il était dingue, mais pas à ce point-là », dit Senki.

« Kadaj fait peur ! » gémit Frongeon.

« Je le comprends », dit Nathalie.

Les garçons l'interrogèrent du regard. La jeune fille haussa les épaules et prit le même chemin que Telian dans la forêt, suivie bientôt par ses amis.

Les Turks hésitèrent, puis les suivirent de loin.